Le carême est le temps de préparation à la fête de Pâques. Il a lieu chaque année depuis le mercredi des Cendres jusqu’à la Semaine sainte. D’une manière tout à fait traditionnelle, le carême est vécu dans l’Église catholique comme un temps de conversion, caractérisé par la pénitence, la prière et le partage. Bien souvent la pénitence se réduit au jeûne, et le jeûne à pas grand-chose… La pénitence est pourtant nécessaire à la conversion, pour discerner ce qui est important de ce qui l’est moins. La prière, qui nous met face à Dieu, n’est pas limitée au temps du carême, mais celui-ci est un temps plus fort de prière personnelle ou en Église. Et le partage
?
Ce n’est pas pour rien que l’Église de France confie au CCFD-Terre solidaire la mission d’aider les communautés chrétiennes à vivre ce temps liturgique. C’est pour que le partage soit bien compris et qu’il soit vécu concrètement.
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Bien comprendre le partage
Quand on dit «
partage
», on pense bien sûr au don
: pour les chrétiens, le carême est le temps privilégié du don. Il s’agit du don individuel fait de personne à personne à ceux qui sont proches – que l’on appelle l’aumône – et aussi du don que l’on fait par l’intermédiaire d’organisations (associations ou structures d’Église) qui permettent de toucher ceux que l’on ne connaît pas. Mais le partage va plus loin que le don
: pour bien donner, il faut également recevoir, c’est-à -dire partager. C’est la raison pour laquelle le CCFD-Terre solidaire agit avec des «
partenaires
» des pays du Sud (ONG, structures d’églises, etc.) qui travaillent pour mettre les gens debout et pour qu’ils puissent accéder à leurs besoins et à leurs droits fondamentaux
: vivre en paix, produire selon leurs besoins, accéder à l’éducation et à la santé, etc. Ces partenaires reçoivent une aide financière et technique qui leur permet de soutenir leurs actions dans la durée.

Mais en retour, en acte de partage, ils apportent beaucoup aux chrétiens de France en les éveillant aux réalités de leurs situations. Cet apport en retour se fait par diverses formes de témoignage, à travers les documents publiés par le CCFD-Terre solidaire, mais cela se fait surtout par leur venue en France au moment du carême.
Chaque année, une quarantaine de partenaires sont pris en charge pendant une quinzaine de jours pour venir témoigner, auprès des communautés chrétiennes, lors de réunions d’information et de prière, de leur situation et de leur action. C’est une manière de passer du don au partage.
À titre d’exemple, la paroisse Saint-Stanislas-des-Blagis, en banlieue sud de Paris, a accueilli, lors du carême 2011, une partenaire du Rwanda qui anime une association dont l’objectif est l’éducation des jeunes à la paix. Pour les paroissiens, ce fut une découverte, mais aussi l’occasion de réfléchir aux besoins des jeunes de notre banlieue et à ce qui pourrait être fait pour qu’ils soient éduqués à la paix.
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Bien vivre les dimensions du partage
La mission particulière que l’Église de France a confiée au CCFD-Terre solidaire, c’est d’apporter la dimension internationale du partage. Cette dernière ne doit pas éclipser les aspects locaux, mais la mondialisation, sous tous ses aspects, nous montre bien l’importance des échanges internationaux. L’encyclique
Populorum Progressio de Paul VI l’avait, en son temps, souligné et Jean-Paul II et Benoît XVI l’ont repris.
Le carême est l’occasion de mettre en œuvre 3 aspects de cette ouverture à l’international.
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L’éducation au développement. Un inlassable effort de pédagogie doit être entrepris pour que tous, enfants et adultes, comprennent que « le développement, c’est le nouveau nom de la paix ». Il s’agit de comprendre ce qu’est le développement intégral de l’homme et de percevoir les relations, fortes mais pas toujours évidentes, entre la foi chrétienne et le développement.

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Pour les jeunes, le CCFD organise chaque année, pendant le carême, des rassemblements « Bouge ta planète » qui ouvrent leurs yeux aux réalités internationales : inégalités entre pays, situations de conflits, etc.
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La collecte de carême, effectuée le 5e dimanche. Son produit permet au CCFD-Terre solidaire d’aider les partenaires du Sud. C’est une goutte d’eau face aux besoins, mais elle est utilisée au mieux, en cherchant les leviers d’action les plus efficaces qui n’auront pas seulement une action ponctuelle mais permettront d’agir plus largement. Ainsi, en Palestine, dans le domaine agricole, les partenaires ne sont pas de petites structures locales, mais des unions de coopératives : l’Union palestinienne agricole (PFU) permet de diffuser largement l’aide technique dans le domaine de la gestion de l’eau et de la commercialisation des produits. Autre exemple, en Afrique de l’Ouest, le Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural (GRDR) travaille pour la sécurité alimentaire de 3 pays du bassin du fleuve Sénégal (Mali, Mauritanie et Sénégal).
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Le plaidoyer pour des structures internationales plus justes. Cet aspect, qui nous amène dans le domaine politique, mérite quelques explications, car il est souvent mal compris par les catholiques.

Le plaidoyer porte sur des thèmes qui évoluent en fonction de l’actualité internationale
: le commerce des armes, les règles du commerce international, l’aide publique au développement, la dette des pays pauvres, l’accaparement des terres au détriment de l’agriculture familiale.
À titre d’exemple, le plaidoyer actuel porte essentiellement sur les mécanismes financiers et sur les «
paradis fiscaux
». Ces derniers sont des pays ou des lieux qui disposent de règles financières opaques permettant la corruption, la fraude fiscale à grande échelle ou le blanchiment d’argent. Les conséquences sont particulièrement graves pour les pays pauvres, qui ne disposent pas d’une fonction publique solide et où la corruption est très fréquente.
De grandes sociétés, qui exploitent les minerais, les sources d’énergies ou les industries, peuvent faire de gros bénéfices sans payer d’impôts dans le pays de production. En termes de bilan annuel, les transferts d’argent du Sud vers le Nord sont dix fois plus importants que l’aide publique au développement. Quand on parle de partage, il faudrait que les richesses financières soient partagées équitablement
!
Le sens du carême nous mène loin… La conversion, c’est répondre au message de Jésus, c’est ouvrir les yeux sur les réalités du monde, pour être à même de les faire évoluer afin que chaque homme, chaque femme, puisse vivre sa vocation de fils de Dieu.
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Odile et Paul Mathis