Provinces anciennes : Joies et défis
France
Christian Berton
Lors des célébrations de l’année spiritaine, nous avons rencontré un grand
accueil et une bonne compréhension des Eglises locales. Nous avons senti
combien les Eglises nous étaient reconnaissantes pour notre travail
missionnaire dans toutes les parties du monde, mais aussi de notre aide dans les
diocèses. Nous en avons retirées de grandes joies, mais compris aussi que nous
devions encore bien préparer l’avenir.
1) LES JOIES
1.1. Entendre de nouveaux appels
Depuis plusieurs années les évêques français n’hésitent
pas à se tourner vers notre congrégation pour lui demander de prendre en
charge des secteurs pastoraux. C’est ainsi que nous avons pu répondre à
quelques demandes, à Strasbourg ou en région parisienne. En septembre prochain
une nouvelle communauté sera ouverte dans la banlieue sud de Paris. Le critère
principal est celui d’une présence dans des secteurs où habitent des
populations défavorisées, souvent issues de l’émigration. Les évêques
font appel à nous, me semble-t-il, pour deux raisons :
. D’une part ils manquent de prêtres. Il y a quelques décennies, ils n’auraient
sans doute pas fait appel aux congrégations comme ils le font aujourd’hui !
. Mais ils le font en tenant compte de notre expérience missionnaire pour aller
dans des secteurs pastoraux à dominante émigrée.
La Province de France a entendu l’appel pour « Justice et
Paix ». Elle essaie de s’y engager effectivement, et cela de deux manières :
. Par une animation plus grande des communautés. La prise de conscience qu’un
engagement dans « Justice et Paix » est constitutif de notre mission
spiritaine se fait lentement mais sûrement. Elle conduit à des engagements
effectifs des confrères dans des groupes ou associations qui luttent pour la
justice et la paix. Ces engagements ne sont pas toujours connus, mais ils
signifient une volonté claire de lutter contre les inégalités qui minent les
sociétés et conduisent souvent à des guerres.
. Au niveau structurel, par la nomination de confrères auprès d’organismes
nationaux ou internationaux (AEFJN ; ACAT ).
1.2. La mission partagée
Il n’est plus question de faire cavalier seul pour vivre la
mission. La province de France vérifie qu’elle doit mettre en commun ses
moyens avec les autres.
Elle bénéficie de l’aide d’une vingtaine de confrères
venus d’autres circonscriptions, dont 14 plus jeunes venant notamment de l’Angola,
de l’EAP, de la FANO, du Nigeria, de la PAC et de Pologne. Ils partagent la
mission de la province avec enthousiasme et efficacité. Ils sont affectés en
priorité dans les communautés où s’expriment le plus fortement les
priorités de la province (OAA ; communautés inter-peuples ; pastorale des
migrants).
Il est normal que ces jeunes confrères aient besoin d’un temps d’adaptation
pour se confronter aux réalités de la société française et de la pastorale
de l’Eglise locale. Pour ceux qui ont fait leur théologie en France, l’intégration
est plus facile. La province de France ne pourra continuer sa mission que grâce
à cette solidarité.
Nous constatons que les communautés internationales donnent un beau témoignage
de la vie ensemble, malgré les difficultés qui peuvent exister ici ou là.
La province de France découvre avec bonheur le partage des
responsabilités et des engagements avec des laïcs. Certains sont associés, d’autres
non. Ils partagent nos engagements dans l’œuvre d’Auteuil et auprès des
revues. Ils nous aident dans la gestion des communautés (économat) et l’accueil
des groupes dans les maisons. Ils nous apportent des compétences que les
confrères n’ont pas forcément et ouvrent nos communautés à un nouveau
style de présence spiritaine en France.
La province de France continue de mettre en commun des moyens
avec d’autres congrégations ou organismes.
. Ainsi elle participe au travail des organismes d’envoi en coopération (DCC
, SCD ). Dans ce domaine, il faudrait davantage de confrères disponibles pour
aider les jeunes qui partent ou qui reviennent d’un temps long de
coopération.
. Au niveau de l’animation vocationnelle, la province de France essaie de
travailler en commun avec d’autres congrégations religieuses apostoliques.
Récemment le réseau JEM, « Jeunes en mission », est devenu un réseau
inter-congrégations.
1.3. Vibrer à une spiritualité missionnaire
La célébration de l’année spiritaine 2002-2003 a été
un grand moment pour la province de France. Une exposition remarquée a été
réalisée et largement diffusée grâce aux communautés de la province.
. Les confrères ont pris du temps pour se renouveler, personnellement ou en
communauté : lectures, retraites, pèlerinages. Ils ont approfondi la
spiritualité spiritaine en faisant un retour aux sources que sont pour nous
Poullart des Places et François Libermann. Ils y ont été aidés par la
diffusion d’un livre : « Prier 15 jours avec François Libermann » .
. Les confrères ont partagé cet événement en organisant des colloques,
expositions, conférences. Certains diocèses ont accueilli favorablement les
propositions faites par la province. Ainsi le diocèse de Rennes a décidé de
faire de toute l’année une année Poullart des Places.
2) DEFIS
2.1. Comment comprendre la mission spécifique de la province de France ?
Il y a quelques décennies, on identifiait volontiers le
travail missionnaire avec le travail spécifique des congrégations
missionnaires ou des prêtres « Fidei donum ». Mais nous sommes arrivés à un
moment où on entend dire, parfois, que la mission est partout. Cette manière
de dire ou de voir porte le risque d’une certaine confusion pour notre
province. Y a-t-il un travail spécifiquement missionnaire pour les spiritains
de la province de France ? Lequel ? Où ? La réponse à ces questions est
essentielle si nous pensons que nous pouvons apporter quelque chose à l’Eglise.
Elles conduisent certains à se demander avec une certaine incompréhension :
. Est-il pertinent d’envoyer encore des confrères dans d’autres continents
?
. A-t-on une place missionnaire dans notre Eglise en France ?
. A quoi sert-il de prendre des engagements nouveaux en Europe ? Serons-nous
capables de les soutenir ?
Depuis quelque temps la province de France essaie de répondre à des appels
précis. Mais il peut y avoir un risque de dispersion. D’autres en gardent une
impression de désengagement par rapport aux circonscriptions spiritaines où de
nombreux confrères ont travaillé toute leur vie.
L’enjeu de cette question est celui de notre solidarité avec l’ensemble de
la congrégation. Quelles seront les priorités par lesquelles va s’exprimer
notre solidarité, tant au niveau des confrères et des finances que des
engagements nouveaux que la province pourrait prendre ? Mais aussi est-ce que
les priorités missionnaires de la province sont suffisamment claires et
motivantes pour qu’elle puisse compter sur la solidarité des autres
circonscriptions ?
2.2. Comment nous adapter aux exigences de notre société ?
Ces exigences valent pour toutes les époques et tous les
continents. Mais nous sentons comme une pression plus grande aujourd’hui en
raison de facteurs nouveaux.
- De plus en plus nous travaillons avec des personnes qui ont acquis des
compétences par leur formation et qui sont au « top niveau » dans leur
domaine. Cela vaut particulièrement dans le domaine de l’éducation. Dans l’œuvre
des Orphelins d’Auteuil les spiritains rencontrent des personnes qui ont une
formation solide et une longue expérience pour encadrer des jeunes en situation
difficile. J’ai constaté que le service de la tutelle de l’œuvre confiée
à la province de France suppose une grande vigilance pour répondre aux
exigences actuelles, tant dans la vie des maisons (aumôneries, participation à
des conseils de maisons) que dans le management d’une œuvre aussi importante.
- L’accueil de nos confrères aînés est un souci constant. Mais la province
doit faire face aux normes exigées par l’administration. L’évolution des
lois n’est pas toujours facile à suivre. Et parfois nous restons dans le
flou. Mais nous voyons bien que ce qui était bien il y a 25 ans est devenu
totalement dépassé aujourd’hui. L’enjeu est double.
. Il s’agit d’abord de donner à nos confrères les conditions d’une
retraite heureuse.
. Par ailleurs il peut y avoir des enjeux financiers : certaines aides
financières ne seront consenties par l’Etat que si nous mettons nos
structures d’accueil aux normes fixées par l’administration.
- Il en va de même pour nos maisons d’accueil. Là aussi nous devons nous
adapter aux exigences fixées par l’administration, ce qui conduit à une
vigilance très grande et à des travaux d’entretien coûteux.
- La province de France ressent aussi que la communication est un moyen
important pour l’animation missionnaire. Dans ce domaine aussi, elle doit s’adapter
pour que soit entendue une parole différente, souvent étouffée par les
médias puissants et omniprésents.
2.3. Comment gérer notre patrimoine ?
La province de France a un patrimoine important, notamment de
nombreuses maisons qui ont servi d’abord à la formation des spiritains avant
leur affectation missionnaire. Il y a quelques années déjà, la question a
été posée en assemblée des provinciaux d’Europe : qu’allons-nous faire
de ces « maisons emblématiques » ?
. Ces maisons nécessitent du personnel pour leur entretien. Et nous constatons
que la province n’a pas toujours le personnel disponible ou compétent pour
ces tâches. Elles exigent aussi des financements importants. Qu’allons-nous
en faire ? Vouloir les transformer en maisons d’accueil pour des groupes n’est
pas facile et n’est pas toujours opportun, car leur situation géographique ne
permet pas de réaliser cet accueil.
. Le dernier chapitre provincial a demandé au conseil de revoir nos
implantations spiritaines en France : « faire la liste des maisons qui seront
nécessaires à nos besoins », et, « pour les ouvertures et les fermetures à
envisager, tenir compte des critères inscrits dans la RVS 25.1 ». A terme la
carte de notre présence spiritaine en France pourrait être profondément
renouvelée.
Cette gestion doit tenir compte particulièrement de certaines implantations
liées à l’histoire de nos fondateurs.
CONCLUSION
Le thème de notre dernier chapitre provincial (juillet 2003) était : «
tournés vers l’avenir ». Il s’agit pour nous d’être présents dans un
monde qui bouge, malgré notre diminution en nombre et les fragilités bien
réelles. Pour y arriver, il me semble important d’ « approfondir notre
identité spiritaine » pour discerner ce que nous pouvons faire avec d’autres
et pour vivre la solidarité avec l’ensemble de la congrégation.
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