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Le Père Lucien Deiss (1921-2007)
chantre de la Parole de Dieu


Le Père Deiss est décédé le 9 octobre 2007
" Terre entière, chante ta joie au Seigneur… Souviens-toi de Jésus-Christ… Un seul Seigneur, une seule foi… " Ces chants qui ont fait le tour du monde sont l’œuvre du P. Lucien Deiss, spiritain.

À l’occasion de la réédition d’une partie de son œuvre, cette année (2007) même l'Echo de la Mission et Pentecôte sur le Monde (voir plus bas) publiaient un entretien avec le P. Deiss.
Écoutons-le encore nous expliquer pourquoi la plupart de ses chants puisent leur source et souvent leurs paroles dans l’Écriture sainte.

Quand j’ai commencé à enseigner l’Écriture sainte, j’ai noté une grave ignorance de la Parole de Dieu parmi le peuple chrétien. À la place des paroles de feu des prophètes, on proposait l’eau tiède des catéchismes de l’époque. À la place de cette pluie d’étoiles qu’étaient, dans le ciel de la Révélation, les psaumes, on offrait les petites bougies des dévotions. Il était nécessaire de remplacer l’eau des cruches par l’eau vive des sources bibliques. J’ai pensé que la musique pouvait aider à mémoriser la Bible et à diffuser son message. Pensez à la force œcuménique, plus grande que la meilleure homélie, du chant Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père ! Songez à la théologie baptismale du chant Souviens-toi de Jésus-ChristSi nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons. Pour beaucoup de chrétiens, ces chants ont été leur premier contact avec la vivante Parole de Dieu. On ne mémorise pas une homélie, même si elle est excellente. On ne mémorise pas une question du catéchisme. Mais on mémorise facilement Oui, je me lèverai et j’irai vers mon Père. On peut même en faire une prière quand les paroles, portées par la musique, remontent à la surface du cœur et deviennent contemplation du Père.
Quand on me demande ce que la musique apporte au texte, je réponds : " Musique et poésie nous ouvrent un chemin vers le Royaume. " La beauté est une forme supérieure de compréhension. Elle peut adoucir la dureté de notre cœur, créer en nous des zones de silence dans lesquelles l’appel de Dieu peut se faire entendre. Dans la Bible comme ailleurs, la beauté possède un pouvoir de séduction. Rappelons-nous que les deux tiers de la Bible sont des poésies, que les plus grandes révélations de la tendresse et de l’amour de Dieu nous viennent habillées du manteau de la poésie. Et quand nous répondons à Dieu dans la prière, l’Église met sur nos lèvres le plus grand recueil de poésie que l’Esprit ait inventé : le psautier. Nos liturgies elles-mêmes ont besoin, non seulement de concepts bien clairs, de rites bien expliqués, mais aussi de la grâce d’une mélodie, de la tendresse d’une harmonie, de la danse d’un rythme. Musique et danse, elles aussi, sont filles de Dieu, nous conduisent à Dieu. Dans la Bible aussi, l’important c’est la rose. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi, plus encore, de beauté, de joie, d’extase.
La joie du musicien, c’est d’habiller les mots de Dieu de la beauté de la terre. Sa tristesse, c’est de ne pas pouvoir mettre, dans les notes parfois si rebelles, comme le sourire du ciel.


L’eau vive des sources bibliques

Il était nécessaire de remplacer l’eau des cruches par l’eau vive des sources bibliques ! " À l’occasion de la réédition de ses œuvres, laissons le Père Lucien Deiss nous redire pourquoi il est devenu ce créateur de chants qui expriment la foi de millions de croyants à travers le monde.

Né à Eschbach (Alsace), le 2 septembre 1921, j’arrive à la Montagne Verte à l’âge de 10 ans. La chorale de la paroisse est dirigée par M. Irr, un professionnel, aidé de 3 organistes. Le vendredi saint, elle chantait le Stabat Mater de Nanini (1548-1607). Je ne l’ai jamais oublié. Je l’ai enregistré plus tard avec ma chorale de Chevilly. J’ai eu la chance d’être élève de maître Ferrucio Vignanelli, à l’Institut de musique sacrée à Rome, et de rencontrer Dom Sunol, grand spécialiste en grégorien.
L’orgue du Séminaire français était excellent. Chaque dimanche, en plus des offices au Séminaire, j’allais jouer la messe de 11 h à St-Louis-des-Français sur un Merklin à 3 claviers d’une austère et solennelle beauté. J’ai travaillé aussi avec Élisabeth Brasseur qui m’a fait rencontrer Olivier Messiaen.
Ordonné prêtre en 1945, je pars à Brazzaville (Congo) pour fonder, avec d’autres spiritains, le séminaire Libermann. Au bout d’un an, malade, je dois rentrer en France. Nommé professeur d’Écriture sainte à Chevilly-Larue, je m’intéresse aussi à la liturgie.
Je suis devenu compositeur presque par hasard. Dans la petite paroisse du Bon-Pasteur, j’ai voulu faire chanter du grégorien à la chorale. Échec ! En constatant combien mes paroissiens ignoraient la Bible, je me suis dit alors : " Pourquoi ne pas utiliser la musique pour mémoriser des textes essentiels de la Bible ? "
J’ai enregistré une petite centaine de disques, en France, aux États-Unis, en Espagne et en Italie. Avec quelque 400 titres. Aux États-Unis, les 2 premiers recueils ont été publiés à plus d’un million d’exemplaires chacun. Je crois que le chant mondialement le plus connu c’est Souviens-toi de Jésus-Christ devenu Keep in Mind et retenu comme chant d’anamnèse dans la liturgie anglophone.
La louange est essentielle. Les paroles du psaume, " De l’amour du Seigneur la terre est pleine ", ont mûri en moi. On met cinquante ans à comprendre le sens profond d’une telle affirmation. L’homme n’existe que comme " louange et gloire " à Dieu. Dieu peut tout faire sauf ne pas nous aimer. Il faut découvrir cet amour dans sa propre vie et en faire l’expérience. Et quand on l’a découvert, l’unique réponse possible est : " Béni sois-tu Seigneur ! "
Devant l’ignorance de la Parole de Dieu parmi le peuple chrétien, j’ai pensé que la musique pouvait aider à mémoriser la Bible et à diffuser son message. À la place des paroles de feu des prophètes, on proposait aux fidèles l’eau tiède des catéchismes de l’époque. À la place de cette pluie d’étoiles que sont, dans le ciel de la révélation, les psaumes, on leur offrait les petites bougies des dévotions. Il était nécessaire de remplacer l’eau des cruches par l’eau vive des sources bibliques. Pensez à la force œcuménique, plus grande que la meilleure homélie, du chant : Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père ! Songez à la théologie baptismale du chant : Souviens-toi de Jésus-Christ… Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons !
Pour beaucoup de fidèles, ces chants ont été leur premier contact avec la vivante parole de Dieu. On ne mémorise pas une homélie, même si elle est excellente. On ne mémorise pas une question du catéchisme. Mais on mémorise facilement : Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père. On peut même en faire une prière quand les paroles, portées par la musique, remontent à la surface du cœur et deviennent contemplation du Père.
J’ai composé certains chants parce qu’ils m’ont été demandés, dont plusieurs pour les pèlerinages des étudiants à Chartres. Le thème de l’un posait la question : " Qui est Dieu ? " Avec le Père aumônier, Jean-Marie Lustiger, nous avions choisi l’admirable parole de l’Exode : Dieu de tendresse et Dieu de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité… Un soir, en voiture, j’entends à la radio un étudiant qui affirme que le pélé lui avait appris qui était Dieu. On lui demande de s’expliquer. Il répond lentement : " J’ai appris que Dieu est Dieu de tendresse et de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité… " Si un chrétien, rien qu’un seul, avait appris, grâce au chant, qui était ce Dieu, je m’estimerais heureux d’avoir été utile pour Le révéler.
La Bible authentifie les paroles de notre cœur. Quand on me demande ce que la musique apporte au texte, je réponds : la beauté est une forme supérieure de compréhension. Elle peut adoucir la dureté de notre cœur, créer en nous des zones de silence dans lesquelles Dieu peut se faire entendre, ouvrir en notre esprit la faille par laquelle Dieu peut séduire notre cœur rebelle.
Pour parler de son alliance avec nous, Dieu aurait pu choisir un style télégraphique, nous envoyer un catéchisme ou une somme théologique. Il a préféré la poésie des paroles. Les deux tiers de la Bible, les plus grandes révélations de la tendresse et de l’amour de Dieu sont des poésies ! Et dans nos réponses à Dieu dans la prière, l’Église met sur nos lèvres le plus grand recueil de poésie que l’Esprit ait inventé : le psautier.
Dans la révélation de son amour d’alliance avec nous, Dieu a pris le langage du prophète Osée : " Je te fiancerai à moi pour toujours, dans la justice et la fidélité, dans la tendresse et l’amour, et tu connaîtras le Seigneur… " La joie du musicien, c’est d’habiller les mots de Dieu de la beauté de la terre. Sa tristesse, c’est de ne pas pouvoir mettre, dans les notes parfois si rebelles, comme le sourire du ciel.
Mon inspiration musicale, je la prends de la Tradition de l’Église. Ce passé nous a légué plus de 30 000 hymnes inventoriées. Chaque époque a offert à Dieu son tribut de louange. Nous devons continuer cette tradition non par simple répétition du passé, mais en inventant du neuf sur la richesse du passé.

Lucien Deiss
Paru dans Pentecôte n° 770
de novembre-décembre 1996

... et d'innombrables figures missionnaires...

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