SECRET BANCAIRE: LES
GEANTS CHARGENT(1)
Paris, Londres, Berlin et Madrid veulent mater le
Liechtenstein en lui imposant les normes de l'OCDE en matière d'échanges
d'informations. Le Luxembourg et la Suisse sont sur le qui-vive.
Quatre
poids lourds de l'Union européenne - la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne
et l'Espagne - ont mené de concert une nouvelle charge contre le secret
bancaire, mardi soir. Le Liechtenstein est dans l'oeil du cyclone; le
Luxembourg et la Suisse pourraient rapidement y être aspirés.
Le
groupe AELE de l'UE (diplomates des Vingt-Sept) a débattu, mardi soir, des
négociations que la Commission européenne a entamées avec le Liechtenstein en
vue de conclure un accord sur la lutte contre la fraude. Le sujet est devenu
brûlant depuis qu'a éclaté le scandale fiscal des fondations
liechtensteinoises.
Dans
ce contexte, la France, la Grande-Bretagne, l'Espagne et le Danemark ont
présenté à leurs partenaires une note d'information commune, dans laquelle ils
confirment de belliqueuses visées par rapport au secret bancaire. Ces pays
exigent que le Liechtenstein «accepte de
fournir des informations sur des cas de fraude ou d'autres activités illégales
conformément aux standards de l'OCDE» adoptés en 2005 sur l'imposition des
revenus et du capital.
Un modèle
Ces
normes reprennent certains éléments d'un «modèle de convention» relatif à
l'échange d'informations fiscales sur
demande qu'à l'exception de la Suisse et du Luxembourg, tous les Etats
membres de l'organisation basée à Paris ont approuvé en 2002.
Ce
«modèle» prévoit qu'un pays ne peut pas se retrancher derrière le secret
bancaire ou la non - reconnaissance, dans sa législation, du délit d'évasion
fiscale pour refuser d'accorder sa coopération à un autre pays qui la
réclamerait, dans le domaine civil ou pénal.
Mardi soir, le Luxembourg s'est opposé à
cette demande, ce qui a suscité l'ire de Paris. «
La discussion a été très longue et animée.
La France a été très, très sévère», souligne un diplomate.
Le
Luxembourg, nous explique-t-on, souhaite que l'Union conclue un accord
antifraude «aussi ciblé que possible» avec le Liechtenstein. C'est que le débat
sur les standards de l'OCDE risque de se retourner contre le grand-duché dans
un autre contexte: celui de la révision de la réglementation européenne sur la
fiscalité de l'épargne, qui sera sérieusement relancé en mai. Le
Luxembourg est, avec la Belgique et
l'Autriche, un des trois pays de l'Union qui appliquent le système de la
retenue à la source sur les intérêts de l'épargne payés à des non-résidents -
il permet de préserver le secret bancaire. L'article 10 de la directive (loi)
européenne sur la fiscalité de l'épargne stipule toutefois qu'il s'agit d'un
régime transitoire.
Les trois pays
devront obligatoirement passer au système de l'échange automatique
d'informations entre administrations fiscales lorsque les cinq Etats tiers avec
lesquels l'UE a conclu des accords bilatéraux (la Suisse, le Liechtenstein,
Andorre, Saint-Marin et Monaco) accepteront d'appliquer le «modèle de
convention» de l'OCDE sur l'échange de renseignements sur demande.
Actuellement, ils prélèvent eux aussi une retenue à la source, afin de protéger
leur secret bancaire.
Berne craintif :
«
L'affaire du Liechtenstein est un dangereux
signe précurseur de ce qui se trame», commente un spécialiste de la
question: «
Les poids lourds de l'Union
vont attaquer tous azimuts le secret bancaire. Le Luxembourg et la Suisse
auront du mal à résister.»
La
France a déjà annoncé qu'elle ferait de
la lutte contre l'évasion fiscale une priorité de sa présidence de l'Union, qui
débutera le 1er juillet. Et il se dit que l'Allemagne, de son côté, prépare
une nouvelle offensive à l'OCDE...