AFRIQUE - Burkina-Faso
POUR UNE
POLITIQUE AGRICOLE ET ALIMENTAIRE.
abc Burkina n°
378
Il y a longtemps que je ne
vous ai pas invité à visiter une boutique d’alimentation générale. Aussi,
aujourd’hui, nous allons visiter la boutique de Madame Kaboré. Une boutique de
quartier, à l’ouest de Koudougou, la 3ème ville du Burkina. Entrons ! Une
surprise nous y attend !
La boutique peut passer
inaperçue. Elle ne paye pas de mine. Et pourtant, si vous prenez le temps de
vous attarder sur les rayons et de lire les étiquettes, vous serez surpris. En
moins d’une heure, sur quelques m², nous allons faire un véritable tour du
monde !
Sur cette première photo, (à
droite), que voyons-nous ? Des sardines en provenance du Maroc, de la confiture
de France (fraise et abricot), de la confiture du Burkina (mangue, ananas et
goyave), du riz thaïlandais (de qualité, à 800 F le kg), et du couscous de
Tunisie ! Nous venons déjà de «
visiter»
5 pays de 3 continents.
Sur cette autre photo, (à
gauche), à côté des pâtes en provenance du Ghana, nous apercevons
(partiellement) des
paquets de sucre de
canne du Burkina. Et aussi des pâtes de la Côte d’Ivoire et du Togo. En
dessous, des boites de concentré de tomate.
Toutes ces boites sont de marques italiennes, mais toutes sont remplies
de concentré de tomate chinois ! Ce concentré, parfois, est mis en boite en
Italie (la société italienne important des conteneurs entièrement remplis de
fût de 200 litres de concentré chinois), parfois, il est mis en boite en
Italie, la société italienne ayant préféré délocalisé au moins une partie de
ses usines.
Sur la photo, (ci-dessus, à
droite), à côté de sachets de sel dont la provenance n’est pas notée), nous
voyons différents
vinaigres burkinabè et
une bouteille de vinaigre d’alcool coloré importé de France. Plus bas, à
l’extrême gauche, des sachets de
lait en
poudre « bonnet rouge », une marque hollandaise. Puis de l’huile de palme
d’Abidjan, de l’huile de coton «
huile
Savor » de la SNCITEC (filiale de la société cotonnière SOFITEX ). Sur ces
bidons d’huile «
Savor », on devrait
pouvoir lire l’an prochain « garanti 80 % OGM (voir abc Burkina précédent).
Enfin à nouveau de
l’huile de palme de
Côte d’Ivoire, et enfin de l’huile d’olive importée de France.
Sur cette photo (à gauche),
tout en haut, nous trouvons différents sachets de lait en poudre. A gauche,
sans marque extérieure, il s’agit de
poudre
de lait (dont parfois la «
crème
» à été remplacée par une graisse végétale)
provenant de sacs, dits « industriels
» de 25 kg, reconditionnée par le propriétaire de la boutique. Ces sacs de
25 kg sont taxés à l’importation à seulement 5 %. Ensuite, nous pouvons voir le
fameux lait en poudre Nido (de la
multinationale Nestlé et du lait en poudre de marque «
Viva lait » (Candia, France).En dessous, nous trouvons
respectivement du
pâté en provenance du
Danemark, différents pâté de poulet importés des Etats-Unis, de France et du
Danemark. Ensuite des
sardines et
des maquereaux à la sauce tomate en provenance de Thaïland, puis des maquereaux
et du thon venant du Ghana. Plus bas, nous avons la
margarine de Hollande et du Ghana, la mayonnaise de Hollande, des
Etats-Unis et de France, la moutarde de France et de Hollande.
Enfin, sur la photo de
droite (ci-dessus), nous trouvons du
Thé
de Sri Lanka, des chips chinoises, du chocolat d’Abidjan et de Turquie, des
biscuits des Emirats Arabes Unis, de l’Inde, de Malaisie, de Malaisie, de
France et de Turquie. Aucun biscuits burkinabè, même pas à base de maïs !
En visitant la galerie photo
«
Alimentation et Mondialisation »
(en construction) vous trouverez encore
des
champignons de Chine (mis en boite au Liberia), des saucisses du Brésil, des
maquereaux du Chili, des alcools de Belgique, d’Allemagne, de France et de
l’Inde.…
Que dire après cette brève
visite ? Le plus évident : les
effets de
la mondialisation sont bien là : dans cette boutique de quartier, nous avons vu
des produits en provenance de 22 pays (Asie, 7 pays ; Europe, 6 pays ;
Afrique 6 pays, dont 4 de l’Afrique de l’Ouest ; Amérique, 3 pays).
Mais aussi quelques
interrogations.
7 produits burkinabè,
c’est mieux qu’il y a quelques années où je n’ai trouvé aucun produit togolais
à Lomé et aucun produit Béninois à Cotonou en visitant quelques
boutiques d’alimentation générale. Mais pourquoi
ne trouve-t-on pas de riz burkinabè alors que le riz étuvé du Sourou
(que nous consommons personnellement depuis plusieurs années) est aussi bon que
le riz thaïlandais proposé et beaucoup moins chers (400 F le kg pour le riz
burkinabè contre 800 F pour le riz thaïlandais).
Le gouvernement burkinabè a
annoncé une usine de transformation de tomate. Très bien. Mais il faut annoncer
également des mesures d’accompagnement. Par exemple : le concentré de tomate
devrait être taxé à l’importation à 35 % ! (ce qui correspond à la
nouvelle bande tarifaire ( du Tarif Extérieur Commun - TEC - qui définit les
droits de douanes de l'Afrique de l'Ouest) , annoncée il y a bientôt un an,
mais dont on ne connaît ni les produits retenus pour cette bande tarifaire, ni
l’état des négociations. Sinon, cette nouvelle usine de transformation risque
bien de faire faillite rapidement, comme Savana en son temps.
Les consommateurs et les paysans devraient s’unir pour réclamer une
véritable politique agricole et alimentaire. Seul moyen de se garantir des produits de
mauvaise qualité et de pouvoir développer fortement la transformation de nos
produits locaux.
Koudougou, le
27 mai 2010 Maurice Oudet Président du SEDELAN