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AU SOUFFLE DE L'ESPRIT

Le chrétien vitla charité dans la vérité

Par l’espérance, présentée dans le numéro précédent, les chrétiens vivent « à ciel ouvert ». Ils vivent aussi « à cœur ouvert » par la fraternité universelle. Ce n’est pas simplement philanthropie ou sympathie universelle ; pas seulement même le premier commandement. C’est une spiritualité et un programme de vie. Nous pouvons l’approfondir avec le grand texte de Benoît XVI, La Charité dans la vérité (C. V.), et avec l’exemple du Bx Charles de Foucauld, qui a voulu être comme le Christ, Frère universel. C’est aussi une piste importante du texte du concile sur L’Église dans le monde de ce temps (G. S.).



Le principe chrétien de l’amour universel est bien reconnu, et pas seulement par les chrétiens. C’est l’application concrète qui varie beaucoup selon les temps et les personnes. Dans l’Évangile, Jésus entre dans les détails d’application, par exemple dans la parabole du Samaritain ou dans les conseils de bienséance : notons le repas chez un chef des pharisiens : « Quand tu donnes un repas, n’invite pas tes amis, tes parents, sinon ils t’inviteront à leur tour et la politesse te serait rendue. Au contraire quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles et tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre ; cela te sera rendu à la résurrection des justes » (Lc 14, 12).
 
L’amour universel est bien au cœur du message chrétien
Tous les êtres et tous les hommes sont créés comme une participation à l’existence de Dieu
Dieu nous a tous aimés le premier. En nous faisant tous à son image, il a fait de nous des êtres de relation affective et affectueuse. « L’amour dans la vérité (Caritas in veritate), dont Jésus s’est fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière… C’est une force qui a son origine en Dieu, Amour éternel et Vérité absolue. Chacun trouve son bien en adhérant, pour le réaliser pleinement, au projet que Dieu a sur lui : en effet, il trouve dans ce projet sa propre vérité et c’est en adhérant à cette vérité qu’il devient libre » (C. V., n° 1).
  • Tous les humains sont rachetĂ©s dans l’unique offrande rĂ©demptrice du Christ
Un autre moment de la vérité de nos existences, c’est l’acte d’offrande du Christ à son Père pour notre salut. C’est aussi un acte de charité et d’amour universel. « L’amour dans la vérité (Caritas in veritate), dont Jésus s’est fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière » (ibid).
Cela fait à la fois notre dignité de sauvés par le Christ lui-même et notre humilité de pardonnés. C’est la base incontournable de notre condition chrétienne.
  • Tous sont destinĂ©s Ă  partager ensemble le bonheur Ă©ternel
Le troisième élément de notre condition chrétienne, c’est d’être appelés à vivre en communion filiale avec le Père, par la grâce du Christ dans la communion de l’Esprit. Cette espérance fait que le chrétien vit « à ciel ouvert », comme dit le catéchisme des évêques de France. Le ciel de notre présence personnelle à Dieu n’est pas fermé, il est déjà ouvert, et cela fait aussi partie de notre condition chrétienne.
 
Cet amour a une dimension affective
Ne nous laissons pas tromper par le vieillissement des mots. La charité a pu prendre le sens de faire quelque chose pour les pauvres ou les miséreux. La charité c’est la force de l’amour qui vient de Dieu et qui englobe tous les vivants, en nous comme en Dieu. Exprimons cela en détaillant un peu la charité affective et la charité effective.
  • La charitĂ© est la reconnaissance affectueuse que Dieu est Amour
La prière traditionnelle de l’Église dans l’acte de charité traditionnel met l’accent sur cet amour du cœur : « Mon Dieu je vous aime de tout mon cœur, parce que vous êtes infiniment bon, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous. » Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et aimer son prochain c’est toute la loi, dit Jésus. Il est difficile de mieux souligner la dimension affective de l’amour à la fois pour Dieu et pour le prochain.
  • La charitĂ© n’est pas ressentie de la mĂŞme façon envers tous, mais elle est voulue pour tous
Nous n’éprouvons pas la même tendresse envers tout le monde. Il y a une tendresse envers nos proches, et un amour plus raisonné envers nos ennemis. Mais si nous aimons en Dieu, nous voulons aimer tous les hommes même si nous ne sentons pas le même amour pour tous. « Aimer ce n’est pas sentir que nous aimons, c’est vouloir aimer », disait le Bx Charles de Foucauld.
  • Les gestes d’amour affectif sont toujours visibles dans l’Église
Il y a toujours eu des gens qui ont déclaré leur amour envers Dieu et envers les autres. Les psaumes sont pleins de ces louanges à Dieu créateur, à Dieu Père, à Dieu providence, à Dieu pasteur de son peuple. Les mystiques, chrétiens ou non chrétiens, ont su écrire de si belles prières arrivées jusqu’à nous. Mais peut-être nous faut-il reconnaître que notre temps exprime avec plus de force que jamais cette reconnaissance amoureuse de Dieu sur tous les continents. Le temps des mystiques n’est pas mort.
 
Cet amour a une dimension effective
Pour que l’amour universel soit vrai il doit s’exprimer effectivement dans la vie concrète. Et c’est là où nous devons ajouter à l’aide mutuelle immédiate généralement pratiquée une action réfléchie et coordonnée pour que tous les hommes puissent vivre plus humainement toutes les dimensions de leur vie. Les autorités de l’Église, surtout depuis le concile Vatican II et la Constitution de « L’Église dans le monde », ont beaucoup développé les analyses, les déclarations et les actions, pour un développement intégral, pour des actions solidaires, par une doctrine sociale toujours plus actualisée, comme le fait encore l’encyclique La Charité dans la vérité, de Benoît XVI.
Ce qu’ajoute cette si importante encyclique, c’est que l’amour, pour être vrai, ne peut s’organiser sans Dieu. L’aide aux autres ne peut être charité que si elle permet le développement humain de tous. Les relations commerciales ne peuvent s’organiser sans les relations humaines qu’elles entraînent.

Celui qui aime c’est celui qui agit pour le bien des autres
Dans les relations interpersonnelles, il est bien connu que celui qui aime n’est pas celui qui parle le plus avec émotion, c’est celui qui agit pour faire du bien aux autres, qui fait passer les autres avant lui-même. Pour cela, la charité effective doit être constructive et inventive. Dans les relations collectives, celui qui aime est celui qui, après avoir analysé le fonctionnement social, sait s’engager pour arriver à faire mieux vivre les autres en créant les conditions de justice et de solidarité. « Le chrétien désire ardemment que toute la famille humaine puisse appeler Dieu “Notre Père !” Avec le Fils unique, puissent tous les hommes apprendre à prier le Père et à Lui demander, avec les mots que Jésus lui-même nous a enseignés, de savoir Le sanctifier en vivant selon Sa volonté, et ensuite d’avoir le pain quotidien nécessaire, d’être compréhensifs et généreux à l’égard de leurs débiteurs, de ne pas être mis à l’épreuve à l’excès et d’être délivrés du mal ! » (Cf. Mt 6, 9-13) (C. V., conclusion).
 
La charité chrétienne aboutit à une doctrine et pratique sociale novatrices
« L’amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques. Pour l’Église, instruite par l’Évangile, l’amour est tout parce que tout provient de l’amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui » (C. V., 2).
P. Jean Savoie

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