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Pèlerinage des religions pour la paix

Le 27 octobre 2011, le pape Benoît XVI a réuni les représentants des religions en pèlerinage pour la paix, dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Assise. Comme il s’agissait de la reprise par Benoît XVI d’une initiative de son prédécesseur en 1986 et en 2002, cela constitue un événement mondial qui a reçu l’approbation et la participation des 30 délégations des diverses religions. Dans la vie de l’Église catholique c’est la manifestation d’une attitude que l’on peut compter parmi les fruits de Vatican II.


25 ans après la 1re rencontre d’Assise
Choisir une date anniversaire signifie à la fois le lien à l’événement premier, et à la fois le fait qu’il doit rester rare mais régulier. La référence à 1986 a été bien marquée par le mode de célébration et par le contenu des rencontres. Le slogan de 1986 a été gardé, affiché et expliqué : « Pèlerins de la Vérité, Pèlerins de la Paix ».
Le cardinal africain Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, a ouvert la rencontre d’Assise, en remarquant que croyants et non-croyants sont devenus, ce jour, des « compagnons de voyage » vers la paix. Le patriarche de Constantinople a rappelé le sens qu’il donne à ce pèlerinage de paix et de vérité et le primat de l’Église anglicane a proposé une « alliance des sagesses et des religions » dans cette lutte pour la paix.
Remarquons que le mot « prière » ne se trouve pas dans le titre. Mais il s’agit bien de pèlerins, c’est-à-dire une marche, une démarche, « une ascension par les pieds », a-t-il été dit. Les délégations partaient de Rome, se déplaçaient dans les divers lieux d’Assise et revenaient à Rome. Dans un discours propre à chacune des dix délégations qui se sont exprimées dans la matinée, on a perçu un intérêt commun pour l’essentiel de ce pèlerinage. On peut citer sans vouloir classer quoi que ce soit : la place des religions dans la société, la réconciliation des hommes avec Dieu, les uns avec les autres et avec l’environnement ; le dialogue pour une réconciliation, la fraternité entre les hommes, fruit de la relation universelle avec Dieu, le respect du « droit des gens » et des peuples.
 
Une prière pour la paix
Benoît XVI ce jeudi matin à Assise : la vraie nature de la religion n’est pas de susciter la violence. Le pape relève le rôle des religions dans l’histoire passée et contemporaine. Il indique une tâche pour le dialogue interreligieux, 25 ans après la première rencontre promue par Jean-Paul II : il met les croyants et les incroyants ensemble devant leurs responsabilités. Il souligne que le dialogue avec les non-croyants constitue pour les croyants une occasion de « purifier » la religion.
Le pape explique ainsi la nouveauté d’Assise 2011, la présence de non-croyants à cette « journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde » : « J’ai invité spécialement des représentants de ce […] groupe à notre rencontre à Assise, qui ne réunit pas seulement des représentants d’institutions religieuses. Il s’agit plutôt de se retrouver ensemble dans cet être en marche vers la vérité, de s’engager résolument pour la dignité de l’homme et de servir ensemble la cause de la paix contre toute sorte de violence destructrice du droit. »
 
Une recherche de la vérité
Le pape : l’absence de Dieu nuit à l’homme. Il déclare : « L’absence de Dieu conduit à la déchéance de l’homme et de l’humanisme. » « Le “non” à Dieu a produit de la cruauté et une violence sans mesure, qui a été possible seulement parce que l’homme ne reconnaissait plus aucune norme et aucun juge au-dessus de lui, mais il se prenait lui-même seulement comme norme. Les horreurs des camps de concentration montrent en toute clarté les conséquences de l’absence de Dieu. »
Le représentant de l’islam : la religion est là pour éclairer l’humanité, non pour l’écraser. Si la religion opprime l’homme, c’est que les fidèles ne la comprennent pas bien. Une erreur dans la doctrine ne fait dévier que les fidèles de cette religion ; mais une erreur sur l’homme et la société fait dévier toute l’humanité.
Julia Kristeva, philosophe et psychanalyste française, d’origine bulgare, fait partie des invités de Benoît XVI ne se ralliant à aucun credo religieux. Elle a parlé au nom de « l’humanisme ». « Pour la première fois, Homo sapiens est capable de détruire la terre et soi-même au nom de ses croyances, religions ou idéologies. » Mais elle relève en même temps cette capacité moderne de purification des croyances : « Pour la première fois aussi les hommes et les femmes sont capables de réévaluer en toute transparence la religiosité constitutive de l’être humain. […] La rencontre de nos diversités ici, à Assise, témoigne que l’hypothèse de la destruction n’est pas la seule possible », a fait observer la philosophe avant de proposer ce « pari » : « L’ère du soupçon n’est plus suffisante » et « face à la crise et aux menaces qui s’aggravent, est arrivée l’ère du pari : osons parier sur le renouvellement perpétuel des capacités des hommes et des femmes à croire afin que l’humanité puisse poursuivre encore pendant longtemps son destin créatif. »
 
Un engagement fraternel pour la paix
Le chef spirituel bouddhique coréen a proposé 4 fraternités : une fraternité pour la vie, une pour la paix, une pour la défense des cultures et une pour le partage et le bien commun de tous les hommes.
Le pape : la prière pour la paix en 1986 a été suivie de la chute des deux blocs qui étaient en guerre. Depuis, la guerre a cessé, mais il reste des ennemis de la paix : le terrorisme de la violence et l’indifférence de vivre comme si Dieu n’existait pas.
Le représentant hindou : notre pèlerinage est extérieur et nous engage à voir Dieu dans chaque végétal, dans chaque animal du ciel et de la terre pour une distribution équitable des richesses. Notre pèlerinage est aussi intérieur vers la paix et la vérité ; la paix est l’engagement non violent contre l’injustice ; prier pour avoir le courage de servir les autres avec ardeur.
 
Conclusion
Ces rencontres ont pris une forte légitimité dans la vie mondiale. Les principes en sont bien posés pour éviter toute peur ou rivalité mutuelle. Chacun propose les lumières de sa foi pour éclairer la paix des cœurs et la paix du monde. Chacun reçoit des autres sa contribution à la paix et au progrès de l’humanité.
 
Jean Savoie

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