LE HASARD N'ÉCRIT PAS DE MESSAGES, FOI DE BRUNOR ! 1 Un nouvel album Bd pour "l'intelligence de la foi2"
Zenit - La bande dessinée a un rôle
à jouer dans la nouvelle évangélisation ?
Brunor - Bien sûr, car c'est un moyen humble, qui est accessible à tous. Tous les parents, grands-parents chrétiens se demandent comment rejoindre leurs jeunes qui s'éloignent de la foi. Beaucoup ont compris qu'il suffit de laisser traîner un album de Bd dans la maison, pour que leur ado s'en empare tôt ou tard et le lise discrètement dans son coin. Cet album va faire son travail tout seul, à condition qu'il véhicule d'authentiques informations, en mesure de faire avancer la réflexion.
Ce sont ces informations que vous appelez des « indices » ?
Oui, car toute recherche se nourrit d'indices. Les
indices sont le pain de la réflexion. Si on ne trouve pas
d'indices authentiques et vérifiables, on piétine, on
tourne en rond, on n'avance pas et l’on finit par abandonner.
C'est le problème de toute enquête, qu'elle soit
policière ou d'investigation journalistique. L'intelligence et
la pensée se nourrissent d'indices vrais. Car le
véritable pain de l'intelligence, c'est la vérité.
Les fausses informations, les photos truquées, l'intox, nous
conduisent sur des fausses pistes. C'est extrêmement grave
quand cela conduit un innocent en prison, quand l'enquête est
mal conduite ou « intoxiquée
» par des faussaires. On a vu cela dans certaines affaires de
justice.
La
question de l'existence de Dieu
est une « affaire de justice » ?
Cette grande question a fait l'objet de nombreuses réflexions depuis l'Antiquité ... Certaines philosophies matérialistes ont souvent réussi à nous faire croire que la question de Dieu ne relevait que de la foi, ou plutôt, de la « croyance », de ce qu'ils appellent avec mépris : « la religion ».
Pour Platon la « pistis » la croyance est le dernier degré de l'intelligence, le plus bas. Mais si ce monde a un Créateur, ce n'est pas une question de croyance, c'est une question d'indices qu'il faut chercher.
Saint Augustin avait bien compris cela, il disait : « Nous disposons de deux Livres pour connaître Dieu, le Livre de la Révélation (Ancien et nouveau Testament) et l'autre Livre, c'est la Création elle-même... » Or, au temps d'Augustin, ce second Livre, personne ne savait encore le lire. On se contentait d'en regarder les images, si vous me permettez cette métaphore de dessinateur ...
C'est déjà pas
mal d'admirer la beauté de la création dans ces
images...
Oui, c'est un premier pas dans la recherche ... Mais au IVe siècle, celui d'Augustin, rappelons-nous que la Terre était plate, que l'Univers n'avait que 5000 ans3 et qu'il était tout petit, réduit à notre unique galaxie. On ne savait pas encore lire ce Livre qui pouvait nous parler de son Auteur.
Mais depuis mille cinq cents
ans, il y a eu du progrès !?
Et ce sont ces formidables progrès dans la connaissance qui nous permettent de trouver des indices de l'existence de Dieu, et de les partager avec ceux qui cherchent. Car nous voyons se confirmer l'intuition de Saint Augustin : le Livre de la Création nous parle du Créateur. Ce qui est normal, puisque nous constatons que toute oeuvre nous dit quelque chose de son auteur.
Pourtant jusqu'à présent, l'Église n'a jamais parlé « d'indices » disponibles grâce aux sciences ?
En effet, car les « sciences » expérimentales n'étaient pas encore inventées, ou du moins, pas encore opérationnelles. Il faut attendre le milieu du XXème siècle pour que l'astro-physique nous informe quant à l'âge de la Terre, puis celui de l'Univers entier, et que la biologie découvre le message génétique ... Jusqu'à ces découvertes, nous étions assez démunis, et les tentatives de comparer Bible et sciences se sont soldées par des erreurs connues sous le nom de « concordisme ». Un terme qui fait douter les chrétiens quant à la possibilité de comparer Bible et sciences. Mais c'est à cause d'une définition erronée du concordisme.
Quelle serait la définition du « concordisme » ?
« Au XIXème siècle : tentative d'interprétation des textes pour les faire concorder avec les sciences naissantes ». Comme on le constate, ce qui est critiqué c'est la tentative d'interprétation. Ce bricolage des textes est une forme d'imposture qu'il fallait condamner. Ce n'est pas la comparaison entre les textes et la réalité qui est condamnable, c'est la manipulation des textes. Cette distinction est très importante, car si on ne la comprend pas, on se condamne soi-même à un aveuglement par rapport à toutes les confirmations que nous offrent les progrès de la connaissance. Cet aveuglement conduit au fidéisme qui est condamné par l'Église.
Et la définition du « fidéisme » ?
Il s'agit de la doctrine selon laquelle la vérité ne peut être connue que par la tradition, non par la raison. Elle a été condamnée en 1838. Des philosophes comme Kant ont tout fait pour nous convaincre qu'il existait un mur infranchissable entre foi et raison. Il en donne une image : j'ai dû sacrifier une partie du « connaître » pour faire une place au « croire ». Comme s'il fallait subir une lobotomie partielle de l'intelligence pour placer la croyance quelque part...
Mais tout le monde n'a pas étudié Kant !
En effet, et pourtant cette idée imprègne notre civilisation, comme une « intox ». À tel point que le Pape Jean-Paul II a jugé bon de publier son encyclique Fides et ratio, pour rappeler aux chrétiens qu'il n'y a pas de paroi étanche entre foi et raison. Le Pape n'aurait sans doute pas eu besoin de faire cette mise au point s'il n'y avait pas de risque dans ce domaine. Mais beaucoup de chrétiens avaient renoncé à envisager qu'on puisse aider des agnostiques à mesurer à quel point l'idée de Dieu Créateur est envisageable pour l'intelligence. D'où un certain retard dans ce domaine...
En somme, c’est ce que Benoît XVI a dit à Ratisbonne : il s'agit de (ré)concilier foi et raison ?
C'est un beau défi à relever. Essayer de montrer, de façon vérifiable, qu'il existe de nombreux indices de l'existence de Dieu. Dans cette démarche, on peut s'appuyer sur l'Eglise qui n'a cessé d'affirmer la dignité de l'intelligence et de la raison humaine depuis saint Paul aux Romains. D'ailleurs c'est encore plus ancien, car la méthode des hébreux pour discerner le vrai prophète du faux, n'est autre que la vérification, la méthode expérimentale. La vraie prophétie, c'est celle dont on peut observer la réalisation. (Parfois le prophète prévient que telle prophétie se réalisera plus tard, cette génération ne la verra pas se réaliser, mais auparavant, il a fait ses preuves avec des annonces confirmées et vérifiées).
Et Jésus lui-même répète à plusieurs reprises : « Si vous ne me croyez pas, croyez du moins, à cause des œuvres que vous me voyez faire...», méthode expérimentale. Une citation trop méconnue, bien que reprise dans plusieurs documents récents de l'Eglise, m'encourage dans cette recherche d'indices vérifiables :«Dieu peut être connu par la lumière naturelle de la raison humaine, à partir des êtres créés, d'une manière certaine»(Concile Vatican I, Humani Generis, CEC 36).
Zenit
- Votre nouvel album, « Le hasard n'écrit pas de
messages », s'inscrit dans cette démarche ?
Brunor - Comme les deux précédents, il s'agit de mener l'enquête à partir du « réel » tel que nous le connaissons de mieux en mieux. Au temps de Darwin, on pouvait encore croire à la « génération spontanée », au passage « naturel » du non-vivant au vivant, mais les progrès effectués depuis le XIXe siècle sont tels qu'il est devenu impossible de prétendre que le vivant puisse « émerger » de façon spontanée, sans une Intelligence créatrice et organisatrice. D'ailleurs, Pasteur avait déjà réfuté cette croyance en la « génération spontanée ». Les biologistes savent très bien que pour que la vie puisse « émerger », il faut que soient d'abord inventés et mis en place deux langages, celui de l'ADN et celui des protéines, avec un dictionnaire-traducteur entre les deux pour que les instructions transportées par le langage du message génétique, soient traduites et comprises par l'autre langage.
On va vous suspecter d'être
« créationniste » !
Les « créationnistes » sont « fixistes », ils refusent le fait scientifique d'une progression qu'on appelle évolution. Ils ne tiennent pas compte du fait que « la Création n'est pas encore achevée », ce qu'a rappelé Benoît XVI aux Bernardins en 2008. Il faut les aider à ne pas avoir peur d'une Création qui se poursuit par étapes montantes, depuis 13,75 milliards d'années, ce qu'avaient vu les prophètes d’Israël quand ils nous parlent des six étapes symboliques de la Création. Ils étaient les seuls à envisager une Création inachevée et par étapes montantes, ce que les adversaires du judéo-christianisme n'ont pas manqué de reprocher... « Votre Dieu est impuissant : il n'est même pas capable de créer le monde instantanément ! »
Pourtant, vous n'êtes
pas « évolutionniste »...
Ceux qui se disent « évolutionnistes », depuis Darwin, prétendent que cette évolution biologique est la preuve qu'il n'y a aucune Intelligence créatrice. Il s'agit donc de vérifier si cette hypothèse est possible ou pas. Si c'était le cas, l'univers serait seul (pas de Créateur intelligent). Aucune intelligence n'organiserait rien, et donc, tout serait dû au « hasard » seul qui, par définition, est aveugle et sans intelligence. Si on commence à dire que le hasard est intelligent ou « prodigieux » comme Jacques Monod, alors ce n'est plus du hasard ! Il se réclamait de l'Antique philosophie des « atomistes » matérialistes de Démocrite. On est donc en droit de leur demander comment ce hasard « idiot » a réussi à produire de la vie et de la pensée, à partir d'atomes ni vivants, ni pensants... Cette critique était déjà exprimée par d'autres matérialistes : les stoïciens, qui voyaient bien que la vie et la pensée ne pouvaient pas « émerger » de la « matière » privée de vie et de pensée. Quant à Aristote, il estimait les atomistes frappés de folie (mania), leur reprochant cette croyance archaïque et naïve d'une organisation des atomes au « hasard » pour constituer des organismes vivants : beaucoup trop complexes pour être dus au hasard SEUL. Vous voyez, les judéo-chrétiens ne sont pas seuls à envisager une Intelligence organisatrice. Et les arguments des deux familles matérialistes s'annulent mutuellement. Mais les stoïciens sont accusés de panthéisme, ce qui est vrai, car pour résoudre le problème de l'apparition de la vie et de la pensée, ils affirment que ces deux propriétés étaient déjà dans les atomes, de façon cachée. Mais où étaient-elles, peu après le Big Bang, quant il n'y avait encore aucun atome dans notre univers ? Leur théorie s'écroule, ils ont alors recours au mythe des univers multiples (multivers) qui a le mérite d'être invérifiable ! Le recours au mythe a donc changé de camp depuis que les sciences confirment les affirmations bibliques sur l'univers, les vivants et l'Homme .
Entre « créationnistes »
et« évolutionnistes », il existe une
troisième voie ?
Exactement. On a essayé de nous faire croire qu'il n'y avait pas d'autre alternative que ces deux extrêmes. En réalité, on constate le fait d'une progression qui va toujours du plus simple vers le plus complexe, pour aboutir à l'être humain. Ce que la Bible est seule à nous raconter (à ma connaissance). Elle a donc vu juste bien avant la révolution de la connaissance du XXe siècle. Ce n'est pas du « concordisme », mais une confirmation qui constitue un indice supplémentaire pour notre enquête.
Mais cette enquête ne
conduit-elle pas à une position déiste ?
Dans un premier temps, les indices nous montrent en effet que l'hypothèse d'une Intelligence créatrice est plus raisonnable que celle du matérialisme athée. Comment en savoir plus sur ce Créateur ? En menant une autre recherche, tout aussi objective : un Créateur n'aurait-il pas essayé d'entrer en relation avec des êtres humains doués d'intelligence ? Si oui, on doit en voir des traces dans l'histoire de l'humanité. Comment discerner entre toutes les pistes trouvées parmi les religions et les philosophies contradictoires ? C'est toujours l'expérience qui nous guide : si une philosophie ou religion dit VRAI sur l'univers, les vivants, l'Homme, on aura tout intérêt à l'étudier de près, car il y a fort à penser que ses informations viennent en effet du Créateur lui-même. C'est ce que prétendaient les prophètes d’Israël et le Christ, qui, précisément, sont désormais confirmés.
Le hasard n'existe pas ?
Cette « cause fictive des événements soumis à le seule loi des probabilités » joue un grand rôle, sans aucun doute. Mais n'oublions pas que la vraie question est de savoir si ce hasard est SEUL. Or, on voit bien que les atomes ne s'organisent pas tout seuls, par hasard, pour constituer des organismes vivants.
Les atomes reçoivent des instructions inscrites sur un message : le message génétique. Vous pouvez toujours essayer de lancer des lettres d'alphabet jusqu'à ce qu'elles écrivent un message comme un discours électoral, par exemple. Espérons que le hasard vous conduira à une démocratie, plutôt qu'à un totalitarisme ! En réalité, elles n'écriront rien du tout. Le hasard n'a jamais écrit SEUL, aucun message. Si, par hasard, vos lettres écrivaient www.brunor.fr <http://www.brunor.fr/> , alors vous tomberiez sur mon site !
1 ROME, mercredi 2 novembre 2011 (ZENIT.org) – Brunor est dessinateur et scénariste chrétien : il a publié plusieurs vies de saints en bandes dessinées ( Bernadette, Jeanne d'Arc, saint Martin, Monsieur Vincent, dans la collection « A ciel ouvert »... Il a déjà présenté des albums aux lecteurs de ZENIT (Cf. Zenit des 21 décembre 2005, 3 décembre 2008, 4 décembre 2008, 13 avril 2010). Et ce mois-ci, sort un nouvel album de la série « Les indices pensables », dont le titre ne manquera pas d'attirer l'attention : « Le hasard n'écrit pas de messages ». L’auteur le présente aux lecteurs de ZENIT. Je souhaite envoyer cette information á un ami <http://www.zenit.org/article-29356?l=french>
2 SPFC éditions, diffusion Salvator, pour tout public de 13 à 93 ans !
3 D’après des calculs de généalogies approximatifs