Le Pape Jean-Paul II a
annoncé le 13 novembre 2004 son
intention de convoquer une deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du
Synode des Évêques. Benoît XVI a confirmé le projet de son prédécesseur le 22
juin 2005. Le thème a été ainsi défini : « L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la
justice et de la paix : « vous êtes le sel de la terre… vous êtes la
lumière du monde » (Mt 5, 13-14). Précisons d’abord le contexte.
La situation change en Afrique :
Le thème se situe dans la continuité de la Première Assemblée
spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques et prévoit, comme il est
écrit dans les Lineamenta, une
évaluation des résultats obtenus à tous les niveaux en favorisant la dimension
ecclésiale. La situation a changé en
Afrique depuis le dernier synode.
L'Église famille de Dieu qui chemine en Afrique, a connu un
développement sur tout le continent comme les statistiques de 2004 le
montrent :
-
Près de 149 millions de fidèles
-
630 évêques
-
31259 prêtres dont 20358 prêtres diocésains
et 10901 religieux
-
7791 frères laïcs
-
57475 consacrées
-
379656 catéchistes
-
Une situation de pauvreté
Il faut noter que les
vocations missionnaires africaines qui oeuvrent pastoralement auprès d’autres
Églises particulières en Afrique ou sur d’autres continents se sont
considérablement accrues. Mais il y a des situations
de pauvreté, d’injustice, de maladie, d’exploitation, de manque de
dialogue ; des situations de division, d’intolérance, de violence, de
terrorisme, de guerre. L'Église famille de Dieu qui chemine en Afrique a
raison, en annonçant la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, de se poser la question de la réconciliation, de la justice
et de la paix. En effet, le Christ est notre paix, source de vraie justice
pour tout le continent africain, mais comment cela est mis en œuvre dans
l’évangélisation, dans les tâches et les préoccupations quotidiennes des
pasteurs et des fidèles ?
Une Église qui reflète la
lumière du Christ
Ceux et celles qui m’ont
entendu hier vont comprendre que je ne reprends pas aujourd’hui la situation
socio - politique et socio - culturelle analysée hier. Par contre, je voudrais
me baser sur les orientations indiquées pour faire des propositions
théologiques et poser des questions à l’adresse de tous ceux qui aiment
l’Afrique ou qui sont liés à ce continent d’une manière ou d’une autre. Hier,
je me suis surtout inspiré du premier chapitre des Lineamenta ; aujourd’hui, je vous renvoie aux autres chapitres, en particulier les
chapitres 2, 4 et 5. Cela ne signifie pas que le chapitre 3 (Église, sacrement
de réconciliation, de justice et de paix en Afrique) n’est pas intéressant,
mais simplement qu’il est en lien avec le chapitre 4 qui porte sur le
témoignage d’une Église qui reflète la lumière du Christ sur le monde (Mt
5, 13-14).
Ma réflexion va se dérouler
en quatre temps (2) :
1. Les défis socio-politiques
2. Les défis
socio-culturels
3. Les défis d’une Église
impliquée
4. Les défis de la Parole
(accueillie, méditée et proposée) et du pain (partagé entre tous)(3)
1. LES DEFIS SOCIO-POLITIQUES :
Les
problèmes ne manquent pas en Afrique. Certains pensent qu’ils sont légion et
qu’il y a lieu de céder à l’afro - pessimisme ; d’autres pensent
qu’il y a de réelles raisons d’espérer et que le nombre important de jeunes ne
peut que confirmer cette espérance. Nous avons insisté sur ce point hier. C’est
vrai qu’en passant en revue tout ce qui
ne va pas en Afrique, il y a de quoi s’inquiéter : problèmes
d’urbanisme, problèmes liés à un nombre important de déplacés, de réfugiés,
dure condition de la femme, sida, paludisme et tout ce que l’on peut situer à
l’échelle de l’Afrique. Mais, il faut prendre aussi en considération les contraintes internationales qui s’exercent
sur l’Afrique au détriment des vrais besoins des populations. Le premier synode sur l’Afrique avait déjà
réclamé plus de justice entre le Nord et le Sud. René Luneau, dans son livre Paroles et silences du synode africain
(p. 172), signifiait, comme un bon nombre de nos dirigeants africains et de
responsables d’Église le pensent, qu’il est injuste de rendre les Africains
ridicules et insignifiants sur l'échiquier du monde... et qu’il faut arrêter de
culpabiliser les Africains par rapport à tous les problèmes que connaissant les
Africains...
Une injustice qui
humilie :
L’injustice des prix et les
conditions des échanges mondiaux, la dette qui croît sans cesse et, de façon
plus générale, les relations entre les pays africains et l’Europe humilient nos
nations africaines et leur donnent la conscience malheureuse d’incapables et
d’assistés. Il faut donc que les Africains rejettent ce sentiment de
culpabilité qu’on veut nous donner. Cette idée est reprise par Léonard Santedi
Kinkupu dans Les défis de
l’évangélisation, (p. 63). Ceci dit, l’Afrique n’est pas totalement
étrangère à son malheur. Il faut que nous, Africains, nous reconnaissions ce
qui dépend de nous dans le drame actuel de millions d’Africains (cf J-M. Ela,
Afrique. L’irruption des pauvres, p.
141). La gestion des ressources de
l’Afrique et notamment les détournements de fonds dépendent des Africains,
souvent avec la complicité d’Européens
qui ne veulent pas toujours la réussite de l’Afrique. On pourrait évoquer des actes honteux cachant plus la paresse, la
lâcheté et la médiocrité tendant à devenir pour certains signes
d’intelligence et de débrouillardise et, pour d’autres, sujets de discussion et
parfois d’admiration.
Une Afrique qui est humiliée, non reconnue
et non considérée sur le plan international, doit néanmoins apprendre en son sein à ne plus humilier
ses enfants. Certes, il faut noter des initiatives encourageantes, un
dynamisme effectif, des efforts multiples, même une certaine débrouillardise qui est, par certains
côtés, prometteurs, mais souvent les
forces de l’inertie opposent aux forces démocratiques une résistance très
farouche. Des résistances apparaissent ça et là et trop d’autorités
africaines semblent refuser de percevoir l’urgence d’une démocratisation où la
critique permet de cerner les problèmes et de les regarder en face et de
chercher des solutions qui tiennent
compte du plus grand nombre. Ils sont trop nombreux, nos chefs africains qui
pèchent par surdité, en refusant de reconnaître la césure historique qui
s’est opérée dans les années 1990: l’humanité – et là, les
Africains ne sont pas exclus – aspire
irréversiblement à plus de liberté et de
responsabilité. Quand comprendrons-nous, en Afrique, que le temps du pouvoir absolu et des mandats sans fin ou à « rallonge » est révolu?
Le
peuple doit exercer sa responsabilité éclairée, mais pour lui permettre de
jouer pleinement son rôle, il faut accroître
les possibilités d’éducation et de formation, afin de mieux gérer avec les
pouvoirs publics le respect des droits de l’homme et de la démocratie.
L’opinion publique, elle aussi, a un rôle à jouer. C’est dans ce contexte que l'Église doit proposer des voies d’éducation, de prise de conscience. Il
n’y a pas d’évangélisation sérieuse si les chrétiens et les responsables
d’Église ne se préoccupent pas des situations socio - politiques des pays; d’où
l’importance du témoignage et parfois du martyre, quand il faut manifester
courage et liberté face au pouvoir terrestre. Une Église qui se mure dans un
silence face à ce défi, ou qui paraît indifférente face aux répressions de
liberté, à diverses formes de « marginalisation » et de violence,
n’aide pas la société à tendre vers plus de justice et de paix. L'Église peut
aujourd’hui, en Afrique et hors d’Afrique, aider les Africains à revaloriser le
potentiel critique des peuples pour promouvoir de nouvelles formes
d’initiatives salutaires.
2. LES DEFIS SOCIO-CULTURELS :
Il y a
une sorte d’ambiguïté entre les valeurs profondes de l’Afrique que
l’anthropologue ou le théologien peut découvrir en fouillant dans les coutumes
et traditions africaines. D’un côté, les Africains semblent avoir une haute
notion de la vie, de l’homme, du monde, des exigences du « vivre
ensemble » et de l’autre, la vie semble avoir peu de prix quand
nous, Africains, nous nous dressons les uns contre les autres.
L’Afrique, terre de vie ?
L’Afrique, terre de la vie,
terre de la convivialité est devenue aussi la terre des exactions commises
contre les veuves et les enfants dès la mort du père de famille; c’est la terre
où l’importance accordée à l’argent est
exagérée, notamment par le corps médical face au malade pris entre la vie
et la mort, la terre où escroqueries masquées et pilules dorées finissent
d’éteindre les consciences erronées, faisant des dégâts sur la qualité de vie.
On n’hésite pas à s’endetter pour faire des funérailles grandioses, mais pour
soigner le malade, s’organiser pour lui apporter un peu de réconfort et de
paix, on trouve des raisons pour remettre à plus tard ce qui pourrait être fait
tout de suite. On privilégie la culture de la fête au détriment d’autres valeurs plus
importantes sans doute selon la logique de la vie. Certes, en haut de
l’échelle de valeurs, il y a la vie et la santé, mais dans les préoccupations
quotidiennes, le chemin qui conduit à davantage de vie, de qualité de vie et de
paix ne semble pas très attrayant. En matière de justice, les sommes qu’il faut souvent verser sont énormes; les
sommes qu’il faut verser à diverses personnes, juges, avocats, intermédiaires
sont faramineuses (il faut, dit-on, « arroser » tout le monde), si on
veut être entendu ou espérer un procès juste dans certaines situations.
Entre idéal
et vie réelle ?
Faut-il
accuser la culture et dire qu’elle est indigne ou qu’elle porte des germes de
violence et de péché? Ce qui est sûr, c’est que dans chaque culture, il y a du
bon et du moins; d’où la nécessité d’accepter la critique. Nous, Africains,
devons réexaminer sérieusement l’articulation
entre l’idéal pensé au niveau de la
culture et ce qui est vécu, entre
les valeurs qui sont réellement au
service de la vie commune et de l’accueil
de l’autre et toutes les tendances qui sont au service de la mort. Faute
d’éducation et de formation suffisantes, les peuples africains ne peuvent s’ériger
en acteurs responsables. Cette responsabilité permettra de critiquer tout
messianisme politique, économique et religieux qui consacre une passivité
corrosive, où on attend tout d’ailleurs, dans une logique de cadeau et de
bonheur importés qui, finalement, aliène par rapport à l’offrant
dangereux. Il n y a pas de dignité sans
responsabilité dans sa destinée, sans participation à la construction de sa
propre vie et de son devenir historique.
Solidarité, liberté et travail
L’éducation
et la formation, défis majeurs pour nos Églises, pourraient s’appuyer sur des
valeurs que les Africains pourraient comprendre facilement, à savoir la
solidarité, la liberté et le sens du travail.
La solidarité sous-entend le respect de toute personne, de la dignité
humaine qui renforce le sentiment
d’appartenance non seulement au genre humain, mais, de façon plus
proche, à la destinée de la société. C’est ensemble qu’il faut promouvoir les
valeurs culturelles, c’est ensemble qu’il faut lutter contre tout ce qui rend
moins humain. La solidarité tend la main
à la liberté: liberté de pensée, d’expression, de réaction et de
possibilités de débattre sur ce qui lie et permet de construire des individus
responsables, mais aussi de construire des lieux de vie possibles pour tous. La
liberté n’est viable que lorsqu’elle
peut être exercée avec responsabilité, c’est-à-dire en tenant compte des
autres. C’est là justement qu’intervient le sens du travail et de la construction de la maison commune: la conscience professionnelle.
L’option préférentielle pour les pauvres
Là
aussi, l'Église peut proposer une
éducation libératrice de l’homme et de la femme dans ce continent ou un
« dénuement abject empêche beaucoup
d’Africains de vivre d’une façon décente et de pratiquer une vie chrétienne »,
pour reprendre l’expression de Mgr Kpiebaya du Ghana (cf. M. Cheza, Le synode africain. Histoire et textes,
p. 58). L’option préférentielle pour les pauvres doit devenir une option qui
incite les uns et les autres à trouver les moyens d’aider les pauvres à
s’en sortir, des moyens pour lutter contre le dénuement scandaleux. L’éducation chrétienne est une voie
importante pour faire bouger l’Afrique, dans un continent où on croit encore à
la parole des responsables religieux, à la force de la prière et à l’aide de
Dieu, lui qui soutient son peuple, qui
se dresse contre toutes les injustices qui palissent son image en l’homme.
C’est
en assumant cette responsabilité que les Églises d’Afrique deviendront adultes,
comme le signifie Paulin Poucouta
dans Lettres aux Églises d’Afrique. Apocalypse 1-2 (p. 251). La nouvelle
évangélisation pourra alors insérer une conjonction
judicieuse entre ce qui paraît davantage religieux, liturgique et spirituel, et ce qui paraît davantage
relever du culturel, social et civique,
voire politique et économique. Il n’est pas d’autre éducation que celle qui
privilégie une synergie des différents aspects de l’homme, celle qui prône
l’unité de l’homme et les diverses dimensions de sa vie. La vie de l’homme
assoiffé de valeurs religieuses ne se joue pas seulement quand il se réserve du
temps pour se mettre en prière. L’enseignement de Jésus sur la priorité de la
conversion du cœur est clair à ce sujet (Mt 7, 21-27). Le bonheur se joue
dans ce dialogue entre le croyant et son Dieu, entre ce sujet responsable qui
veut rester fidèle à son Dieu, qui se convertit, revient vers l’amour véritable de
son Dieu et de son prochain, étant entendu que l’amour de Dieu se vérifie dans l’amour pour le prochain.
Celui
qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut pas prétendre aimer Dieu. Connaître
vraiment Dieu, c’est garder sa Parole, ses commandements (1 Jn 2, 4-5).
Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour (1 Jn 4,
8-9). Si quelqu’un dit: « J’aime Dieu », et qu’il haïsse son frère,
c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne
peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas... Celui qui aime Dieu, qu’il
aime aussi son frère (1 Jn 4, 19-21). La notion de fraternité apparaît ici dans toute son
exigence, surtout si elle s’articule sur cette de Dieu dont le vrai nom est
Amour. Nous pourrions nous appuyer ici sur la réflexion de Michel Dujarier sur L'Église-Fraternité, Paris, Cerf, 1991. Qui est « mon frère » ?
Qui est « ma sœur » ?
Comment répondre à ces questions dès lors que je veux être un disciple de
Jésus-Christ, conscient que Dieu est « mon » Père,
« Notre » Père, et que l’Esprit nous est donné (cf. Rm 5,
5-11) ?
3. LES DEFIS D’UNE EGLISE
IMPLIQUEE :
Léonard
Santidi propose à l'Église - Famille de
Dieu trois tâches principales : une Église qui dénonce, une Église qui
annonce et une Église qui renonce.
Je voudrais reprendre ces idées en y ajoutant quelques orientations.
Si l'Église - Famille de Dieu veut être servante
de la vie, elle doit savoir dénoncer
tout ce qui tue cette vie :
+) Mécanisme
du néo-libéralisme,
+) L’idéologie
du progrès avec le prix de souffrances qui y est lié,
+) L’injustice
et l’iniquité sociales, t
+) Toutes les
forces anti-vie,
+) Le
spiritualisme désincarné que semble soutenir la prédication des sectes,
« l’industrie des miracles » (Santidi, op. cit., p. 105), toutes les spiritualités
enthousiastes qui se soucient peu de la transformation fondamentale des
sociétés africaines et des systèmes
socio-économiques qui aliènent les Africains.
Une
Église qui annonce
L’Église - Famille de Dieu doit annoncer le vrai Dieu qui croit en
l’homme, qui attache du prix à chaque personne humaine, chaque homme et
chaque femme, ce Dieu qui apprend à l’homme à se mettre debout pour entretenir
des relations franches, chaleureuses et responsables avec son Dieu, ses
ancêtres et ses semblables. Comment annoncer le vrai visage de Jésus, le vrai
visage de Dieu qui est Amour même en Afrique, sans critiquer toutes les fausses
idées, tout ce qui paralyse, démobilise ou déconnecte la vie
spirituelle des problèmes de justice et de paix. L’engagement pour la justice
rend la foi visible, active et crédible. On pourrait faire appel à Amos qui, au
nom de son Dieu, s’élevait contre ceux qui privilégient la piété en négligeant
la justice « Écarte de moi le bruit
de tes cantiques, que je n’entende pas la musique de tes harpes! Mais que le
droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas »
(Am 5, 23-24). Certes, le Royaume d’amour qu’il faut annoncer ne
s’épanouira pas pleinement ici-bas, mais dans l’histoire, nous sommes invités à
vivre des réalités qui anticipent le Royaume de Dieu.
Le
défi lancé aux Églises africaines et à toutes les Églises du monde, c’est l’annonce de cette vie que Dieu donne à
l’homme (Mt 25, 35-36) et qui n’est pas une vie solitaire,
individuelle, mais une vie où il est question de nourriture, de boisson, de
relations sociales, de logement, de santé et de reconnaissance humaine pour
tous. J’ai eu faim et tu m’as donné à
manger; j’étais nu et tu m’as habillé; j’étais en prison... Le règne de Dieu annoncé par le Christ est
aussi une réalité présente, où miracles et résurrection nous font signe
aujourd’hui, nous donnant à vivre de l’Esprit du Ressuscité maintenant, ce qui
nous est donné de vivre en Église étant des manifestations symboliques,
réelles, vraies, de la présence du
Règne, une réalité à mettre en œuvre.
Une Église qui renonce
L'Église
- Famille de Dieu doit enfin renoncer à toute forme de pouvoir et de donneur de leçons. Elle doit d’abord
se laisser évangéliser, se laisser convertir, accueillir la Parole de Dieu. Renoncer, c’est accepter d’écouter,
accepter d’être critiquée et surtout accueillir l'Évangile dans divers
contextes pour se convertir. Pour garder fraîcheur, élan et force pour
annoncer, il faut que l'Église accepte d’être évangélisée, dépouillée de ses
illusions et de ses vaines prétentions de pouvoir. Elle aussi peut avoir des
anti - valeurs déshumanisantes sur lesquelles les sociétés africaines
pourraient avoir des critiques à formuler pour plus de liberté et de
responsabilité dans l'Église.
L'Église ne doit pas faire
écran aux situations de misère et laisser croire qu’il faut être dans le
manque, voir dans la misère, pour pouvoir accueillir l'Évangile. C’est à ce
niveau qu’il faut accueillir d’autres propositions de Léonard Santidi : À
savoir une évangélisation inventive,
qui ose remettre en cause les méthodes du passé pour inventer de nouvelles manières de proposer l'Évangile. En écoutant critiques et mises en cause, en
étant attentif à ce qui fait souffrir
les Africains aujourd’hui, en particulier toutes les questions liées à la
réconciliation, la justice et la paix, mais aussi toutes les questions d’autofinancement et de
responsabilité effective dans des choix pastoraux qui engagent l’avenir des
Églises africaines.
4. LES DEFIS DE LA PAROLE ET DU
PAIN :
Dans la tradition africaine,
parole et vie sont intimement liées; la parole donne vie, mais elle peut aussi
précipiter la mort; la parole est, en ce sens, efficace, elle a du poids; elle
réconforte, encourage et suscite vie et paix.
Qu’il s’agisse de problèmes
locaux d’eau dans les villages éloignés des grands centres urbains, de
problèmes politiques ou administratifs ou de problèmes plus généraux
de la participation de la société civile, de développement du processus de stratégie de coopération entre l’Union
Africaine et l’Union Européenne, qu’il s’agisse de problèmes de partenariat entre l’Afrique et l’Occident ou encore de
paix et de sécurité, la vigilance est de rigueur. Qui restera éveillé et apprendra à rester « éveillé et
vigilant » sinon les chrétiens bien formés et conscients de leurs
responsabilités ?
Que dire des dettes,
de la bonne gouvernance, du bien-être des populations? Il faut se poser
deux questions : quelle est la part de responsabilité de nos
gouvernements ? Quel est le rôle que nos Églises peuvent jouer ?
Que
dire également du paludisme, du sida et de toutes les
maladies qui piègent l’Afrique ? Que dire de la migration
internationale qui posent de nombreux problèmes ? Souvent nos responsables
politiques et administratifs oublient, en essayant de trouver des solutions,
que même les migrants ont des droits humains; les « sans papiers » ne
peuvent être réduits à des délinquants ou, pire, à des criminels; ils doivent
être traités avec humanité; la dignité humaine ne les quitte pas parce qu’ils
ne répondent pas aux « critères » choisis pour les traiter. Ce
faisant, nos hommes politiques et les administrateurs de nos cités donnent
souvent la possibilité à certaines personnes sans scrupule de perpétuer des
exploitations, des emplois sous-payés, parfois le trafic humain, en particulier
celui des femmes et des enfants, comme le souligne le document du SCEAM (4)
du 13 novembre 2007. Ce même document dénonce tous les problèmes liés aux émissions de gaz à effet de serre, le
commerce qui appauvrit toujours plus les pauvres. L’injustice qui touche aux
hommes commence aussi à toucher notre planète. Faut-il penser que les riches ont peur de partager les
richesses du monde. De nombreux riches ont peur que les pauvres, de plus en
plus nombreux à s’en sortir, se mettent aussi à consommer... comme eux, en
réchauffant la planète; on s’inquiète donc : il n’y a peut-être pas de place
pour tout le monde sur notre planète...
Que
dire enfin de l’éducation et de la formation, ce canal principal pour
l’échange technologique et l’expertise entre les groupes de personnes et les
nations ?
Nous avons sans doute un
rôle à jouer : comment ? Le défi est lancé ou, plus exactement, les
défis sont lancés.
Le juste, à la suite du seul Juste
Jésus-Christ, n’est-il pas celui qui est sans ruse à l’égard d’autrui et sans
péché devant Dieu, celui qui ne réplique pas à l’insulte par l’insulte ou la
menace et qui, finalement, brise la spirale de la violence, au risque de sa
vie? Ce qu’il faut espérer, c’est qu’aucun malheur, aucune situation de
pauvreté ou d’injustice subie n’attente jamais à la conviction intime d’être
appelé à la vie, à aimer la vie et à poursuivre la paix (cf.
1 P 3, 10-12 ; Ps 34). Sonder les Écritures et
recevoir aujourd’hui le Pain de vie, qu’est-ce à dire aujourd’hui en
Afrique ? N’est-ce pas essayer, à la suite des prophètes d’autrefois, de
comprendre et d’exprimer le destin du Christ et des croyants, leurs souffrances
actuelles, mais aussi la gloire à laquelle ils sont destinés ?