Sr Béatrice Massengo, Congolaise, dirige depuis 3 ans l’école St-Pierre-Claver d’Ouesso : 303 élèves, 6 classes, du CP au CM2. La plupart de ces 165 filles et138 garçons enfants viennent de Ouesso. Certains de Brazzaville ou d’ailleurs. Leurs parents ont été mutés ici. Différentes ethnies se mélangent chez nous, avec des Camerounais et d’autres étrangers dont les parents travaillent ici. Les enfants pygmées sont, eux, à l’école des Sœurs. Ces enfants seront les cadres de demain. Depuis la Conférence nationale (Brazzaville, 25 février - 6 juin 1991), l’Église a repris son service d’éducation. Aujourd’hui, la situation du pays nous demande cet engagement. À Ouesso, les enseignants du public survivent : salaires bas, pas payés ou en retard, confort réduit. Certains cherchent à se débrouiller autrement qu’en enseignant.
Les parents préfèrent payer les frais de scolarité pour que leurs enfants aient un avenir. Nous les convoquons en début et en fin d’année. Ils vérifient avec nous le fonctionnement de l’école et collaborent de leur mieux avec les enseignants, chacun selon ses responsabilités et de façon complémentaire.
Après le CM2, les élèves vont au collège St-Pierre-Claver. Ils y étudient l’après-midi après le départ des primaires qui y ont travaillé le matin. Mais les parents qui manquent de moyens font continuer leurs enfants à l’école publique.
Sr Judith Bintsamou, Congolaise, gère depuis 4 ans les 4 écoles catholiques de Ouesso. Avec compétence et doigté.
Après la licence en sciences économiques, elle a voulu être carmélite. Refus ! Mon curé m’oriente alors vers les Franciscaines missionnaires de Marie qui travaillent dans l’éducation à Brazzaville, écoles maternelles, primaires et professionnelles. Elles forment des enseignants, des hôteliers, des puéricultrices et des couturiers. J’ai été accueillie par la responsable provinciale. Missions à Pointe-Noire, Brazzaville, Nkayi, Boundji, retour à Brazzaville pour un an de théologie. Depuis septembre 2007, je gère les 3 écoles primaires de Ouesso, l’école-collège et l’école des Pygmées de Mbalouma, à 5 km d’ici. Cette école est encore aux Franciscaines. Mais nous voulons l’intégrer aux écoles du diocèse.
Gérer, cela veut dire faire entrer les frais de scolarité, s’occuper du matériel, payer les enseignants : 50 000 F cfa 1/mois dans le primaire. Les frais de scolarité sont adaptés aux moyens des parents, de 3 à 5 000 F cfa/mois. Une école ne paie que 7 500 F par trimestre. L’école des Pygmées, 1 000 ou l’équivalent en miel ou en bananes. Nous cherchons vraiment les moyens d’aider au mieux les parents et leurs enfants.
La gestion des écoles peut encore s’améliorer. Les enseignants réclament la sécurité sociale, les effectifs des classes sont trop importants. Face à d’autres charges, comment faire ? Quand le directeur est bon et efficace, tout marche. Même si le niveau reste bas, les parents qui comparent avec les résultats de l’enseignement public sont contents. Nous essayons de garder des structures propres. Mais, ici, même la peinture coûte très cher.
Comme Sr Lydie Éliane Apendi, des Sœurs servantes du Seigneur, directrice de l’école maternelle Saint-Michel de Pokala, Sr Judith avoue, tout sourire : « Je suis heureuse de pouvoir donner ma vie à ce service des jeunes. Les écoles, c’est vraiment ma mission. »
Répondre aux attentes des jeunes. C’est ce qui a poussé Jean Ibarra, policier retraité, à ouvrir une école, puis un collège, et enfin à appuyer une Fondation pour les Pygmées. Avec l’appui de son épouse.
« Quand j’ai pris ma retraite de la force publique en 1998, un ami, M. Michel Courtois, chef d’exploitation forestière, me demande d’ouvrir une école à Pokola. J’achète des planches et construis une 1re école. Les parents en ont été heureux.
En 10 ans, l’école de la CIB (Congolaise industrielle du bois) passe de 100 à 520 élèves de CP au CM2 et de 6e à la 3e. Les frais de scolarités vont de 4 500 F cfa en primaire à 6 000 en 6e et 7 000 en 3e. Entre 80 et 90 % de réussite aux examens. L’État ne forme pas assez de profs. Je construis des maisons pour mes 18 profs sous contrat. Ceux du primaire (niveau BEPC) gagnent 50 000 F cfa/mois. Ceux du secondaire (niveau bac) 600 F de l’heure. Mon épouse, Albertine Sita, dirige l’établissement “Deo Gratias”. Après la 3e, les jeunes vont au lycée à Ouesso. Aujourd’hui, nos 1ers élèves sont à l’université !
M. Glanase, directeur technique de la CIB pendant 30 ans, a perdu son fils dans un accident de moto. Il avait de nombreux copains pygmées. Sa famille a ouvert une Fondation Frédéric 2 pour assurer une formation aux Pygmées. J’en suis le vice-président. Nous avons commencé avec 70 jeunes, un animateur parlant le baaka. Et 2 femmes bantoues initiant à l’utilisation des plantes. Un jeune Pygmée vient de réussir son certificat d’études.
En France, les amis de la Fondation organisent des lotos. Leur aide nous permet d’améliorer la santé des Pygmées : détection du pian, des maladies de peau et autres. Les malades sont soignés gratuitement à l’hôpital. Mais ils paient leurs médicaments.
J’ai entrepris tout ça pour répondre aux attentes des jeunes. Le président Marien Ngouabi, voulant “sortir” les Pygmées de la forêt et de leur exclusion, avait demandé aux entreprises d’embaucher des Pygmées. Ils sont nombreux à la CIB. Certains sont devenus conducteurs d’engins et éco-gardes. En revanche, il n’y a pas encore de Pygmées dans la police et la gendarmerie. Certains Bantous parlent baaka, bendjelé ou mikaya à des Pygmées qui parlent le Lingala: ils se comprennent donc entre eux. Mais les Bantous se croient toujours supérieurs. Ils ont beaucoup de mal à accepter cette émancipation des Pygmées. »
1 1 € = 655,72 F cfa
2 Fondation Frédéric Assistance Babendjelé (FFAB) s/c CIB/DLH - Pokola - Sangha - Congo
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