L’EGLISE FACE
AUX DEFIS DE L’AFRIQUE
Pierre
DIARRA -
OPM Paris - 4 mars 2008
Réconciliation,Justice et Paix
Vers la seconde
Assemblée
spéciale pour l’Afrique
L’Église en
Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix
Introduction
Annie et Guy
m’ont demandé de m’associer à leur réflexion et à la vôtre pour parler de foi
et justice en lien avec ce que vivent les Églises locales d’Afrique depuis
l’annonce de la seconde Assemblée spéciale pour l’Afrique. Le thème retenu
est :
L’Église en
Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix
Et déjà C’est le titre du
Synode
qui se passera
<, on prépare activement ce qui se
passera à Rome du 5 au 25 octobre 2009. Évangéliser, témoigner
de l’amour de Dieu (Mt 25, 31-46), se faire « bons samaritains »,
assister les pauvres et les nécessiteux... mais aussi
promouvoir le dialogue, la paix, la justice et donc s’engager, parfois
protester, « se battre »...
Je me suis posé trois
questions : que je me pose
souvent quand je suis invité à parler de l’Afrique ici en Europe:
Pourquoi parler de l’Afrique ?
Pourquoi travailler « pour » l’Afrique, au loin ?
Ceux et
celles qui veulent entendre parler de l’Afrique sont-ils vraiment
reliés aux Africains ? pourquoi ? par curiosité
Il m’a semblé que vous, religieux et
religieuses,
représentant vos communautés, vos congrégations et instituts, vous êtes liés
aux Africains. Pas seulement parce que vous avez des membres de vos
congrégations et instituts dans ce continent, mais aussi parce que
beaucoup d’entre vous y
ont vécu, souvent durant des
nombreuses années.
Vous avez de nombreux amis africains et quand il est question d’Afrique, cela
vous touche. La seconde raison, liée à cette première
De plus ,c’est que les
membres de vos
congrégations et
instituts y sont encore engagés,
comme vous l’étiez quand vous y avez séjourné.
Enfin, tout en vivant en France,
en Europe,
vous
restez liés aux
Africains par des liens humains
sincères mais
aussi des liens qui
s’enracin ent aussi par des
liens qui s’enracinent
dans votre foi chrétienne et votre engagement de religieux et de religieuses
et votre foi et votre engagement missionnaire.
C’est pourquoi le second synode sur l’Afrique ne peut pas vous laisser
indifférents et d’une certaine manière, vous « cheminez » durant ce
temps avec les chrétiens Chrétiens
vivant en Afrique, puisque
synode
signifie fondamentalement « cheminer ensemble » ou encore
« chemin parcouru ensemble ».
Seconde Assemblée
spéciale pour l’Afrique
Le second synode sur l’Afrique vous intéresse d’autant plus que le
thème nous provoque sur un sujet sensible :
L’Église
en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Les questions liées à la réconciliation, à la justice et à la paix sont très
importantes en
Afrique. C’est un thème fort que je voudrais traiter, certes en Africain, mais
en Africain vivant en France depuis déjà quelques années. Le recul, par rapport
à une situation concrète ,
m’a donné un nouvel éclairage ; de plus, la chance de travailler aux OPM
(1) et de rencontrer des étudiants à l’Institut
Catholique de Paris et à la Sorbonne Nouvelle m’aide à réfléchir sur la
situation de l’Afrique d’aujourd’hui. Je rencontre aussi
des Africains très
divers, de différentes
origines. br>
Certes, on peut se référer aux
documents ayant trait au premier synode africain, mais des documents existent
sur le prochain synode: les
Lineamenta (cf.
Documentation catholique N°2365, 1er oct 2006, avec une série de questions; J.
Ndi-Okalla et A. Ntalou,
D’un Synode à
l’autre , Paris, Karthala, 2007; un des textes du SCEAM
cité dans les
Lineamenta :
« L’Eglise-famille de Dieu, lieu et sacrement de pardon, de réconciliation
et de paix en Afrique. Christ est notre paix (Ep 2,14) » (cf XIIe
Assemblée plénière du SCEAM tenue à Port-Louis, Ile Maurice 2001; DC 2262, 20
janvier 2002); P. Lefebvre, « Préparer le synode des Évêques pour
l’Afrique », dans
Spiritus , N°186, mars
2007; A Ramazani Bishwende, « Le prochain Synode africain est-il
pertinent? », dans
Nouvelle Revue
Théologique , 2007. On peut citer aussi le livre dirigé par Marie-Paulette Alaux, Jean-François Petit et
Isabelle Roux,
L’Afrique sera-t-elle catholique ? Des
religieux s’interrogent , Actes de la 3
e Rencontre internationale de l’Assomption pour le
dialogue (RIAD), (Nairobi, juillet 2006), Paris, l’Harmattan, 2007; celui de L. Santidi Kinkupu,
Les défis de l’évangélisation dans l’Afrique
contemporaine , Paris, Karthala, 2005 et M. Cheza et G. van’t
Spijker (dir.),
Théologiens et
théologiennes dans l’Afrique contemporaine , Paris, Kathala, 2008, tout
comme
Politique Africaine , N°105 (mars
2007), Paris, Karthala. qui porte sur
« France-Afrique. Sortir du pacte colonial » avec les
« Stratégies chinoises en Afrique ». On peut aussi lire ce que les
évêques africains disent quand ils sont en visite
ad limina et les réponses du Pape; on peut
également écouter ce que disent les Africains, ceux qui sont de passage en
France, ceux qui envoient des messages par Internet ou par le courrier
ordinaire et, bien sûr, ceux que nous rencontrons quand nous allons en Afrique.
C’est à partir de toutes ces sources que je vais essayer de vous donner
quelques pistes de réflexion, car le thème du prochain synode est un thème très
important compte tenu de ce que vivent les Africains aujourd'hui.
Certes, on peut se référer aux documents ayant
trait au premier synode africain,>mais
il existe aussi des documents sur le prochain synode: les
Lineamenta Linéamentas 4:56">. 4:56"> C’est à partir de toutes ces sources
(2)
que je vais essayer de vous donner quelques pistes de réflexion
Un thème fort : Réconciliation, Justice
et Paix :
C L e thème du second synode est
un sujet « sensible » en ce sens qu’il s’agit de problèmes de vie et
de mort :
sans
réconciliation, sans justice, il n’y a pas vraiment de paix et il n’y a pas de vie
qui favorise l’émergence et la réalisation de
projets qui
engagent l’avenir.
Je vais essayer, en trois parties
de vous donner
un P
p oint
de vue sur la manière dont les Africains cheminent dans le cadre du synode ou
plus exactement sur de cette Afrique très diverse e 15:12"> en
précis 15:13">ant 5:13">e tout de suite que
je ne connais que quelques pays africains
et quelques situations africaines. C’est dire que mon
point de vue sera relatif. Les personnes 5:13">autres 15:13"> invité 15:13">e s, 15:13">comme moi à donner leur avis, pourront
nuancer ma réflexion, infirmer ou confirmer les indications ce que je vais proposer.
Dans un premier temps, je vais prendre le risque de
jeter
un regard sur l’Afrique aujourd’hui,
simplement en Africain qui aime l’Afrique et qui sent souvent monter au plus profond
de lui-même des sentiments de peur et de révolte, de découragement mais aussi
d’espoir.
Dans un deuxième temps , e E n anthropologue des
religions, je vais, dans un deuxième temps vous
dir ai >e
comment je vois la situation aujourd’hui,
même si je privilégie les domaines de la réconciliation, de la justice et de la
paix.
Enfin
, dans un troisième temps,
je vais indiquer
les défis que je
perçois, compte tenu du résultat de l’analyse des deux
premiers points. Comme les
Lineamenta Linéamentas
l’indiquent, il s’agit surtout de
poser
des questions et d’inciter à une recherche communautaire des solutions,
dans la perspective d’une démarche synodale.
Un
regard sur l’Afrique aujourd’hui
Quand on écoute les
informations, quand on voyage en Afrique, quand on écoute les Africains qui
vivent en Afrique ou dans d’autres continents, on est souvent
partagé entre espoirs
et désespoirs, entre résignation et « espérance réaliste ».
Comme il est écrit dans les
0:49">Lineamenta Linéamentas ,
« au-delà des souffrances du moment présent, ceux qui ont des yeux pour
voir et des oreilles pour entendre peuvent en effet discerner l’œuvre de la
Divine Providence en Afrique. » En fait ,
les situations sont diverses, mais celles qui sont
dramatiques ne manquent pas, l’espoir non plus.
Entre espoir et désespoirs
Ce qui s’est passé au Kenya est
encore présent dans nos esprits. Quand je suis allé dans ce pays, il y a moins
de deux ans, la situation était encore calme et ce pays apparaît encore comme
l’un des pays les plus stables stable
d’Afrique. Il est vrai
qu’un pays peut sembler calme, alors qu’une
situation d’injustice couve comme en attente d’une occasion
pour que la violence éclate. La situation peut s’expliquer de la façon
suivante ainsi : on a longtemps supporté
et survient le moment où on l’on ne le peut plus, où on l’on ne veut
plus continuer à « accepter » la situation plus ou moins imposée.
Dans les années 1990, le Mali
apparaissait comme un pays stable ; le président Moussa Traoré avait
réussi à maintenir une situation socio-politique sociopolitique
où, en fait, les gens vivaient dans la peur, presque dans le
« dégoût », espérant un changement qui n’arrivait pas : les
élections ne changeaient rien ; le changement de responsables politiques
et administratifs, suite à quelques plaintes ou quelques indignations de
populations, ne changeait pas grand-chose. Finalement, les jeunes et les femmes
se sont révoltés, décidés à en finir avec cette situation. Pour de nombreux
manifestants, il valait mieux mourir en signifiant son mécontentement dans la
rue que de rester à attendre un changement qui était sans cesse
renvoyé aux calendes grecques. Certaines personnes ont sacrifié leur vie et,
finalement, un groupe de militaires s’est formé et a arrêté le président devenu
pratiquement un dictateur corrompu, n’hésitant pas à mettre hors d’état de
« nuire » la
majorité des opposants et intellectuels critiques. Et les militaires ont remis
le pouvoir au peuple, aux civils.
Est-on en train de vivre
aujourd’hui une situation semblable dans des pays comme le Sénégal, le
Gabon, le Cameroun ou le Burkina Faso? Je ne connais pas suffisamment toutes
les situations pour le dire, maisje sais que certains de mes amis Burkinabè Burkinabé ou
Gabonais se plaignent de ce que
la liberté de parole est réduite, que la critique démocratique n’est pas
toujours acceptée
Dans de nombreux pays
d’Afrique, une situation apparemment stable depuis de nombreuses années peut
cacher un malaise socio-politique sociopolitique .
Une
« Espérance réaliste »
En terme d’« espérance
réaliste », j’évoque la situation de la
Côte d’Ivoire
où, semble-t-il, les
élections sont préparées avec beaucoup
d’espoir.
Dans des pays comme le
Bénin, le Togo, le
Gabon, le Cameroun, le Sénégal, l’Algérie, l’Afrique du Sud… apparemment Apparemment
stables, on n’est pas à l’abri de mouvements d’insatisfaction et de refus
collectif de situations de pauvreté et d’injustice.
En
République
Centrafricaine, il semble qu’une violence peut éclater d’un
jour à l’autre ;
ceux qui se rendent dans ce pays sentent les problèmes et les tensions, la
pauvreté, le manque mais aussi un désir de changement.
Au
Nigeria,
le calme est relatif.
En
Guinée,
il n’est pas sûr qu’une situation apaisante soit vraiment revenue.
Au
Soudan, au Tchad, dans les deux Congo,
dans les régions des grands lacs, on a parfois l’impression que même les M édias sont fatiguées fatigués d’en
parler.
Il ne faut pas
confondre la paix avec
une unanimité ou une tranquillité imposée par force, assurant
le maintien au pouvoir d’un groupe d’hommes, parfois au détriment des
populations.
Les situations sont
tellement difficiles à cerner qu’il faut se demander si de nombreux pays
africains ne sont pas devenus 0:51">sont pas devenus
des lieux de concurrence et d’affrontement des puissances mondiales. La
Chine et les États-Unis
sont de plus en plus impliqués dans les affaires africaines,
attirés par les marchés africains, le pétrole et autres ressources minières.
Lors du Forum Social
M ondial à Bamako en
janvier 2006, un jeune de Bamako a osé souhaiter que le Mali ne découvre jamais
assez de pétrole sur son territoire pour envisager de l’exploiter, car,
expliquait-il, le pays deviendrait tout de suite un lieu d’affrontement et le
pays serait très vite ravagé par la guerre.
Quelques priorités
-
Peut-on
préciser quelques priorités ?
-
socio-politiques sociopolitiques
(État de droit, droits et devoirs des citoyens, démocratie…) 5:26">
Dans
les
Lineamenta (3) ,
il est
écrit que du point de vue social, on peut relever de nouveaux
développements du point de
vue social, depuis la publication de l’Exhortation apostolique
post-synodale
Ecclesia Ecclésia in
Africa :
-
L ’avènement de la paix dans dans
certains pays, la
région des grands lacs en particulier ;
-
L ’opposition croissante à la corruption ;
-
L a
forte prise de conscience de la
nécessité de la promotion de la femme
africaine et de la dignité de la personne humaine ;
-
L ’engagement
des laïcs dans les « sociétés civiles » pour la promotion de la
défense des «
Droits de l’Homme »,
Le
nombre croissant des
hommes politiques déterminés
à trouver des solutions africaines aux problèmes africains.
En Afrique, il y a aussi de
« belles choses » dont on devrait parler un peu plus souvent en
Europe
Ceci Cela dit,
on ne peut pas passer
sous silence
-
La
détérioration
généralisée de la qualité de vie,
l'insuffisance
des moyens pour
l’éducation
des jeunes,
la
carence de services
sanitaires et sociaux élémentaires, entraînant la persistance
de maladies endémiques,
-
l’épidémie terrible du sida qui fait des ravages (moins
que le paludisme...),
le fardeau lourd et parfois insupportable de la
dette,
L’horreur
des
guerres fratricides
alimentées par un trafic d’armes sans scrupules,
le
spectacle honteux et
pitoyable des réfugiés et des personnes
déplacées. On meurt de faim et l’on achète
plein d’armes, parfois à crédit. Il était question de tout cela au premier
synode ; il n’y a pas eu beaucoup de changement dans la plupart de ces
domaines.
Il faut ajouter la
mor
la
dégradation constante
des revenus
qui se poursuit,
L’accès à l’eau potable qui demeure très difficile pour de nombreuses
populations.
La grande majorité de la
population
africaine
vit dans un état de manque de biens et de services de première nécessité
et, parfois, on a l’impression que ce sera pour de nombreuses années encore.
C’est dire que la situation
de l’Afrique aujourd’hui ne peut pas ne pas interpeller les consciences ;
l’Afrique est plus que
jamais dépendante des pays riches
qui souvent donnent d’une main en espérant reprendre le double ou le triple de
l’autre.
Quelques
priorités socio-culturelles socioculturelles Dialogue
et cohabitation pacifique) :
La
culture est le fruit d’un patient mûrissement des manières de vivre, d’être et
d’agir ; elle relève de l’activité spirituelle et créatrice de la manière
d’être homme, un savoir-faire qui s’enracine au plus profond des traditions et
des coutumes africaines, au plus profond du coeur et des raisons de vivre. En
Afrique, hommes et femmes travaillent; ils sont nombreux à travailler la terre,
et on l’on sait que le sous-sol africain est riche
dans l’ensemble ; il y a même de l’argent, du capital. Pourquoi alors tant
de pauvreté, de misère ?
Les
prix des produits agricoles sont désespérément
bas ; du coup, la terre n’a pas vraiment de
valeur ou n’est pas valorisée. Faut-il dire qu’en Afrique, nous ne vouons pas
au travail le « même culte » que dans certains continents ? Comme on le dit disent certaines personnes en
citant, sans agressivité, certains Ivoiriens : «
le travail, toi naître
le trouver, toi mourir le laisser » ; une manière
indirecte de dire que certains Africains n’auraient pas toujours de l’ardeur au
travail ;
de plus, parfois, il faut beaucoup de temps pour changer certaines situations
socio - culturelles,
socio -économiques,
cette question restant toujours posée : la nouvelle situation créée
apporte-t-elle plus de paix, plus de bonheur et de joie de vivre?
A l’heure de la mondialisation, comment
sauvegarder le
meilleur des cultures africaines tout en intégrant le meilleur de ce qui vient
d’ailleurs : être soi et
rester ouvert, réceptif à ce qui vient d’ailleurs? Il ne faut pas simplement
que l’Afrique soit réceptive à la corruption financière et la corruption des
mœurs, la violence et d’autres maux venus d’Europe, comme Benoît XVI
l’expliquait le 13 mai 2005, à l’issue de sa rencontre avec le clergé de Rome.
On pourrait aussi ajouter, avec certains penseurs, les vieilles voitures
(« au revoir la France ») et peut-être les « vieilles
religions » ou les « vieilles pratiques religieuses » dont les
Européens ne veulent plus, selon certains anthropologues.
Quelques
priorités socio-religieuses socioreligieuses
a u-delà
des appartenances ? Laïcité ?)
L’histoire
des civilisations, c’est l’histoire d’emprunts continuels, avec des
résistances, des tensions, des coups de force, avec une réelle intégration des
« idées » et des « valeurs » venues d’ailleurs, qui peuvent
devenir source de créativité ; mais mais cela
nécessite ouverture
d’esprit et capacité de critique:
critique de notre héritage culturel africain et critique de ce qui vient
d’ailleurs ou qui « semble plus étranger » à l’Afrique. Il faut
s’enraciner dans les valeurs africaines, promouvoir une certaine autonomie
nécessaire aux groupes et aux personnes pour jouer un rôle politique,
économique et social, source de vie pour l’Afrique d’aujourd’hui et de demain, étant entendu que la culture est comme un
être vivant qui change sans arrêt.
L’oralité
a sa
valeur ; l’écriture aussi ; comment conjuguer les deux,
promouvoir une culture de l’écriture et systématiser son
utilisation ? (cf. Jack Goody,
Entre
l’oralité et l’écriture, Paris, PUF, 1994) Comment concilier écriture et
oralité dans le progrès des cultures africaines en vue d’un
bien-être social qui repose sur une
solide culture ?
La famille, les clans,
les tribus, oui, mais quelle est la place réelle de l’individu ?
Comment ne pas être réduit à compter exclusivement sur la solidarité familiale,
tribale ? Comment concilier le
sens
fort de la famille avec une
juste
promotion de la personne ? Le danger de ces groupes, depuis la famille
jusqu’à la tribu en passant par le clan, au sens ancien et moderne du terme,
c’est
l’exclusion et l’injustice qui,
très vite, peuvent prendre le dessus sur tout le reste et conduire à une
violence.
Se
posent donc toutes les
questions liées aux femmes, aux filles, les
injustices à leur égard mais aussi à l’égard des anciens, des orphelins, des
malades, des personnes à mobilité
réduite… toutes Toutes les
personnes qui risquent d’être abandonnées, mises sur la touche, malgré tout ce
que nous disons, nous Africains en Afrique et ailleurs, sur les valeurs de la
famille et de la solidarité. Les possibilités de mieux vivre ou parfois
simplement de vivre étant très réduites pour certaines personnes, les
immigrés et les
réfugiés africains se comptent par millions sur le continent
et hors du continent, sans oublier
l’exode rural. Ces
phénomènes s’accompagnent d’une tendance à rejeter la culture et les valeurs
ancestrales. Il n’y a de progrès technique et économique véritable,
semble-t-il, sans enracinement culturel et critique philosophique.
2° 2 - Les religions au
service de la réconciliation, de la paix et de la justice en Afrique
: 15:57">
On peut s’indigner devant
certaines situations socio culturelles, des filles et des femmes
marginalisées, mutilées dans leur corps, réduites en esclavage, des jeunes et
moins jeunes gravement atteints dans leur dignité.
Mais quand certaines situations
d’injustice sont justifiées par la « Tradition » ou les
« coutumes » qui renvoient aux ancêtres (« on a toujours fait
ainsi !...),
il faut
oser
certaines questions gênantes : en
quels « dieux » croyons-nous ? Sur quelles coutumes nous
basons-nous pour vivre aujourd’hui ?
De quel côté faut-il situer Dieu ou les dieux » que nous disons servir, du côté
de la justice et de la paix, ou du côté de l’oppression et de la souffrance
imposée ?
Croyants en quels
« dieux » ?
Il n’est pas possible de
parler des religions dont vivent la plupart des Africains sans parler de leurs relations avec les
ancêtres qui souvent
« terrorisent » autant qu’ils « apaisent ».
Les ancêtres
apparaissent comme le fondement de l’ordre social. On se
réfère à eux pour ramener sur le
droit
chemin les sujets aux comportements qualifiés de
déviants, comportements socio - religieux, économiques, étant donné le lien
très étroit de tous les aspects de la vie humaine. Dans les représentations
symboliques, le discours global embrasse la
totalité du sens de
l’existence sociale et l’univers des Africains : sens de
la vie du groupe et sens donné au monde servent à guider les actions
individuelles et collectives dans la poursuite des buts fixés. S’agit-il de
légitimer le statu 0:37"> - quo
ou la cohérence interne ? On fait appel à ce qu’on a reçu et qu’il faut
transmettre. S’agit-il de
gérer les rapports, basés sur la justice et la
paix, au sein de la communauté ou de construire une vision du monde qu’il faut
imposer à tous ? On fait appel aux ancêtres, à la
tradition et aux pratiques qui semblent avoir fait leur preuve, étant entendu
que le monde des vivants et celui des ancêtres sont la référence pour
caractériser l’ordre social. Les ancêtres, comme les autres morts,
ne sont pas vraiment partis et par
conséquent,
il faut tenir compte d’eux
quand une décision individuelle ou collective doit être prise. Parce qu’on
appartient à la famille, au groupe, au clan, parce qu’on est membre de ces
groupes, on doit
participer à la
construction du sens de la vie : être là quand il le faut, à telle ou
telle célébration ou manifestation. Ainsi, pour de nombreux Africains, c’est le
culte des ancêtres qui consolide les liens entre les membres des groupes et
avec leurs ancêtres, avec, sous-entendu, le partage d’une vision du monde
unitaire et communautaire.
Le groupe des descendants les
plus proches de l’ancêtre commun ou du fondateur occupe une position
supérieure, détient la
prééminence
politique, attribue le pouvoir au membre le
plus âgé de la génération la plus âgée.
Même si leur autorité est remise en cause, compte tenu
notamment des processus démocratiques, il n’en demeure pas moins vrai que
l’autorité des anciens
est reconnue, car ces derniers apparaissent toujours comme
les garants et les gardiens
de la tradition, les
personnes qu’il faut consulter, écouter,
même si leur sagesse dans certains domaines est
discutable.
État de droit: droits et devoirs des
citoyens, démocratie …
L’arrière-fond ancestral sur
lequel repose l’ordre social intègre l’individu dans un
système
de parenté et de relations qui demeure sa base
référentielle. « L’idéologie de la parenté », si je peux me permettre
cette expression, véhicule des valeurs de participation à la vie commune en vue
de
la reproduction de l’ordre
établi,
du système social au sein duquel la
responsabilité
n’est pas exclue, y compris dans l’obtention des moyens de subsistance mis à la
disposition des membres des différents groupes auxquels l’individu appartient.
D’où l’importance de
mettre ses aptitudes physiques et intellectuelles au service de la communauté. C’est
à ce titre que l’individu a droit au partage du produit de l’effort collectif,
comme dans un système de
réciprocité
où tout le monde donne
et reçoit, mais où le registre du symbolisme écarte une
grande partie de l’idée de
valeur marchande
dans le système de « donner et recevoir ». Souvent, les
paresseux et les
profiteurs peuvent s’en tirer à bon compte.
02"> Suivant sa position dans la
structure généalogique, l’individu occupe la place qui lui revient dans la gestion
des personnes et des biens légués par les ancêtres. Si la
famille, le groupe ou
la communauté constituent le support de l’individu, son
soutien et sa protection contre les forces de
désintégration interne et contre les menaces du dehors, il n’en demeure
pas moins vrai que
l’individu peut se sentir à l’étroit. Les
nouvelles manières d’exercer le pouvoir politique et socio-culturel 0:40">socioculturel ,
de jouer le jeu de la démocratie, reposent souvent sur des bases
traditionnelles et de vieilles divisions, où la famille et les clans jouent à
fond leur rôle, avec, semble-t-il, un
degré d’exclusion
assez considérable.
Quand je dis « mon frère », je sous-entends que telle autre
« n’est pas mon frère » ;
quels sont mes rapports avec ce dernier ?
04"> Il n’est donc pas facile de voir
s’établir l’état de droit et de sauvegarder les droits et les devoirs des
citoyens. Discordes, conflits et guerres ne sont jamais vraiment loin, soit
parce que le représentant du pouvoir issu des urnes n’est pas
reconnu, soit parce qu’il semble ignorer
la hiérarchie traditionnelle, soit simplement parce qu’il n’est pas accepté.
L’exercice du pouvoir
apparaît souvent sur fond de tristesse, de tractation, de peur et de
souffrances qui humilient. 0:40"> Les
e anmenta
expliquent que, dans de nombreux états africains, la position des autorités
politiques se caractérise souvent par une grave
méconnaissance de la personne humaine, de ses droits les plus
fondamentaux, comme si le pouvoir démocratique avait pris le travers des
pouvoirs traditionnels qui, souvent, laissaient peu de place à l’individu.
-
religions Religions
traditionnelles africaines :
Auprès des ancêtres et des
anciens, futurs ancêtres, l’individu trouve des
réponses à ses interrogations relatives à l’orientation générale de
sa vie, à ses prises de décision et à la
quête de sens et, en tant
que maillon d’une chaîne Il
est le
nœud
de relations qui n’a vraiment de sens qu’à l’intérieur d’une vie au sein du groupe
ou de la communauté et à travers une
participation active à la construction d’une société basée sur l’ancienne ou,
du moins, sur les orientations des anciens. Il n’est pas besoin, ici, de se
référer à tous les êtres invisibles qui peuplent l’univers des Africains et
dont il faut tenir compte quand on y croit. En tout cas,
quand surviennent difficultés de la vie, maladie, malheurs, jalousie,
accusations et autres fléaux pouvant conduire à la dépression, à la folie
ou la mort, devins, sorciers et autres charlatans ont vite fait de dénoncer
quelques
manquements aux traditions
pour mieux indiquer ce qu’il faut faire pour avoir la vie sauve et s’orienter
vers plus de paix et de joie de vivre.
05"> Les
premiers convertis au
christianisme aiment à souligner une certaine liberté que le christianisme leur
a proposée. Dans ce contexte, il n’a pas toujours été facile
pour eux de faire un retour vers les traditions ancestrales pour y puiser le
meilleur quand le concile Vatican II en donna la possibilité.
Aujourd’hui, les nouvelles générations ne savent pas toujours ce que
contiennent des expressions comme « traditions des ancêtres » ou
« coutumes reçues des ancêtres ».
Comment travailler à
redynamiser une culture et être fidèle à un héritage culturel si on l’ignore ?
C’est en ces termes que se posent aujourd’hui de nombreux défis de l’Afrique
aux jeunes générations ignorant autant les traditions reçues des anciens et des
ancêtres que les traditions ayant trait à l’islam, au christianisme ou à
d’autres traditions religieuses qui viennent d’ailleurs, même si certaines
traditions (cf. l’islam et les pratiques qui y sont liées en Afrique de
l’Ouest) sont en Afrique depuis de nombreux siècles.
-
Dialogue et
co-habitation pacifique > :
07"> Le
premier défi important
est, selon moi, un
dialogue et une
co-habitation pacifique, au-delà des
convictions, des croyances
et des pratiques religieuses. Faut-il invoquer la
laïcité ? Si oui, comment la mettre en œuvre « dans le contexte
africain » ? Dans un pays comme le Nigeria, le spiritain Bède
Ukwuije, a proposé lors du colloque organisé à l’Institut catholique de Paris sur
le cinquantenaire du livre
Des prêtres
noirs s’interrogent (4)
(cf.
réédition: Karthala-Présence Africaine, présenté par Léonard Santidi Kinkupu,
Gérard Bissainthe et Meinrad Hebga, Paris, 2006), que les
responsables africains s’organisent afin que la possibilité soit offerte à tous
les intellectuels, de
discuter sur la
place publique, à l’université par exemple, sur diverses « offres
religieuses » et l’impact des croyances et des diverses pratiques (parfois
sur fond d’intolérance, de tensions et de conflits) sur la société et le
devenir des peuples africains. Ceci est d’autant plus pertinent, à mon sens,
que la question religieuse et le rôle joué par les institutions religieuses
sont très importants en Afrique.
Les enjeux « religieux » sont
intimement liés
aux défis socio-économiques et politiques, aux problèmes de justice, de
réconciliation et de paix. Il est utopique de se
réclamer de la
laïcité, simplement
parce qu’elle est inscrite dans la constitution (comme c’est le cas dans de
nombreux pays africains, francophones), et de
réserver le débat sur chacune des
religions aux seuls responsables de chacune d’elles.
-
Avec les Chrétiens de
tous bords ?
Le
deuxième défi
concerne davantage les Chrétiens de tous bords, impliqués
comme les autres croyants dans la vie des sociétés africaines.
Peut-on imaginer qu’en Afrique, les Chrétiens
fassent des pas courageux les uns en direction des autres
pour une réflexion et des
actions communes ? L’avenir de l’Afrique, très lié à
la place accordée aux pratiques religieuses et à l’organisation socio-politique
solidement basée sur la hiérarchie traditionnelle, pourrait se dessiner. On
pourrait envisager de faire de grands pas dépassant peut-être les organisations
œcuméniques un peu « frileuses » ou « piégées » par des
divergences doctrinales, des rencontres où tous les : chrétiens
seraient invités à participer pleinement à la recherche de solutions pour une
Afrique où règnent
davantage de justice et de paix.
-
Les exigences d’un
« vivre ensemble »
Le
troisième défi,
qui est peut-être le plus fondamental, mais qui est conditionné, à mon sens,
par les deux premiers, c’est
l’exigence du
« vivre ensemble ».
Il apparaît urgent et exigeant. Être ouvert à son frère ou à sa sœur de la même
famille ou du même clan, ce n’est pas vraiment difficilenbsp; ; en tout
cas, c’est possible.
Être ouvert et attentif à ceux qui ne sont pas
de la même famille que soi, à
d’autres
personnes d’un autre clan ou même d’une autre région,
cela est vraiment exigeant. Les visions du monde sont différentes, les valeurs
et les références sont différentes et
l’on n’a pas
les mêmes intérêts. Mais pour vivre ensemble, construire un avenir commun,
sans doute faut-il
accepter de discuter et d’adopter une même
règle de jeu.
< De la cohabitation
à la vie rendue possible 11">
:
J’arrive à mon Dans un dernier point où je
je voudrais préciser les défis que je viens d’indiquer, en essayant
de voir en quoi les défis précédents ils sont pertinents.
31) U Un projet commun et ambitieux : estime et
acceptation mutuelle :
Il n’est pas sûr qu’un projet
commun et ambitieux soit construit, proposé et accepté dans la plupart de nos
pays africains en vue d’une paix basée sur la justice sociale. Est-ce dire que
les hommes politiques africains n’ont pas d’ambition pour leur peuple ? Je ne
crois pas. Est-ce dire que le plus grand nombre n’acceptent pas les règles de
la démocratie ?
C’est probable. Ce Il semble observable,
c’est que la
formation démocratique et l’éducation du peuple pour la
gestion du pouvoir ne soit pas encore suffisante suffisantes .
L’avenir
d’un pays ne repose pas seulement sur quelques personnes bien formées, ayant de
bonnes idées ; il faut que ces personnes puissent soulever des foules afin
qu’elles adhèrent aux projets en faisant entendre leur point de vue pour mieux
s’engager ou donner de nouvelles
orientations salutaires pour le pleuple. Faut-il se résigner en disant, qu’il
faut attendre
qu’il y ait un peu plus d’Africains qui sachent lire et écrire ? Il semble
que non.
Un avenir commun : se réconcilier, se
pardonner :
L’avenir
commun à construire nécessite le retour sur le passé, sur les « vieilles
histoires », pour envisager sereinement la réconciliation et sans doute
une certaine réparation en vue d’un pardon « efficace », différent
d’un conflit reporté aux générations suivantes (quand on aura eu le temps de
s’organiser et de s’armer...). Les régions d’un pays qui ont été délaissées,
qui ont été un peu oubliées dans la transformation du pays, le partage des
richesses, doivent faire l’objet d’une plus grande attention dans les projets
de développement.
Se
réconcilier et se pardonner, c’est envisager ensemble un avenir commun. Dans des pays comme le
Rwanda, le Burundi, le Congo et dans bien d’autres pays, comment
reconstruire sans :18">des démarches de vérité, de
réconciliation et de pardon ?
Un chemin de Vie : guérir les blessures,
se soigner fraternellement
Le chemin de réconciliation ouvre
un chemin de Vie où il est possible de guérir les blessures de soigner
et de poser de nouvelles bases de fraternité.
Confrontés ensemble à
des questions de vie et de
mort, convaincus que la vie est possible
pour tous si chacun 6: y
met : un peu du sien,
les Africains ont d’énormes ressources pour s’en sortir à tous les niveaux.
Ce qui prime dans les
religions
traditionnelles, c’est sans doute cette
force
de vie reçue, vécue et
transmise aux générations à venir. Mais, il faut l’envisager,
non plus sur les bases du sang, de la famille ou du clan, mais en élargissant
les appartenances jusqu’au niveau du pays.
34) Un chemin de lutte commune : combattre
ensemble pauvreté et injustices >
Le chemin de Vie est aussi un
chemin de lutte commune pour combattre la pauvreté et les injustices quelles
que soient les personnes qui les subissent, sans oublier les
« structures » ou les « mécanismes » qui les produisent
; il faut oser s’attaquer
aux causes qui dépassent parfois l’Afrique... Imaginez une
lutte organisée contre toutes les structures d’injustice de nos pays,
soigneusement élaborée et adoptée par tout un peuple ; les changements
seraient perceptibles dès les premiers mois. Mais il faut accepter de changer
les pratiques et peut-être se « désolidariser ».
.
Pauvres et riches
On
peut rêver d’une lutte contre les injustices où riches et pauvres se donnent la
main.
. Les
femmes à l’honneur > :
On
peut imaginer une lutte contre toutes les injustices où les femmes entraînent
les hommes sur les chemins de la persévérance dans la recherche de la paix. Il
n’est pas possible aujourd’hui d’envisager un développement sérieux en Afrique
sans l’apport des femmes.
Une
Afrique de demain à construire ensemble
:
On
peut rêver d’une Afrique qu’il faut vraiment construire ensemble, comme un bien
commun, un projet où les Africains seraient en première ligne, conscients que
trop de puissances extérieures n’envoient de l’aide : aux pays africains moyens
financières et en personnel<
aux pays africains que
dans le cadre d’un partenariat où l’Afrique est exploitée. :
Est-ce à dire qu’il faut refuser
toute coopération ? Non,
mais apprendre à négocier ferme avec les
personnes qui disent
aimer l’Afrique
mais , mais qui ne s’engagent dans cette ouverture
qu’en vue d’un profit personnel ou le profit de leur pays. En matière
d’économie malheureusement, il n’y a pas de relations égalitaires ; celui
qui prête son argent par exemple impose ses règles. Que faire ? Que les chrétiens Chrétiens
s’impliquent davantage dans les structures de décisions socio-économiques, socio-politiques sociopolitiques
et socio-culturelles socioculturelles ?
Sans doute. Cela suffira-t-il ? 7:
Quand
les mots trahissent ou engagent
:
On
peut continuer de rêver et oser critiquer tous nos mots de
solidarité, de
participation
et même de
fraternité. Car ces mots
et peut-être aussi leur champ d’application sont très restreints. Peut-on
imaginer une solidarité qui n’exclut personne ? : Peut-on envisager une
fraternité où personne n’est rejeté ? : Peut-on envisager
des mots qui trahissent moins qu’ils
n’engagent ?
La réalité est complexe, son analyse aussi. Elle semble
critiquer nos
mots : – la réalité est complexe, son analyse aussi – et la
manière dont nous essayons de vivre
l’idéal et les mots qui y sont attachés, l’articulation
entre valeurs et et leur mise en pratique.
Plus que les mots et nos beaux discours, ce sont nos pratiques qui trahissent nos beaux projets et nous engagent en vue d’une Afrique où il
fait bon vivre.
Conclusion
Quand la parole est
insuffisante... pour se réconcilier
-
Il
va de soi que les
bonnes paroles ne
suffisent pas pour faire aboutir une réconciliation, mais sans elles, on risque
de ne jamais
faire les premiers pas.
Et surtout, on risque de ne jamais négocier les termes de la réconciliation qui
incluent peut-être réparation et plus grande justice pour l’avenir.
Quand les liens semblent
« inefficaces » pour demander pardon !
On pourrait se demander ici,
à qui demande-t-on facilement
pardon ? On pourrait répondre ceci : aux personnes avec qui
on l’on a encore
envie de faire un bout de chemin, aux personnes
à qui nous sommes vraiment liés, aux personnes qui comptent encore
pour nous ou que nous respectons. Dans la demande de pardon, l’avenir n’est pas
exclu, tout comme l’intérêt que nous portons à la personne avec qui nous
voulons faire la paix.
Quand la paix
semble possible grâce aux amis, mêmes même
éloignés...
F
Un des aspects importants de la vie en Afrique, c 22">’ 22">e
sont est les intermédiaires, les relations,
le rôle que les autres jouent dans les
démarches. Il ne s’agit pas seulement du témoin, il
s’agit aussi de
l’allié qui est invité
à s’engager d’autant plus que des liens existent déjà.
Faut-il dire la même chose de vous, religieux et religieuses, ainsi que de
votre rôle dans cette démarche synodale ? Vous êtes liés d’une manière ou
d’une autre, voire de plusieurs façons à l’Afrique ; comment jouer votre
rôle de témoins et d’alliés des Africains en vue d’une démarche de
réconciliation, de justice et de paix ? Comment vous engager avec nous ?
23"> Des « appartenances » à
la « fraternité » et à la « solidarité » critiquées
23"> Je me tourne encore vers vous, un
peu comme dans la bonne communication africaine où il faut
donner le dernier mot à son interlocuteur, ou au plus ancien, celui
qui parle peu, qui écoute, qui observe, qui réfléchit, qui fait des rapports...
avec le risque qu’en appliquant le principe de part et d’autre, la
discussion, voire la palabre, ne prenne
jamais fin. En fait, si vous ne vous sentez pas exclus de
s nombreuses appartenances africaines, vous
avez votre mot à dire, un rôle à jouer.
Si vous ne vous sentez pas exclus de la
« solidarité » dont il est souvent question en Afrique, vous devez
pouvoir nous aider non seulement à ouvrir le débat, mais aussi à nous
écouter et vous engager avec nous. Comme
nos langues ont besoin de mots étrangers pour continuer à vivre, il me semble
que l’Afrique, et sans doute encore plus les Églises africaines ,
ont
ont besoin de vous, du signe de votre « fraternité ouverte »
par votre vie chrétienne et votre engagement de religieux, religieuse et de
missionnaires.
Vous
pouvez nous aider à critiquer nos manières de vivre nos
appartenances, nos fraternités et nos solidarités. Vous pouvez aussi vous impliquer
davantage, avec nous, au risque d’y laisser des plumes (même si vous n’en avez
pas) ou même votre peau, dans les affaires et les histoires de réconciliation
afin qu’il y ait plus de justice et de paix en Afrique.
PETITE
BIBLIOGRAPHIE :
Documentation
catholique N°2365, 1er oct. 2006, avec une série de
questions ;
J. Ndi-Okalla et A. Ntalou,
D’un Synode à l’autre, Paris, Karthala, 2007 ;
des textes du SCEAM cité dans les Linéamenta s <
« L’Eglise famille
de Dieu, lieu et sacrement de pardon, de
réconciliation et de paix en Afrique. Christ
est notre paix
(Ep 2,14) » (cf. XIIe Assemblée plénière du SCEAM tenue à
Port-Louis,
Ile Maurice 2001; DC 2262, 20 janvier 2002) ;
Lefebvre, « Préparer le synode des Évêques pour l’Afrique », dans
Spiritus, N°186, mars 2007 ;
Ramazani Bishwende,
« Le prochain Synode africain est-il pertinent ? » in
Nouvelle Revue
Théologique, 2007.
Marie-Paulette
Marie Paulette Alaux, Jean-François Petit et Isabelle Roux, L’Afrique
sera-t-elle catholique ? Des religieux s’interrogent
Actes
de la 3 e Rencontre
internationale de l’Assomption pour le dialogue (RIAD), (Nairobi, juillet
2006), Paris,
Santidi Kinkupu,
Les
défis de l’évangélisation dans l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2005 ;
Cheza et G.Van’t Spijker (dir.),
Théologiens et
théologiennes dans l’Afrique contemporaine, Paris,
Kathala Karthala
,
2007,
Politique Africaine
N°105 (mars 2007), Paris, Karthala,
porte sur «
France-Afrique
Sortir du pacte colonial » et les
« Stratégies chinoises en
Afrique »
Cf. ce que les
évêques africains disent lors de leur visite
ad limina et les réponses du Pape; ce que disent les Africains, de
passage en France, le contenu des messages envoyés par Internet ou par le
courrier ordinaire et, bien sûr, ce qu’on entend en Afrique sur ce qu’ils
vivent aujourd'hui et les problèmes liés à ce thème très important du prochain
synode.
M.
Pierre Diarra,
OPM -Paris
T