Retour à l’émerveillement
De nombreux abonnés, dans le courrier des lecteurs,
s’émerveillent pour les grâces reçues par saint Joseph et ils font
célébrer des messes en remerciement. D’autres expriment leur merci en
prenant conscience de son accompagnement pendant toute une vie. C’est cet
émerveillement que nous pouvons partager..
À une époque où les indignés sont dans les rues – et pour cela ils ont sans doute de bonnes raisons –, il est bon de nous dire, surtout en ce début d’année, que l’émerveillement est aussi essentiel pour notre vie. «
Il est beau de dire merci, cela permet de clore quelque chose et d’ouvrir autre chose […] dans un monde de violence, où l’on ne se fait grâce de rien, où l’on est sans merci» (Vergely,
Retour à l’émerveillement, p.
219). «
S’émerveiller, dit encore cet auteur (p.
10),
c’est être là, comme au premier jour, comme au premier instant, pur, neuf, nu et regarder jusqu’au moment où les apparences basculent. […] Alors on est foudroyé par ce simple fait: j’existe, je suis.
»
Nous venons de fêter Noël, d’admirer de belles crèches
? Il y a, dans les crèches de Provence, un personnage qu’on appelle «
le ravi
». Il regarde Jésus d’une bonne figure épanouie. Il n’a rien à offrir. Il ne dit rien. Il est là, il mange le Sauveur des yeux, va à Marie, à Joseph, revient encore à Jésus et s’y fixe. Il est dans «
le ravissement
».

Quels sont ceux qui viennent le plus admirer les crèches dans nos églises sinon les enfants
? Déjà un bébé de quelques mois est souvent dans l’émerveillement. Tout le fascine, tout le captive, tout l’enthousiasme. Son corps entier le dit, s’agite. Il crie de joie ou de surprise à chaque découverte. Il veut toucher, sentir, saisir l’insecte et la fleur, le jouet ou le tissu du vêtement. «
Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux», dit Jésus (Mc, 10, 16).
Mais l’émerveillement de l’adulte ne doit pas rester dans la naïveté de l’enfance. «
S’émerveiller, pour l’adulte, c’est ne pas être blasé, hautain, méprisant, devant les drames de l’existence. Il ne se referme pas sur lui-même, il ne s’aigrit pas, il ne se durcit pas, il ne se révolte pas, il laisse sa chance à la vie, au lieu de se mettre en état de désenchantement. Il se met “en merveille”» (Vergely, p.
17).
Alors, pourquoi ne pas revenir à la contemplation de l’œuvre de Dieu et, devant le Fils qui est venu partager notre vie pour que nous soyons ses frères et devenions avec lui fils et filles du Père, nous pouvons chanter comme dans le cantique
: «
Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi?» Le psalmiste s’émerveillait aussi
: Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes
! «
Mon Dieu, tu me scrutes et tu me connais, tu as mis sur moi ta main» (Ps 138).
Terminons avec cette parole de Christian Bobin
: «
La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin au réveil.
» Puissions-nous chaque matin de cette année 2012 découvrir le cadeau que Dieu nous fait pour nous émerveiller encore et encore, et trouver toujours dans la grisaille de l’existence un chemin de vie.
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P.
Bernard Boulanger