Justice et Paix : EGLISE ET SOCIETE
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CONGRES MONDIAL SUR LA MISERICORDE (1)

ROME, Vendredi 4 avril 2008

De la miséricorde en famille, à la compassion pour toute la création

         « Lorsque tu reviens vers ton père, cours ! et serre - le dans tes bras en comptant intérieurement jusqu'à sept ». La troisième journée du premier congrès mondial et apostolique sur la miséricorde divine, héritage spirituel de Jean-Paul II, a été marquée par le témoignage d'une religieuse italienne, Sr Elvira, qui a fondé, depuis 1983, plus d'une cinquantaine de communautés du Cénacle, présentes en Italie et en Bosnie, mais aussi en France, dans le diocèse de Tarbes - Lourdes. Un évêque orthodoxe russe a ensuite témoigné de la mystique de saint Isaac de Ninive qui éprouvait de la compassion pour toute la création.

La communauté a présenté hier soir un spectacle représentant des scènes de l'Evangile, en plein air, Piazza Navona, au coeur de la Rome historique, devant l'église Sainte Agnès dédiée à la pastorale des jeunes et à l'adoration eucharistique.

Cette association chrétienne accueille des jeunes victimes de la drogue, de l'alcool, de la dépression, qui désirent se retrouver eux-mêmes et retrouver la joie et le sens de la vie. Elle leur propose un style de vie simple, familial, par la redécouverte du travail, dans l'amitié et la prière.
Mais ce matin, avec la joie éclatante qui l'anime, sr Elvira a confié que la vie en famille, chez elle n'était pas facile, avec une maman qui était « une sainte », mais très exigeante, et un papa qui se retrouvait souvent sans travail et se comportait souvent avec violence. Il a fallu l'exercice de la miséricorde pour que les enfants cessent d'en vouloir à leur père.
 Mais cette expérience de la miséricorde, sr Elvira la propose en famille. Aux jeunes qui reviennent chez eux après un séjour en communauté, elle recommande de ne pas arriver à la maison en disant un simple « salut papa ». Elle leur dit de « courir » littéralement vers leur père et de l'embrasser, « de l'étreindre fortement, en comptant intérieurement jusqu'à sept » : un remède qui inévitablement bouleverse le père et l'enfant et fait passer la réconciliation, au-delà des paroles, mieux que des mots. Il faut le faire courageusement, sans attendre, disait-elle. Sinon, après, l'occasion est manquée.

La matinée avait commencé, comme chaque jour du congrès par le chant des laudes, animées, comme la messe, présidée par Mgr Lori, évêque de Bridgeport, aux Etats-Unis, par la communauté des frères et des soeurs de l'Agneau.
  La conférence principale a été donnée par le cardinal Francis Arinze, nigérian, préfet de la congrégation romaine pour le Culte divin et la Discipline des sacrements. Le cardinal Arinze, qui a ensuite rencontré les quelque 50 délégués venus de son pays, a montré comment la liturgie de l'Eglise, liturgie eucharistique ou liturgie des heures est pour le Chrétien un lieu de rencontre privilégiée avec le Christ vivant et où chacun est invité à venir puiser à la source de la miséricorde divine.

Le second témoignage de la matinée a été donné par un hôte exceptionnel, l'évêque orthodoxe russe représentant du patriarcat de Moscou à Vienne et auprès de la Communauté européenne, Hilarion Alfeyev. L'évêque est un brillant théologien, professeur à Fribourg, mais aussi un musicien d'envergure, auteur notamment d'une Passion selon saint Matthieu donnée pour la première fois l'an dernier à Moscou puis à Rome, grâce au Conseil pontifical de la culture alors sous la houlette du cardinal Paul Poupard.
L'évêque Hilarion a évoqué de façon approfondie la spiritualité d'Isaac le Syrien ou « de Ninive » (VIIe s.), grand mystique, et « l'un de plus grands théologiens de la tradition orthodoxe » à partir du thème « de l'amour et de la miséricorde ».
Né dans le Qatar actuel, saint Isaac mourut au monastère de Rabban Shabour, aujourd'hui au nord du Kurdistan. Il avait été pendant quelque temps évêque de Ninive. Ermite dans le désert de Syrie et s'était rendu à Constantinople et il y avait joué un rôle important auprès de l'empereur, à une époque où la crise arienne avait laissé la ville sans monastères. Saint Isaac en restaura un grand nombre, ce qui lui valut d'être honoré comme un père des moines.
Dans un exposé dense, de plus de 15 pages, en anglais, on trouvait même quelques accents modernes, quasi « écologiques » mais d'une écologie théologique fondée sur une théologie de la Création, quasi une mystique. En effet, expliquait l'évêque, saint Isaac s'interroge sur ce qu'est un « coeur miséricordieux ». Et Isaac répond  en substance que c'est un coeur à l'image et la ressemblance de la miséricorde de Dieu qui embrasse la totalité de la création. Chez Dieu, il n'y a de haine pour personne, mais seulement un amour qui embrasse tout, car chaque être crée est précieux aux yeux de Dieu qui prend soin de chaque créature, et chacun trouve en lui un Père plein d'amour.
« C'est un coeur, explique en effet saint Isaac, qui brûle pour toute la création, les hommes, les oiseaux, les animaux, les démons et pour toute chose crée.  Et pour leur restauration, les yeux d'un homme de miséricorde verse des larmes abondantes. Du fait de sa miséricorde forte et véhémente, qui saisit son coeur et de sa grande compassion, son coeur s'humilie et il ne peut pas supporter d'entendre ou de voir des blessures ou la moindre tristesse dans la création. C'est pourquoi il offre continuellement des prières accompagnées de larmes même pour des bêtes sans raison, pour les ennemis de la vérité, et pour ceux qui le blessent, afin qu'ils soient protégés et obtiennent miséricorde. Et de même, il prie aussi pour la famille des reptiles, en raison de la grande compassion qui brûle démesurément dans son coeur fait à l'image de Dieu ».

Jésus demande aux hommes d’aujourd’hui d’invoquer la divine miséricorde :Une conviction de Jean-Paul II, soulignée par le cardinal Schönborn :

Jean-Paul II était convaincu que Jésus demande aux hommes d'aujourd'hui d'invoquer la divine miséricorde, a rappelé le cardinal Christophe Schönborn.

Dans son intervention inaugurant le congrès international sur la divine miséricorde, mercredi 2 avril après-midi dans la basilique romaine de Saint Jean de Latran, l'archevêque de Vienne a expliqué que selon lui, toute la vie de Jean-Paul II doit être reconsidérée à la lumière de la divine miséricorde.

Il a rappelé que Jean-Paul II a terminé son voyage sur terre le « Dimanche de la miséricorde » qu'il avait lui-même introduit dans le calendrier liturgique, en l'an 2000, et qu'il avait canonisé sur Marie Faustine Kowalska, faisant d'elle la première sainte du nouveau millénaire.
« Il est difficile, voire impossible », a souligné le cardinal autrichien, « de ne pas voir en cette coïncidence un signe du Ciel ». En 1997, lors d'une visite à une banlieue de Cracovie, Lagiewniki, où sur Faustine avait vécu et fut enterrée, il avait déclaré: « Le message de la divine miséricorde a d'une certaine façon formé l'image de mon pontificat ». En 2002, lors de son dernier voyage en Pologne, il consacra la nouvelle basilique de Lagiewniki comme sanctuaire de la divine miséricorde.
Pour Jean-Paul II, a-t-il dit, Jésus demande aux hommes d'aujourd'hui d'invoquer la divine miséricorde. Devant le manque de respect pour la vie et la dignité de l'homme, face à la haine et à la soif de vengeance, il invoquait la miséricorde de Dieu. « Comme le monde a besoin aujourd'hui de la miséricorde de Dieu ! », s'était-il exclamé à Lagiewniki le 17 août 2002, en concluant « nous avons besoin de la miséricorde pour faire en sorte que chaque injustice du monde trouve son terme dans la splendeur de la vérité ».

Le pape polonais était convaincu que « dans la miséricorde de Dieu le monde aurait retrouvé la paix et l'homme le bonheur ». Pour l'archevêque de Vienne, Jean-Paul II était conscient des signes que la divine miséricorde avait laissés dans sa vie. Dans la Pologne déchirée par le nazisme, la guerre et le communisme, sa confiance en la divine miséricorde fût décisive pour alimenter l'espérance aussi bien dans son coeur de jeune qu'au sein de la population polonaise. Le cardinal Schönborn est convaincu que les révélations reçues personnellement de sur Faustine « aident à vivre plus pleinement la révélation de Jésus - Christ » et que ces révélations sont « un appel authentique du Christ à l'Eglise ».

Concernant l'image déformée selon laquelle le Dieu de l'Ancien Testament est un Dieu en colère et le Dieu du Nouveau Testament un Dieu bienveillant, l'archevêque de Vienne a expliqué que « la miséricorde de Dieu constitue le noyau de l'Ancien Testament ». Alors que dans le Nouveau testament, a-t-il précisé, Jésus représente « l'incarnation de la miséricorde de Dieu ». Se référant à la pratique de l'euthanasie, le cardinal Schönborn a montré que « le durcissement du coeur est le contraire de la miséricorde ». « Le durcissement du coeur équivaut à un détachement de Dieu, à une perte de sa propre humanité », a-t-il dit, « il est la cause de souffrances parmi les hommes » et « la cause de la mort de Jésus ».

L'archevêque de Vienne a conclu son intervention en lisant quelques phrases du petit journal de sur Faustine : « Aide-moi, Seigneur, pour que mon coeur soit miséricordieux, afin que je ressente toutes les souffrances de mon prochain. Je ne refuserai mon coeur à personne. Je fréquenterai sincèrement même ceux qui, je le sais, vont abuser de ma bonté, et moi, je m'enfermerai dans le Coeur très miséricordieux de Jésus. Je tairai mes propres souffrances. Que Ta miséricorde repose en moi, ô mon Seigneur ».
 


Jean-Paul II, une vie marquée par la divine miséricorde, déclare le card. Ruini :

Lors de l'ouverture des travaux du premier congrès apostolique mondial de la divine miséricorde, le mercredi 2 avril à Rome, le cardinal Camillo Ruini a rappelé que Jean-Paul II avait placé la divine miséricorde « au coeur de son témoignage apostolique et de son magistère ».
Il est a l'origine de l'encyclique Dives in misericordia, de la décision de béatifier et de canoniser sur Faustine Kowalska, et de consacrer le deuxième dimanche de Pâques à la divine miséricorde. Par ailleurs, Jean-Paul II a voulu que l'église Santo Spirito in Sassia, située près du Vatican, devienne le sanctuaire romain de la divine miséricorde, où l'on vénère l'effigie de Jésus miséricordieux qui s'est manifesté à sur Faustine.

Le cardinal-vicaire de Rome a souligné que dans l'optique de Jean-Paul II, le lien entre Rome et la divine miséricorde est « encore plus important et plus ancien » car « si on lit le nom de Rome à l'envers, cela donne le mot Amour ». « Et il ne s'agit pas de n'importe quel amour, a expliqué le cardinal Ruini, mais d'un amour gratuit, de cet amour généreux, miséricordieux que Dieu ressent pour nous et qui s'est manifesté en son Fils incarné, mort et ressuscité pour nous et pour notre salut » .

         Reprenant alors les paroles de Jean-Paul II, le cardinal Ruini a rappelé que « l'amour du Christ est toujours plus fort que nos faiblesses », car « l'amour miséricordieux va à la recherche de l'homme pécheur et le conduit au salut ». Le cardinal Ruini a ensuite conclu en souhaitant que ce congrès « puisse stimuler la ville de Rome et les diocèses du monde entier, à un nouvel élan missionnaire.
  

4° « La Miséricorde, au coeur du message chrétien », par Mgr de Monléon(2) :
 
« La Miséricorde est au coeur du message chrétien », souligne Mgr Albert-Marie de Monléon, op, dans cet entretien avec David Moussu paru dans la revue de la Conférence des évêques de France (CEF <http://www.cef.fr/> ), « Catholiques en France » (n° 36, mars 2008).
Depuis mercredi 2 avril, Mgr de Monléon, évêque de Meaux <http://eglisecatho-meaux.cef.fr/>  participe en effet à Rome au premier congrès international et apostolique sur la miséricorde divine (2 au 6 avril 2008). Il est le coordinateur national de la rencontre. Deux autres évêques français y participent :
-         Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, qui a témoigné hier matin, en la basilique du Latran, du dialogue avec l'islam dans son diocèse et
-         Mgr Guy Bagnard, évêque de Belley-Ars, qui a exposé hier après-midi, en l'église S. Carlo, comment ce message de la miséricorde est vécu dans la spiritualité de S. Jean-Marie Vianney, le saint Curé d'Ars, notamment dans le sacrement de la réconciliation.

David Moussu - Pourquoi un congrès de la Miséricorde ? Quelle est son origine ?

Mgr Albert-Marie de Monléon - En juillet 2005, juste après la mort du pape Jean Paul II, à l'initiative d'un laïc, Gérald Arbola, nous avons organisé avec le cardinal Christoph Schönborn, le cardinal Philippe Barbarin, Mgr Renato Boccardo, le P. Patrice Chocholski et moi-même une retraite sur la Miséricorde, à Lagiewniki, le grand centre de la Miséricorde près de Cracovie. À l'issue de cette rencontre, nous avons décidé d'organiser un grand congrès mondial de la Miséricorde, à Rome, avec l'aide du Saint-Siège qui a pris les choses en mains et nommé le P. Chocholski coordinateur général de l'événement.
    
David Moussu - Quel est le but de ce congrès ?

Mgr Albert-Marie de Monléon - Son but est triple :
-         D'abord répondre aux voeux de Jean Paul II qui a beaucoup oeuvré pour la Miséricorde.
-         Deuxièmement, nous devons susciter une prise de conscience de l'importance de la Miséricorde pour le monde. « Il faut transmettre au monde le feu de la Miséricorde », disait Jean Paul II. La Miséricorde, c'est l'espérance qu'il faut annoncer.
-         Troisièmement, ce congrès permettra à d'innombrables groupes à travers le monde qui se consacrent à la Miséricorde de se rencontrer. L'organisation reprend le schéma des congrès internationaux pour la nouvelle évangélisation qui se sont tenus dans les grandes villes européennes, notamment à Paris lors de la Toussaint 2004.

David Moussu - Ce congrès, qui s'est ouvert le jour anniversaire de sa mort, n'est-il pas en quelque sorte un héritage de Jean Paul II ?

Mgr Albert-Marie de Monléon - Absolument, il répond au voeu profond de Jean Paul II. Nous avions d'ailleurs lancé son organisation dès 2003, bien avant sa mort. Lorsque l'on étudie les oeuvres de Jean Paul II depuis l'encyclique Dieu riche en miséricorde jusqu'à son livre Mémoire et identité, en passant par les différentes homélies sur la canonisation de soeur Faustine, la consécration du monde à la Miséricorde, etc. on découvre des textes extrêmement puissants : « La Miséricorde embrasse la totalité du mystère du Christ dans son oeuvre de salut, jusque et y compris Pâques. Parce que l'Incarnation, c'est la Miséricorde incarnée, et la Rédemption, c'est la Miséricorde qui a imposé sa limite au mal » (Mémoire et identité). La miséricorde n'est pas du tout une sensiblerie compatissante qui effacerait le mal, elle est un accomplissement et un au - delà de la justice et la réparation du pardon. « Dans aucun passage du message évangélique, ni le pardon, ni même la Divine miséricorde qui en est la source ne signifie indulgence envers le mal, envers le scandale, envers le tort causé ou les offenses », ajoute Jean Paul II dans Mémoire et identité. La Miséricorde est une compassion extrême devant les blessures du mal moral ou physique et un désir de le surmonter ou du moins de lui mettre une limite. « À travers la cruauté des systèmes totalitaires, ce fut comme si le Christ avait voulu révéler que la limite imposée au mal dont l'homme est l'auteur et la victime est en définitive la Divine Miséricorde », écrit encore Jean Paul II dans Mémoire et identité.

David Moussu - Quelle est la pertinence du message de sainte Faustine aujourd'hui ?
Mgr Albert-Marie de Monléon - Absolument Sainte Faustine dit que la Miséricorde est le plus haut attribut de Dieu. Et en même temps, elle rejoint la pastorale des gens les plus simples, des petits, par son message de confiance : « L'humanité ne trouvera pas la paix tant qu'elle ne se tournera pas avec confiance vers ma miséricorde », écrit sur Faustine dans son Petit Journal. Là où les plus hauts théologiens s'y abîment, le message de Faustine s'adresse aux gens simples qui peuvent se l'approprier par ce message de confiance.
Un autre aspect du message de sainte Faustine qu'il ne faut pas oublier, c'est l'appel aux prêtres à être les dispensateurs et les ministres de la Miséricorde par leur vie, leurs prédications, les sacrements ...
La Miséricorde est au coeur du message chrétien. D'un point de vue théologique, pour saint Thomas d'Aquin, elle est la plus haute des vertus et elle est la clé des oeuvres de Dieu. Ce n'est donc pas nouveau en soi, mais elle a pris une acuité plus grande dans notre monde actuel avec la conjonction des totalitarismes nazis et marxistes, les manifestations du Seigneur à sur Faustine et le génie de Jean Paul II, qui ont contribué à la raviver.

David Moussu - Quelles retombées pastorales attendez-vous de ce congrès ?

Mgr Albert-Marie de Monléon - L'idée qui découle de ce congrès est de promouvoir la Miséricorde en France, de la faire connaître, notamment sous son aspect pastoral. En ce sens, nous organisons le samedi 4 octobre, à Lyon, avec le cardinal Barbarin, une grande rencontre sur la Miséricorde autour de deux axes : quelle pastorale de la Miséricorde ? (comment éveiller, en particulier, des familles, des jeunes, à la Miséricorde ?), et la dimension interreligieuse. L'un des intérêts de la Miséricorde, c'est qu'elle permet de rejoindre, de manière très diversifiée bien entendu et pas sur le même plan, les autres croyants : les Églises d'Orient orthodoxes et catholiques (la Miséricorde est un grand thème de la spiritualité orientale), mais aussi le judaïsme : le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob est un Dieu lent à la colère et plein de miséricorde, c'est tout l'enseignement biblique. D'une autre manière, le Miséricordieux est un des grands noms de Dieu dans l'islam. La Miséricorde est une thématique très ouverte, très large.

5°     « La miséricorde et le ministère du prêtre », par Mgr Guy Bagnard :

 « Le ministère de la réconciliation reste sans doute le plus difficile et le plus délicat, le plus fatigant et le plus exigeant - surtout lorsque les prêtres sont en petit nombre. Il suppose aussi, chez le confesseur, de grandes qualités humaines, par - dessus tout une vie spirituelle intense et sincère ; il est nécessaire que le prêtre recoure pour lui-même régulièrement à ce sacrement : c'est par ces paroles de Jean-Paul II que Mgr Guy Bagnard, évêque de Belley-Ars(3), a conclu, jeudi 3 avril, dans l'après-midi, en l'église romaine de San Carlo al Corso, son exposé sur « la miséricorde et le ministère du prêtre ». Il s'appuyait aussi sur l'héritage spirituel du saint Curé d'Ars, saint Jean-Marie Vianney.
Il suffit de parcourir quelques pages d'Évangile pour s'apercevoir dans quelle proximité Jésus a vécu avec les malades. Lépreux, boiteux, paralysés, aveugles, sourds-muets, tous viennent à Lui et Le supplient de les guérir.
Ce n'est pourtant aucune de ces maladies que désignaient les célèbres paroles de Jésus : "Ce ne sont pas les bien - portants qui ont besoin du médecin, mais les malades." Le contexte où ont été prononcées ces paroles nous apprend que Jésus prenait alors son repas dans la maison de Matthieu qu'il venait d'appeler à sa suite. Autour de la table se tenait un grand nombre de publicains réputés pour leur malhonnêteté dans l'exercice de leur profession : la collecte des impôts. C'étaient des pécheurs publics, désignés du doigt par l'opinion ! À l'adresse des pharisiens qui condamnaient ces fréquentations douteuses, Jésus répond avec les paroles du prophète Osée : "C'est la miséricorde que je veux et non les sacrifices." (Mt 9,12). À côté des maladies du corps, Jésus souligne la présence des maladies de l'âme. Leur guérison ne peut être obtenue que par la miséricorde. C'est pour en purifier les hommes qu'il est venu en ce monde. Bien mieux, les maladies du corps avaient moins de conséquences dramatiques sur la destinée humaine que les maladies invisibles de l'âme : "Afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir, sur la terre, de pardonner les péchés, alors, lève-toi, dit Jésus au paralysé, prends ta civière et rentre chez toi." (Mt 9,6). Jésus indiquait que son pouvoir de guérison sur les corps annonçait un pouvoir plus fondamental sur les âmes.
Celui qui a reçu l'ordination prolonge l'action du Christ. Parce qu'il a donné ses lèvres, ses mains, son intelligence et son coeur au Christ, pour continuer son oeuvre de guérison, il est amené à accorder une place de choix au ministère.
Jean-Marie Vianney demeure, dans l'histoire de l'Eglise, le témoin privilégié de ce ministère. Dans l'exercice de sa charge de curé, au fil des années, le temps passé au confessionnal a démesurément grandi. On estime qu'il s'y tenait entre 13 et 18 heures par jour, par tous les temps, aussi bien dans la chaleur que dans le froid. Au cours des vingt-cinq dernières années de sa vie, il ne faisait plus que cela. "Rarement un pasteur a été à ce point conscient de ses responsabilités, dévoré par le désir d'arracher ses fidèles à leur péché ou à leur tiédeur." (Jean-Paul II, Lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint 1986).
    
À regarder Jean-Marie Vianney, dans l'exercice de cette pastorale de la miséricorde, un fait mérite d'être souligné. Il avait perçu l'immense effort qui est requis du pécheur pour venir chercher le pardon. Reconnaître sa maladie est déjà une épreuve. Mais entreprendre de s'en libérer en est une autre bien plus lourde encore. Le mouvement naturel est de remettre à plus tard. Mille raisons surgissent pour repousser au lendemain. Le fils de la parabole a attendu le tout dernier moment, d'être littéralement affamé, pour se décider enfin à reprendre le chemin du retour.
 
Le Curé d'Ars, qui avait une profonde connaissance du coeur humain, eût un jour une drôle d'idée. Au risque de surprendre son entourage et de soulever des incompréhensions, il entreprit rien moins que de faire percer une porte dans la façade de l'église paroissiale, légèrement sur le côté ; c'était une porte si étroite si discrète, qu'aujourd'hui encore, on ne la remarque pas. En la poussant, on tombait au pied d'un confessionnal, placé là tout exprès. C'était le cinquième confessionnal qu'il avait installé dans son église. Les quatre autres étaient situés plus haut dans la nef ou derrière l'autel. L'avantage de ce nouveau dispositif permettait de venir se confesser totalement incognito ! C'était là que ceux qu'il appelait les grands pécheurs pouvaient s'ouvrir à la miséricorde. Insigne délicatesse de ce curé qui ressentait en lui-même ce qu'il en coûtait de revenir dans une église où l'on n'avait peut-être pas mis les pieds depuis trente, quarante ou cinquante ans. Ainsi, la grâce de la Miséricorde était mise à la portée du plus grand nombre. À elle seule, cette invention en dit long sur l'amour des pécheurs qui habitait le coeur de Jean - Marie Vianney, à l'image du Père de la parabole qui attend sur le seuil et regarde l'horizon s'il voit revenir le fils. Jean - Marie Vianney avait l'habitude de dire : "Ce n'est pas le pécheur qui revient vers Dieu pour lui demander pardon ; mais c'est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui." (Nodet p. 133) C'est vers ceux qui semblaient les plus éloignés que le coeur du prêtre allait d'emblée en priorité. Dans ce confessionnal, disait-il, j'ai pu prendre les âmes au vol ! Il inscrivait dans les faits l'amour de Dieu pour les pécheurs.

    Si la miséricorde est le remède le plus sûr pour guérir les maladies de l'âme, il devient indispensable de l'approcher d'aussi près que possible de celui qui en a besoin ! L'intense désir de l'offrir aux pécheurs a fait trouver au Curé d'Ars les moyens de la donner.

Sa renommée comme confesseur est liée sans aucun doute à sa sainteté personnelle. Il n'était pas rare d'entendre les habitants d'Ars raisonner ainsi, comme s'exprimait l'un d'entre eux : "Nous ne valons pas mieux que les autres, mais nous aurions trop de honte à nous livrer à de semblables désordres si près d'un saint" (Monnin, t. 1, p. 220). Mais outre le rayonnement de sa sainteté, d'autres facteurs intervenaient. L'un d'entre eux semble avoir joué un rôle non négligeable. Le Curé d'Ars lisait dans les coeurs ; il avait comme l'intuition des consciences. Il est évidemment difficile de savoir ce qui se passait exactement dans le confessionnal entre le curé et les pénitents. Il faut donc avancer avec prudence sur ce terrain. Mais beaucoup de témoignages recueillis au cours du procès de canonisation révèlent que ceux qui venaient s'agenouiller près du curé se sentaient mis brutalement face à face avec leur vie. Fréquemment, le curé découvrait lui-même au pénitent l'une ou l'autre de ses fautes.
    
L'abbé Alfred Monnin, un de ses premiers biographes, cite, par exemple, le cas de cet homme de mauvaise vie qui, atteint d'infirmités, vint à Ars espérant obtenir la guérison. Sur les conseils de quelques amis, il accepte de se confesser. Jean - Marie Vianney l'écoute en silence, puis lui demande : "Est-ce tout ?" - "Oui", répond l'homme. "Mais, réplique le curé, vous n'avez pas dit que tel jour, à tel endroit, vous avez commis une très grave faute". Et le curé se met à lui faire l'histoire de sa vie, mieux qu'il ne l'aurait faite lui-même. Des cas de ce genre sont nombreux. Jean - Marie Vianney posait souvent la question rituelle : "Depuis quand date votre dernière confession ?" Il arrivait que le pénitent ne se souvienne de rien ! Alors, il n'était pas rare que le Curé réponde lui-même : "Cela fait vingt-huit ans, mon ami, et vous n'avez pas été communier à la suite de cette confession."

L'acuité du regard du confesseur opérait un choc puissant sur le pénitent. Celui-ci faisait une expérience semblable à celle de la Samaritaine de l'Évangile. Elle avait entendu Jésus lui dire qu'elle n'avait pas de mari et Jésus lui avait découvert sa propre vie. Quelques instants après, elle s'adressait alors aux gens de son village, avec une émotion à peine voilée :"Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait !" Le pénitent d'Ars n'avait pas le sentiment d'être accusé ou condamné, mais celui d'être regardé par Dieu lui-même dans l'intimité de sa vie. Toute résistance, toute défense alors s'évanouissaient. Il s'ouvrait à la Lumière, sans chercher d'excuse, sans recourir à des échappatoires, sans se justifier. Il se trouvait soudainement devant Dieu. Et Dieu venait le chercher dans les situations très concrètes de son existence ; c'était là qu'il était rejoint et sauvé ! Sous cette lumière, il était reconduit à la vérité existentielle de son être et c'est pourquoi la grâce du sacrement opérait en profondeur à l'intime de l'âme. Il ressortait du confessionnal régénéré. Dieu était passé. Il avait agi ! Le pénitent avait fait l'expérience que Dieu l'aimait tel qu'il était. Un des premiers effets de la miséricorde est de ne plus se dissimuler à soi-même et d'accepter que Dieu puisse nous regarder en vérité. C'est dans cette expérience de la lumière qui nous pénètre que l'on mesure l'immense bonté de Dieu et que l'on puise l'élan de repartir et de fortifier la décision de changer de vie !

Ainsi, dans l'exercice de ce ministère, Jean - Marie Vianney montrait que la Miséricorde de Dieu ne diminuait en rien l'exigence de Vérité et l'effort coûteux qui lui est lié. Il alliait les deux dans le profond équilibre que lui communiquait sa sainteté. La miséricorde, il savait en parler comme nul autre : "Que Dieu est bon, disait-il, son bon Coeur est un océan de miséricorde. Ainsi quelque grands pécheurs que nous puissions être, ne désespérons jamais de notre salut. Il est si facile de se sauver !" " Nos fautes sont comme des grains de sable à côté des miséricordes de Dieu." "Qu'est-ce que nos péchés, si nous les comparons à la miséricorde de Dieu ! C'est une graine de navette devant une montagne". "Dieu court après l'homme et le fait revenir." (Abbé Toccanier, Procès de canonisation).

À ceux qui, pourtant, se complaisaient à parler de ses sévérités, il faut rappeler le jugement tout simple, mais combien vrai d'un vieux paysan d'Ars qui avait connu Jean -Marie Vianney dès son arrivée : "Il prêchait surtout sur l'amour de Dieu, sur la présence de Notre Seigneur dans l'Eucharistie, sur l'habitation du Saint - Esprit dans notre âme. Et quand il parlait sur le péché, alors il pleurait." Jean - Marie Vianney avait appris à se dégager de l'esprit jansénisant dont il avait été marqué dans sa jeunesse et durant les premières années de son ministère au contact de l'abbé Balley, à Écully. Il expliquait dans ses catéchèses : "Les jansénistes ont bien encore les sacrements, mais ils ne servent de rien car ils pensent qu'il faut être trop parfait pour les recevoir. L'Église ne désire que notre salut ; voilà pourquoi elle nous fait un précepte de recevoir les sacrements." (Monnin p. 327).

Mais, pour autant, la Miséricorde n'est pas une vertu doucereuse, qui se contenterait de bénir et d'absoudre, en laissant croire qu'il n'y a guère de différence entre le bien et le mal, et qu'en conclusion, comme le dit la chanson, "on ira tous au paradis". Jean - Marie Vianney avait un sens aigu de la gravité du péché ; cette conscience était, chez lui, la conséquence d'une réalité majeure dans sa vie spirituelle : il vivait en continuelle union avec Dieu. "Il m'a avoué un jour, dit le Frère Athanase, qu'il perdait rarement le souvenir de la présence de Dieu". Et l'abbé Toccanier résume ainsi le climat de sa vie intérieure : "Dieu, rien que Dieu, Dieu partout, Dieu en tout, toute la vie du Curé d'Ars est là !"

         Ainsi, tout ce qui détournait de Dieu, tout ce qui l'offensait, le faisait souffrir. S'il avait l'amour du pécheur, il avait en même temps l'horreur du péché. Aussi mesurait-il sa responsabilité de curé, une responsabilité qui souvent le tourmentait : "Ah, si j'avais su ce que c'était qu'un prêtre, au lieu d'aller au séminaire, je me serais bien vite sauvé à la Trappe" (Monnin t. 2, p. 275). Il percevait les effets destructeurs du péché dans les coeurs avec une sorte d'angoisse :"Le péché obscurcit la foi dans les âmes comme les brouillards épais obscurcissent le soleil à nos yeux : nous voyons bien qu'il fait jour, mais nous ne pouvons distinguer le soleil." (Nodet p. 147). "Oh ! Jésus, donnez-nous une sainte horreur de nos péchés. Faites passer dans nos coeurs une goutte de cette amertume dont le vôtre fut inondé. Si nous ne pouvons effacer nos péchés par l'effusion de notre sang, faites du moins que nous puissions les pleurer." (Nodet p. 143)
    
Jean - Marie Vianney percevait le caractère dramatique de toute existence humaine, car l'homme y jouait son éternité ! Il avait "une vision pathétique du salut" (Jean-Paul II, Ars 1986). Cette conviction était si ancrée en lui qu'elle a imprimé à sa vie spirituelle une orientation dont les traits les plus spectaculaires étaient la pratique d'une ascèse rigoureuse. Ses pénitences étaient impressionnantes par leur ampleur et leur fréquence. Certains y ont vu une recherche pathologique de la souffrance. Elles étaient bien plutôt l'expression d'une vérité profonde : la volonté de se sanctifier soi-même pour sanctifier les autres ! Renoncer à soi-même, fût-ce dans la recherche d'un bien-être légitime, était chez lui une manière d'ouvrir plus largement à Dieu les portes de sa vie. Il disait : "Il n'y a qu'une manière de se donner à Dieu dans l'exercice du renoncement et du sacrifice : c'est de se donner tout entier, sans rien garder pour soi. Le peu que l'on garde n'est bon qu'à embarrasser et à faire souffrir... Je pense souvent que je voudrais bien pouvoir me perdre et ne plus me retrouver qu'en Dieu." (Monnin, t. 2, p. 631). "Se donner tout entier" était inscrit au coeur de son ministère.
Il insistait particulièrement sur le renoncement à sa volonté propre : "Nous n'avons en propre que notre volonté ; c'est la seule chose que nous puissions tirer de notre fond pour en faire hommage au Bon Dieu. Aussi, assure-t-on qu'un seul acte de renoncement à la volonté, Lui est plus agréable que trente jours de jeûne." (Monnin, t. 2, p. 645). Et il n'hésitait pas à donner des exemples très concrets : "On se prive d'une visite qui fait plaisir, on remplit une oeuvre de charité qui ennuie, on se couche deux minutes plus tard, on se lève deux minutes plus tôt ; lorsque deux choses se présentent à faire, on donne la préférence à celle qui nous plaît le moins." (Monnin, t. 2, p. 646)
  
Cette abnégation n'avait rien d'un repliement sur soi, ni d'une sorte d'auto - mutilation ; Jean - Marie Vianney y voyait le chemin par lequel Dieu prenait possession de sa vie ; elle l'engageait dans la sequela Chrisúti, Lui, le sauveur, qui, dans son amour du Père, avait accepté de s'abaisser. Ce renoncement n'avait rien de destructeur ; il était vivifiant parce que l'amour l'inspirait.

Engagé sur cette voie du radicalisme évangélique, il pouvait intercéder pour son peuple en toute confiance et dans une grande authenticité intérieure. Ainsi, en arrivant à Ars, il n'avait eu qu'un cri, au pied du tabernacle :"Mon Dieu, convertissez ma paroisse, et je suis prêt à souffrir tout ce que vous voudrez, tout le reste de ma vie." En engageant toute sa personne dans sa demande, il s'associait à l'action de Dieu qui, seule, pouvait convertir le coeur de ses paroissiens. Il se montrait pleinement solidaire avec eux. Et c'est bien ce qui l'a beaucoup affecté dans les dernières années de son ministère : il n'avait plus le temps de s'occuper d'eux.

Et c'est dans ce même esprit qu'il supportait les heures interminables de confession. Ce qu'il souffrait au confessionnal était offert pour la conversion de ceux qui venaient recevoir le pardon. Certaines de ses confidences permettent d'entrevoir les épreuves qu'il a rencontrées : "Je sèche d'ennui sur cette pauvre terre, disait-il à un confrère très proche ; mon âme est triste jusqu'à la mort. Mes oreilles n'entendent que des choses pénibles et qui me navrent le coeur. Je ne peux plus y tenir. Dites - moi, serait-ce un grand péché que de désobéir à mon Évêque en partant d'ici discrètement ?" (Monnin t. 2, p. 271). "Mon Dieu, que le temps me dure avec les pécheurs ! Quand serai-je avec les saints ! On offense tant le Bon Dieu qu'on serait tenté de demander la fin du monde. Quand on pense, ajoutait-il en pleurant à chaudes larmes, quand on pense à l'ingratitude de l'homme envers le Bon Dieu, on est tenté de s'en aller de l'autre côté des mers pour ne pas la voir." (Monnin t. 2, p. 273-74).

Le sens qu'il donnait à ses mortifications apparaissait clairement quand il proposait une pénitence à ceux qui venaient d'être absous. "Je sais, dit l'abbé Toccanier, qu'il ne donnait aux pénitents que des pénitences proportionnées à leur faiblesse, c'est-à-dire, en général, très faibles et qu'il s'appliquait à y suppléer par des pénitences personnelles." Un jour que l'un d'entre eux exprimait sa surprise devant la légèreté de ce que le curé d'Ars lui indiquait, celui-ci lui répondit : "Allez, allez, mon ami , je ferai le reste." Le Frère Athanase ajoute : « Le Saint Curé m'a dit une fois : "un pénitent me demanda pourquoi je pleurais en entendant sa confession - je pleure, ai-je répondu, parce que vous ne pleurez pas !" ». Au contact des pécheurs, disent ses biographes, il était "un trésor de tendresse et de miséricorde".
On sait que le temps passé au confessionnal recouvrait la plus grande partie de ses journées, mais le climat de miséricorde s'étendait, lui, à la totalité de son existence. C'était sa vie entière qui était devenue miséricorde. Et c'est pourquoi il soulignait le danger qui guettait le curé dans sa responsabilité : "Ce qui est un grand malheur, pour nous autres curés, c'est que l'âme s'engourdit. Au commencement, on était touché de l'état de ce ceux qui n'aimaient pas Dieu ; après on dit : en voilà qui font bien leur devoir, tant mieux ! En voici qui s'éloignent des sacrements, tant pis ! Et l'on n'en fait ni plus ni moins." Avec le temps, en effet, l'indifférence peut l'emporter sur la passion de transmettre les bienfaits de la miséricorde. On finit par se résigner ! La préoccupation de gagner des âmes au Christ peut même s'évanouir. Chez le Curé d'Ars, la Passion pour ce ministère était si profonde qu'il disait : "Je resterai jusqu'à la fin du monde !" Quelques heures avant de mourir, il confessait encore !

Laissez-moi terminer avec ces mots de Jean-Paul II qui était si proche du Saint Curé d'Ars. C'est en ces termes qu'il s'adressait aux prêtres, lors du Jeudi Saint 1986, l'année où il se rendit à Ars : "Le ministère de la réconciliation reste sans doute le plus difficile et le plus délicat, le plus fatigant et le plus exigeant - surtout lorsque les prêtres sont en petit nombre. Il suppose aussi, chez le confesseur, de grandes qualités humaines, par - dessus tout une vie spirituelle intense et sincère ; il est nécessaire que le prêtre recoure pour lui-même régulièrement à ce sacrement.

Soyez-en toujours convaincus, chers frères prêtres : ce ministère de la miséricorde est l'un des plus beaux et des plus consolants. Il vous permet d'éclairer les consciences, de leur apporter le pardon et de leur redonner vigueur au nom du Seigneur Jésus, d'être pour elles médecin et conseiller spirituel ; il demeure "la manifestation irremplaçable et le test du ministère sacerdotal." (Lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint 1986).
    


Père Guy Bagnard Evêque de Belley-Ars





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