Provinces anciennes : Joies et défis
Irlande
Pat Palmer
Le défi numéro un posé aux provinces de l’hémisphère
nord, c’est de voir le Saint Esprit à l’œuvre dans nos provinces et dans
notre histoire et d’accepter ce que l’Esprit attend de nous maintenant. Ceci
n’est pas facile car il semble que nous soyons face à la mort, plus rapide
pour certains que pour d’autres. S’il en est ainsi, est-ce cela que l’Esprit
attend de nous ? Si ce n’est pas ce que veut l’Esprit, alors nous devons
nous demander ce que nous ne faisons pas ou ce que nous faisons mal. Nous devons
nous demander si notre travail est terminé. Mais la réponse qui vient
immédiatement est : non. Quand nous regardons l’Europe aujourd’hui, le
besoin d’évangélisation, d’annoncer la Bonne Nouvelle, a rarement été
aussi urgent à travers l’histoire. Si, en tant que congrégation, nous ne
sommes pas appelés à le faire, alors qui le sera ? Cela fait-il partie de
notre charisme ou notre charisme s’est-il éteint dans cette partie du monde ?
Interpréter théologiquement ce qui se passe autour de nous est une grande
exigence, pour nous et pour l’Église du monde ancien.
Mais nous devons aussi nous considérer comme appartenant à
cette société et à toute l’Église. Une congrégation religieuse n’existe
ni pour elle-même ni par elle-même. Elle subit l’emprise du monde alentour,
parfois trop, alors que sa propre influence sur ce même monde est souvent
difficile à percevoir.
La situation de la Congrégation en Irlande est le reflet de
l’état de l’Église en Irlande. Nous sommes passés d’une situation où l’Église
était tenue en grande estime et identifiée à l’État à un effondrement du
respect envers l’Église et de la pratique religieuse. Les vocations sont plus
que jamais en baisse, particulièrement pour les congrégations missionnaires.
Il y a plusieurs raisons à cela ; celles, habituelles, de la sécularisation et
de l’abondance nouvellement acquise, autant que les scandales dans l’Église,
des choix plus variés de style de vie ou de profession, et un déclin de la foi
religieuse.
Cependant, alors que beaucoup ont cessé d’aller
régulièrement à l’Église, particulièrement les jeunes, on note chez de
nombreuses personnes un réel intérêt pour la prière et la spiritualité, un
désir sincère de recevoir de l’aide pour connaître Dieu et envisager une
alternative au matérialisme et au consumérisme envahissants.
L’Église « officielle » et « institutionnelle » n’attire
personne ; parfois les jeunes paraissent avoir une réaction quasi-pavlovienne
à tout ce qui concerne l’Église. Le défi est de trouver d’autres moyens
de les rejoindre et, d’une façon ou d’une autre, leur permettre d’éveiller
la foi qui, nous le croyons, s’offre à eux. Les religieux, de par leur
charisme, sont en mesure de le faire. Les religieux peuvent s’adapter à des
circonstances qui arrêtent l’Église institutionnelle.
Voici le tableau de la situation dans laquelle se trouve la Congrégation en
Irlande. On aurait tort de croire que nous sommes abattus par les difficultés.
Je considère comme un signe de la présence de l’Esprit que nos confrères
poursuivent leur ministère avec joie et confiance, malgré les obstacles et les
défis.
NOS JOIES
1. Témoigner des réalisations de tant de missions où des confrères ont
travaillé depuis une centaine d’années. On peut en reconnaître le fruit
dans les solides Églises du monde en développement, dans les vocations
diocésaines ou spiritaines, ou en voyant certains de ces confrères qui
viennent en Europe pour nous aider dans notre travail. En Irlande, nous avons
déjà bénéficié de la présence de confrères africains venus travailler
ici.
2. Faire partie d’une communauté plus libre et plus humaine, après avoir
abandonné de nombreuses habitudes et croyances qui réprimaient et
asservissaient au lieu de libérer et d’épanouir la personne. L’autoritarisme
ne se trouvait pas seulement en politique, mais aussi dans l’Église. L’un
des fruits de Vatican II, c’est l’humanisation de la vie religieuse.
3. Voir des confrères âgés engagés pleinement dans le ministère et y
apportant toujours une contribution significative. On ne voit ça dans aucune
autre profession. Bien sûr on peut aussi le voir de manière négative :
sommes-nous en train d’étayer un système qui s’écroulera de toute façon
? Mais une partie du charisme spiritain est dans notre type de relations avec
les gens. Cela fait souvent l’objet de commentaires et c’est la raison pour
laquelle les évêques aiment avoir des Spiritains engagés dans leur diocèse.
4. Observer une plus grande disponibilité à collaborer avec les laïcs et
voir augmenter les Associés Spiritains dans la Congrégation. Je ne pense pas
que nous devions tenter de trop contrôler ou organiser leur développement. C’est
quelque chose de nouveau que l’on devrait laisser croître selon sa propre
dynamique.
5. Pouvoir bénéficier du renouveau de la spiritualité et de la vie de
prière, les nouvelles idées qui ont fait éclater les étroites catégories du
passé et nous ont aidés à améliorer notre vie de prière. Ajoutée à ceci
est la fidélité de tant de confrères à leur vocation et à leur ministère.
6. Voir la coopération croissante entre provinces d’Europe. Une nette
avancée vers des structures plus régionales.
7. Constater le succès de nouvelles initiatives en Irlande, notamment celles
en faveur des demandeurs d’asile et des immigrés : le nouveau projet de
SPIRASI (CCTS) qui répond aux besoins des demandeurs d’asile, de l’Education
Awareness Office (bureau de sensibilisation et d’éducation) qui attire l’attention
sur des problèmes tels que le suicide, la brutalité, l’harmonie au foyer,
les addictions, et le Newlands Counselling Centre (centre d’assistance
psychologique de Newlands). La très active équipe Justice et paix de la
province est un signe d’espérance.
NOS DEFIS
1. Nous sommes un groupe déclinant et, peut-être, moribond. Comment
maintenir le moral des confrères qui voient bien peu de jeunes confrères,
sinon aucun, à leur suite ? Certains confrères âgés ont des difficultés à
accepter le changement de l’image de l’Église en Irlande.
2. Le défi des vocations : Si nous croyons que Dieu appelle des gens,
comment les rejoindre et comment éveiller ces vocations ? Cela implique de
construire la foi d’une personne et sa disponibilité à se confier à quelque
chose de plus grand qu’elle. A cela sont également liées des questions de
société : familles moins nombreuses, plus grande richesse, influence de l’entourage.
3. En dépit de la baisse des effectifs, nous recevons des demandes d’aide
de la part des missions ou à l’intérieur même de notre pays. Mais nous
sommes de moins en moins en mesure d’y répondre.
4. La tristesse de voir partir certains de nos jeunes confrères. C’est un
phénomène commun à la plupart des groupes et des diocèses. Les raisons
invoquées sont en lien avec l’image du sacerdoce et aussi avec le célibat. D’autres
confrères ont du mal à se fixer dans une mission ou un travail.
5. L’un des plus grands défis est de préparer l’avenir de la
congrégation en Europe. Certaines provinces ont atteint la cote d’alerte en
terme d’effectifs et de capacité à garder leurs communautés et leurs
activités. Devons-nous l’ignorer ou devons-nous dessiner une stratégie
visant à garantir d’une façon ou d’une autre la continuité de notre
apostolat en Europe ? Les provinciaux européens ont travaillé à établir une
politique qui suppose de mettre des priorités à notre travail, de coopérer au
niveau du personnel et d’inviter des confrères des circonscriptions hors de l’Europe
à nous rejoindre.
6. Le plus grand défi en Irlande est peut-être de renouveler notre vie
religieuse et de la rendre à nouveau signe d’espérance et d’inspiration
pour notre peuple.
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