Niger, Tchad, Mali, Burkina Faso, Nigeria… Les racines d’une grave crise
alimentaire
Plus de 10
millions de personnes souffrent d’une grave crise alimentaire. Pour éviter la
catastrophe, Oxfam France appelle à une aide urgente et coordonnée. Et à un
changement de politique agricole.
Les populations du Sahel font
face à une situation de faim et de malnutrition chronique depuis des années.
Dans une telle précarité, le manque de pluie plonge les populations dans un
état de souffrance.
Au Niger, la crise alimentaire,
notamment en raison des pluies insuffisantes de 2009, menace plus de 60 % de la population. Les
réserves, au niveau local comme au niveau national, sont insuffisantes. Dans
les régions pastorales, la crise devrait s’étendre jusqu’à septembre.
Au manque de nourriture s’ajoute
pour de nombreux ménages pauvres une hausse des produits alimentaires : dans l’ouest du pays, le
millet a augmenté de 25 %,
le sorgho de 50 %.
Pour Oxfam France, pays
donateurs, gouvernements ouest-africains et Nations unies doivent apporter de
toute urgence une réponse coordonnée et dotée de ressources suffisantes pour
éviter la catastrophe. Mais en plus de cette réponse urgente, il est
indispensable de s’attaquer aux causes profondes de la faim et de la malnutrition
dans la région.

Un constat : en Afrique de l’Ouest, les populations
rurales ont été oubliées des investissements publics et de la communauté
internationale. L’agriculture familiale et vivrière, dont dépendent 80 % de la population, a été
totalement négligée.
Les paysans ont un très faible
accès aux engrais, semences, eau, terres, transports, stockage et accès au
marché. De plus, ils font face au changement climatique et à l’accaparement des
terres qui hypothèquent leur développement.
Entre 2001 et 2007,
l’Afrique de l’Ouest n’a investi que 5 %
de l’aide publique au développement (APD) pour l’agriculture. De plus, ces
financements, délivrés sous forme de projets, ont été peu coordonnés et trop
souvent déconnectés des programmes nationaux. Un manque de coordination qui
affaiblit les capacités locales.
Les pays donateurs doivent
soutenir les politiques et programmes agricoles et alimentaires nationaux en
cours d’élaboration, centrés sur le développement de l’agriculture familiale.
Magali Rubino, Oxfam-France
Monsanto détruit la terre et les agriculteurs
Burkina Faso : un coton miracle ?
Pour entraîner
les producteurs de coton burkinabè à cultiver son coton OGM, Monsanto en a vanté, sans nuances, les mérites.
Aujourd’hui, les producteurs en constatent les dégâts
.
Le président de l’Union
provinciale des producteurs de la Sissili qui avait fait en 2008 un rendement
de 1 200 kg à l’hectare s’est retrouvé en 2009 avec moins d’une tonne.
D’autres producteurs ne
supportent plus d’être ballottés de gauche à droite chaque année. Le mauvais démarrage
de la pluie les a contraints de refaire les semis. Les 10 kg de semence de
coton OGM coûtent
27 000 F Cfa contre 1 000 F les 50 kg de coton conventionnel. Donc 135
fois plus cher. En plus, des mouches ont détruit les capsules du coton, ce qui
ne devait pas arriver.
Pendant ce temps, Monsanto avoue
l’échec de son coton Bollgard I cultivé dans 9 États indiens depuis 2002. Des
vers roses de la capsule du coton sont devenus résistants à la toxine produite
par ce coton Bt. La résistance a été découverte suite à des essais en champs
conduits par Monsanto dans 4 comtés (Amreli, Bhavnagar, Junagarh et Rajkot) de
l’État du Gujarat en 2009. Selon Monsanto, les agriculteurs indiens n’auraient
pas respecté les zones refuges requises pour ce type de culture.
Cette résistance est naturelle et
attendue ! Mais c’est la 1re fois que Monsanto en parle ouvertement. Les petits
producteurs burkinabè ne feront pas mieux que les indiens ! Seuls de grands
propriétaires terriens peuvent respecter les zones refuges.
Face à cet échec du coton
Bollgard I, Monsanto annonce disposer déjà du coton Bollgard II, plus efficace.
Selon Devinder Sharma, du Forum sur les biotechnologies et la sécurité
alimentaire, c’est dans cette volonté de commercialiser en priorité ce coton
Bollgard II que se trouve la véritable motivation de Monsanto à reconnaître
publiquement le défaut de son 1
er coton. Le Bollgard II,
commercialisé depuis 2006 en Inde, contient 2 protéines toxiques et non plus
une seule.

Et sa semence est 2 à 3 fois plus chère ! Quel paysan burkinabè peut
payer 300 000 F Cfa les 50 kg de semence Bollgard II, voire plus de 500
000 ?
Ce n’est pas tout. Une 1
re
étude scientifique sur l’impact de la culture du coton Bt sur le sol a comparé
la terre des champs où du coton Bt a été planté pendant 3 ans avec celle des
champs adjacents. Constat : une dégradation très importante des sols.
En 3 ans, le coton Bt a réduit la
population de micro-organismes du sol de façon très importante. À ce rythme,
une culture de coton OGM Bt pourrait entraîner en 10 ans la destruction totale
des organismes du sol, laissant la terre morte, incapables de produire la
nourriture. Le doute n’est plus permis. Il faut interdire la culture du coton
Bt de Monsanto au Burkina (comme l’a fait l’État d’Andhra Pradesh dans le sud
de l’Inde), et dans toute la Cedeao. (17 avril 2010)
Maurice Oudet, président du
Sedelan
Haïti : un nouveau séisme !
Le tremblement
de terre du 12 janvier
2010 a fait des heureux :
la multinationale Monsanto va « offrir » aux paysans haïtiens un
cadeau empoisonné :
475 tonnes de semences OGM. Sans compter leurs engrais et pesticides qui seront
distribués gratuitement par le projet Winner, soutenu par l’ambassade
américaine. On croit rêver.
Les Haïtiens savent-ils que c’est
Monsanto qui fabriquait le défoliant, dit « agent
orange », utilisé par
les bombardiers américains pendant la guerre du Vietnam, et qui a empoisonné
tant de soldats américains et de civils vietnamiens ?
Les Haïtiens savent-ils que ces
semences sont rejetées comme dangereuses dans beaucoup de pays ? Elles viennent souvent en
kit où les semences sont accompagnées d’un herbicide de Monsanto appelé
Roundup, qui contient du glyphosate. Dans ma Bretagne natale, ce produit
chimique est dénoncé comme polluant les nappes phréatiques. Comble d’imposture,
Monsanto présente le Roundup comme biodégradable. Ce qui lui vaut un procès intenté
par le service de répression des fraudes de Lyon.
Aux États-Unis, une agence
fédérale veille sur les questions d’environnement, l’Environmental Protection
Agency (EPA). Or, une ancienne dirigeante de Monsanto, Linda Fischer, vient
d’être nommée directrice de l’EPA. C’est comme si on mettait une chatte à
veiller sur la santé des souris !
Monsanto a déjà commencé à
distribuer des semences OGM de maïs dans les régions de Gonaïves, Kenscoff,
Pétion-Ville, Cabaret, Arcahaie, Croix-des-Bouquets et Mirebalais. Bientôt, il
n’y aura plus que des semences Monsanto en Haïti. Adieu l’indépendance agricole ! Au Brésil, Monsanto vient
d’investir $ 550 millions
pour fabriquer sur place son dangereux herbicide Roundup, dans le nord-est de
l’État de Bahia. Heureusement, ce pays semble résister à la multinationale.
Monsanto présente ce « don » aux paysans haïtiens comme une aide
généreuse. Mais, pour avoir le droit de resemer après, il faudra payer chaque
fois des droits à Monsanto. Signalons que le directeur des opérations en Haïti
n’est autre que Jean-Robert Estimé, un ancien ministre des Affaires étrangères
de Duvalier. Monsanto et Duvalier :
un beau duo !
P. Jean-Yves
Urfié, spiritain,
ancien professeur de chimie au
Collège Saint-Martial, Port-au-Prince (Haïti)