La mission aujourd'hui
Soutien missionnaire à l’église locale
Le cas des missionnaires Spiritains au Zimbabwe
Léo Ekeanyanwu
Préambule
Dans son mot d’introduction aux documents du Chapitre Général de Maynooth,
1998, le supérieur général, Pierre Schouver a fait cette remarque :
Je pense que nous ne vous envoyons pas des textes morts. C’est
une assemblée vivante, venue de tous les lieux où vit la Congrégation, qui
les a « pondus ». Il faut les couver.
Ses mots inspirés trouvent leur accomplissement dans les
discussions sur la mission avec l'accent mis sur la collaboration avec les
églises locales, qui se trouve être en partie le sujet que l’on m’a
demandé de traiter. Cependant le même document capitulaire déclare, au titre
de l’appel aux églises locales : « Au cœur des églises locales notre
mission spécifique est de les éveiller au sens de la mission universelle, de
la justice et de la fraternité entre les peuples ». (Maynooth 1998, 2.10).
Aussi, cet article examinera de quelle manière notre congrégation, en tant que
congrégation missionnaire, réalise cette tâche en soutenant l’Église du
Zimbabwe par l’action des confrères sur le terrain.
Les Spiritains au Zimbabwe
Les Spiritains ont célébré 20 ans de présence
missionnaire au Zimbabwe cette année. La mission du Zimbabwe a été inaugurée
en 1984 par un petit groupe de Spiritains originaires de la province du
Nigéria, en réponse à un appel du diocèse de Mutare. Aujourd’hui c’est
devenu un groupe international. Nous sommes engagés dans trois des huit
diocèses du pays : Mutare, Gokwe et l’archidiocèse de Harare. Tout
récemment, l’évêque de Masvingo nous a adressé une lettre d’invitation.
Les évêques nous invitent dans leur diocèse quand ils
voient comment nous vivons notre charisme spiritain. Au cours d’une
discussion, le regretté archevêque de Harare me dit : « j’aime les
Spiritains parce qu’ils sont ouverts, qu’ils travaillent dur et que leur
démarche missionnaire ne comporte pas d’intentions cachées. »
Notre travail au Zimbabwe
Les Spiritains sont engagés dans les secteurs suivants :
Première évangélisation
La première évangélisation est au cœur du charisme
spiritain. Aussi, beaucoup d’entre nous travaillent dans des zones rurales
difficiles. L’église manque de personnel local dans ces endroits et certains
missionnaires refusent d’y être affectés. Certains, qui étaient
précédemment engagés dans ces missions, ont retiré leurs effectifs à cause
des conditions pénibles. Ce sont des régions de plaine, sauvages et exposées
à la sécheresse. Dans l’une de ses lettres de soutient aux projets
spiritains, l’évêque de Mutare écrit :
« J’ai invité la Congrégation du Saint Esprit après notre guerre de
libération, qui a conduit à l’indépendance en 1980. J’ai nommé les
Spiritains principalement dans la partie méridionale du diocèse, là où l’Église
est apparue pour la première fois en 1961. Ils se sont immédiatement adaptés
à Mutare aux exigeantes et torrides paroisses de plaine, exposées à la
sécheresse. Je suis très satisfait de leur travail. »
Dans le diocèse de Gokwe, les Spiritains ont ouvert une nouvelle mission dans
une région sauvage et semi-désertique. Nous y travaillons auprès des Tongas.
Les Tongas sont une minorité qui ne parle ni le Shona, ni le Ndebele, les deux
principales langues du Zimbabwe. Ils sont marginalisés et ne disposent pas de
routes praticables, d’électricité, de communications, d’eau courante, ni d’écoles
correctes. Chaque jour, ils doivent affronter des animaux sauvages. Ils ne
peuvent pas pratiquer l’agriculture car ces animaux détruiraient leurs
récoltes. Avec la présence des Spiritains, leur existence s’est améliorée
d’une certaine manière. Ils disposent maintenant d’une maison paroissiale,
d’une église, d’un couvent, de l’eau, d’une crèche, d’une école, et
des ONG viennent pour les visiter et soutenir certains projets. Pour les Tongas,
un missionnaire est un homme à tout faire. Ce n’est pas seulement un pasteur
mais aussi un manager, un constructeur, un médecin, un ambulancier, un père
pour les orphelins du SIDA et un banquier. Plus encore, il a réponse à tout.
« Père qu’allons-nous faire ? » La réponse est : Réfléchissons-y
ensemble. Notre mission au Zimbabwe c’est la première évangélisation, à l’exception
de Kuwadzana dans le diocèse de Harare, que nous avons acceptée pour l’accueil
des visiteurs car Harare est la capitale du Zimbabwe.
Dans toutes nos missions, nous encourageons les gens à être
auto-suffisants, en les aidant à créer des sources de revenus, comme les
briqueteries, la couture, la boulangerie, les moulins, l’élevage, les
boutiques d’écoles. Ces projets les rassemblent et leur permettent de
partager joies et soucis quand ils chantent des hymnes religieux et prient
après leur journée de travail. Après le travail, ils se réunissent et
organisent la visite des malades, des isolés et des orphelins du SIDA. Les
profits communs sont partagés toutes les deux semaines. Une partie est donnée
aux prêtres pour leur entretient.
La mission comme collaboration
Nous sommes seulement venus aider l’église locale, qui
porte responsabilité première de l’évangélisation (Maynooth 5). Dans
toutes nos missions, nous avons des collaborateurs, des enseignants, des
catéchistes, des responsables laïcs, des hommes et des femmes qui participent
entièrement au travail d’évangélisation. Dans nos missions, la plus grande
partie du travail est faite par les gens eux-même. Notre tâche est de les
encourager, leur confier davantage de responsabilités, de visiter les
communautés de temps en temps et de célébrer ensemble les sacrements. Sans
les pasteurs, les gens peuvent organiser eux-mêmes des services dans leurs
petites communautés chrétiennes.
Bâtir le clergé local
Former un clergé autochtone est la tâche la plus utile et
la plus importante à laquelle nous devons nous atteler, avec tout notre cœur.
Ce clergé autochtone donnera vie à ce que les missionnaires ont entrepris
(Message de François Libermann).
Quand les Spiritains ont rejoint le diocèse de Mutare en
1984, on comptait uniquement 9 prêtres diocésains et les vocations
sacerdotales manquaient. L’évêque a nommé l’un d’entre nous directeur
des vocations. Avec l’aide des Spiritains, le diocèse se flatte aujourd’hui
d’avoir 18 prêtres diocésains et de nombreux grands séminaristes. Nombre de
nouveaux prêtres ont profité des soins et de la formation des Spiritains. Nous
accueillons les séminaristes et prêtres diocésains, nous mangeons, prions et
travaillons avec eux. Certaines de nos paroisses se sont quasiment transformées
en séminaires. Presque tous les séminaristes sont envoyés dans les paroisses
spiritaines. Pendant des années nous avons aidé le diocèse à bâtir le
clergé local. Cependant quand nous avons senti le besoin de susciter de
vocations pour nous-mêmes, toutes les demandes initiales en ce sens ont été
refusées. Sans doute l’évêque craignait-il que les vocations diocésaines
soient étouffées. Nous avons garanti à l’évêque qu’accroître le
clergé local est fait partie du charisme spiritain. A contre cœur, il a donné
son accord à l'établissement d’un postulat spiritain à Marange en 1999.
Nous avons maintenant 8 jeunes garçons qui ont adopté le mode de vie
spiritain. Certains sont au postulat, d’autres en philosophie, et un
entreprend la théologie.
Éducation
« Où que nous nous établissions, nous créerons des écoles, nous
enseignerons tous ceux qui viennent à nous, mais avant tout nous aurons un
certain nombre de jeunes enfants qui seront formés en religion et autres
sciences.» Libermann, Mémoire sur les missions des noirs, 1846.
Fidèles à la tradition spiritaine, nous considérons l’éducation
comme partie intégrante de notre travail d’évangélisation. Aussi les
Spiritains du Zimbabwe ont-ils joué un rôle capital dans le domaine de l’éducation.
Notre devise est «prenez-les au berceau». Nous avons adopté les méthodes de
Mgr Shanahan et des confrères irlandais qui travaillaient au Nigéria. Nous
croyons que par l’apostolat en milieu scolaire nous pouvons parler aux jeunes
et leur proclamer la parole de Dieu. Dans presque toutes nos missions nous avons
une crèche. Nous représentons les évêques en tant qu’autorité responsable
dans 7 écoles diocésaines. Récemment, nous avons établi notre propre école
secondaire sous le nom de Collège du Saint Esprit. Nous sommes conscients du
fait que les évêques peuvent à tout moment reprendre leurs paroisses, au vu
du nombre croissant de prêtres diocésains, mais ils ne pourront pas prendre le
contrôle des écoles fondées par les Spiritains. Ces écoles resteront l’apanage
spiritain de cette mission. Deux d’entre nous sont aumôniers dans deux
universités : Africa University, appartenant aux Méthodistes et Catholic
University du Zimbabwe, appartenant aux Catholiques. L’un d’entre nous est
Secrétaire à l’enseignement du diocèse de Gokwe et un autre est professeur
du secteur public à temps plein. Tout ceci constitue un soutien missionnaire et
une contribution à l’Église locale.
Justice et Paix
« Nous considérons comme partie constitutive de notre
mission d’évangélisation : la libération intégrale de l’homme, l’action
pour la justice et pour la paix, et la participation au développement. » (RVS
14). Charité bien ordonnée commence par soi-même. Nous donnons à nos
employés un juste salaire et nous aidons des pauvres orphelins à payer leurs
frais de scolarité. Sunrise Solidarity Fundation Trust (« La fondation Soleil
Levant pour la solidarité »), un aspect des initiatives de solidarité
spiritaine, s’occupe des orphelins du SIDA, des déracinés, des enfants de la
rue et des petites gens des zones exposées à la sécheresse de Marange,
Nyanyadzi et Gokwe. Les Spiritains du Zimbabwe se font les défenseurs des
faibles et des sans-voix. A plusieurs reprises nous avons dénoncé ouvertement
les structures injustes. Plusieurs fois nous avons été mis en garde et
menacés par ceux qui contrôlent ces structures.
Sources d’inspiration
Le charisme de notre Congrégation est notre source d’inspiration. Le soutien
que nous recevons de la Maison Généralice à Rome est source d’inspiration.
L’assistance et les encouragements que nous recevons de notre partenariat avec
les provinces d’Europe et le Centre Spiritain de Bruxelles sont sources d’inspiration.
Le partage des expériences avec le Groupe International Spiritain du Mozambique
est source d’inspiration. Nous rassembler pour des retraites, des réunions et
des réflexions en commun, est source d’inspiration. Nos efforts pour
maîtriser la langue et la culture des gens pour lesquels nous travaillons sont
source d’inspiration. Une part de notre projet missionnaire consiste en l’apprentissage
en profondeur de la langue et de la culture des gens que nous sommes venus
évangéliser. Nous croyons que plus nous travaillons, particulièrement pour
les pauvres, plus nous serons inspirés. Malgré les difficultés, le travail
lui-même est très épanouissant. Beaucoup d’entre nous prêchent des
retraites, sont directeurs spirituels de congrégations religieuses, de prêtres
ou de laïcs. Visiter le camp de réfugiés de Tongogara chaque dimanche, y
célébrer la messe et enseigner le catéchisme est source d’inspiration. Cet
engagement auprès des réfugiés avait été entrepris par le P. Frans
Timmermans et feu le P. De Kinderen, tous deux de la province des Pays Bas.
Tout n’est pas rose
Tout n’a pas été rose et les accrocs n’ont pas manqué.
« Des missionnaires africains pour l’Afrique », on peut décrire ainsi très
exactement la présente équipe internationale des Spiritains engagés au
Zimbabwe. Au cours d’une réunion de la SCAF dans le diocèse de Mutare, un
paroissien a demandé : Ma Spiritans ane varungu here ? (« Les Spiritains,
est-ce qu’ils ont aussi des missionnaires blancs ? »). Nous faisons notre
travail en plaçant notre confiance en Dieu. Nous n’avons pas d’assurances
médicales parce que nous nous pouvons pas nous le permettre. Parfois nous avons
du mal à payer notre billet de retour pour les vacances. Parfois le manque de
personnel affecte la vie de communauté. Parfois nos évêques ne respectent pas
les termes du contrat. Que faire dans ce cas ? Allons-nous abandonner le travail
et le peuple de Dieu à cause d’un contrat ? Nous travaillons pour l’Église
locale et pour nos nouveaux confrères qui viendront après nous, qu’ils
soient de la SCAF ou du Zimbabwe. Nous ne nous accrochons à rien. Nous savons
qu’un jour ou l’autre il nous faudra quitter la mission, soit par la mort,
soit à cause d’une crise politique ou d’une guerre. A présent, parmi les
18 confrères du Nigéria ou de la SCAF présents au Zimbabwe, un seul
bénéficie d’un permis de séjour permanent. Les autres sont susceptibles de
partir à n’importe quel moment à l’expiration de leur permis de travail.
Conclusion
Zimbabwe, le « paradis africain » traverse une mauvaise passe dans le
domaine socio-économique. Une enquête récente a montré que 85% de la
population vit en dessous du seuil de pauvreté. La plupart d’entre eux vivent
dans les zones rurales où travaillent les Spiritains. Le pays est enclavé et
certaines régions, particulièrement les districts de Gokwe et de Marange sont
victimes de sécheresses répétées. Les événements du Zimbabwe sont vus aux
actualités internationales. Les questions comme le SIDA, le programme d’ajustement
structurel économique (ESAP), la redistribution des terres, la pénurie de
devises, de ressources énergétiques, la dévaluation de la devise locale, l’inflation
galopante et le manque de liberté d’expression sont des problèmes nationaux.
« Nous remercions le Seigneur que l’identification aux gens que nous servons
ne soit pas une attitude nouvelle dans la Congrégation. Ce partage de la vie
des gens dans les bons comme les mauvais moments est toujours l’idéal des
Spiritains de par le monde. » (Itaici). Nous sommes juste des serviteurs ; nous
n’avons pas besoin d’être remerciés quand nous avons fini notre travail ;
nous allons vers le Maître pour lui demander davantage de travail.
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