Dès notre arrivée à Kataco, mon vicaire Igbé et moi-même avons commencé les visites des villages et des communautés, et pris contact avec les autorités religieuses, administratives et traditionnelles. Les liens d’amitié me semblent absolument essentiels. Si parfois des conflits
apparaissent ils ne sont pas généralement liés à la religion. Il est fréquent que chrétiens et musulmans travaillent ensemble pour la construction d’une église ou d’une mosquée. Ils aménagent ensemble des routes et des ponts, des digues et des canaux pour les rizières. Ils vivent également ensemble les
événements familiaux.
À vrai dire, comme à Mongo (ma précédente mission), notre objectif est de mettre en place des communautés chrétiennes actives, présentes à la vie des gens et qui participent au développement du pays. Il y a
beaucoup à faire à ce niveau. Il semble que les chrétiens soient habitués à prier, mais beaucoup moins à se retrouver ensemble pour réfléchir à leur vie et à la vie du village. Ils sont prêts à organiser des cotisations ou à donner du riz pour les besoins de la communauté, mais beaucoup moins à s’engager pour
lutter contre les injustices.
Pourtant il me semble essentiel que les communautés chrétiennes lancent des actions de développement en faveur de tous, qu’elles luttent contre la corruption, le laisser-aller, le manque de conscience
professionnelle, le favoritisme et les autres problèmes qui minent la société guinéenne. Tout cela, bien sûr, doit se faire en s’appuyant sur l’Évangile, ce qui suppose que les chrétiens le connaissent vraiment dans leur propre langue et qu’ils le fassent passer dans la vie de leur famille, de leur communauté et
de leur village. Vaste programme !
Nous cherchons aussi à former des agents de développement. La situation économique, en effet, est lamentable et elle se dégrade de plus en plus. Les salaires n’arrivent plus à assurer le minimum vital ; les produits alimentaires
deviennent de plus en plus rares et chers et l’inflation est galopante.
À cause de tout cela et face au manque de liberté et de démocratie, et aussi suite à un certain nombre d’injustices flagrantes et de détournements d’argent scandaleux, nous avons vécu plusieurs semaines de grève
générale. Le coût humain de cette grève a été lourd : plus de 50 morts par balle lors des manifestations. Mais la mobilisation a été générale et la société civile s’est réveillée. Le Président, un militaire, a déjà accepté un ministre issu de la société civile et a accordé l’augmentation des salaires et
la baisse des prix des produits de première nécessité.
À notre niveau, nous soutenons la participation des populations dans la construction d’écoles, de centres de santé et dans l’aménagement des villages via un système de cotisations et un travail
communautaire bénévole.
Cela suppose également une formation. Avec l’aide de Guinéens volontaires et d’amis qui viendront à Kataco, nous allons entreprendre la formation d’éducateurs de jardins d’enfants: l’éducation est la base de tout. Nous organiserons aussi la formation d’agents de santé pour les soins de santé primaire et la prévention, sans oublier la formation de femmes
accoucheuses. Nous mettons encore en place des formations en agriculture, en élevage et en artisanat.
Dans tous ces domaines, la mobilisation s’avère très difficile ! C’est nouveau pour les gens. Il nous faut leur donner confiance dans leurs possibilités et les encourager à persévérer.
Nous allons commencer petitement en espérant que les choses vont grandir peu à peu.
P. Armel Duteil