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Mauritanie : Personne ne veut de violence

  La période de grâce au lendemain d’une 1re élection présidentielle démocratique s’est achevée par des émeutes liées à l’augmentation des prix et une certaine insécurité. Pour le P. Marc Botzung, il faut lutter contre les injustices, œuvrer pour le respect et la dignité de chacun et croire au dialogue.
2007 fut l’année des 1res véritables élections présidentielles démocratiques du pays (indépendant depuis 1960). Elles ont permis pour la 1re fois de changer de chef de l’État autrement que par un coup d’État
militaire !
Cette avancée démocratique ne peut qu’être saluée, même si elle reste fragile. La pression internationale joue fortement aujourd’hui pour la mise en place de structures démocratiques prévues pour assurer le renouvellement des têtes et éviter les blocages et les tensions propres au monopole du pouvoir.
Le temps de la campagne fut une période de liberté d’expression. Des problèmes considérés jusque-là comme des problèmes avancés par les ennemis et les détracteurs de la nation, donc tabous, ont été exprimés en public. Conséquences : le nouveau pouvoir a accepté de traiter de front la question de l’esclavage et celle des Mauritaniens noirs expulsés de leur pays entre 1989 et 1991.
En juillet 2007, une loi de criminalisation des pratiques esclavagistes a été votée au Parlement après d’intéressants débats retransmis par la radio. Aura-t-elle prise sur les réalités du quotidien ? D’autre part le processus de réintégration des réfugiés est en cours malgré les nombreuses questions sur le dédommagement, la réinsertion, les responsables des exactions.
En novembre 2007, des émeutes liées à l’augmentation des prix (blé et dérivés, pétrole et donc tout le transport et l’électricité) ont agité de nombreuses villes. Signe que les plus pauvres n’arrivent plus à manger, se loger, s’habiller, se soigner.
Le fait que ces mouvements soient partis de zones rurales pour s’étendre ensuite au pays entier laisse penser qu’il y a eu une sérieuse manipulation de la part des tenants de l’ancien régime. N’est-ce pas une manière de montrer que l’arrière-pays leur appartient toujours et que le gouvernement doit composer avec eux s’il ne veut pas être menacé ?
La période de grâce des lendemains d’élections est aujourd’hui passée. L’espérance liée à la démocratie a été d’abord l’amélioration (rapide) des conditions de vie. Aujourd’hui apparaît au contraire une certaine impuissance. Les ressources du pétrole sont très largement en dessous des attentes. D’importantes prises de drogue ont eu lieu : plus de 600 kg de cocaïne à Nouadhibou et plus de 800 kg à Nouakchott. Sans explications ni condamnations aucunes. L’importance des prises comme l’impunité des ténors laisse penser que ces activités permettant des revenus mirobolants font partie d’un système mafieux qui gangrène l’appareil d’État. Certains avancent aujourd’hui cette source, complémentaire des détournements, pour expliquer le nombre et la taille des palais du quartier chic de Nouakchott.
Depuis deux mois, c’est l’insécurité terroriste qui a fait l’actualité ici, avec notamment l’assassinat en bordure d’une route très fréquentée de 4 touristes français. Le rallye Dakar a annulé la compétition pour la déplacer vers l’Amérique du Sud.
La région de l’Adrar accueille des touristes depuis 10 ans. Elle a vu une baisse de fréquentation de 80 %. D’où une ambiance morose chez les artisans, les guides, les mécanos, les commerçants.
Que penser de l’intrusion subite de la violence terroriste dans le paysage mauritanien ? Il est possible que des actions épisodiques continuent à créer un climat malsain. L’opinion publique a très largement désapprouvé ces actes. Personne ne veut de violence ici. Le spectre d’une situation à l’algérienne des années 90 sert de repoussoir. Mais le pays n’est pas à l’écart des mouvements du monde. Lorsque Gaza ou Bagdad est bombardée, Nouakchott le sait, l’entend, le voit, et en souffre dans sa chair.
De même, comment n’y aurait-il pas parmi les centaines d’internautes croisés chaque jour dans les cybercafés mauritaniens et qui visionnent la dernière intervention de Al-Zawahirî ou les images du Worl Trade Center (2001), comment n’y aurait-il pas parmi eux des jeunes en qui peut se faire jour le goût pour l’action terroriste ?
Sur le fond, la force de l’extrémisme est d’abord de proposer une vision erronée du monde qui débouche sur des actions vues comme des remèdes aux maux. Devant de tels ravages, il faut évidemment envisager des solutions sécuritaires. Il faut tout autant traiter la racine du mal. Lutter contre les injustices, œuvrer pour le respect et la dignité de chacun quel qu’il soit, croire au dialogue.
Le rayonnement actuel de notre bibliothèque et les contacts qu’elle permet auprès des lycéens de la ville comme auprès des enseignants me semble un petit exemple positif en ce sens. Il ne s’agit pas simplement de chercher à promouvoir du savoir et des connaissances, mais d’abord de rencontrer des personnes, de créer du lien et de poser des ponts entre les mondes qui nous séparent.
Marc Botzung
22 février 2008

France. Au cœur de la vie spiritaine 

Le 6 janvier 2008, dans la chapelle Sainte-Thérèse de la Fondation d’Auteuil, Sylvestre Wozniak s’est engagé pour trois ans comme spiritain associé dans la congrégation du Saint-Esprit. Pour devenir un peu plus missionnaire.
 
Sur le chemin de l’existence, je n’ai pas rencontré que des spiritains. Mais s’il fallait faire une liste de toutes les personnes dont les paroles ou la vie m’ont marqué durablement, la Congrégation serait bien représentée, ne serait-ce qu’avec les années passées au petit séminaire d’Allex.
J’ai entendu parler des associés à Chevilly-Larue, il y a 12 ans, lors d’une rencontre avec les participants d’un camp d’été. François Nicolas nous a invités avec Daniel Fasquelle et Pierre Sornay. Mais nous ne sommes pas allés plus loin : nous habitions vers Montpellier, sans communauté spiritaine proche et nous étions engagés dans un discernement en vue du diaconat. Dix ans plus tard, toujours laïc et après quelques relances de François Nicolas, je l’ai rejoint dans le service de la pastorale de la Fondation d’Auteuil.
La congrégation du Saint-Esprit a donc tenu une place importante dans ma formation humaine et spirituelle. On peut même dire que nous sommes liés affectivement par mon frère Jean-Étienne, tué en Angola. Je travaille dans une œuvre dont les spiritains assurent la tutelle, en famille nous recevons des spiritains de passage et nous sommes volontiers accueillis par les communautés proches…
N’était-il pas logique et évident de m’engager comme associé ? Oui et non, cela dépend de ce que l’on met derrière la démarche d’engagement. Si c’est l’officialisation d’une longue relation, comme un mariage après 30 ans de vie commune, ou une distinction pour services rendus, je dis non. Peut-on parler d’engagement avec le regard tourné vers le passé ?
L’engagement, comme le dit souvent un des premiers associés, c’est passer du « avec les spiritains, je » au « nous, les spiritains ». C’est partager une mission qui ne nous appartient pas. C’est se rendre disponible à des appels parfois déroutants. C’est devenir un peu plus missionnaires dans tout ce que nous vivons, là où nous sommes. Avec, au cœur de la vie spiritaine, une attention particulière aux plus pauvres.
C’est ce que j’ai retenu de la lettre de mission remise par le vicaire provincial, parlant de ma responsabilité comme directeur de la pastorale : « Nous te demandons d’être attentif à ceux qui peinent, qui se retrouvent isolés, qui rencontrent des difficultés… Il ne s’agit pas d’un lien fonctionnel mais d’un lien de charité. »
Enfin, il faut savoir que les associés, c’est tout récent dans l’histoire des spiritains. Il y a encore des questions et des tâtonnements comme la Congrégation en a connus plus d’une fois en 300 ans. D’autres congrégations sont sur le même chemin, l’Esprit Saint est sûrement dans le coup. Alors, rendez-vous dans 3 ans ?
Sylvestre Wozniak 

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