Somalie. Quel avenir pour une population au désespoir
?
Contexte préoccupant
! Après l’indépendance du pays en 1960, il y eut une brève période de paix jusqu’en 1969, année du coup d’État portant au pouvoir le général Siad Barré. Commence alors le chaos dans le pays. De longues années de galère s’ensuivront. Dès 1977, Siad Barré fait la guerre à l’Éthiopie. Battu, il en sort affaibli. Chassé du pouvoir par les rebelles en 1991, il laisse un climat de désespoir derrière lui. L’État se morcelle, les tribus se montrent les dents, le désordre s’installe. L’ONU y envoie des milliers de soldats américains. Certains y laissent leur vie. D’autres en sortent mutilés. Ils finissent par se retirer. C’est un échec
!
La faim et la guerre tuent. Les voleurs n’en font pas moins. La sécheresse s’ajoute et la poussière se soulève autour des troupeaux qui meurent faute de nourriture et d’eau. Les Somaliens affamés ou malades, dans un climat d’insécurité totale, ne s’en sortent pas.
Longtemps déboisée pour répondre à une forte demande de charbon de bois, la Somalie se désertifie. Les rares zones vertes, dans lesquelles les bêtes sauvages se cachaient et les vaches se nourrissaient, sont devenues des surfaces arides. Elles se sont érodées par le vent et la pluie. Les arbres qui attiraient la pluie ont disparu, laissant une terre déserte sur laquelle plus rien ne pousse.
Des mines sautent, des balles perdues sifflent, des prises d’otages se succèdent. Tout cela met un frein aux équipes qui apportent l’aide aux sinistrés de ce pays en pleurs. Mogadiscio, la capitale, est marqué par des impacts de balles et de maisons en ruine, résultat d’une vingtaine d’années de guerre civile.
Tous ces facteurs créent un mouvement migratoire. Les populations se réfugient dans des zones moins sèches, plus sécurisées. D’autres partent pour l’étranger.
Entre les cadavres d’humains et d’animaux, l’air est délétère. L’environnement est funeste. La communauté internationale ne réagit pas assez vite. Elle traîne des pieds pour venir en aide à une population dont la vie est suspendue à un fil. Selon le service d’aide humanitaire de la Commission européenne, l’Union européenne a débloqué € 62
millions d’aide pour la Somalie. Plusieurs ONG, dont MSF (Médecins sans frontières), sont déjà sur place depuis que l’ONU a déclaré un état de famine en Somalie en juillet dernier. D’autres pays tels que la Tanzanie, le Kenya et la Turquie y ont envoyé plusieurs tonnes de nourriture. Insuffisant
!
L’avenir de ce pays s’annonce incertain. Aucune entreprise n’envisage de s’y installer, vu le climat d’insécurité qui y règne. Par conséquent, il n’y a pas de création d’emplois pour donner du travail à la population.
Pour remettre la Somalie sur pied, il faut reboiser le pays, installer des fours solaires, favoriser la réconciliation nationale afin de retrouver la paix et la sécurité, lancer un programme d’irrigation pour une autonomie alimentaire.
Â
Evarist Shirima
Â
Libye. Une pluie d’armes dans la nature sème le doute
Â
Les armes parsemées au cœur de la population libyenne pendant le dernier conflit retarderont la stabilité et la paix dans ce pays.
La voie vers la démocratie se dessine dans la crainte. Libye libre ou labyrinthe sans issue?
Â

En mars
2011, l’OTAN reçoit mandat de l’ONU pour créer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye afin de protéger les civils sous la menace de leur Guide, le colonel Mouammar Kadhafi. Une guerre est déclenchée. Les hommes de Kadhafi résistent. L’OTAN persiste. Le conflit dure 8 mois, plus longtemps que prévu. Pour accélérer la chute du Guide, un important stock d’armes est fourni aux insurgés de Benghazi.
En octobre
2011, le Conseil national de transition (CNT) annonce la fin de la guerre, suite à la capture et la mort du Guide. Mais la paix ne peut être qu’un rêve si le CNT ne s’est pas approprié tous les missiles qui traînent dans le pays. Entre ce qui a été pillé dans les entrepôts ou remis à la population par Kadhafi, les armes importées par l’OTAN et celles qui sont entrées en Libye par les voies clandestines, il y a de quoi s’inquiéter.
Ces armes sont du «
pain bénit
» pour les groupes terroristes, les bandits, les voleurs, les fidèles de Kadhafi et tous ceux qui n’approuveront pas la manière dont le CNT organisera l’après-Kadhafi. Comment donc récupérer autant d’armes
? Personne n’en connaît la quantité diffusée. Pour tout récupérer, faut-il tendre la main aux fidèles de Kadhafi
? Ces questions et bien d’autres demeurent.
La Libye entre dans l’année 2012 sans Kadhafi. Mais le doute sur la construction de la paix durable dans ce pays persiste, faute de pouvoir mettre la main sur les missiles disséminés partout dans le pays. Ces armes inquiètent non seulement le peuple libyen, mais aussi la communauté internationale. Personne ne sait, à ce jour, ce que deviendront kalachnikovs, missiles sol-air, lance-roquettes et bien d’autres armes distribuées comme des bonbons pendant la guerre. L’aviation civile des États du monde est-elle en danger
? Le doute demeure
! L’atmosphère s’alourdit
!
Cela dit, la mission de l’OTAN en Libye n’est pas terminée. Elle le sera lorsque toutes ces armes seront entre les mains du CNT. Mais le CNT n’est pas, à ce jour, en mesure de tout contrôler. Entre les élections à organiser, la reconstruction du pays à réaliser, l’apprivoisement de la population, la peur d’une balle tirée inopinément, la menace d’attentats et le ramassage des armes entre les mains des Libyens, il y a de quoi s’agiter.
Le colonel a dirigé ce pays d’une main de fer pendant 42 ans. Une quarantaine d’années, c’est la durée de vie de toute une génération qui n’a connu que lui comme président. Arrivé au pouvoir après un coup d’État, le Guide fait profiter son clan de la richesse pétrolière dans le gisement du sous-sol libyen. À sa mort, nous découvrons des avoirs personnels par dizaines de milliers d’euros et tout un patrimoine immobilier.
D’autre part, il faut dire que le colonel ne manquait pas d’imagination. Parmi ses rêves, il y en avait celui de la mise en place des États unis d’Afrique, un rêve jamais réalisé. Il aurait voulu en devenir le père fondateur. Les autres nations ne l’ont pas suivi. Que serait le continent africain aujourd’hui si le colonel avait réussi à achever ce rêve
? En tout cas, le temps a prouvé que la prudence a eu raison. Et sans doute, l’avenir nous réserve encore bien des surprises
!
Â
Evarist Shirima