La mission aujourd'hui



PRESENCE MISSIONNAIRE DANS LES SITUATIONS DE CONFLIT OU D’APRES-CONFLIT
2. En situation de conflit ou de post-conflit en Angola

Barnabé Sakulenga

Après 40 ans de guerre, voici que l’Angola finit par connaître la paix. Quarante années de souffrances, de violences et de pertes en vies humaines. Un calvaire qui donnait l’impression de ne plus vouloir en finir. La paix est aujourd’hui un fait incontournable. Les armes se sont tues. Et, en principe, pour toujours. La guerre a cependant laissé un héritage très lourd à porter pour tout le peuple angolais.
  • · Divisions, antagonismes et manques de confiance de nature ethnique et sociale.
  • · Hyper-concentration de réfugiés et de déplacés. Villages, hameaux et cités entièrement détruits.
  • · Multitude de jeunes et adolescents sans occupation, sans école ni emploi, et sans aucun espoir d’avenir, condamnés à la délinquance, au vol, à la prostitution et à la drogue, sans oublier que nombreux parmi ceux-ci sont déjà nés dans la rue.
  • · Une qualité de vie détériorée, avec des services comme la santé, l’éducation, l’habitat, les transports et les services d’hygiène publique sérieusement touchés, des personnes et familles entières dans la misère la plus complète, livrés à la famine ; le nombre de porteurs du sida et de consommateurs de drogues augmente sans cesse sans la moindre réponse de la part de services sociaux organisés.
  • · Inégalité dans la distribution des salaires, de la richesse du pays et des ressources entre les ethnies et les provinces avec surgissement d’une classe de riches très fermée et très protégée.
  • · Un gouvernement et une administration publique incapable de garantir la moindre efficacité ou transparence dans la gestion du bien commun, mais qui sont largement employés à subtiliser les fonds publics à travers la pratique de salaires extrêmement bas en opposition flagrante avec un coût de la vie exagéré.
  • · Incontrôlable multiplication des sectes religieuse et augmentation phénoménale des pratiques de sorcellerie.
  • · On constate l’existence d’une sécularisation progressive et d’un relativisme moral avec ses incidences dans les comportements sur les plans humain, éthique et citoyen ainsi que dans l’éloignement de la pratique religieuse.

    2. Défis
    Comme on peut le voir, aux problèmes propres à la guerres en succèdent d’autres nés dans le nouveau climat de paix. Ce sont d’authentiques défis pour la nation angolaise, pour le gouvernement, la société civile, pour l’Église et pour la Congrégation en particulier.

    · Défi à la nation angolaise
    Celui d’intégrer en son sein tous les Angolais que les remous socio-politiques ont fait sortir du pays ou qui, à l’intérieur du pays, ont dû quitter leur terre natale. Cela revient à dire que la réconciliation nationale est le chemin obligatoire et sûr pour rendre véritable l’idéal de paix, d’harmonie et de bonheur pour tous. La guerre a détruit les structures physiques et mentales, elle a provoqué la séparation et la division de milliers de familles. Il y a des blessures qui coulent encore et des haines à surmonter, le tout aggravé par de l’intolérance politique pour certains partis.

    Le 2e défi est celui de l’intégration des tribus et groupes ethniques, surtout ceux qui sont restés enfermés dans leur culture propre, pour la création d’une patrie commune dans laquelle chacun puisse se couler et se sentir soi-même et où la société civile ne se vende pas aux divers pouvoirs (économique : surgissement de groupes qui s’auto-sélectionnent pour l’attribution des marché de distributions, de l’usage et de l’usufruit de l’argent disponible ; cullturel : quelques familles se voient faciliter l’obtention des examens d’université dans les technologies modernes au détriment d’étudiants plus capables, mais sans « oncle » ; religieux : le pullulement des sectes subventionnées par certaines « forces » qui recherchent l’affaiblissement de l’Église catholique) qui menacent une telle intégration.

    · Défi au gouvernement
    Il y a un ensemble de défis parmi lesquels je voudrais faire ressortir les suivants : retour des populations déplacées à leurs terres, redonner leur dignité aux démobilisés et à leurs familles ; reconstruire les infrastructures sociales et économiques que la guerre a détruites ; la mise sur pied d’une démocratie sans vices (vices comme la prévalence des partis politiques et intolérance politique) et la démocratisation des institutions de l’État : Désarmement de la population civile et réintégration sociale des ex-militaires (lesquels peuvent sans arrêt devenir sources de déstabilisation sociale s’ils n’obtiennent pas l’attention qui leur est due) ; la mise en place de la liberté d’expression qui se concrétise par une plus grande liberté de presse dans le pays tout entier ; un plus grand engagement dans la lutte contre le virus du sida ; la mise sur pied de politiques tendant à l’éradication de l’analphabétisme qui, selon des statistiques réactualisées et dignes de confiance, atteint plus de 60 % de la population angolaise.

    · Défi à l’Église catholique :
    Voilà que surgit le défi d’une évangélisation « neuve dans l’ardeur, les méthodes et les expressions » - comme le préconise le pape JPII, pour laquelle il faut que des commissions techniques se constituent qui sachent gérer les situations humaines avec vérité, charité, justice et solidarité, les fondements et piliers d’une paix véritable.

    · Défi à la Congrégation du Saint-Esprit :
    Comme on s’en sera rendu compte, être missionnaire spiritain aujourd’hui en Angola signifie aller à la rencontre de beaucoup de défis. Solidaires du peuple et spécialement des plus pauvres, nous nous sentons interpellés par eux. Dans un tel contexte, notre Mission tente de privilégier les aspects suivants :
    • 1. Promotion des communautés chrétiennes et formation d’un laïcat engagé et responsable.
    • 2. Mise sur pied d’une éducation formelle et informelle comme partie intégrante de notre Mission évangélisatrice.
    • 3. Dans nos missions et paroisses, au jour le jour, nous nous efforçons d’assurer la pratique sacramentelle, de recycler et de rendre fonctionnels les catéchistes, de mettre en place la pastorale socio-caritative, d’encourager et de soutenir les initiatives de développement des personnes et des biens.
    • 4. Une pastorale sociale d’initiatives concrètes dans les domaines de la santé, de l’enseignement, de l’alphabétisation et des sessions sur les droits de l’Homme.
    • 5. Nous prêtons une attention toute spéciale aux questions de Justice & Paix qui, en commençant par l’annonce de l’Évangile dans les communautés chrétiennes, cherche à éveiller dans les personnes le sens critique et la dénonciation de toute les injustices, qu’elles soient religieuses, politiques ou économiques comme celles qui nous sont imposées depuis l’étranger comme condition pour l’aide au développement, comme, par exemple, l’imposition de méthodes immorales pour contrôler la natalité.
    • 6. L’accompagnement et le soutien du peuple dans les limites de nos possibilités, dans le difficile et délicat processus de réinstallation ; en plus de la pastorale dans le monde urbain où les banlieues se changent de plus en plus en un océan de pauvreté extrême entourant de ses eaux des îlots d’opulence ; avec un souci de pastorale des jeunes dont la situation réclame plus que jamais l’établissement d’œuvres sociales et éducatives.
    • 7. Le travail pastoral auprès des militaires afin qu’eux aussi soient parmi les 1ers à faire les premiers pas pour la réconciliation de la grande famille angolaise. Hier, ils étaient utilisés par les politiciens pour défendre idéologies et partis politiques. Aujourd’hui, on semble les ignorer. Ils sont aussi un champ de mission pour les spiritains. Un confrère de la province d’Espagne fait en ce sens une expérience significative et jusque là inédite en Angola : Il visite les campements et réalise des sessions sur la réconciliation nationale. Cette initiative a reçu l’adhésion totale des militaires eux-mêmes et de beaucoup d’autres personnes.


    Conclusion.
    J’en termine en disant que reconstruire l’âme de l’Angolais et lui rendre sa dignité et son espérance en un avenir meilleur ainsi qu’en un Dieu libérateur se présente en fin de compte comme le défi le plus grand de la Mission de l’Église en Angola, et de la Congrégation en particulier dans cette période actuelle d’après conflit. L’être même de l’Angolais est demeuré profondément perturbé et blessé. Trop d’années se sont passées qui ne portaient que des signes de mort. Reconstruire et unifier cet être-là, cet individu-là, cette âme-là, s’impose comme l’immense tâche qui attend tous les Angolais.

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