La lettre
avril - nø 176

LETTRE MENSUELLE

de la Fraternité Spiritaine Esprit et Mission

12, rue du Père-Mazurié 94669 CHEVILLY-LARUE Cedex
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Edito

LIBERMANN, UN HOMME SAISI PAR LA LIBERTÉ DU CHRIST

Libermann rejoint Saint Paul en nous disant : « L’Esprit m’a libéré. » (Gal. 5, 1)

Donner pleine liberté à l’Esprit Saint. On sent bien, à l’émotion et à l’insistance de François Libermann sur ce sujet, que l’heure est venue de « franchir le pas ». 
Ceux et celles qui se refusent à un don définitif d’eux-mêmes pour remettre le gouvernail de leur vie entre les mains de l’Esprit de Dieu, pourront continuer, certes, à servir Dieu et pourront faire du bien, mais ne pouvant se résoudre au sacrifice entier, ils ne voleront jamais sur la route de la sainteté et conséquemment, ne réaliseront jamais l’efficacité rédemptrice à laquelle le Christ les avait convoqués.
«Ces âmes restent toujours partagées entre Dieu et les créatures. »

« Franchir le pas » c’est l’expression célèbre du Père Lallemant. Pour signifier le dernier effort à accomplir vers la liberté plénière : « L’Esprit m’a libéré » !
Quelquefois l’ultime combat ressemble à celui de Jacob avec l’Ange, jusqu’à l’heure de la remise totale de soi, jubilante entre les mains de Dieu : «  Je t’exalterai Seigneur mon Dieu, tu as mis sur moi ta main. » (Ps 138, 5) (d’après Le Feu sur la Terre)

« L’aventure de la liberté n’est jamais terminée. On ne naît pas libre, on met toute sa vie à essayer de le devenir. »
Or, devenir libre, c’est naître à une autonomie, littéralement à une « loi propre » qui est une victoire sur la fusion comme sur la volonté d’indépendance.
La liberté n’est donc possible que si l’on consent à la loi libératrice.

Avec l’Evangile, cette autonomie humaine paradoxale atteint son achèvement dans le don de l’Esprit à la Pentecôte. Fondant l’Eglise, cet acte recréateur nous enseigne que la liberté intérieure se déploie dans la vie dans l’Esprit.
« Là où est ton trésor là est ton cœur. » (Mt 6, 21)
« Là où est ton cœur, là se trouve ta liberté. »

Selon Bernard Ugueux, c’est à travers nos fragilités et nos limites que notre liberté devient de plus en plus intérieure. Son critère ? La Paix du cœur et la profondeur de l’Union au Christ, qui vient établir « sa demeure chez qui garde sa Parole ». (Jn 14, 23)
En tout ceci, Bernard Ugeux rejoint bien Libermann dans sa spiritualité.
Sœurs Bernadette Gadan et Marie-Robert Tillon

La parole de Dieu (1 Co 9, 16-23)



« Prêcher l’Evangile n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je ne prêchais pas l’Evangile ! Si j’avais l’initiative de cette tâche ; j’aurai droit, certes, à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée. Quelle est donc ma récompense ? C’est, dans ma prédication, d’offrir gratuitement l’Evangile, en renonçant au droit que me confère l’Evangile.
Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous, afin d’en gagner le plus grand nombre. Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi, - moi qui ne suis pas sujet de la Loi, - afin de gagner les sujets de la Loi. Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi, - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ, - afin de gagner les sans-loi. Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais pour l’Evangile, afin d’avoir part à ses biens. »


Paul relit son apostolat auprès des juifs comme auprès des non-juifs (les sans-loi), auprès des faibles. Et il souligne que c’est l’Evangile qui a été le guide de son action.
C’est au nom de cet Evangile, qu’il s’est fait le serviteur de tous à l’image du Christ : « Je suis pas venu pour être servi mais pour servir. » (Mt 20, 28)
C’est au nom de l’Evangile qu’il s’est « fait tout à tous » pour en sauver à tout prix quelques-uns. Il y a là comme une invitation à mettre nos pas dans ceux du Christ, à suivre l’exemple de Paul, à vivre cette proximité avec des personnes différentes de nous par leurs origines, leurs milieux ou leurs religions pour pouvoir leur transmettre ce que nous portons de plus précieux au fond de nous-mêmes, cet Evangile source de vie qui nous rappelle que tout homme est enfant de Dieu. « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant… Même si elle pouvait l’oublier, moi je ne t’oublierai pas. » (Is 49, 15)

Cela se traduit pour nous dans des attitudes : partager la vie, découvrir et comprendre la culture, le langage de ceux que nous rencontrons pour pouvoir leur transmettre une parole d’espérance en particulier durant ce temps de Pâques où nous fêtons la résurrection du Seigneur.

Avec Eugénie Caps
« Mon âme est dans le calme, je suis libre au service de mon Dieu ! Dieu saint, vous me poursuivez, vous ne cessez de m’attirer à vous par votre bonté et votre grande miséricorde. Je n’ai rien mérité par moi - même, c’est votre amour qui veut de moi. Doucement votre voix me fait m’unir à vous. Votre pensée ne me quitte plus ; les peines, les sacrifices ne m’empêchent pas de garder ce calme profond. » (2 Mars 1927)

Question pour un partage

Cherchons ensemble comment l’Esprit nous rend libres pour être comme le Père Libermann un homme saisi par la liberté du Christ.

Prière

« Seigneur, fais-moi entrer dans la danse de la vie,
Ouvre mes bras pour que mes mains puissent rejoindre celles de mes frères,
Et qu’ensemble nous puissions nous abandonner
à la joie, à l’espérance, à la fraternité.
Que nos bras réunis soient ouverture
à la présence de ton Esprit,
Source de vérité, d’amour et de Vie. »