Pour la première fois, en Algérie, un appel pour « le respect des
libertés » a été signé par des personnalités comme l’écrivain Boualem Sansal, l’historien
Mohammed Harbi, l’universitaire Salem Chaker, le président de la Ligue des
droits de l’homme Abdennour Ali Yahia ou le caricaturiste Ali Dilem.
Dans un texte rendu public hier, des intellectuels dénoncent le harcèlement des chrétiens pour « délit de prière » et expriment leur «
solidarité avec la communauté chrétienne d’Algérie, cible de mesures aussi
brutales qu’injustifiées », en affirmant leur attachement « à la
liberté de conscience, du droit de chacun de pratiquer la religion de son
choix, ou de ne pas pratiquer ».
« Nous assistons à une réaction frontale
contre les croyances autres que l’islam. Les Algériens sont pourtant libres de
croire ou de ne pas croire », commente le romancier Boualem Sansal. « Bouteflika cherche-t-il à donner des gages
aux islamistes ? », s’interroge-t-il.
Cette initiative
intervient alors que les chrétiens d’Algérie sont l’objet depuis janvier de
multiples « tracasseries ». Ainsi, par exemple, un prêtre catholique
français, le père Pierre Wallez, du diocèse d’Oran, a été condamné le 30 janvier
à un an de prison avec sursis pour avoir prononcé une prière à l’occasion des
fêtes de Noël pour des migrants clandestins camerounais hors d’un lieu de culte
officiel. Il est accusé d’avoir distribué des médicaments aux Subsahariens, un
médecin algérien qui l’accompagnait a écopé de deux ans de prison ferme. Le
tribunal a condamné le religieux pour prosélytisme, accusation rejetée par Mgr
Henri Tessier, archevêque d’Alger ainsi que par le recteur de la Mosquée de
Paris, Dalil Boubakeur, qui est intervenu en la faveur du condamné « J’ai sollicité les autorités car ce cas me
tient à cœur. Je suis favorable à toutes les initiatives en faveur de la
tolérance », précise Dalil Boubakeur.
On rappellera
que les évêques d’Algérie ont été reçus le mois dernier par le ministre des
Affaires religieuses pour exprimer leur inquiétude face aux expulsions,
radiations et condamnations qui ciblent l’Église depuis l’adoption, en février
2006, de la loi réglementant les cultes non musulmans. Ils lui ont remis une
lettre exprimant leur inquiétude face aux tracasseries qui ciblent l’Église.
Ils ont aussi réaffirmé leur solidarité avec le pasteur protestant Hugh
Johnson, menacé d’expulsion.
Les difficultés
ont débuté, il y a deux ans, avec l’expulsion d’une vingtaine d’étudiants
Africains qui avaient participé à une rencontre biblique à Tizi-Ouzou, en
Kabylie. Au même moment, les autorités invitaient les religieux chrétiens à
quitter le pays « pour raison de sécurité
». En novembre 2007, des volontaires
brésiliens sollicités par Mgr Teissier, l’archevêque d’Alger, pour s’occuper
des étudiants lusophones ont été expulsés à leur tour. Un mois plus tard, un directeur d’école et un instituteur,
Algériens de confession chrétienne, ont été radiés de l’Éducation nationale
pour « prosélytisme ».
L’association des parents d’élèves qui soutient les deux enseignants rappelle
que l’école a eu 100 % de réussite à l’examen d’entrée en sixième pour les deux
dernières années.
Depuis quatre
mois, les visas sollicités par l’archevêché sont délivrés au compte-gouttes,
souvent en retard. « Ceci compromet
gravement notre avenir, car sans la visite des responsables religieux des
congrégations, nous n’obtiendrons aucun soutien pour les religieux travaillant
en Algérie et aucun renouvellement », déplore Mgr Teissier.
Officiellement,
cette loi adoptée en février 2006 visait à garantir « la tolérance et le respect entre les différentes religions » ! Dans
les faits, elle prévoit une peine de 5 ans de prison et une amende de 1 million
de dinars (10 000 euros), contre toute personne qui « incite ou utilise des
moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ».
Révélateur d’une volonté répressive, les représentants des ministères de la
Défense et de l’Intérieur, et ceux de la police et de la gendarmerie, sont
majoritaires dans la commission chargée de « veiller au respect du libre exercice des cultes ».
Le père Gilles Nicolas, du diocèse d’Alger, ne
cache pas son inquiétude : « Cette
levée de boucliers n’a rien à voir avec le prosélytisme. C’est une lutte
idéologique de ceux qui veulent épurer le pays de toute présence non musulmane
».
Sur fond de
luttes d’influence dans le sérail, cette
« croisade » tend à faire diversion, alors que les partisans du président
Bouteflika s’agitent pour imposer une révision
à la hussarde de la Constitution, et permettre au chef de l’État de briguer un
troisième mandat. Dans la propagande officielle, on stigmatise la Kabylie,
de tout temps hostile au régime, comme un « maillon faible en voie d’évangélisation
». Depuis quelques mois, des imams salafistes sont injectés dans la région par
le ministère des Affaires religieuses ; leur mission : lutter contre la «
menace chrétienne », les « traditions païennes » du cru, et secouer l’islam
ancestral des montagnards jugé trop tiède.
Les évangélistes
sont également dans le collimateur d’Alger avec la mise au pas progressive des
jeunes Églises protestantes de Kabylie, une région où un éveil à la religion
chrétienne est constaté depuis plus de dix ans. Les Églises de Nouvelle Ville à
Tizi-Ouzou et de Tafath (Lumière) près de Fort national viennent d’être
suspendues par la préfecture dans l’attente d’un « certificat de conformité ».
Et le ministre
des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, a récemment qualifié les
quelques milliers d’évangélistes de « hors-la-loi », auquel on prête une action
politique et un soutien à Israël. Sommé de quitter le pays, le pasteur
américain Hugh Johnson, 74 ans, ancien président de l’Église protestante
d’Algérie est, pour sa part, dans l’attente d’une décision du Conseil d’État.
Merci aux
intellectuels algériens qui ont eu le courage de signer et diffuser ce
manifeste pour les Chrétiens ainsi traités en Algérie. On aimerait voir un tel
courage de ce côté-ci de la Méditerranée lorsqu’il s’agit d’apprécier la
situation algérienne, de répondre à la démagogie de son président et de
certains soutiens algériens non - dissimulés à certains courants de l’islam en
France.