Pour aller plus loin : puiser à la source

QUELQUES REACTIONS : SUITE A UNE 1° LECTURE D’AFRICAE MUNUS

Par Armel Duteil


DES ASPECTS POSITIFS : J’en relève quelques uns parmi d’autres :


- Une vision optimiste et pleine d’espérance de l’Afrique : 12  « les difficultés rencontrées par les pays respectifs et les Églises particulières en Afrique, ne représentaient pas des obstacles empêchant d’avancer, mais défiaient plutôt ce qu’il y a de meilleur en nous »


- Un appel à la responsabilité de tous :

21. De fait, seule une authentique réconciliation engendre une paix durable dans la société. Ses protagonistes sont certes les Autorités gouvernementales et les Chefs traditionnels, mais également les simples citoyens. Plus loin, Benoit XVI détaillera la responsabilité de chacun : évêques, prêtres, personnes consacrées, diacres, catéchistes, laïcs … personnes âgées, hommes, femmes, jeunes et enfants. Il dit des bonnes choses à leur sujet. Comme sur le SIDA, la famille. Et aussi la vision africaine de la vie  

72 Le problème du sida, en particulier, exige certes une réponse médicale et pharmaceutique. Celle-ci est cependant insuffisante car le problème est plus profond. Il est avant tout éthique.

43 En raison de son importance capitale et des menaces qui pèsent sur cette institution – la distorsion de la notion de mariage et de famille elle-même, la dévaluation de la maternité et la banalisation de l’avortement, la facilitation du divorce et le relativisme d’une « nouvelle éthique » – la famille a besoin d’être protégée et défendue,

78 pour qu’elle rende à la société le service qu’elle attend d’elle, c’est-à-dire lui donner des hommes et des femmes capables d’édifier un tissu social de paix et d’harmonie

56. S’il est indéniable que des progrès ont été accomplis pour favoriser l’épanouissement et l’éducation de la femme dans certains pays africains, il reste cependant que, dans l’ensemble, sa dignité, ses droits ainsi que son apport essentiel à la famille et à la société ne sont pas pleinement reconnus ni appréciés


- Une ouverture à la société :

11 l’Afrique vit un choc culturel qui porte atteinte aux fondements millénaires de la vie sociale et rend parfois difficile la rencontre avec la modernité. Dans cette crise anthropologique à laquelle le continent africain est confronté, il pourra trouver des chemins d’espérance en instaurant un dialogue entre les membres des composantes religieuses, sociales, politiques, économiques, culturelles et scientifiques. Il lui faudra alors retrouver et promouvoir une conception de la personne et de son rapport à la réalité fondée sur un renouveau spirituel profond »


- Une présentation des Sacrements et de l’Evangile qui débouche sur la vie :

N° 39 : Nous « devons ouvrir réellement ces frontières entre tribus, ethnies, religions à l’universalité de l’amour de Dieu »...

71 : Des hommes et des femmes différents par l’origine, la culture, la langue ou la religion, peuvent vivre ensemble harmonieusement…

74 Recevant Jésus dans l’Eucharistie et l’Écriture, nous sommes renvoyés au monde pour lui offrir le Christ en nous mettant au service des autres (cf. Jn 13, 15 ; 1 Jn 3, 16).  

N° 154 fin    la communauté, régénérée dans l’Eucharistie et les autres Sacrements, prolonge (son) action dans la vie sociale en perpétuant l’exemple même du Christ (cf. Jn 13, 15).[203] Cette « cohérence eucharistique interpelle toute conscience chrétienne (cf. 1 Co 11, 17-34).

154. Ces lieux atteindront également leur finalité s’ils sont une aide à la communauté, régénérée dans l’Eucharistie et les autres Sacrements, pour prolonger leur action dans la vie sociale en perpétuant l’exemple même du Christ (cf. Jn 13, 15).[203] Cette « cohérence eucharistique »

204. interpelle toute conscience chrétienne  


- Il aborde les problèmes actuels : Eco système  79, bonne gouvernance  81,  Migrants, déplacés et réfugiés  84,   La mondialisation : 86. Les Pères du Synode ont exprimé leur perplexité et leur préoccupation face à la mondialisation. J’ai déjà attiré l’attention sur cette réalité »   Même si là encore, on pourrait être plus précis : Par exemple, au sujet du renouvellement des accords économiques entre l’Europe et les pays ACP, les bio carburants et l’accaparement des terres, etc..


- Appel à une action commune chrétiens et musulmans et à l’ouverture aux autres religions 94


- Une Evangélisation qui ne se limite pas à la Parole (annoncer l’Evangile), mais est d’abord témoignage et engagement :

216 « Pour ce qui est de l’Église en Afrique, ce témoignage doit être au service de la réconciliation, de la justice et de la paix…

(voir n° 174) En Afrique aussi, les situations qui requièrent une nouvelle présentation de l’Évangile, « nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes et dans ses expressions »,

218 ne sont pas rares.


- Le thème reste important et d’actualité. Il y a des passages nouveaux comme le n° 86 :  « L’Église souhaite que la mondialisation de la solidarité aille jusqu’à inscrire « dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité »,141 évitant la tentation de la pensée unique sur la vie, la culture, la politique, l’économie, au profit du respect éthique et constant des diverses réalités humaines pour une solidarité effective »…même s’il faut voir comment  cela sera possible dans la situation économique mondiale actuelle.

De même, tout ce que Benoît XVI dit sur la Nouvelle Evangélisation aurait besoin d’être précisé, en particulier pour l’Afrique. Espérons que le prochain synode le fera.



DES QUESTIONS : Mais je me sens malgré tout mal à l’aise  et un peu déçu… Pourquoi ?


- D’abord, quand aurons-nous un concile de l’Afrique et en Afrique ? Ce document n’est même pas une déclaration des évêques africains rassemblés  par le pape au Vatican, mais une exhortation du pape, (quelle qu’en soit sa valeur). C’est Benoit XVI  qui parle au nom de l’Afrique, d’ailleurs en se citant souvent lui-même. Mais il n’y a même pas une allusion aux nombreux documents des conférences épiscopales et évêques d’Afrique, dont certains sont pourtant très valables (je ne parle évidemment pas de textes de laïcs, il n’y en a pas … même si on leur demande de réfléchir et de parler : n° 136, 145…)

- Les Pères Synodaux ne sont cités que très rarement, et presque toujours en appui au Vatican, et non pas pour eux-mêmes (n° 70)

- La vision de l’Afrique me semble parfois idéaliste, et même foklorique, loin des réalités actuelles.  Cf n° 9 : «  l’Afrique maintient sa joie de vivre, de célébrer la vie qui provient du Créateur dans l’accueil des naissances pour que s’agrandisse le cercle de la famille et de la communauté humaine »…Mais est-ce qu’il n’y a pas un problème de naissances et de population en Afrique ? On parle de l’esclavage et de la colonisation, ancienne et actuelle, juste en passant (n°4 et 9) et comme une anecdote sans conséquences réelles, ou comme une simple introduction au Bon Samaritain, mais pas analysée en elle-même. Quand on dit au n° 3 qu’ « une vitalité ecclésiale exceptionnelle et le développement théologique de l’Église comme Famille de Dieu, 2 ont été les résultats les plus visibles du Synode de 1994 », est-ce qu’il ne faudrait pas analyser les choses un peu plus profondément ? En tout cas, je n’ai pas tellement vu la place et le rôle des théologiens dans ce document !

- Benoît XVI parle bien du courage des africains devant les problèmes du continent. Mais ce sont les paroles de quelqu’un d’extérieur et qui parle d’en haut, depuis le Vatican. J’aurais préféré avoir les propositions des évêques, ayant écouté leur peuple, sur ce qu’il faut faire concrètement pour s’en sortir. Pas des conseils ou des considérations générales. On n’est pas encore sorti de la conception hiérarchique et élitiste de l’Eglise.

- On continue à parler de valeurs traditionnelles, mais que deviennent-elles dans l’Afrique moderne actuelle ?

- Qu’en pensent les jeunes, alors qu’on dit qu’ils peuvent avoir un « avis meilleur » (n°62). Quelle responsabilité leur donne-t-on ? On parle surtout de l’éducation à leur donner. De même, à partir du n° 65, on dit aussi ce que l’on doit faire POUR les enfants. On dit qu’il faut les imiter (N° 68). Mais on ne demande pas de les écouter. Ni de les soutenir dans ce qu’ils peuvent faire  eux-mêmes !

- Et finalement, je crois sentir une opinion assez négative des cultures africaines. Par exemple quand on parle de la réconciliation traditionnelle (n° 33) et de l’inculturation. « Les Évêques auront à cœur de veiller à cette exigence d’inculturation dans le respect des normes fixées par l’Église. Discerner quels éléments culturels et quelles traditions sont contraires à l’Évangile permettra de pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie » (n° 37). On ne fait pas vraiment confiance, ni à la religion traditionnelle, ni aux pasteurs et aux théologiens.  À chaque fois, il y a un appel à la prudence et à la retenue. Plus encore d’ailleurs, pour les religions traditionnelles que pour l’Islam.  Réflexe d’intellectuels, devant des traditions non écrites, mais pourtant bien vivantes ? Et par quelle Eglise sont fixées ces normes ? L’Eglise, Corps du Christ ? L’Eglise, Famille de Dieu en Afrique ? Ou le Vatican ? Dans tout le document, il y a une grande confusion sur ces différentes idées de l’Eglise.


Voir le n° 102  sur «le nationalisme qui peut aveugler. Suivre cette idole, tout comme celle de l’absolutisation de la culture africaine, est plus facile que de suivre les exigences du Christ. Ces idoles sont des leurres. Bien plus elles sont une tentation, celle de croire que, par les seules forces humaines, on peut faire advenir le Royaume du bonheur éternel sur la terre ! ». C’est vrai. Mais peut-on à l’inverse faire grandir le Royaume de Dieu en Afrique sans utiliser nos forces humaines et sans s’appuyer sur la culture africaine (mais pas sur le nationalisme bien sûr !). Est-ce que la culture africaine est une idole ? Est-elle toujours un  leurre et son respect une solution de facilité ?


De même, on dit au sujet de la réconciliation vécue dans la Tradition africaine : n° 33  « Ces médiations pédagogiques traditionnelles peuvent uniquement contribuer à réduire la déchirure ressentie et vécue par certains fidèles, en les aidant à s’ouvrir avec plus de profondeur et de vérité au Christ …

Célébré dans la foi, ce Sacrement est suffisant pour nous réconcilier avec Dieu et avec le prochain. »  [58]Pourtant, on ajoute : « il serait bon que les Évêques fassent étudier sérieusement les cérémonies traditionnelles africaines de réconciliation » A quoi ça va servir, si la célébration du sacrement (à la manière.  romaine bien  sûr)  est suffisante ? De plus, les réconciliations traditionnelles sont toujours communautaires. Mais dans l’Eglise, les célébrations pénitentielles sont sinon interdites, du moins très limitées.

On dit, au n°35 : «  être capable en outre de reconnaître ce qu’il y a de positif dans l’autre, pour l’accueillir et le valoriser, comme un don que Dieu me fait à travers celui qui l’a reçu, bien au-delà de sa personne qui devient alors un intendant des grâces divines ». N’est-ce pas valable pour la Tradition africaine en tant que telle, et pas seulement pour les personnes particulières ? Sinon, il me semble qu’il y a contradiction avec ces autres affirmations fortes et positives : « 36. Pour réaliser cette communion, il serait bon de revenir sur une nécessité évoquée lors de la première Assemblée synodale pour l’Afrique : une étude approfondie des traditions et des cultures africaines, pour identifier les aspects de la culture qui font obstacle à l’incarnation des valeurs de l’Évangile, tout comme ceux qui les promeuvent…l’événement de la Pentecôte, s’enrichit à travers la diversité des langages et des cultures ».[67] L’Esprit Saint fait que l’Évangile soit capable d’imprégner toutes les cultures, sans se laisser asservir par aucune

Et au n° 37 :  «  Tout en restant pleinement lui-même, dans l’absolue fidélité à l’annonce évangélique et à la tradition ecclésiale, le christianisme revêtira ainsi le visage des innombrables cultures et des peuples où il est accueilli et enraciné. L’Église deviendra alors une icône de l’avenir que l’Esprit de Dieu nous prépare,[69] icône à laquelle l’Afrique apportera sa contribution propre

38. « Les initiatives de l’Église dans l’appréciation positive et la sauvegarde des cultures africaines sont connues. Il est très important de poursuivre cette tâche, à l’heure où le brassage des peuples, tout en constituant un enrichissement, fragilise souvent les cultures et les sociétés. L’identité des communautés africaines se joue dans ces rencontres interculturelles. Il faut donc s’engager à transmettre les valeurs que le Créateur a insufflées dans les cœurs des Africains depuis la nuit des temps. Elles ont servi de matrice pour façonner des sociétés vivant dans une certaine harmonie, car portant en leur sein des modes traditionnels de régulation pour une coexistence pacifique ». Par peur et manque de confiance, on dit tout et son contraire !


Ce texte me semble finalement très général. D’ailleurs ont dit très souvent : « En Afrique, comme ailleurs ». Par exemple au n° 88 : «  Comme nous le révèlent de nombreux mouvements sociaux, les relations interreligieuses conditionnent la paix en Afrique comme ailleurs ».  A la limite, on pourrait faire à peu près la même déclaration au Japon ou au Brésil. Cette exhortation est valable pour tous les chrétiens. Nous sommes une seule Famille, c’est vrai. Et il est important que ce texte soit travaillé aussi en Amérique et en Asie. Et surtout en Europe. Mais tous ne gagneraient-ils pas à ce qu’il soit plus précis et plus inculturé ? Mais est-ce vraiment une priorité pour le Vatican ?

Benoit 16 dit expressément : «  4. Il ne me semble pas nécessaire de m’appesantir sur les différentes situations sociopolitiques, ethniques, économiques ou écologiques que vivent quotidiennement les Africains et qui ne peuvent être ignorées. » Mais c’est justement cela que j’attendais ! Et à ce niveau, les Lineamenta et l’Instrumentum Laboris ont été beaucoup plus loin que cette exhortation. Benoit 16 ajoute : « Les Africains savent mieux que quiconque combien, trop souvent malheureusement, ces situations sont difficiles, troublées voire même tragiques. » Mais alors, pourquoi ne pas leur avoir laissé la parole ? D’autant plus qu’il ajoute : 10.  « La riche documentation qui m’a été remise après les Assises – les Lineamenta, l’Instrumentum laboris, les rapports rédigés avant et après les discussions, les interventions et les comptes rendus des groupes de travail –, invite à « transformer la théologie […] en pastorale, c’est-à-dire en un ministère pastoral très concret ». Bien sûr, Benoit 16 ajoute : «  14. Le Synode a permis de discerner les axes majeurs de la mission pour une Afrique désireuse de réconciliation, de justice et de paix. Il revient aux Églises particulières de traduire ces axes en « fermes propos et en lignes d’action concrètes ».[14] En effet, c’est « dans les Églises locales que peuvent se fixer les éléments concrets d’un programme – objectifs et méthodes…. »Mais le feront-elles ? Auront-elles les moyens et le courage pour cela ?   Et l’indépendance nécessaire par rapport au Vatican, d’où viennent les principales ressources des diocèses et dont les évêques sont choisis souvent parmi ceux qui ont fait leurs études à Rome ? N’aurait-il pas mieux valu préciser ces lignes d’action concrètes dans ce document même ?


En tout cas, quand on parle des séminaristes (n° 121), des personnes consacrées (n° 117-120) ou des diacres (115) on parle de leur identité et de leur formation , mais pas de ce qu’ils doivent faire pour la réconciliation, la justice et la paix, pourtant thème de ce synode. Et pour les missionnaires, ont dit qu’ils «  ont su partager la saveur du sel de la Parole et faire resplendir la lumière des Sacrements. » La lumière du monde (Mat 5,13) est devenue la lumière des sacrements. Comment faut-il interpréter cela ?


Les nombreuses expressions « le Christ seul » me gênent aussi. Est-ce que l’action du Christ ne passe pas aussi par les médiations humaines ? «  La création de structures viendra après si c’est vraiment nécessaire, car elles ne remplaceront jamais la puissance de la prière ». Pourquoi opposer la prière et la création de structures (n° 103) ? Est-ce qu’elles ne sont pas complémentaires ? La prière de contemplation est essentielle. Mais ne doit-elle pas parfois déboucher sur l’action et utiliser les moyens humains ? Est-ce que nous ne devons pas faire fructifier nos talents et acquérir les capacités nécessaires pour tenir nos responsabilités ?


QUELQUES POINTS PARTICULIERS

26 [44] « Le Christ ne propose pas une révolution de type social ou politique, mais celle de l’amour, réalisée dans le don total de sa personne par sa mort sur la Croix et sa Résurrection. Sur cette révolution de l’amour se fondent les Béatitudes (Mt 5, 3-12). Elles fournissent un nouvel horizon de justice inauguré dans le mystère pascal et grâce auquel nous pouvons devenir justes et construire un monde meilleur » Qu’est-ce exactement cette révolution de l’amour ? Et pourquoi, là encore, l’opposer à la révolution sociale et politique ? Ne doit-elle pas au contraire vivifier cette dernière ? Est-ce que les Béatitudes ne doivent pas être vécues dans  les réalités sociales et aussi politiques ?


30  « l’Église contribue à forger lentement mais sûrement l’Afrique nouvelle. Dans son rôle prophétique, chaque fois que les peuples crient vers elle ». Mais l’Eglise est-elle vraiment prophétique aujourd’hui ?


70 « les Pères synodaux ont tenu à souligner les aspects discutables de certains documents émanant d’organismes internationaux : en particulier ceux concernant la santé reproductive des femmes. La position de l’Église ne souffre aucune ambiguïté quant à l’avortement. » Même si c’est un acte très grave, il ne faudrait pas se bloquer uniquement sur cette question de l’avortement et de la santé reproductive. Cela a conduit le Vatican à s’unir avec l’Arabie Saoudite, à la conférence des Nations Unies du Caire. Et si le Protocole de Maputo autorise l’avortement, il a d’autres éléments très positifs par rapport à la femme, de même que certaines déclarations de l’Union Africaine. Il ne faudrait pas donner l’impression que l’Eglise bloque tout cela. D’ailleurs Benoit XVI dit d’ailleurs dans cette même exhortation au n° 56 : « Avec les Pères synodaux, j’invite instamment les disciples du Christ à combattre tous les actes de violence contre les femmes, à les dénoncer et à les condamner.[93] Dans ce contexte, il conviendrait que les comportements à l’intérieur même de l’Église soient un modèle pour l’ensemble de la société ». Qu’allons-nous faire pour arriver à cela ?

63. « Chers jeunes, des sollicitations de toutes sortes : idéologies, sectes, argent, drogue, sexe facile, violences…, peuvent vous tenter. Soyez vigilants : ceux qui vous font ces propositions veulent détruire votre futur ! …Pour acquérir le discernement, la force nécessaire et la liberté de résister à ces pressions, je vous encourage à mettre Jésus-Christ au centre de toute votre vie par la prière, mais aussi par l’étude des Saintes Écritures, la pratique des Sacrements, la formation à la Doctrine sociale de l’Église, ainsi que par votre participation active et enthousiaste aux rassemblements et aux mouvements ecclésiaux » Toujours la même chose : je crois profondément à l’importance de la foi en Jésus Christ et des sacrements. Mais peut-on négliger tous les moyens humains de lutter contre la drogue, le sexe facile, les violences : un sain équilibre de vie, une vraie éducation sexuelle, une éducation à la non violence. Je crois aux rassemblements et aux  mouvements ecclésiaux, mais les jeunes chrétiens ne doivent-ils pas aussi se retrouver avec les autres jeunes et agir ensemble dans des mouvements ouverts à tous ?


134 « Les écoles catholiques sont de précieux instruments pour apprendre à tisser dans la société, dès l’enfance, des liens de paix et d’harmonie par l’éducation aux valeurs africaines assumées par celles de l’Évangile». Est-ce que nos écoles éduquent vraiment aux valeurs africaines ? Ne sont-elles pas très « occidentales » ?


139  « Comme l’ont souligné les Pères synodaux, l’Église est résolument engagée dans la lutte contre les infirmités, les maladies et les grandes pandémie ».[192] Ne sommes-nous pas trop facilement satisfaits de nos écoles et de nos postes de santé ? Est-ce que nous ne nous limitons pas parfois aux soins, au lieu de lutter contre les causes profondes des infirmités, des maladies et des grandes pandémies ? Est-ce que  nos institutions sont vraiment accessibles aux plus pauvres ? Avons-nous le souci de l’éducation et de la santé dans toutes ses dimensions et pour tous les élèves et les malades du pays ou surtout des élèves de nos écoles catholiques et des malades qui viennent dans nos dispensaires catholiques ? Comment travaillons-nous avec les autres écoles et postes de santé privés laïcs ou gouvernementaux ? Travaillons-nous avec les services publics, ou seulement entre nous ? Nous avons réfléchi à ces questions à notre dernier forum des religieux et religieuses du Sénégal. J’y reviendrai.


LES RELIGIONS TRADITIONNELLES AFRICAINES  N° 92/ « On parviendra aussi à la distinction nécessaire entre le culturel et le cultuel ». Est-ce possible ? La religion traditionnelle est un tout …car c‘est une religion du terroir et un culte des ancêtres. Déjà, ce n’est pas facile de séparer médecine traditionnelle (pharmacopée), sacrifices aux ancêtres et invocations des esprits, et recherche d’un responsable (accusations de sorcellerie).   « l’Église pourrait examiner, dans une étude théologique, certains éléments des cultures traditionnelles africaines qui sont conformes à l’enseignement du Christ ». Mais dans une religion, comme dans une culture, on ne peut pas prendre seulement certains éléments et les transposer vivants dans une autre culture ou religion. C’est un ensemble.


LES MEMBRES DE L'ÉGLISE

LES ÉVÊQUES  101  « L’Église repose sur les Évêques, et toute sa conduite obéit à la direction de ces mêmes chefs ».[15vraiment4] Mais justement, ne faudrait-il pas que certains évêques arrêtent de se conduire en chefs, en particulier par rapport aux femmes ?

103 : «  Veillez à donner aux laïcs une vraie conscience de leur mission ecclésiale, et incitez-les à la réaliser avec le sens des responsabilités, envisageant toujours le bien commun ». Mais pour cela, il faudrait les écouter : pas seulement quelques conseillers choisis personnellement, mais en donnant la parole aux mouvements et aux commissions de laïcs engagés dans la société (s’ils existent !), pas seulement aux groupes de prières ou de liturgie et aux chorales. En responsabilisant le laïcat en tant que tel.


LES PRÊTRES 111. « Édifiez vos communautés chrétiennes par votre exemple en vivant dans la vérité et la joie vos engagements sacerdotaux : le célibat dans la chasteté et le détachement des biens matériels ». Quand  va-t-on aborder clairement et en profondeur   les problèmes du célibat, du  pouvoir, de  l’argent.. et même le maraboutage (on en a parlé très  longuement à notre forum), comme on le fait maintenant pour la pédophilie. Pourquoi nous cacher ? Les laïcs sont au courant et savent  bien comment nous vivons !  108 : «  la société qui attend de vous des paroles et des gestes prophétiques ».


113 : « des Africains sont aujourd’hui missionnaires sur d’autres continents. Comment, à ce point, ne pas leur rendre un hommage particulier ? ». Oui ! Mais examiner aussi les conditions dans lesquelles cela se passe. Est-ce un véritable envoi et accueil missionnaire ? Est-ce que certains diocèses d’Europe – comme des congrégations religieuses- ne veulent pas solutionner ainsi le manque de vocations en Europe, au lieu de voir le problème dans ses racines et de chercher des solutions adaptées.


LES PERSONNES CONSACRÉES  117. « Par les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, la vie des personnes consacrées est devenue un témoignage prophétique ».  118 : «  Puissiez-vous, chères personnes consacrées, continuer à vivre votre charisme ». On a l’impression que certaines communautés cherchent davantage à faire tourner leurs œuvres, comme elles l’ont toujours fait, plus qu’à lire les signes des temps, à voir comment vivre leur charisme dans le monde d’aujourd’hui et à être prophètes.


LES SÉMINARISTES  122 . « On aura à cœur de les initier aux innombrables richesses du patrimoine biblique, théologique, spirituel, liturgique, moral et juridique de l’Église ». Je suis actuellement formateur dans notre théologat. J’ai l’impression qu’on veut former des futurs docteurs en Droit Canon ou en Exégèse, plus que des pasteurs, avec des cours de grec, hébreu, latin… de toutes façons très insuffisants (une heure par semaine pendant un seul semestre). Ne vaudrait-il pas mieux attendre que ceux qui doivent se spécialiser soient à l’université, pour apprendre sérieusement ces langues. Je trouve aussi qu’on cherche davantage à apprendre par coeur les théories des théologiens passés, surtout occidentaux,  plus qu’à faire de la théologie à partir de la sagesse africaine, de la vie du monde et de nos communautés chrétiennes.

124. « Chers séminaristes, soyez des apôtres auprès des jeunes de votre génération en les invitant à se mettre à la suite du Christ dans la vie sacerdotale ».   Seulement dans la vie sacerdotale ? Et les autres jeunes…chrétiens ou non ?


LES CATÉCHISTES 125. « Les catéchistes sont de précieux agents pastoraux dans la mission d’évangélisation. Ce rôle important dans le passé, reste essentiel pour le présent et le futur de l’Église. Je les remercie pour leur amour de l’Église. » J’ai moi-même admiré toute ma vie le travail des catéchistes. Mais pourquoi ne parle-t-on que d’eux  (et ensuite des laïcs en général), et pas aussi des autres chrétiens engagés : responsables de mouvements, de CEB, de commissions….et des chrétiens laïcs engagés dans la société ?


LES SAINTES ÉCRITURES 150. Selon saint Jérôme, « ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». 151 : «  Les Pères du Synode encouragent les communautés chrétiennes paroissiales, les CEV (CCS), les familles,  les associations et les mouvements ecclésiaux à des moments de partage de la Parole de Dieu ». Malgré le synode sur la Parole de Dieu, on ne prie pas à partir de la Parole de Dieu, même dans les communautés religieuses ou sacerdotales. On commence nos réunions par un Notre Père et en réunion de CEB/CCB on récite le chapelet.

152 «  À travers le Christ-Eucharistie, ils deviennent consanguins, et donc authentiquement frères et sœurs, grâce à la Parole, au Corps et au Sang de Jésus-Christ lui-même ». Mais que vont devenir les chrétiens des villages où le prêtre ne peut passer qu’une fois par mois, ou même par trimestre ? 156 Les communautés qui n’ont pas de prêtres, à cause des distances ou pour d’autres raisons, peuvent vivre le caractère ecclésial de la pénitence et de la réconciliation à travers des formes non sacramentelles ? Quelles formes ? Est-ce qu’ils n’ont pas le droit aux sacrements comme les autres ?   157. Pour encourager la réconciliation, à titre collectif, je recommande vivement, comme l’ont souhaité les Pères synodaux, de célébrer tous les ans dans chaque pays africain « un jour ou une semaine de réconciliation, particulièrement pendant l’Avent ou le Carême »  Et le reste de l’année ? C’est chaque jour que l’on doit vivre la réconciliation, même dans sa dimension collective. La solution n’est pas là !


Quand va–t-on parler de façon simple de compréhensible dans nos documents d’Eglise ? On parle de lutte contre l’analphabétisme, mais que vont comprendre les analphabètes à res publica au n° 76 : « Alphabétiser l’individu, c’est en faire un membre à part entière de la res publica » ? Ou à l’ « éthos » (n° 142) ?

On parle très bien de communion, mais elle me paraît parfois présentée plus comme une soumission et une obéissance à Rome qu’une écoute communautaire de l’Esprit et une recherche commune des appels de Dieu et des  signes des temps dans l’Afrique d’aujourd’hui.


Ces thèmes de la réconciliation, la justice et la paix sont évidemment essentiels. De même que la vie chrétienne et l’organisation de l’Eglise comme sel de la terre et lumière du monde. Mais je suis un peu déçu par ce texte. Peut-être parce que nous l’avons attendu trop longtemps et donc que nous en attendions davantage. Mais je trouve que l’instrumentum Laboris et les 36 propositions des évêques à la fin du synode étaient plus simples et plus percutants. Et aussi les déclarations de Benoit XVI lors de son voyage au Bénin, pour la publication de ce document. Il reste que c’est une base très valable. Et la valeur de ce document dépend  maintenant de ce que nous en ferons. Bon courage à tous et que l’Esprit nous éclaire !

Armel Duteil      le 21 Novembre 2011