Nouvelles Provinces et Fondations



Jeune Province PAC : joies et défis

Lambert Nzana




1. L’événement de 1999
2. La PAC en route,
2.1. Avec sa nature interculturelle et internationale,
2.2. Un projet missionnaire,
2.2.1. Aux appels ad intra,
2.2.2. Et aux appels ad extra ;
2.3. Une animation soucieuse de sauvegarder l’unité dans la diversité,
2.4. Une formation unique,
2.5. Une vie financière préoccupante ;
3. Vers une expression authentique de notre charisme spiritain,
3.1. Avec un dynamisme missionnaire,
3.2. Soucieux d’un engagement à vivre la pauvreté dans les contextes de sous-développement,
3.3. Mariant pauvreté et autofinancement


Comme les disciples d’Emmaüs voyageant après l’événement de Jérusalem, le Cameroun, le Centrafrique, le Congo Brazzaville et le Gabon, après l’événement de 1999, font route vers une expression plus authentique de notre charisme spiritain.
Arrivés au Gabon en 1844, au Congo Brazzaville en 1883, en Centrafrique en 1889 et au Cameroun en 1916, ils sont toujours présents dans ces pays aujourd’hui : quelle joie !

1. L’ÉVÉNEMENT DE 1999
En 1977, le feu de la Pentecôte a brillé d’un éclat particulier au cœur de l’Afrique : des Africains se sont alors engagés à reprendre la main de leurs aînés occidentaux, pour porter la flamme missionnaire : « Les jeunes arbres assurent la survie de la forêt ».
Et le 23 mai 1999, jour de la Pentecôte, était proclamée la naissance de la PAC, par la volonté des originaires, l’accord des affectés et la décision des Supérieurs de la Congrégation.
Ce visage nouveau de la mission spiritaine en Afrique Centrale est le fruit d’une alliance entre les quatre Districts alors existants d’une part (Cameroun, Centrafrique, Congo Brazzaville et Gabon) et la Fondation d’Afrique Centrale (Maisons de Formation) d’autre part : démarche longue, tissée de réflexions, d’hésitations, d’analyses, de prière. Nous avons ainsi accepté de mettre nos forces en commun pour mieux gérer l’avenir de la présence spiritaine en Afrique Centrale et de notre service missionnaire au sein de notre Congrégation.
De la naissance à ce jour, cinq grands événements ont marqué la vie de la province : le 1er Chapitre provincial à Libreville en 1999, la visite du Conseil général en 2000, le Conseil général Elargi à Pittsburgh en 2001, le Conseil provincial Elargi à Ngoya au Cameroun en 2002, et la Célébration des 300 ans de la Congrégation, avec spécialement la messe transmise en eurovision depuis le sanctuaire marial de Yaoundé au Cameroun, et à travers laquelle, nous avons voulu montrer que la Congrégation du Saint-Esprit a un passé, un présent, un avenir. Cette Messe existe en video CD.

2. LA PAC EN ROUTE
Laissons parler quelques chiffres : la PAC - province en quatre Régions - est un ensemble considérable de quatre pays d’Afrique Centrale, avec une superficie totale de 1 708 083 km2, une population de 27 millions d’habitants, 42 diocèses et 2 préfectures apostoliques, un effectif de 239 membres dont 159 originaires (juridiquement) de la Province, venant de 7 pays (les 4 de la Province, plus le Congo démocratique, la Guinée Equatoriale et le Sénégal), 80 sont affectés dans la PAC (59 des circonscriptions du nord, 21 de celles du sud), 93 sont étudiants (67 profès, 9 novices et 17 postulants).
En somme, nous venons de 13 pays d’Afrique et d’Europe et missionnons dans 17 pays d’Afrique, de l’Océan Indien, d’Europe, d’Amérique latine et d’Asie.

2.1. AVEC SA NATURE INTERCULTURELLE ET INTERNATIONALE,
La PAC a accueilli, comme membres, des confrères de diverses cultures. Les structures mises en place aident les membres des différents pays à pouvoir garder leur identité, en ayant peu à peu un souci d’autonomie relative des régions, avec chacune sa propre organisation, et sauvegardant les mêmes moyens de formation.
Notre sens de l’universalité et déjà de l’africanité prend corps dans notre recherche de proximité et notre fidélité au sein des peuples autres que les nôtres : des Européens et des Africains venus d’autres circonscriptions sont dans la PAC, des Camerounais sont en Centrafrique, au Congo et au Gabon ; des Centrafricains sont au Cameroun et au Gabon ; des Congolais sont au Cameroun, en Centrafrique et au Gabon ; des Gabonais sont en Centrafrique…
C’est relever que la Province est largement internationale : Africains et Européens partagent la même vie communautaire et missionnent ensemble.

2.2. UN PROJET MISSIONNAIRE,
Sous l’éclairage de Maynooth et de Pittsburgh, la PAC a fondé son projet missionnaire sur l’envoi des confrères ad extra et sur le service des Eglises d’Afrique Centrale. Au regard de ces trois années, elle a réalisé qu’elle devait désormais tenir en compte les évolutions des pays de la sous Région, des Eglises locales et de la diminution considérable de ses membres.
La PAC a ainsi ressenti le besoin de mieux enraciner l’arbre pour en cueillir les fruits le moment venu. Aussi le Conseil provincial élargi a-t-il demandé une meilleure visibilité spiritaine en nombre de confrères présents en Afrique Centrale, grâce à des lieux spiritains propres, par la qualité de la vie communautaire. Par ailleurs, l’Equipe provinciale doit veiller aux priorités suivantes : le service de libération notamment dans le monde de l’éducation et de la santé, le service paroissial devant être continué en fonction des besoins des Eglises locales, la qualité des communautés d’accueil. Ces priorités doivent être définies en dialogue avec les Eglises locales et en fonction du charisme spiritain.

2.2.1. Aux appels ad intra
Ayant hérité des engagements missionnaires pris par les Districts, qui forment les Régions actuelles, il est bon de passer un moment avec ces confrères dans des milieux difficiles manquant effectivement d’ouvriers locaux : le Nord-Cameroun en milieu musulman, l’Est Cameroun en milieu pygmée baka ; le nord du Congo Brazzaville; l’Est de la Centrafrique ; le sud du Gabon… Il est bon de découvrir l’expérience de ces confrères au service des malades à Libreville et Port-Gentil au Gabon ; à Yaoundé au Cameroun ; à Brazzaville au Congo ; et à Bangui en Centrafrique, avec la tri thérapie au bénéfice d’une trentaine de femmes atteintes du sida ; auprès des enfants de la rue à Brazzaville au Congo et à Libreville au Gabon ; et enfin le grand travail de formation et d’aide à l’insertion professionnelle des jeunes pauvres, au centre Sala Ngolo de Dolisie au Congo : le régional en a apporté des éléments audiovisuels…
2.2.2. Et aux appels ad extra
La joie de notre mission se caractérise aussi par les réponses que nous donnons à des appels entendus. Ces appels viennent de la Maison généralice, des autres circonscriptions spiritaines, et des Eglises d’Afrique Centrale.
Pour le cas précis de notre projet nouveau en Guinée Equatoriale, suite à l’accord de la Maison généralice, nous avons opté, en dépit de nos moyens financiers bien limités, pour une paroisse répondant le mieux possible à notre charisme spiritain.
Et donc, joyeux d’être en paroisse ou dans d’autres services d’Eglise (formations diverses, rencontre inter-religieuse, centres d’éducation, initiatives nouvelles dans les domaines de la santé, du social , des réfugiés, il apparaît clairement que notre vocation de spiritains d’Afrique Centrale est aussi nécessaire aujourd’hui qu’hier, du temps de nos aînés venus d’Occident essentiellement.
Des jeunes s’engagent dans l’apostolat avec disponibilité, conviction et générosité.
Nous pouvons répondre aux défis propres à notre situation dans la sous Région si nous sommes des gens de courage, qui peuvent oser lâcher des engagements anciens pour être libres de prendre de nouvelles initiatives, qui ont l’audace de faire des expériences nouvelles et de risquer l’échec, en nous préoccupant davantage de ceux et celles qui souffrent le plus de la perte de sens de la vie dans notre continent : les jeunes diplômés sans travail, les exclus des grandes villages et des villages, les malades du sida, tout le domaine de l’éducation en général et de la scolarisation en particulier, le vaste champ des enfants de la rue dans nos grandes villes, le pullulement des groupes religieux déroutant les pauvres et les fragiles de notre nouveau monde...
Convaincus que l’on ne peut être libre seul, nous ne serons jamais capables d’y répondre sans nous offrir les uns aux autres, confiance et courage.

2.3. UNE ANIMATION SOUCIEUSE DE SAUVEGARDER L’UNITE DANS LA DIVERSITE,
S’il est vrai que les structures d’animation sont là, et bien pensées d’ailleurs, il ne demeure pas moins vrai que pour un certain nombre de confrères sur le terrain, en particulier ceux qui ne sont pas originaires de la Province, la nouvelle réalité survenue avec la fusion des districts et la fondation dans la Province d’Afrique Centrale ne fait pas encore partie pratiquement de leur vision des choses.
La Province est encore perçue par certains comme une structure lointaine dont on voit surtout les inconvénients, comme par exemple l’exigence d’une plus grande solidarité financière pour faire vivre l’administration provinciale et surtout les maisons de formation.
Quant aux originaires de la Province, si l’appartenance juridique provinciale est de toute évidence, l’articulation identitaire entre la Région d’origine et la Province ne l’est pas pour autant. Il en est de même du statut du provincial qui est supérieur majeur, et celui des régionaux qui ne le sont pas. De fait, l’appartenance régionale semble prendre le dessus sur celle provinciale, une fois le confrère sorti de formation initiale.
Au vu et au su de ce qui précède, le défi de l’administration provinciale demeure de valoriser les aspects positifs de la nouvelle réalité provinciale, de rechercher divers moyens permettant de les faire mieux connaître aux confrères sur le terrain et ainsi de renforcer leur conscience d’appartenir à une même circonscription. Quelques moyens nous y aident : des visites régulières aux confrères de la part des membres de l’administration provinciale, un bulletin provincial dont nous tâchons d’honorer une parution régulière, des bulletins régionaux, des rencontres des confrères à l’intérieur des Régions.
Il reste à viabiliser des rencontres de confrères appartenant à diverses Régions autour d’un engagement apostolique similaire qui soit significatif de notre mission spiritaine, comme par exemple la présence au monde de l’Islam, le soutien à l’insertion professionnelle des jeunes, la pastorale des minorités ethniques ou sociologiques, des jeunes de la rue…
Un autre défi demeure le coût de l’administration provinciale, avec les voyages et les visas des membres de l’administration, des jeunes en formation initiale, des confrères en première affectation ; les recyclages.
Dès le début, avec ses moyens financiers limités, la PAC a opté de ne pas s’offrir une construction nouvelle pour abriter son administration. C’est ainsi qu’elle est logée dans une aile de la Procure des Missions à Douala.

2.4. UNE FORMATION UNIQUE
Outre l’éveil des vocations et l’année effective de postulat, accueillant aussi des étudiants des diocèses du Gabon et de quelques Instituts religieux de la place, le noviciat à Mbalmayo au Cameroun, une année de stage missionnaire, et le théologat à Ngoya au Cameroun.
Nous enregistrons généralement une présence généreuse des jeunes qui ont besoin d’être bien formés à la vie spiritaine.
Nous accueillons des étudiants d’autres circonscriptions d’Afrique. Reconnaissant ainsi la confiance qui nous est faite par ces circonscriptions en nous confiant des jeunes pour la formation, il y a lieu de relever le caractère très enrichissant de cette initiation à la vie spiritaine en inter culturalité et en internationalité. Cette situation nous invite à porter toujours une attention particulière aux équipes de formateurs de chaque étape de formation, en qualité et en quantité.
Déjà, à tous les niveaux de la formation dans la PAC, nous avons au moins un formateur d’une autre circonscription.
D’autres raisons d’expression de joie dans le domaine de la formation ont pour noms : le souci de vivre comme en famille, l’engagement des jeunes à la prise de responsabilité dans la gestion des maisons de formation et à la vie communautaire, un certain esprit de créativité des jeunes en formation, la hargne de connaître, la régularité de la rencontre annuelle des formateurs, l’unification du théologat …
Concernant la formation continue des formateurs prévue à Brazzaville au Congo, en lien avec le Conseil Général, la conférence panafricaine des supérieurs majeurs et des formateurs, nous nous attelons à la rendre fonctionnelle.
Malgré tout ce qui précède, nous n’avons pas encore rompu avec la peur du lendemain : nous avons dû ne pas accepter des jeunes pendant deux années pour manque de finances pour soutenir leur formation ; des structures de formation demeurent encore en construction.

2.5. UNE VIE FINANCIÈRE PRÉOCCUPANTE
En dépit des efforts consentis, l’autonomie est loin d’être atteinte et ce domaine reste très préoccupant. Jeune Province en nette croissance, notre préoccupation demeure de chercher des fonds et de les utiliser judicieusement, afin d’accorder soin à l’administration et l’animation provinciales, la formation initiale, la formation continue et la formation des formateurs et enseignants, à nos aînés au soir de leur route missionnaire.
Des projets significatifs pour plus d’autofinancement existent, mais il nous manque cruellement des moyens pour leur viabilisation.

3. VERS UNE RECHERCHE D’EXPRESSION AUTHENTIQUE DE NOTRE CHARISME SPIRITAIN
3.1. En dynamisme missionnaire,
La PAC veut être de plus en plus attentive aux demandes de la Mission, même si l’âge de certains confrères et les difficultés financières frappent constamment à notre porte.
À travers mes visites et le constat du Conseil provincial, je remarque qu’il y a une nette recherche d’affermissement de la foi, du charisme et de l’identité spiritaine, dans la prière et les rencontres des uns et des autres. Des efforts restent à faire et sont à consentir en amont comme en aval, dans la formation initiale et continue, dans une amélioration du style de vie personnelle, dans une meilleure qualité de vie en communauté.
Des recherches doivent continuer sur les aspects d’une mission qui se redimensionne en s’appuyant sur les ressources humaines, dont le dynamisme réside dans la qualité de la vie en communauté orientée vers la Mission, et qui suppose une animation vocationnelle spécifique, passant par l’exigence d’une organisation , d’une communication et d’une solidarité réelle entre les différentes Régions, visant à impliquer davantage tous les confrères et les communautés chrétiennes dans le souci de l’accompagnement des vocations spiritaines.

3.2. Avec un engagement à vivre la pauvreté dans les contextes de sous-développement
Loin de moi la prétention de vouloir établir une échelle de valeurs entre les 3 vœux et la vie communautaire, je polarise mon attention sur la pauvreté, parce qu’il me semble que l’engagement à la pauvreté évangélique est, peut-être, celui qui parle le plus à la sensibilité de l’homme contemporain et qui est le plus apprécié, surtout dans sa dimension de solidarité avec les plus pauvres .
A parcourir les statistiques de la Congrégation, il n’est de secret pour personne qu’en Afrique en général, la vie religieuse spiritaine connaît une notable floraison.
Le vœu de pauvreté, dans un environnement de misère sociologique, est difficile à faire comprendre. Il faut toujours s’astreindre à le libérer de beaucoup d’équivoques qui souvent font que la vie religieuse est mal comprise des fidèles de nos jeunes Eglises dont nous sommes issus. Il s’agit ici d’une problématique bien connue de nous tous ici présents.
Aussi le défi des défis pour moi repose sur ces questionnements : que signifie pour les pauvres l’annonce de la pauvreté religieuse ? Quel est le signe prophétique de la pauvreté religieuse dans des contextes de grande misère ?
Il me semble que le concept de pauvreté religieuse dans ces milieux n’est pas objet de compréhension immédiate et a besoin d’être clarifié. Non perçue comme une valeur, elle est au contraire synonyme d’indigence, de disgrâce, de précarité, de marginalisation humaine et sociale.
Je pourrais même ajouter que le témoignage de la pauvreté religieuse qu’offrent les religieux dans les milieux où il y a pauvreté, misère, n’a pas de visibilité claire et ce n’est pas rare qu’il suscite de la méfiance.
Les vocations qui proviennent de nos jeunes Eglises et qui vivent dans des aires sociales pauvres ne perçoivent pas facilement la signification du vœu de pauvreté, vu la distance existant entre leur niveau de vie dans la Congrégation et le contexte humain et social d’où elles viennent et où la famille d’origine, tout comme la majeure partie de la population, continue à vivre.
Pour ces candidats, la vie religieuse spiritaine est souvent synonyme de promotion sociale, avec une garantie suffisante de sécurité et de bien-être. Leur vie matérielle s’améliore, de même que le niveau culturel assuré par la Congrégation, et quelques incertitudes de la vie diminuent. Aussi entendons-nous souvent cette objection : « les religieux font le vœu de pauvreté, mais ce sont surtout les simples fidèles qui le vivent ».
La pauvreté consacrée, devant le défi de la misère, devient compréhensible surtout dans sa dimension de solidarité avec les pauvres, de partage des biens, de service du bien commun, d’engagement en faveur de la promotion humaine, de lutte contre les conditions de sous-développement.
La pauvreté comme état de misère n’est certainement pas une valeur à poursuivre. La vocation chrétienne est toujours de sortir du sous-développement, de vaincre la misère, de s’enrichir pour être en mesure de donner, et partager avec les frères les biens acquis.
Cette problématique pourrait bien s’exprimer dans le binôme : béatitude évangélique de la pauvreté - engagement à produire et à s’enrichir : « le bonheur du chrétien consiste à partager. Or, pour partager il faut avoir; pour avoir, il faut produire abondamment ; pour produire abondamment, il faut travailler rationnellement ; pour travailler rationnellement, il faut s’organiser solidairement », aimait à répéter Jean ZOA, alors évêque de Yaoundé.
La pauvreté évangélique présente le paradoxe d’exiger toujours une richesse à donner. « Le Christ, de riche qu’il était, se fit pauvre pour enrichir les hommes », « Claude Poullart des Places, de famille riche qu’il était, refusa cette richesse pour enrichir les jeunes déshérités », …
Le mystère de la pauvreté de Dieu est aussi grand que celui de sa richesse, entendue comme plénitude de vie, plénitude d’être, plénitude d’avoir. Dieu est le plus pauvre justement parce qu’il est le plus riche et parce qu’il est celui qui fait don de sa richesse, jusqu’à se priver des prérogatives de sa divinité même.
N’est-ce pas cette pauvreté que nous sommes invités à imiter ? N’est-ce pas d’elle que nous devons témoigner dans notre engagement ?
Dieu nous appelle à être riches, à participer à sa richesse et à sa plénitude de biens. C’est à la lumière du mystère de la kénose de Jésus qui de riche se fit pauvre, révélant aux hommes la réalité du Dieu Un et Trine que nous est montré, au cœur de la richesse infinie de Dieu, le mystère de sa pauvreté.
Aussi s’agit-il d’amener les jeunes à réaliser que la pauvreté consacrée est une nouvelle notion de pauvreté, telle que vécue et proposée par Jésus. En dehors de cette perspective où la pauvreté est le signe du don et de la communion, elle reste une réalité dégradante, fruit de privation, oppression et injustice contre lesquelles il faut lutter.
3.32. Mariant pauvreté et autosuffisance
Jeune province, nous sommes confrontés à un problème grave et urgent qui est celui de notre autofinancement. Cette capacité à nous autofinancer ne contredit certes pas le discours de la pauvreté évangélique ; c’est au contraire la condition qui la rend possible et authentique.
En effet, notre capacité d’autofinancement n’est pas seulement une simple acquisition des moyens matériels, mais aussi le signe d’une croissance des communautés témoins, d’un cheminement vers la prise en charge de nos besoins essentiels, cheminement qui exige non seulement des efforts, des sacrifices, des changements de mentalité et de comportement, mais une mise en place des structures propres à notre réalité nouvelle.
La rencontre avec le Christ réveille les consciences, modifie les comportements, soutient un engagement capable de créer des dynamismes de développement matériel, humain et spirituel. Ce n’est qu’à ces conditions qu’une circonscription jeune devient capable, à son tour, de donner et de participer authentiquement à la communion et à la solidarité entre les circonscriptions.
C’est dire que seul un engagement des membres de la PAC pour l’auto-promotion et le développement de notre sous-Région, notre milieu social, rend possible et authentique le vœu de pauvreté. « Seul le riche peut être évangéliquement pauvre ».
N’est-ce pas ici la conscience qu’on doit former en particulier chez nos novices et nos jeunes profès venant justement de nos jeunes Eglises et nos pays pauvres, si nous ne voulons pas proposer l’hypocrisie d’un engagement à la pauvreté vidé de toute réalité humaine et théologale ?
Le défi de la pauvreté consacrée face à la pauvreté théologique consiste à mon avis à transformer la pauvreté vécue comme calamité en une pauvreté redécouverte comme béatitude évangélique qui exige en tout cas le maximum d’engagement pour transformer les situations de misère et pour lutter contre toute forme d’indigence et de sous-développement.
Relever ce défi signifie appeler à un cheminement de conversion les pauvres eux-mêmes, afin qu’ils laissent les exigences évangéliques définir leur existence. Ce n’est pas la précarité, le manque de biens, qui rend heureux, mais l’attitude fondamentale qu’on assume devant les exigences évangéliques.
Les défis que le sous-développement lance à la vie spiritaine ne sont pas insignifiants. La misère des pauvres, la vie et l’engagement à leurs côtés, nous aident à redécouvrir l’aspect théologal profond de cet engagement évangélique, à la suite de Claude Poullart des Places et de Libermann. Ils nous aident à comprendre que la pauvreté évangélique n’exprime pas seulement une relation aux biens matériels, ni n’augmente à proportion de leur privation. La pauvreté évangélique devient au contraire plus grande en lien avec la solidarité vécue, avec les biens partagés, avec le don de soi, avec l’acte de foi, avec l’abandon à Dieu.

POUR CONCLURE, ...
Avec tous les confrères de la PAC, nous adressons à toute la Congrégation, au Conseil général, aux circonscriptions d’Europe et des Amériques, à la Province de France en particulier, notre reconnaissance et notre merci fraternel pour toutes les marques de solidarité et d’aides diverses à notre jeune Province. Vous nous avez aidés, vous nous aidez, continuez à nous soutenir dans notre quête d’autonomie vitale.

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