Justice et Paix : CONTINENTS
-Nouvelles d'Afrique



BLANCHIMENT D'ARGENT SALE EN AFRIQUE DE L'OUEST :

Dakar abrite le Forum du GIABA pour la Cedeao

Un Séminaire sous-régional du groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA) réunit à Dakar du 21 au 24 Avril, des experts des pays membres, pour une mise à jour des connaissances et à l'adoption de stratégies et d'outils appropriés. Organisé par DowntonHill pour le compte de la Cedeao, il procède de la Convention des Nations Unies de 1988 et s'inscrit en droite ligne de la Task Force D'action financière du G7.

En définissant le blanchiment comme recouvrant tous les « mouvements de fonds destinés à en dissimuler les véritables origines, propriétés et usages », le Dr Abdoullahi Shehu, Directeur général du groupe intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA), a campé le débat de l'un des exercices les plus ardus auxquels les pays de la sous-région sont confrontés. Car, le développement fulgurant des nouvelles technologies et la globalisation et la libéralisation des échanges ont eu des effets démultiplicateurs. Comme l'a également révélé M. Yahya, le représentant du Groupe Ecobank au Séminaire de la Cedeao qui regroupera du 21 au 24 avril, au Méridien Président, des experts économistes, juristes et de la sécurité financière en panel. La lutte engagée s'inscrit en droite ligne des initiatives prises depuis la fin des années 80 par la Task Force d'Action financière (FATF) mise en train par le G7, suivant la Convention de l'ONU de 1988, a rappelé le Directeur du GIABA qui est l'un des organes régionaux créés sur le modèle FATF. Revenant au rôle du groupe intergouvernemental en matière d'assistance technique et financière nécessaire pour que les Etats membres mettent en place les pré - requis dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, Dr Abdoullahi Shehu a résumé le processus criminel en ses trois étapes : 1° Le placement, 2° La superposition et 3° L'intégration. Si le placement des fonds (en espèces généralement) d'origine illicite (trafic de drogue, d'armes, d'êtres humains et fraude fiscale, etc.) est l'étape la plus « visible » pour détecter les transactions suspicieuses, des actions peuvent encore être prises au moment où ces fonds sont fondus par les transferts entre institutions ou encore au moment de l'intégration dans des « projets ostensiblement légitimes », dira-t-il en substance.

Nécessité d'un un système judiciaire efficace et indépendant

Il s'agit pour les Etats de prendre les mesures juridiques et judiciaires adéquates, d'élaborer des stratégies nationales, de mettre en place des unités techniques de suivi et d'analyses des transactions suspicieuses, de former le personnel et de l'équiper, etc. Mais il faut aussi « un système judiciaire efficace et indépendant », a-t-il souligné. C'est aussi dans cette optique que s'inscrit la coopération régionale et internationale nécessaire, du fait de l'interconnexion des réseaux financiers mondiaux et des sommes pharaoniques en cause. Car « le blanchiment est la finalité de toute l'activité illicite des trafiquants de drogue, des fraudeurs de tous acabits, du crime organisé dont il est la source de leur mode de vie dispendieux », ajoute le Directeur général. Il cite pour cela M. Michel Camdessus, alors à la tête du FMI, qui estimait que « ces sommes représentent entre 2 à 5 % du PIB mondial », pour dire qu'on peut tabler aujourd'hui sur « 7 à 8 % », soit des centaines de milliards de dollars par an. Les moyens de lutte dont il sera question au cours du séminaire ont été campés par Dr Shehu et M. Yaya d'Ecobank, principalement autour de la prévention, de la détection et de la transparence, selon une formule simple « connaître le client ». Cette identification en amont, n'exclut guère l'action en aval qui inclut la levée du secret bancaire pour permettre aux agences de contrôle financier d'accéder aux relevés dans le cadre de leurs enquêtes, ni le gel des avoirs suspicieux. Car, pour M. Yaya, au niveau de l'institution bancaire, les pistes sont nombreuses et vont des dépôts aux opérations internationales, en passant par les versements en espèces, les mouvements de fonds, les transferts entre institutions, les prêts, etc. Alors qu'à l'intérieur de la banque même, il faut renforcer les règles d'éthique, puisque des employés sont parfois impliqués. D'où la nécessité pour lui de mettre en place des systèmes préventifs et d'alerte précoce, par l'identification et la connaissance des clients et de leurs activités. M. Yahya avait auparavant campé les objectifs du séminaire comme devant participer au renforcement des capacités des experts des pays membres, à la mise à jour des connaissances et à l'adoption d'outils appropriés, sans oublier la prise en compte des 49 recommandations du groupe international d'action financière (GAFI). En définitive, au vu des défis de la lutte contre le blanchiment qui, « comme tous les autres crimes, sera toujours avec nous », selon la formule de Dr Abdoullahi Shehu, la coopération inter - institutions et inter - états est une voie obligatoire, tout comme la volonté politique et l'appui des plus hautes autorités. Le séminaire de Dakar contribue à ces efforts salutaires dans le long terme, compte tenu des graves dérèglements d'ordre économique, financier et politique que le crime organisé et la criminalité transfrontalière entraînent et de la lourde menace que fait peser le financement du terrorisme sur nos têtes.
Fara Sambe Journal LE SOLEIL

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