Justice et Paix : EGLISE ET SOCIETE
- Engagements et Mobilisations d'Eglise



TÉMOIGNAGE DE SŒUR OLGA (1)

Depuis l’exhortation « Ecclesia in Africa » suivant le 1er synode africain, la situation a évolué positivement concernant la vitalité interne de l’Eglise et son lien aux sociétés (promotion du développement, lieu privilégié de germination du pardon…), mais au niveau social, politique et économique la situation a plutôt empiré.

Face à cela, le document présente une analyse des raisons de cette dégradation :
-         Au niveau politique par l’échec de la plupart des Etats face aux défis des frontières et de la multiplicité des ethnies et par l’absence d’Etats de droit,
-         Au niveau économique par les graves injustices et les déséquilibres entre les richesses de l’Afrique et ses ressources, entretenus par les dirigeants corrompus et par les pays étrangers ;
-         Au niveau culturel par la difficulté de sauvegarder le meilleur des cultures africaines tout en intégrant le meilleur de ce qui vient d’ailleurs et par une insuffisante promotion de la personne, et notamment de la femme.

Dans la considération des religions au service de la paix, de la réconciliation et de la justice, la religion traditionnelle africaine semble offrir une vraie source d’inspiration. L’Islam est un partenaire important mais aussi difficile. La collaboration avec les autres Chrétiens nécessite un renouveau spirituel.  De façon plus générale, il n’y a pas de perspective véritable hors d’un recentrement sur le Christ.  

Le N° 6 des lineamenta invite à discerner « des signes d’espérance pour la renaissance d’un christianisme fécond et dynamique et pour l’avènement de sociétés nouvelles ». C’est à ce niveau que j’aimerais intervenir avec quelques exemples pour appuyer davantage sur le rôle femmes en Afrique. Beaucoup d’entre elles répondent quotidiennement et vaillamment dans la mesure de leur possible et dans des conditions parfois difficiles à cet appel évangélique d’ « être le sel de la terre et la lumière du monde ».  Un proverbe africain ne dit-il pas à juste titre qu’ « éduquer un homme c’est éduquer un individu, mais qu’éduquer une femme, c’est éduquer une famille, voire une nation ».

Membre d’une congrégation missionnaire les Filles du Saint Esprit, sensibilisée par rapport au souci d’une évangélisation en profondeur et celui d’un enracinement dans le peuple dans  nos différentes unités, je crois beaucoup que l’éducation à tout niveau est le moyen d’une  véritable promotion des sociétés nouvelles en Afrique. Quelques exemples :

1) J’ai eu la chance de travailler pendant 4 ans dans notre Centre de promotion pour la femme à Kaélé au Nord Cameroun.
Là nous accueillons des jeunes filles soi disant en échec scolaire. La plupart nous arrive sans une volonté réelle sinon le sentiment vif de leur inutilité (je viens apprendre à pédaler(2) disent la plupart).  En effet, la grande partie de ces filles sont souvent motivées par leurs mamans ou leurs proches, qui ont plus conscience des bienfaits de l’éducation, ou qui rêvent tout simplement d’un avenir meilleur pour  leur fille que leur présente situation.
Au bout d’une année dans la classe de remise à niveau, et à travers une politique d’éducation au cœur de leur situation propre, ces filles se sentent reconsidérées et valorisées à leurs propres yeux comme devant ceux de leur famille, aussi expriment- elles leur volonté de poursuivre les études dans la mesure du possible (la persévérance des précédentes suscitent aussi le courage des nouvelles arrivantes. 
Au long des 3ans de formation dans le Centre, les journées porte ouverte et exposition leur donnent des occasions de montrer leur savoir faire et de prendre la parole devant leurs familles et les autorités locales.
Pour moi cette évolution positive de la plupart de ces filles a été source d’espérance dans mon expérience de jeune religieuse.

Quelques convictions qu’on essaie de faire passer au cours cette formation :
Ø     Prise de conscience par rapport  à leurs droits mais aussi et surtout par rapport à  leurs devoirs.
Ø     Information sur désir de l’argent qui habite les jeunes et adultes : l’argent est un moyen nécessaire, mais pas suffisant pour combler une vie humaine digne de ce nom
Ø     Sur le sens de la dignité de personne humaine qui n’est pas une marchandise
Ø     Sur le sens de la justice, et de la vérité (par rapport à la corruption ambiante)

2) Au Burkina à Dièbougou, nous avons un centre de nutrition pour les enfants.
Là nous travaillons beaucoup avec les femmes qui viennent au Centre et dans l’animation dans les villages et aussi avec les groupements de femmes pour des œuvres de charité au niveau de l’Eglise (légion de Marie, les Femmes catholiques)  à but lucratif (fabrication de savon, de beurre de Karité, bouillie enrichie, alphabétisation et apprentissages divers.)
Ces femmes expriment un grand désir d’apprendre des choses pratiques (en vue d’une amélioration de leurs conditions de vie). Elles expérimentent en outre comment elles sont des actrices (et peuvent l’être davantage) dans la vie  socio-économique  au sein de leur famille, de leur village, de leur Eglise.

3) Au Cameroun comme au Burkina et dans bien d’autres pays d’Afrique la Journée  internationale de la femme, le 8 mars, prend de plus en plus d’ampleur. Elle est précédée par une semaine d’activités des femmes.
Des fortes prises de conscience gagnent de plus en plus de terrain chez les femmes :
- Être des piliers dans leur foyer au côté de leur mari, le chef de famille dans le respect mutuel
- Avoir des enfants mais pas trop pour être capables de  les faire grandir dignement
- Importance de l’éducation aussi pour les filles.

4) Une belle initiative dans le diocèse de Koudougou : un comité de Réconciliation dans les paroisses.
Ce comité offre surtout aux couples en crise, un espace d’écoute, d’expression et de discernement en vue d’une réconciliation et d’une nouvelle vision responsable de la vie de la famille.

Ces quelques exemples constituent à mon avis une certaine espérance pour l’Afrique, même si vue au niveau  des grands et urgents besoins actuels des peuples  d’Afrique, ils  peuvent paraître comme une goutte dans l’océan.



1- Religieuse, membre de la congrégation des Filles du Saint Esprit.
2- Coudre à la machine