LA VIE COMMUNAUTAIRE INTERNATIONALE
Le mythe fondateur :
P. Conaty
En 1965, les deux provinces des Etats-Unis décidèrent d’ouvrir
une mission au Pérou, laquelle fut fermée en 1971. Empruntant l’autoroute
panaméricaine pour rentrer aux USA, les 3 confrères - désormais uniquement
des membres des Etats-Unis/Ouest – firent halte à la Basilique de ND de
Guadalupe et lui demandèrent l’inspiration afin de trouver une mission
conforme au charisme spiritain. Ils furent orientés vers l’état de San Lois
Potosi, où ils refusèrent un bon nombre de superbes paroisses avant qu’on ne
leur montre la mission abandonnée des montagnes où vivent les Indiens
Huesteco. Alors, le 22 février 1971, débuta la présence spiritaine au
Mexique, dans une bâtisse de torchis, placée derrière l’église paroissiale
de Tanlajas. Tanjalas compte 20 000 habitants, dont 94% d’indigènes,
répartis en 38 communautés disséminées à travers la montagne. Moins d’un
mois après leur arrivée, deux autres vastes missions indigènes étaient
prises en charge, avec un confrère dans chaque mission. Moins de huit mois plus
tard, un des confrères, Patrick Townsend, ancien missionnaire dans l’Est du
Nigeria, fut terrassé par une crise cardiaque. Cette mission était
initialement un projet des Etats-Unis/Ouest mais des confrères de la province
du Canada rejoignirent le groupe dès 1979. Il devint un Groupe international
moins de 10 ans plus tard en recevant la première « première affectation »
de la province de France, en 1989. Au cours des 15 dernières années, le groupe
s’est toujours davantage internationalisé et comptait cette année 19
confrères de 12 nationalités différentes. [France 3, Pologne 3, USA/W 2 (l’un
d’entre eux vient du Vietnam), Portugal 2, Irlande 2, Mexique 2, et un du
Canada, de Trinidad, du Nigeria, d’Angola et de Porto Rico]. Sept confrères
sont profès perpétuels [Paraguay 2, Mexique 2, Bolivie, Espagne, Mozambique]
et neuf en formation.
Un personnel très mobile
Tout en nous réjouissant de la croissance du groupe
international, il est intéressant de noter que, mis à part les 14 Spiritains
ordonnés qui travaillent actuellement dans le groupe, 33 Spiritains ordonnés l’ont
quitté au cours de sa brève existence. Soit un par an. En outre, 12 confrères
ont fait leur stage dans l’équipe. Les sentiments de responsabilité, d’appartenance
et d’attachement qui ont pu prévaloir dans les missions confiées à des
groupes nationaux ne se révèlent pas si facilement dans les équipes
internationales et doivent incontestablement être entretenus. Nous devons sans
cesse nous demander pourquoi des confrères nous quittent, pour quelles raisons
renoncent-ils à leur rêve, pourquoi ils choisissent d’autres modes de vie.
A ceci s’ajoutait initialement la difficulté d’obtenir
des visas. Jusqu il y a 15 ans, les confrères devaient quitter le pays tous les
6 mois pour renouveler leur visa. Actuellement dans le groupe, seulement deux
non-mexicains ont un permis de séjour. Il faut au moins dix ans pour obtenir un
permis de séjour et le renouvellement annuel des visas est pour nous un
exercice éprouvant et coûteux. Tous les groupes internationaux sont fragiles,
mais cette mobilité et cette incertitude augmentent la perception de fragilité
de notre groupe.
Diversité culturelle
Les difficultés, les incompréhensions, et les occasions de
conflit surviennent dans tout groupe mais elles sont amplifiées dans les
groupes internationaux où manque un fond culturel commun. Outre nos
différentes d’origine, nous allons de la post-adolescence (si on compte ceux
qui sont en formation) aux septuagénaires, nous avons eu des styles différents
de formation, avec parfois des théologies radicalement différentes, diverses
expériences de l’Église, des conceptions particulières de la vie
religieuse, de la communauté et du type de prière, nos propres expériences et
nos attentes, des goûts alimentaires particuliers, etc. Et pourtant nous
parvenons à nous entendre et à prendre part à un projet commun. Cela est
possible au prix d’efforts constants dans la communication, la consolidation
de la communauté, et par la tenue régulière de réunions du groupe entier.
Nous avons une réunion de toute l’équipe une fois par mois ainsi qu’une
retraite annuelle, et il est rare que quelqu’un manque.
La vie en situation d’internationalité à ce niveau nous permet d’avoir une
meilleure perception de la diversité de l’Église et de la Congrégation.
Cela nous autorise aussi à éviter une approche mono-culturelle de l’apostolat
et de la mission. Dans un monde tant divisé, cela montre que l’unité est
possible. Nous avons remarqué que les jeunes confrères qui n’avaient pas
bénéficié d’une expérience transculturelle au cours de leur formation
éprouvent des difficultés à briser le moule de leur église locale.
Quelques-uns de nos soucis
· L’Eglise du Mexique a tendance à être plus
traditionnelle et conservatrice et les préoccupations de beaucoup, dans le
clergé local, ne sont pas partagées par de nombreux confrères dans le groupe.
Alors on éprouve des réticences à participer à des réunions ou à des
cérémonies de l’Eglise au sein de laquelle nous travaillons. Ceci peut
entraver notre contribution à l’Eglise locale et notre acceptation par
celle-ci.
· Comme notre groupe est relativement jeune, comprenant
beaucoup de confrères en première affectation, nous profiterions
considérablement de la présence de confrères plus expérimentés pour
accompagner les plus jeunes. Nous constatons que nous devons souvent demander
aux jeunes confrères d’assumer des responsabilités peu après leur arrivée,
sans qu’il leur soit permis de s'établir convenablement.
· Autant que possible, dans les groupes internationaux, il
serait préférable d’avoir plus de deux confrères de chaque groupe ethnique,
national ou linguistique, de façon à créer plus d’occasions de loisirs et
de compagnonnage.
· Comme groupe, nous avons tendance à rester axés sur le
travail. Travailler avec les pauvres, les opprimés, tend à épuiser votre
énergie, aussi nous avons besoin de développer une culture de loisirs et de
temps passé ensemble.
· L’espagnol est notre langue commune, nous l’employons
pour la prière en commun. Cependant nous rechignons à entrer dans un partage
de foi. Nous avons encore des efforts à faire dans ce domaine.
Rechercher l’unité
En raison des divisions qui sévissaient dans le groupe
autrefois, on a mis fortement l’accent sur l’unité dans la culture du
groupe. On assiste donc à une formidable acceptation des différences pour
éviter le conflit et la confrontation. Si ceci a ses avantages, ce n’est
pourtant pas toujours sain. C’est donc un défi pour nous que de témoigner de
plus d’imagination dans nos manières de gérer les sources de conflit.
Dans n’importe quel groupe, une source de conflit possible se situe dans le
partage des ressources. Les premiers membres du groupe, venant des USA et du
Canada, recevaient une pension de leur Province et avaient plus facilement
accès aux sources de financement que des confrères venant d’autres parties
du monde. Certes, nous avons établi un fond commun pour les revenus du groupe,
mais il n’est pas toujours aisé de gérer les déséquilibres dans l’accès
aux ressources, et ceci peut donner lieu à un malaise certain. De même, les
aspirations concernant ce qui est dû et ce qu’exige le ministère varient
selon les cultures. Quand les ressources sont réduites, ceci peut conduire à
la confrontation. Il faut faire attention à ce qu’il n’y ait pas, là
aussi, deux poids et deux mesures. Nous essayons de gagner notre vie, mais cela
n’est pas suffisant pour couvrir nos besoins. Aussi, devons-nous constamment
chercher à devenir autonomes financièrement. Je n’imagine pas que cela
puisse arriver si nous restons fidèles au choix que nous avons fait de
continuer à travailler pour les peuples autochtones du Mexique. Alors que faire
?
Nouvelles affectations
Les nouvelles affectations et notre détermination à
accepter de jeunes confrères en stage nous ont permis de déployer notre
mission et notre présence au Mexique ces dernières années et aussi d’assurer
deux ou trois Spiritains pour chaque communauté. Je pense qu’on pourrait
établir davantage de contacts entre le groupe et les circonscriptions d’origine.
C’est vrai en particulier en ce qui concerne le partage d’informations
concernant les confrères qui arrivent pour la première fois. C’est
recommandé par le « Guide pour les nouvelles affectations » mais il y a des
réticences à s’y conformer. Alors que nous nous internationalisons de plus
en plus, le besoin de ces échanges se fait davantage sentir. Ceci devrait aider
à l’accompagnement du jeune confrère, particulièrement si des difficultés
surviennent.
Formation
La formation des Spiritains mexicains a constitué une partie
importante de notre travail ces dernières années et nous avons eu la chance de
voir des confrères nous rejoindre. Cette bénédiction nous engage à devenir
plus mexicains et à accepter et encourager la constitution d’une fondation
mexicaine. Si le fait de voir tous nos confrères mexicains engagés dans une
mission transculturelle paraît admirable sur le papier, les difficultés qu’ils
éprouvent à s’adapter aux défis de leur situation, à côté d’autres
problèmes, mettent en question notre style de formation et de préparation à
la mission.
La Collaboration régionale
Nous appartenons à deux régions, celle de l’Amérique du
Nord et des Caraïbes, et depuis quelques années la région d’Amérique
Latine, où nous sommes impliqués dans la formation et dans le projet de
Bolivie. Les soutiens financiers que nous recevons des provinces du Canada, des
USA ainsi que des USA/Irlandais, ajoutés à ce que nous recevons de Cor Unum,
nous permettent financièrement de poursuivre notre travail au Mexique. Ceci est
de la collaboration concrète et de la solidarité, tout autant qu’un exemple
de réelle vie en communauté internationale au niveau de la Congrégation
entière.
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