NOUVELLES DE MISSIONNAIRES

CONGREGAZIONE DELLO SPIRITO SANTO

CLIVO DI CINNA, 195 - 00136 ROMA, ITALIA

Brèves Nouvelles Spiritaines :17 octobre 2011 - n° 274

Qui donc est mon prochain?”(Lc 10, 29)

Message final de la rencontre de Spiritains engagés

dans le dialogue interreligieux et le dialogue avec les cultures


Pourquoi les affrontements interreligieux sont-ils récurrents dans un certain nombre de pays ?

Au-delà des appartenances religieuses (chrétiennes, musulmanes, hindoues, bouddhistes, religions traditionnelles africaines, etc.) nous constatons souvent des pratiques traditionnelles comparables.

Comment vivre en Eglise un respect des spécificités culturelles de populations minoritaires ? Comment entrer en dialogue avec les nouvelles Eglises ?

L'impact de la postmodernité se fait sentir plus ou moins fortement sur tous les continents et fait émerger de nouveaux modes de vie et de pensée.


Sens et contenu d'une telle rencontre

Du 1er au 6 septembre 2011 une dizaine de Spiritains, profès et associée, ont confronté, dans le cadre de la Maison généralice et en présence du Supérieur général et de son premier Assistant, leurs expériences dans le domaine du dialogue interreligieux et du dialogue avec les cultures. Si deux rencontres (Dakar 1989 et Banjul 2002) avaient déjà permis d’échanger sur la rencontre avec l’islam et les musulmans, ce fut – étonnamment ! – la première fois qu’au sein de la Congrégation le débat portait sur le dialogue de manière plus large.

La variété des contributions et la richesse des discussions durant la rencontre nous obligèrent à :


Qu’est-ce que le dialogue ?

Le dialogue est avant tout une attitude du cœur et une ouverture d’esprit envers l’autre – mon frère, ma sœur et mon prochain -. Cette capacité d’écoute, de décentrement de soi, de respect qui s’oppose à toute forme de mépris, de supériorité ou d’arrogance, nous rend capables de compassion envers celui qui souffre, d’empathie pour l’exclu et de respect pour l’autrement croyant. N’est-ce pas à cette qualité et à cette égalité de relation que nous aspirons nous-mêmes dans nos vies en communautés spiritaines ? Le dialogue est un art de vivre !


Pourquoi dialoguer ?


S’il fait partie de la réalité de l’Eglise d’être en ce monde non seulement une communauté de croyants parmi d’autres, mais d’être, à cause du Christ, « en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire le moyen et le signe de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain2 », alors œuvrer à cette unité qui, à la fois respecte et en un sens dépasse les différences, fait partie de la mission de l’Eglise. Une telle mission ne correspond-elle pas justement plus que jamais à l’une de nos spécificités de religieux et de missionnaires attentifs à ceux qui sont à la marge de nos sociétés et au-delà du seuil de l’Eglise comme nous y invite notre Règle de vie lorsqu'elle parle de la "Mission comme dialogue" (RVS 13.1) ? En ces lieux de fractures, c'est à un véritable travail de réconciliation que nous sommes en fait souvent confrontés.


Comment dialoguer ?

Dans la rencontre interreligieuse quatre niveaux complémentaires existent :


Notre dialogue avec les cultures

Depuis ses origines, notre tradition spiritaine nous a mis en contact avec des personnes de cultures diverses. La disponibilité à aller habiter chez l'autre, à apprécier l'hospitalité reçue et à apprendre de nos hôtes en nous mettant à leur école fait partie de la spécificité de notre charisme. Aujourd'hui ce défi continue de nous être lancé d'oser franchir le pas, de passer les frontières d'autres pays, d'autres cultures (pauvres, jeunes, exclus, groupes en marges), d'apprendre leur langue jusqu'à faire profondément alliance avec eux en vue d'y être témoins du Christ. Cette rencontre nous change. Or c'est parce qu'elle ne nous laisse pas indemne qu'elle peut être grâce. Cette rencontre demande aussi du temps et de la persévérance! Mais comment porter du fruit sans prendre le temps de laisser d'abord pousser des racines ?


Conclusion :


En un certain sens, notre rencontre spiritaine a fait écho aux deux grands évènements qui seront commémorés cet automne : les 10 ans du « 11 septembre » et les 25 ans de la rencontre d’Assise, le 27 octobre 1986 entre le pape Jean-Paul II et des représentants de toutes les grandes religions du monde : une journée de jeûne et de prière pour le don de la paix.

Paradoxalement ces deux événements interrogent notre propre agir. En effet, notre capacité à dialoguer reste fréquemment limitée à un cercle de personnes choisies ou proches de nous. Or il existe en chacune de nos circonscriptions, de nos communautés, des personnes et des groupes (nationaux, ethniques, sociaux, religieux) que nous tenons à distance pour une raison ou pour une autre. Quels sont ces groupes ?

Qui parmi nous est capable d'y avoir un ou des amis ? Il nous arrive de mettre en œuvre des démarches pour rencontrer ces personnes. D'autres fois aussi des préjugés nous aveuglent ou des peurs nous paralysent. La question adressée à Jésus dans l'Evangile : “Qui donc est mon prochain ?” ne nous invite-t-elle pas à être des artisans de dialogue là où nous vivons aujourd'hui ?


1 Paul VI, Ecclesiam suam, n° 72 et ss, 1964.

2 Vatican II, Lumen Gentium, n° 1.