Afrique australe. Les derniers combats du P. Duparquet (1830-1888)
Amoureux de l’Évangile, le P. Charles Duparquet, spiritain français, s’est battu jusqu’au bout au service de la Mission aux côtés du peuple africain. Suite et fin d’un parcours mémorable.
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Combattant infatigable de l’Évangile
! Après le succès remarqué des années précédentes, la période 1885-1886 va être assombrie par toutes sortes de malheurs et de difficultés
: problèmes avec quelques autorités portugaises qui auraient voulu que le P. Duparquet devienne un agent actif de la colonisation portugaise. Il répond, dans une lettre au supérieur général
: «
Je ne me suis jamais mêlé de politique et toutes les fois où j’ai pu rendre service aux Portugais, je l’ai fait. […] Il vient encore d’y avoir un conflit entre le roi (d’Oukouanyama) et les Portugais et j’ai été heureux de servir d’intermédiaire pour rétablir la paix entre tous. […] Ma vie tout entière a été, on peut le dire, consacrée au bien du Portugal. En entrant dans la Congrégation, je lui ai donné mes biens patrimoniaux pour les employer au bien des colonies portugaises. Ma vie s’est consumée dans la fondation des œuvres de Braga, d’Angola, du Congo, tous pays portugais.
»

Déjà quelques mois auparavant, il avait écrit sans illusion
: «
Mais rien ne dissipera les préjugés des Portugais contre moi, aussi le mieux pour les intérêts de la Mission et de la concorde avec le gouvernement portugais est que la maison mère me retire d’ici pour me placer au Loango ou au Betchouanaland.
» Et le Père fait remarquer que, dans ses écoles de l’Ovampo ou des Amboellas, on y apprend le portugais, non l’anglais comme l’auraient désiré certains rois africains. Pourtant, il avait aussi de grands amis au Portugal.
Mais l’épreuve la plus grande vient de la révolte des peuples de l’Oukouanyama
: le jeune roi Nambadi, devenu tyrannique, est empoisonné par un proche. Une partie de la population profite de l’absence du successeur, Heyoulou, parti pour son intronisation à Kipandeka, pour dévaliser la mission. Le Fr. Lucius et le P. Delpuech y trouvent la mort. Il est vrai qu’ils n’étaient pas aimés de la population. Le Fr. Gérard est dépouillé de ses vêtements mais on le laisse s’en aller. Une partie des enfants de la mission se sauvent avec lui jusqu’à Humbi. En fait, c’est un Européen, M.
Sabbati, qui avait ouvert le feu le premier pour défendre son troupeau de bœufs. La mission d’Oukouanyama est alors abandonnée.
D’autre part, la maladie enlève coup sur coup le P. Hogan, décédé le 12
mars
1885, et le P Lynch, le 4
avril. Le P. Duparquet est lui-même atteint gravement de la fièvre, il repart pour Huila et demande à nouveau son remplacement.

Le congrès de Berlin (1884-1885) est aussi source de déception. Certes, il a «
admis le principe de la protection des missions à quelque secte qu’elles appartiennent». Mais il a provoqué un nationalisme intransigeant, chaque nation européenne occupant le plus de territoire possible, en le fermant aux autres. Ainsi l’Allemagne interdit toute mission spiritaine au Damaraland
: les pasteurs prussiens «
pour prix de leur concours à Bismarck ont exigé l’exclusion des missions catholiques… » Plus tard, le roi des Belges obligera les spiritains à quitter Boma et les autres missions du Zaïre, car il ne veut que des missionnaires belges.
Une autre grande crise vient de ce que le P. Duparquet appelle «
les empiétements de Mgr Lavigerie». Celui-ci avait adressé le 2
janvier
1878 un Mémoire secret au cardinal Franchi dans lequel il proposait la création de 4 grands pro-vicariats apostoliques au cœur de l’Afrique équatoriale, confiés aux Pères Blancs
: le Tanganyika, le Nyanza, le Haut-Congo méridional et le Haut-Congo septentrional.
Ce découpage ne tenait compte ni des missions déjà existantes, ni même parfois des limites naturelles. Un décret de la Propagande, en août
1880, entérine cette proposition. C’est alors seulement que les autres congrégations missionnaires apprennent ce projet. D’où les protestations des comboniens, d’abord, mais aussi de la Société de géographie de Paris en ce qui concerne la pertinence des limites, puis des spiritains, rejetés sur la côte
: le P. Baur à Bagamoyo, M
gr Le Berre au Gabon et le P. Carrie à Landana. Le P. Duparquet et M
gr Le Berre rencontrent l’archevêque d’Alger à Paris, le 5
août 1881. Ce dernier reconnaît les missions spiritaines déjà existantes. Un protocole d’accord est signé. Dans une note du 8
août
1881, M
gr Lavigerie écrit
: «
Si les missionnaires du Congo et de la Cimbébasie désirent se fixer sur quelques-uns des affluents du Congo, comme ils paraissent le dire, rien ne les empêche. Ils seront les bienvenus.
» Et, pour plus de sûreté, il donne aux spiritains juridiction sur des territoires qui leur appartenaient déjà
!
Ces missions vont continuer à croître et, le 16
avril 1886, le P. Émonet, supérieur général des spiritains, demande à la Propagande la création d’un vicariat apostolique du Congo français. Le P. Duparquet, de passage à Paris, avant d’aller créer une nouvelle mission au Betchouanaland, est envoyé à Rome pour discuter de ce projet. Il est fort bien reçu des autorités romaines et, le 28
mai
1886, sort le décret de la Propagande, signé cardinal Simeoni. Mais cela suscite une belle colère de M
grLavigerie qui n’a pas été consulté alors qu’il pense avoir juridiction personnelle sur tout le centre de l’Afrique équatoriale. Il obtient du pape Léon XIII l’annulation du décret de la Propagande. Le P. Émonet envoie un rapport détaillé sur cette question des limites et des droits de la Congrégation. La Propagande demande que les deux supérieurs généraux se mettent d’accord. Ce qui se fait. Un nouveau décret, en date du 21
décembre 1886, crée le vicariat du Congo français, avec les mêmes limites que précédemment, mais le prestige du cardinal est sauvegardé
!

À la fin de 1886, le P. Duparquet peut enfin partir pour le Betchouanaland, le dernier pays où il voulait créer une mission. Mais il ne tient que 3 semaines, après avoir fondé le poste de Mafeking. Il s’en ouvre au P. Schaller, le responsable de la mission des Amboellas
: «
La maison mère m’avait donné pour le Betchouanaland un personnel impossible, aussi ai-je demandé de rentrer en Europe et de prendre ma retraite à Braga, ce qui m’a été accordé par la maison mère.
»
Pendant un an, il essaiera de travailler encore pour les missions du Congo et pour la Cimbébasie. Puis il demande à rejoindre le P. Carrie au Congo. Il s’y rend mais pour y mourir presque aussitôt, le 24 août 1888.
P. Gérard Vieira