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Basilique Sainte-Anne de Brazzaville
Inspirée par les fers de lance du Nord-Congo, les cases-obus en terre du Tchad et les tunnels de bambous géants du Mayombe, la basilique Sainte-Anne reste le monument le plus significatif de Brazzaville. |
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Dès 1894, Mgr Augouard fait construire une cathédrale pour la
capitale du Congo Brazzaville. Agrandie d’un transept en 1913, elle reste
la seule église d’une ville qui attire de plus en plus de gens. En
1936, Mgr Biéchy, vicaire apostolique du Congo, se rend compte
qu’il faut multiplier les paroisses, surtout dans les quartiers
pauvres.
Chaque jour, les missionnaires évangélisent de nombreux catéchumènes à Bacongo et Poto Poto. Le dimanche, la cathédrale est trop pleine. Après la messe, les parlants lingala y restent pour écouter la parole. Les Balari l’écoutent dehors à l’ombre des arbres. Le dimanche suivant, l’ordre s’inverse ! Mgr Biéchy décide de décentraliser : 1re érigée, la paroisse St-François-Xavier de Bacongo. Ste-Anne suit. Un problème de terrain fait traîner les choses. Car le P. Moysan chargé de créer cette paroisse se montre gourmand. (On ne conçoit pas alors de mission sans terrain pour cultiver.) C’est à lui, Breton, que l’on doit la dénomination de Ste-Anne ! Finalement, Félix Éboué, nommé gouverneur général de l’AEF, en novembre 1940, fixe l’emplacement définitif. Le général de Larminat finalisera ce choix sur le plan administratif. Un vaste terrain est défriché à la jonction de la ville blanche (quartiers résidentiels et gouvernementaux) et de la ville noire (les petites maisons africaines). Y est prévu, outre l’église, un presbytère, des salles de réunion et un terrain de sport. Le stade Éboué sera construit en 1er. On verra le P. Lecomte manier la pelle mécanique et former sur le tas des conducteurs. Une 1re chapelle provisoire s’ouvre sous les gradins de la tribune ! Le stade est inauguré en janvier 1944. Le choix du lieu est symbolique : il se veut un signe d’unité entre les populations aussi bien sur le plan religieux que sportif. Le plan prévu pour l’église paraît trop classique. Nous sommes en 1940. En France, c’est la débâcle. Mais la guerre continue et l’Afrique équatoriale sera le 1er territoire à rejoindre le général de Gaulle. Brazzaville devient point de ralliement. Parmi les arrivants, Roger Lelièvre. Blessé à Dunkerque, porté disparu, il a réussi à rejoindre l’Angleterre puis l’Afrique. Les initiales R L sont à
l’origine de son nom de guerre : Errel. Il est architecte, de religion
protestante. Cela ne l’empêche pas de s’enthousiasmer pour le
projet. Il imagine aussitôt une « église des mains jointes
» telle qu’elle existe, inspirée des « cases-obus
» du Tchad. Il lui faut assurer à la fois une bonne
luminosité, tout en protégeant du soleil, une solidité
à l’épreuve des tornades tout en veillant à
l’aération. Un ingénieur, William Barnett, lui vient en aide
pour les calculs techniques, en particulier pour la tribune et ses 10 m de
porte-à-faux. M. Barnett meurt noyé en 1943. M. Grandmaitre,
chargé de la construction du port de Pointe-Noire, continue son travail.
Tous 3 se dévouent bénévolement, passionnés par
l’œuvre à bâtir. M. Gramignan, Italien, devient le chef
de chantier en ses débuts. Mars 1943, 1er coup de pioche. Mgr
Biéchy bénit la 1re pierre le 26 juillet pendant la
1re coulée de béton des fondations. Il faudra un an
pour les finir. Les rapports parlent de 4 000 m3 de béton.
Ste-Anne devient officiellement paroisse en cette année 1943.La 1re idée était de construire une église en briques. Le P. Fourmont, qui avait fait ses preuves à Makoua, est appelé à Brazzaville pour fabriquer des fours. Lui aussi formera des ouvriers. Avec le Frère Hyacinthe, ils cuiront 2 250 000 briques roses entre 1943 et 1951. On découvre alors le grès batéké sur les bords du Djoué et du Congo, une très belle pierre légèrement mauve et assez facile à travailler. Commence alors la formation de 200 tailleurs de pierre. Il s’agit de protéger les briques des assises, façades et arcs-boutants par ce revêtement. Le chantier devient un centre de formation professionnelle ! Le peu d’argent mis de côté par le P. Moysan est vite englouti dans les seules fondations. Comment continuer ? Sur place les ressources sont maigres. Chaque année une kermesse rapporte jusqu’à un million CFA. Des dons sollicités arrivent : les généraux de Gaulle, de Larminat, Leclerc, les gouverneurs Bayardelle et Félix Éboué apportent leur contribution au milieu de beaucoup d’autres généreux anonymes. C’est encore insuffisant ! D’où l’idée de faire de Ste-Anne un sanctuaire inspiré par le Souvenir africain de Dakar inauguré en 1936, pour lequel le P. Brottier s’était beaucoup fatigué. Mgr Biéchy décide d’y honorer les défunts Africains et Européens des guerres 1914 - 1918 et 1939 - 1945. Parmi eux se trouvent d’ailleurs les PP. Houchet, Pouille, Houssaye, spiritains d’AEF. Mgr Biéchy en fait part à Mgr Le
Hunsec, supérieur général, dans sa lettre du 27 juin 1946 :
« Nous venons de constituer à Brazzaville un comité pour
l’édification d’un Sanctuaire Souvenir de l’Afrique
Équatoriale Française, en l’honneur des morts de guerre,
comité dirigé par le commandant supérieur des troupes de
l’AEF et qui rassemble, à côté de
l’évêque du lieu, des administrateurs, des
commerçants, tout ce que Brazzaville compte de notables. »Mgr Biéchy énumère certains membres d‘honneur, en particulier le général de Gaulle à qui est proposée la présidence d’honneur. Mgr Le Hunsec, sollicité également, donne sa quote-part. Ce comité aura des filiales en Europe, en France spécialement. Une Association des amis du Sanctuaire Souvenir est créée qui s’engage à verser des cotisations régulières. En France, à Paris, Strasbourg, Granville, des conférences, des expositions-ventes sont organisées. Le P. Lecomte puis le P. Bureth y jouent un grand rôle. De nombreux articles de journaux répercutent ces réunions. Un film documentaire de 35 min, Clarté au Pays Noir retrace l’évolution des travaux de l’église. Mais c’est la fameuse Messe des piroguiers, composée par Mme Barat-Peper à partir des mélodies entendues sur le fleuve Oubangui, qui contribuera fortement à populariser l’entreprise. Elle est chantée d’abord en juin 1948 (et diffusée sur la chaîne nationale) par la chorale des Petits Chanteurs à la croix d’ébène. Elle deviendra la Chorale des piroguiers. La tribune prévue, c’est pour elle ! La messe sera reprise dans les divers rassemblements, en France, en faveur du Sanctuaire Souvenir. La Chorale de Brazzaville fera elle-même le voyage de France en 1959… Ainsi, les fonds arrivent et la construction continue. En avril 1947, outre les fondations, le porche d’entrée est achevé, les façades presque terminées, la tribune en place. La tour qui l’équilibre s’élève à 15 m. En 1948, il reste à faire une partie de la nef, le transept, l’abside et la flèche du clocher. Pour celle-ci, M. Errel a longtemps hésité. C’est bien plus tard que, devenu aveugle, il en donnera une description précise. En fait, jusqu’à présent, la flèche n’est pas réalisée. Elle devait s’élever à 52 m au-dessus de la tour actuelle… Mgr Biéchy bénit le sanctuaire le 1er novembre 1949 en présence de Mgr Reggio, délégué apostolique du Congo belge, de Mgr Six, vicaire apostolique de Léopoldville, de Mgr Fauret de Pointe- Noire, des autorités administratives du Congo et d’une foule immense. L’église est pourtant loin d’être finie. Elle devrait avoir 87 m de long, 45 de large dans le transept et 25 dans le chœur. Le gros œuvre de la maçonnerie se termine en novembre 1951. Reste le toit. Le choix est fait de tuiles vertes vernissées en forme d’écailles. Elles viendront de France. Avec 23 km de cornières, fournies par la Société générale d’entreprises de M. Furnon ! En septembre 1952, un monolithe de 3 500 kg, tiré du fleuve Congo, deviendra l’autel. Dégagé par l’entreprise Desplat-Lefèvre, il est transporté de nuit à la force des bras ! Pour le centenaire de la naissance de Mgr Augouard, en octobre 1952, Mgr Biéchy préside l’ouverture solennelle du transept et de l’abside. L’ouverture du chœur obligera à démonter la fresque de M. Lods : Sainte Anne descendant le fleuve Congo en pirogue… Sainte-Anne est le résultat de multiples générosités. Après les blessures qu’elle a connues, elle a besoin à nouveau de l’union de tous…
P. Gérard Vieira
(d’après Les Spiritains au Congo, Jean Ernoult, et les archives de la congrégation du Saint-Esprit) |