Etincelles
C’est la feuille de liaison de Caritas-Bangui. Le Père Yves Gautier, Spiritain, qui a plus de 50 ans de présence en Centrafrique, relève ainsi une foule de petites choses qui soutiennent la vie de personnes en très grandes difficultés. Il pleut sur la ville. Dans la nuit du 7 au 8 août, puis, bien des heures et des jours durant, il pleut, il pleut sur la ville. Alors Bangui la coquette est, hélas, aussi Bangui les pieds dans l’eau. Si les avions au décollage se méfient des collines de Basabangui, une bonne partie des quartiers occupe une cuvette où s’écoulent de petits cours d’eau comme la Kouanga, le Ngiotto, le Ngoubagara et le Gbodjawoic. Cette cuvette est difficile à drainer, même en saison sèche, car elle est sensiblement au niveau du fleuve ; on connaît les zones inondables. Après les inondations de 1998, il y eut déjà un sérieux effort pour l’établissement de canaux et une meilleure évacuation des eaux. Hélas ces canaux, petits et grands, ont rarement été nettoyés et aujourd’hui l’eau s’étale dans les quartiers et envahit les cases. On peut facilement le constater, ce sont les familles les plus pauvres qui sont les principales victimes de ces inondations. La solidarité entre familles et entre voisins a joué au maximum. Même dans les quartiers les plus touchés, il n’y a pas eu d’exode ; les amis et les parents mieux lotis ont très souvent ouvert leurs portes aux sinistrés qui, par ailleurs, ne voulaient pas s’écarter de leur case en ruine à cause des risques de pillage, même s’il n’y a guère de richesses à prendre ! Pour la reconstruction, Caritas offre les tôles, les chevrons et du ciment, mais il reste une bonne part : briques, main-d’œuvre, huisseries, etc…que doivent fournir le bénéficiaire et ses amis. L’un des problèmes urgent et délicat est celui de l’eau : eau potable et à usage domestique. Au moment de la crue, les puits ont été envahis par des quantités d’eaux sales, ramassant n’importe quels immondices. Déjà les cas de typhoïde sont assez fréquents en ce moment à Bangui. Malheureusement peu de Banguissois sont sensibles à cette hygiène de l’eau. Le point sur les inondations Toutes les paroisses ont reçu de quoi lancer la reconstruction de quelques cases. Certaines paroisses ont constitué une petite équipe pour les travaux. Il faut continuer, il reste beaucoup à faire. Nous venons d’acheter un stock de chevrons à bon prix ; les paroisses qui ont bien reconstruit quelques cases pourront en bénéficier. Le Gouvernement et les responsables locaux ont pris conscience de la nécessité d’entretenir tout le réseau des canaux et d’en compléter le tracé. Il faut penser à l’avenir. ! Vaincre le Sida En octobre les rencontres se sont multipliées. Ainsi nous avons eu l’occasion de parler de nos activités lors des journées diocésaines pour l’ouverture de l’année apostolique, puis au cours des réunions des responsables des Comités Diocésains, et enfin, lors des assises du CODIS (Comité Diocésain de la Santé). En ces trois assemblées qui regroupaient des chrétiens engagés, mais surtout au cours des journées Codis dont le thème était le Sida, nous avons eu l’occasion de parler des " indépendants " (groupe des séropositifs indépendants). A notre surprise et à notre grand regret, personne n’est venu nous demander un complément d’information ou nous faire part de la décision d’une famille ou de l’un des innombrables groupes paroissiaux, de prendre en charge tel ou tel malade séropositif. Or il y a un moyen de les sauver ! Pour les sauver il faut avoir recours à une famille de médicaments qui, sans guérir, sont très efficaces et donnent à celui qui les prend régulièrement de rester en vie et même de retrouver une existence normale. On donne à ces médicaments le nom d’ Anti-Retro-Viraux (A.R.V). On parle aussi de trithérapie. Pour bien des raisons, les ARV ne sont donnés qu’à un très petit nombre de malades. En attendant, en RCA, pour éviter tous ces décès, nous devons acheter les ARV, c’est possible, organisons-nous. Pour 16 000 francs CFA par mois (équivalent de 30, 00 €) nous pouvons sauver une vie. O.E.V. Encore une abréviation qui s’emploie de plus en plus. Elle se lit Orphelins et autres Enfants rendus Vulnérables. Actuellement les Organismes Internationaux leur donnent la priorité dans l’élaboration de vastes projets. Nous savons tous comment, hélas, se multiplient chaque jour les orphelins du sida. P. Yves Gautier, Spiritain
Témoignage du Frère Martial
Un jeune garçon de 14 ans, Justin, est venu me trouver à la communauté ; il me demande de lui venir en aide pour la reconstruction de la case de sa maman. Ces jours, le quartier de la Paix et les environs étaient complètement inondés. Des cases sont écroulées, les jardins sous l’eau, l’intérieur des maisons saccagé par l’eau. Justin m’encourage à faire un tour au quartier, ce qui est difficile à cause de l’eau. Cette zone est un endroit toujours marécageux où personne ne devrait habiter mais les pauvres gens sont venus à cause des jardins. C’est aussi un endroit souvent très frais ; quant aux moustiques, n’en parlons pas ! Le gros problème est d’avoir de l’eau potable. L’eau, c’est la vie. Comment faire pour avoir de l’eau à boire à la cité de la Paix. Justin insiste : Mon Frère, ta présence va soulager mes frères et ma mère, même si tu ne nous donnes rien ". (Petit Frère Martial Agoua) Contacts : Etincelles, Feuille de liaison de Caritas-Bangui. Yves Gautier : BP 798 - CF Bangui. Courriel : yvesgautier@hotmail.com - CCP : Gautier yves : La Source 39 384 27 P 033 Services spiritainsC’est un autre aspect que nous pouvons évoquer au moment où nous sommes une bonne vingtaine de Spiritains à travailler avec l’Eglise centrafricaine. Nous pouvons vraiment parler de services.Premier évêque du diocèse d’Alindao L’un des premiers services a été d’accepter la prise en charge du nouveau diocèse d’Alindao. Mgr Peter Marzinkowski (Spiritain allemand) en a été nommé le premier évêque. Sa devise : Solidarité crée joie et vie. En soulignant ainsi son projet missionnaire, Mgr Marzinkowski attire l’attention sur le fait que l’évêque ne saurait tout faire seul, comme une sorte d’évêque-providence. Il appelle à la solidarité créative des gens : c’est ensemble, en conjuguant nos ressources et nos compétences dans un élan de solidarité collectif, que nous rendrons meilleur témoignage à l’Evangile. L’archevêque de Bangui, Mgr Paulin Pomodimo, a relevé cette orientation pastorale dans son homélie en exhortant les chrétiens d’Alindao à se prendre en main, en sachant participer à la vie matérielle de leur Eglise, aussi modestes soient leurs moyens. Evidemment notre Congrégation a vécu pleinement en communion avec cet événement. La nomination de notre confrère spiritain s’inscrit dans la continuité de son travail depuis plus de 30 ans et prolonge, de manière imprévue, le sens de son engagement pour l’Eglise en République Centrafricaine. Mais c’est aussi nous rappeler le travail spiritain accompli auprès du peuple oubanguien (ancien Oubangui-Chari) depuis le 13 mars 1894, lorsque Mgr Prosper Augouard, vicaire apostolique de l’Oubangui, ouvre la mission de Saint-Paul des Rapides, à Bangui.
L’Eglise centrafricaine a fêté son centenaire de janvier 1994 à janvier 1995. Elle compte maintenant 9 diocèses, plus de cent prêtres centrafricains et environ près de 800 000 catholiques sur une population estimée à trois millions et demi d’habitants.Paroisses et centres d’animation Les Spiritains travaillent dans les paroisses de 4 diocèses : 3 à Bangui, 2 à Mbaiki, 1 à Bambari, 1 à Bakouma. Ils sont aussi présents par leurs Maisons spiritaines dans des services ou centres d’animation : Maisons Saint Charles à Bangui et à Bangassou, Maison Maanicus à Bangassou, le Foyer de Charité à Bangui, le Centre marial de Mobaye. Ce qui est partagé autour du Chapitre de la Province d’Afrique Centrale offre une bonne idée de ce que les Spiritains recherchent ensemble pour donner un visage à leurs services au sein de l’Eglise en Centrafrique. Ce pays en a un urgent besoin, surtout pour que ses jeunes trouvent sens à leur vie. Ils ont soif d’une éducation qui leur donne les moyens d’apprécier la beauté du travail bien fait, de la fidélité et de la dignité. Echos d’un ChapitreLa Province d’Afrique Centrale (PAC), érigée à Libreville en 1999, vient de vivre sa deuxième assemblée ou chapitre provincial, du 30 juin au 8 juillet 2005. La PAC : 154 Spiritains originaires du Cameroun, de Centrafrique, du Congo Brazzaville, du Gabon et de la Guinée Equatoriale, mais aussi du Congo Kinshasa (6) et du Sénégal (2), ainsi que 66 Spiritains venus d’ailleurs (Afrique et Europe) pour travailler dans ces pays. L’équipe d’animation accompagne donc 220 missionnaires.
La mission de la ProvinceDepuis l’année de sa fondation (1977) et de son passage au statut de province (1999), peu à peu un tissu d’expériences variées permet de mieux préciser des orientations missionnaires. Déjà 30 Spiritains originaires d’Afrique Centrale prennent part à la Mission confiée à la Congrégation dans d’autres régions d’Afrique (Sénégal, Guinée Bissau, Congo Kinshasa, Angola, Mozambique, Zambie, Kenya, la Réunion) et sur d’autres continents : Asie (Philippines), Amérique du Sud (Brésil, Guyane), Europe (Belgique, France, Hollande, Irlande, Italie). Dans les pays d’Afrique Centrale, selon les priorités missionnaires retenues et redéfinies au cours du chapitre, les accents de la mission sont évoqués avec des mots qui en indiquent l’orientation et déjà des attitudes pratiques : animation ecclésiale et formation, priorité aux jeunes, solidarité et proximité avec les plus pauvres et les marginalisés, Justice et Paix pour tous, sauvegarde de la création. Deux témoignages ont souligné ces engagements. Madame Marie Catherine Abéna, laïque associée au travail spiritain et secrétaire d’Etat à l’éducation, a lancé un vivrant appel en faveur des jeunes. Les aumôneries, les internats, la catéchèse, les prisons, la rue elle-même sont autant de lieux possibles d’éducation. Des projets naissent d’ailleurs et sont proposés pour les premières affectations missionnaires. Mathieu Bililou, Spiritain, est responsable du centre de formation professionnelle Sala Ngolo de Dolisie (Congo Brazzaville). Aujourd’hui une formation solide est donnée à plusieurs centaines de jeunes de la région dans des domaines aussi variés que la mécanique, le maraîchage, la menuiserie, la restauration, l’informatique. Ces jeunes retrouvent confiance en l’avenir de leur pays et préparent sa reconstruction. L’équipe animatrice Parmi ses préoccupations, en solidarité avec les membres de la Province, l’éveil et l’accompagnement des vocations, nombreuses. Il y a aujourd’hui 75 jeunes en formation sur 10 années après le baccalauréat. Leur accompagnement demande du discernement, des formateurs suffisamment nombreux et bien préparés. Depuis 5 ans, 50 jeunes prêtres et 2 frères se sont consacrés au service de la Mission. Elle a ainsi à préparer avec les jeunes leur premier envoi missionnaire, soit pour les quatre pays dont ils sont originaires, soit pour d’autres : Sénégal, Angola, Zambie, Réunion, Guyane, Philippines, Pays-Bas, Belgique, France, Italie. Depuis la Fondation d’Afrique centrale (1982-1999) qui l’a précédée, peu à peu un tissu d’expériences variées permet de préciser les orientations missionnaires offertes aux jeunes. Au chapitre, les finances ont fait l’objet de longs débats. La Province d’Afrique Centrale est une jeune circonscription sans ressources financières propres, alors que les besoins sont immenses. La solidarité de la Congrégation en assume une partie (1/3 du coût de la formation). Quelques organismes d’Eglise, les bienfaiteurs, les familles et les confrères spiritains en ministère peuvent assurer le deuxième tiers. Sur place, réflexion et moyens s’imposent pour pouvoir investir et obtenir des revenus stables. Voici un moment précieux pour la vie de la Province d’Afrique Centrale. Beau programme aussi pour cette jeune circonscription, mais qui peut inspirer d’autres Provinces spiritaines et d’autres Eglises. D’après les PP Gabriel Myotte Duquet,
Supérieur Provincial de France et Yves Monot, ancien économe de la PAC Illustration : 1- Groupes d’orphelins pris en charge par les grands-parents soutenus par Aqueduc, en Centrafrique. -(Photo Aqueduc.) 2- Grand-mère avec ses petits-enfants.-(Photo Aqueduc). 3- Les Pygmées s’intègrent peu à peu dans la vie sociale en Centrafrique. -(Photo Aqueduc.) 4- Jeunes du postulat spiritain de Libreville (Gabon) en 2001.-(Photo Albert Perrier -RSJ) |