Nouvelles Provinces et Fondations
JOIES ET DEFIS QUE RENCONTRE LA F.O.I.
Wenceslas Rabe
En route vers la P.O.I. !
Voici les défis principaux en face desquels la F.O.I. se trouve actuellement:
- Rechercher une "manière d'être" spiritain dans notre Région. (1)
- Vivre en communautés internationales dès la formation. (2)
- Répondre au jour le jour aux exigences que pose une nouvelle Province. (3)
1. Un des défis les plus évidents de la F.O.I., c'est
de prendre la suite d'un travail commencé voilà vingt ans par des
Spiritains originaires d'Europe. Ils avaient leurs convictions, leur
mentalité, leur idée de la Mission. Et c'est un fait que ce sont eux, à
travers les supérieurs des districts de Madagascar, Maurice et La Réunion,
et avec une disponibilité qui ne s'est jamais démentie, qui ont "mis
au monde" la Fondation. Il est certain que, sans eux, nous n'aurions
pas vu le jour ! Mais une chose est de mettre en oeuvre une intuition dans
une région, par des personnes qui lui sont extérieures, autre chose est de
faire que cette intuition prenne la couleur, l'expression, la mise en forme
de la réalité locale par des confrères originaires de la région. Et ceci
dit, tout en reconnaissant le travail qui a été accompli par nos
prédécesseurs ! C'est bien cela le principal défi auquel nous devons
répondre !
2. Cette perspective de "naturaliser",
"d'inculturer" le charisme spiritain et la "pratique"
spiritaine rencontre un autre défi qui n'est pas moindre ! Elle se heurte aux
différences qui existent à l'intérieur même de la nouvelle génération de
spiritains de nos Iles ! C'est elle qui est appelée à penser, à formuler ce
qu'est pour eux le patrimoine spiritain que nous recevons. Mais en fait,
n'est-ce pas une gageure que de vouloir faire une unité de quatre pays qui
constituent la future Province de l'Océan Indien ? Quels sont les éléments
communs qui peuvent exister entre des Malgaches, des Mauriciens et des
Réunionnais, en attendant les Seychellois, au point d'en vouloir faire une
Province ? Il n'est pas question de vouloir une uniformité (ce qui serait à
condamner parce que chacun possède ses propres talents et n'a aucunement à les
renier ! Ce serait d'ailleurs impossible à réaliser !); mais, à notre tour,
au sein même de la Région, nous vivons de nombreuses différences dans nos
cultures: un Malgache n'est pas un Mauricien, et un Réunionnais n'est pas un
Mauricien ! Nos pays sont différents; les régimes politiques aussi, le
standing de vie aussi ! A première vue, tout semblerait dire que la visée que
nous poursuivons est une utopie !
Notre défi, c'est d'accepter de dépasser les nationalismes
existants, les mentalités parfois étriquées et nous ouvrir à d'autres
réalités que les nôtres, accepter de partager le peu de personnel que nous
avons. Les membres des anciens districts ne sont pas encore totalement
convaincus que les jeunes de la Fondation ne vont pas automatiquement les
remplacer dans les œuvres ou paroisses dont ils étaient auparavant
responsables...! Cette acceptation commence d'ailleurs à chaque Conseil de la
Fondation au sein duquel sont représentées les différentes composantes de
notre Région spiritaine.
Pour hier comme pour aujourd'hui, la seule possibilité de
répondre à ce challenge, et donc de pouvoir dépasser ce qui semblerait être
des handicaps, c'est de vivre le plus profondément possible notre
"culture" spiritaine, notre spiritualité; c'est le lieu où nous
pouvons tous nous retrouver, frères pour une même mission qui ne nous
appartient pas en propre, mais qui est la Mission de l'Eglise ! C'est ce que
Saint Paul écrivait aux Corinthiens sur la diversité des membres qui doivent
maintenir coûte que coûte l'unité du corps ; c'est aussi entièrement valable
pour nous. Et là, nous nous retrouvons à plein dans la recherche de notre
chapitre : "maintenir l'unité dans une Congrégation toujours plus
diversifiée" (GCh.04/14F) ; nous nous inscrivons totalement dans cette
recherche et cette"redécouverte plus approfondie de notre vie consacrée
et d'une vie communautaire" authentique, en communauté internationale !
3. Il va sans dire que, dans notre Fondation, même si elle a
vingt ans d'âge, nous en sommes toujours à tâtonner. Rien n'est
définitivement sûr et chaque pas que nous avons à faire doit être calculé !
Cela se vérifie dans tous les domaines, en particulier:
- au niveau de la "mission" : faut-il nous engager davantage dans la
mission "ad extra", comme l'ont fait nos prédécesseurs ? Mais sans
oublier pour autant la nécessité d'avoir des "home bases", une base
arrière où pourront être annoncées la beauté et les exigences de la
vocation missionnaire dans nos Eglises d'origine. Base arrière aussi pour que
puisse se vivre une formation la plus proche possible de la culture des
candidats; et aussi, même si c'est pour plus tard, nécessaire pour accueillir
les confrères âgés ou malades dans des maisons ad hoc, sans rechercher pour
autant le confort… Il faut savoir tenir ceci sans oublier cela !
- au niveau de la formation, justement : comment assurer une formation saine et
complète aux jeunes confrères, alors que nous n'avons pas le personnel
compétent voulu ? Nous sommes à bout de ressources humaines : les anciens qui
nous ont aidés "jusqu'à la corde" sont trop âgés. Par ailleurs, il
n'est pas évident que les jeunes confrères qui nous arrivent aient le charisme
de formateur ; être formateur est une vocation ! Ceux qui auraient ce
tempérament et cette vocation doivent nécessairement passer un temps en
situation missionnaire, sans compter leurs années d'étude ! Nous nous trouvons
véritablement dans une période de "passage", de transition: il faut
tout assurer, mais avec peu de moyens à notre disposition.
- Et bien entendu, nous sommes toujours poursuivis par la
question des finances. Comme toute entreprise "non lucrative", la
question est de savoir où trouver l'argent, ne serait-ce que pour les
communautés de formation, ou tout simplement pour les rencontres des membres du
Conseil et pour les mille besoins de l'administration d'une circonscription
normale. La solidarité de la Congrégation a marché à plein jusqu'à présent
et nous remercions toutes les circonscriptions qui y ont contribué. Il nous
reste toutefois la question lancinante de trouver des fonds propres à la
Région, ce qui n'est pas évident; malgré les efforts faits par les uns et les
autres, notre participation financière est encore bien maigre !
Défis continuels à relever, non pas l'un après l'autre,
mais tous ensemble, ce qui rend la tâche difficile ! Mais il ne faudrait pas
croire pour autant que nous sommes écrasés par la situation. Pour être juste,
il faudrait aussi signaler les joies que nous rencontrons. C'est vraiment
exaltant de pouvoir vivre une telle aventure d'Eglise, assurés de pouvoir
compter sur toute la Congrégation. Joie aussi de voir les confrères partis au
Pakistan ou en PNG, heureux de leur ministère auprès de leurs frères du Sud…
Joie de voir nos pays qui ont tant reçu de la part des missionnaires
européens, qui prennent le relais de la mission ! C'est vraiment l'Eglise en
marche que nous vivons aujourd'hui et c'est cela qui nous remplit de joie !
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