Evénement


LES 50 ANS DE LA REVUE SPIRITUS

Nous étions une bonne centaine, dont 16 Spiritains, le samedi 10 octobre dernier, à l’Institut catholique de Paris, pour fêter les 50 ans d’existence de la revue Spiritus, revue d’expérience et de recherche missionnaires fondée par les Spiritains, aujourd’hui gérée en commun par 12 instituts missionnaires.

Cette fête a surtout été marquée par une journée d’études ayant pour thème " Un regard d’avenir sur la mission ". Comment, en effet, concevoir la mission dans le contexte de la mondialisation qui ne cesse de progresser, qui crée autant de problèmes d’exclusion et d’oppression qu’elle n’offre de nouvelles chances de coopération et de création de réseaux ? Comment mettre en œuvre la mission, témoignage de Dieu cherchant à partager sa vie par son fils et par l’Église guidée par l’Esprit Saint ? Comment se situer par rapport aux autres religions, qui se répandent, tout comme le christianisme, à travers le monde entier ?

Cinq intervenants dont quatre venant du Sud nous ont aidés à réfléchir à ces questions. Deux venaient d’Asie dont le père Amaladoss, Jésuite Indien. Celui-ci nous montre que la mise en œuvre de la mission de Dieu conduisant au Royaume porte fruit dans la mesure où elle se réalise en collaboration avec les autres religions. Il s’appuie sur des textes des conférences épiscopales de Malaisie, d’Indonésie, de l’Inde, de Corée, qui insistent sur cette collaboration nécessaire. Il dit les valeurs des autres grandes religions et philosophies de l’Asie, comme la prière chez les Musulmans, la maîtrise de soi chez les Hindous, le respect des anciens et de la famille chez Confucius, l’attention à la nature dans le Shintoïsme au Japon, sans nier le problème des castes en Inde, le statut d’infériorité de la femme tant dans l’Hindouisme que dans l’Islam.

Le professeur de Sciences politiques Joseph Yacoub, membre de l’Église chaldéenne, nous entretient sur les deux millions de catholiques d’Orient, vivant en Irak, Syrie, Liban, Iran, sémites ayant une longue tradition de dialogue avec l’Islam. Insistant sur les incompréhensions culturelles du passé avec les Nestoriens, dont l’influence s’est répandue jusqu’en Chine au XIIème siècle, Mr Yacoub rappelle qu’un rapprochement a commencé en 1994 entre les Églises d’Orient séparées de Rome et les autorités catholiques. Mais cela n’a jamais choqué personne en Orient que de voir 6 ou 7 évêques animer leurs communautés sur un même territoire. Ceci a plutôt aidé l’Église catholique d’Orient à développer une missiologie de l’Unité de Dieu dans la multiplicité des cultures.
Nous avons entendu ensuite deux intervenants venant d’Afrique centrale. Mlle Perpétue Kakese, de RDC, considère la mission comme une visite de Jésus aux peuples d’Afrique qui connaissent tous déjà le Dieu créateur. Il s’agit, pour les Églises de ce continent de témoigner de l’Évangile à travers des communautés-familles, comme l’a demandé le premier synode romain sur l’Afrique. Le Révérend Samuel Johnson, Camerounais, pasteur d’une Église évangélique, met en cause l’idée que l’Afrique serait bientôt un des nouveaux pôles de l’Église dans le monde. Sécularisation, guerres, violences et pauvreté, ethnocentrisme, maladies, dépendance financière quasi-totale des Églises du Nord, posent des questions qu’on ne peut mettre de côté. De plus, beaucoup de chrétiens d’Afrique vont d’églises en églises, de sectes en sectes pour chercher parfois un surcroît de forces naturelles, pour chercher à résoudre leurs nombreux problèmes, car les missionnaires ont apporté l’Évangile de l’Amour en Afrique. Mais, la majorité des Africains n’a pas encore acquis le minimum de biens matériels pour vivre décemment. Cependant, il est certain que les Africains ont choisi librement de devenir chrétiens. L’Église d’Afrique ne se développera que si elle n’oppose pas animisme et christianisme, intégrant plutôt les valeurs de l’animisme, en particulier les rites de passage (naissance, adolescence, mariage, mort), et si elle contribue à résoudre les problèmes de pauvreté, d’injustice, de division sur le continent.

La seule Européenne à intervenir dans cette journée a été Sr Marie Hélène Robert, professeur de théologie à Lyon. Elle nous a rappelé que nous vivons dans le temps de l’espérance que Dieu va établir son règne, que ce règne est déjà là depuis la résurrection de Jésus, que le Christ miséricordieux et juste va venir. Mais cette espérance est stérile s’il n’y a pas la charité qui rend déjà présent le royaume. La " Théologie de la Libération ", en Amérique latine, dit bien ce souci d’une espérance vécue dans la lutte du quotidien, que la foi est vraiment agissante et non pas aliénante, ni recherche d’un paradis seulement après la mort.

A la fin de la journée, le père F. Bousquet, vice-recteur de l’Institut catholique, a fait une reprise-synthèse de tout ce qui a été dit et suggéré par les interventions et les débats, avant que le père E. Manhaèghe, Directeur actuel de Spiritus, souligne que la vision de la mission chrétienne a bien changé depuis les premiers numéros de la revue et que l’avenir de la mission ne se trouve pas dans l’opposition, la méfiance, la guerre, mais le dialogue avec les autres religions qui amène conversions personnelles de chaque côté.
Roger Tabard

Page précédente           Site Spiritus           Site spiritain