Chronique de l'oeuvre   
AVEC SAINT JOSEPH

Rencontre du P. Christian Cortinovis

Le P. Christian Cortinovis est un spiritain rattaché à la communauté d’Allex et vivant depuis 4 ans en ermitage près de Saint-Guilhem-le-Désert dans l’Hérault. Il a accepté de nous partager son parcours.



RSJ – Père Christian, tu es venu vivre une semaine avec la communauté d’Allex. Nos lecteurs seront certainement intéressés de connaître ton itinéraire spirituel. Comment a-t-il commencé?
P. Christian – De père et de mère d’origine italienne, je suis le plus jeune d’une famille de 5 enfants. Je suis né à Rodez, où j’ai fait mes études jusqu’au bac. Après une thèse en biologie à Toulouse, j’ai travaillé comme chercheur au Centre allemand de recherche sur le cancer. Avec deux autres chercheurs, nous avons trouvé des résultats qui contredisaient ceux du directeur de laboratoire. Ce fut la bataille du pot de fer contre le pot de terre et ce qui devait arriver arriva. J’ai dû quitter le Centre, sans avoir pu publier les résultats, perdant ainsi toute possibilité de continuer la recherche. J’ai découvert, quelques années plus tard, qu’ils avaient été publiés dans des revues américaines, mais il était trop tard pour moi.
Je suis alors parti travailler pendant 6 mois – comme bénévole – dans un mouroir de Mère Teresa, à Calcutta. J’y ai rencontré un pauvre, aveugle, qui n’avait même pas de nom, et qui louait Dieu toute la journée avec un visage radieux. Un choc pour le rationaliste que j’étais. Cet homme qui n’avait rien, mais qui respirait la paix, m’a fait voir que le plus pauvre des deux n’était pas celui qu’on pensait.
De retour en France pour des raisons de visa, je me suis posé la question de la vie religieuse. J’ai rencontré les Pères Blancs qui m’ont envoyé faire des séjours avec leurs étudiants. Je me suis rendu compte que cette vie n’était pas faite pour moi. Cette étape de recherche s’est achevée par une retraite accompagnée chez les jésuites. Je ne savais pas ce qu’était une retraite, ni un jésuite, mais j’avais promis aux Pères Blancs d’en faire une avant de me décider sur le chemin à suivre.
Au début de la retraite, j’ai fait part à mon accompagnateur de ce que je ne voulais devenir ni prêtre, ni religieux. Reste que j’étais décidé à la vivre à fond. Et ce fut intense. Le ciel s’est ouvert, Dieu s’est révélé à moi. Deux choses m’ont été données. Tout d’abord, Dieu n’est pas une idée, mais quelqu’un, une personne, qui existe vraiment. Ensuite, la Parole de Dieu s’est ouverte; c’est devenu clair. J’ai eu la conviction que je serais prêtre et religieux, ce qui a surpris mon accompagnateur qui pensait me proposer de voir ce à quoi Dieu m’appelait le jour même. Un changement à 180° par rapport au début de la retraite, un peu à la manière de saint Paul. Après discernement, j’ai finalement opté pour la vie missionnaire et les spiritains que j’avais connus à travers une Sœur de retour d’Afrique.
 
RSJ – Comment s’est déroulé ton parcours chez les spiritains?
P. Christian – J’ai d’abord fait un an d’études au centre Sèvres chez les jésuites et vécu un stage missionnaire de 2 ans au Mexique. De retour en France pour poursuivre les études commencées chez les jésuites, j’ai rencontré, au cours d’une retraite au Mont-des-Cats, le Dieu Amour. C’était un matin avant l’Eucharistie, alors que j’étais devant le Saint Sacrement. Il n’y a pas de mots pour dire ce que j’ai vécu là. Ce que je sais, c’est que je me suis senti aimé d’un amour fou que je ne pouvais même pas imaginer, quelque chose venue d’ailleurs. Ce qui m’a le plus surpris, c’est que j’étais aimé tel que j’étais, avec mes qualités mais aussi avec mes défauts; défauts que j’aurais volontiers extirpés de moi. Cette expérience inoubliable est comme un phare dans ma vie de tous les jours; phare auquel je me raccroche dans les moments de doutes et de ténèbres. Les études finies, j’ai fait le noviciat en Irlande. Le parcours proposé donnait l’occasion d’un regard sur soi.
Ordonné prêtre en 2000, à l’âge de 44 ans, j’ai été affecté dans les camps de réfugiés en Tanzanie. Un rêve qui ne s’est pas concrétisé pour des raisons de santé. Une sclérose en plaques a été diagnostiquée. Impossible de faire les vaccins requis. Je suis quand même parti pour un an à l’Institut de formation humaine intégrale de Montréal, comme c’était prévu dans le cadre de mon affectation en Tanzanie pour acquérir un outil permettant d’aider des gens ayant subi de lourds traumatismes (viols, tortures, meurtres, etc.). Une année de travail sur le corps, pas du tout intellectuel. J’ai commencé à mieux marcher et même à courir, ce que je ne pensais plus possible. Depuis, plus rien.
Nommé en France aux Apprentis d’Auteuil, j’ai travaillé 7 ans à la maison Saint-Jacques, près de Lille. J’étais principalement dans une classe à projets (cirque, théâtre, etc.), vivant au milieu des jeunes. En parallèle, j’ai fait 6 ans de psychothérapie. L’occasion d’une prise de conscience de ce qui me mène en profondeur et qui relève de blessures de la petite enfance.
La fracture d’une jambe en jouant au foot avec des jeunes m’a conduit à prendre du recul. J’ai senti un appel à «avancer en eau profonde» dans une vie de prière et de solitude. Mes supérieurs ont accepté et j’ai trouvé sans peine l’ermitage de Notre-Dame-du-Lieu-Plaisant près de Saint-Guilhem-le-Désert. J’y suis depuis 4 ans, menant une vie monastique de prière et de travail. Je sens la main de Dieu dans ma vie et je découvre sa Providence au travers des événements qui surgissent. J’entre dans l’accueil du présent et la disponibilité; choses qui m’étaient difficiles auparavant.
 
RSJ – Comment résumer ton témoignage pour nos lecteurs?
P. Christian – Dieu est là dans nos vies, il nous aime, et rien ne peut véritablement nous arriver. Maladie, dépression, faute, n’ont rien d’irrémédiable. La mort de Jésus sur la croix est un événement irrémédiable aux yeux des hommes. Ça ne l’est pas pour Dieu qui l’a ressuscité. Voilà la Bonne Nouvelle. Une invitation à une confiance sans bornes.
 
Propos recueillis par Jean Savoie (juin 2011)

Joseph, votre admirable vie
Se passa dans l’humilité ;
Mais, de Jésus et de Marie,
Vous contempliez la beauté !

Le Fils de Dieu, dans son enfance,
Plus d’une fois, avec bonheur,
Soumis à votre obéissance,
S’est reposé sur votre cœur !

Comme vous, dans la solitude,
Nous servons Marie et Jésus ;
Leur plaire est notre seule étude ;
Nous ne désirons rien de plus.

Quand l’épreuve sera finie,
Nous en avons le doux espoir
Près de la divine Marie,
Saint Joseph, nous irons vous voir.
Réunissez-nous dans le ciel.


Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus,
Manuscrits I, p. 14, 1896

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