En Inde, la Cour
suprême est sur le point d'autoriser la compagnie britannique Vedanta Resources
à exploiter une mine de bauxite, au sommet de la montagne de Niyamgiri, dans
l'Etat d'Orissa. Si une telle décision est prise, elle permettra à l'entreprise
d'asseoir sa présence dans la région, et de continuer à faire des bénéfices en
exploitant les richesses naturelles du pays. Mais pour les populations locales
autochtones, notamment les 10 000 Dongria Konds qui vivent sur les flancs de
cette montagne, ce serait une catastrophe : l'exploitation de cette mine
porterait en effet atteinte à leur mode de vie, à leur culture, à leur religion
et très probablement à leur subsistance... C'est pourquoi ActionAid Inde
soutient les Dongria Konds dans leur lutte et demande au Premier ministre
indien de ne pas laisser Vedanta exploiter cette mine.
La bauxite est le
principal minerai à partir duquel est obtenu l'aluminium, un métal dont la
faible densité, la longévité et la résistance sont très recherchées par
différentes industries mondiales, notamment dans les secteurs du transport et
de la construction. On comprend donc aisément l'attrait que peut représenter la
montagne de Niyamgiri, très riche en bauxite, aux yeux d'exploitants tels que
ceux de Vedanta. La multinationale Anglaise n'en est d'ailleurs pas à son coup
d'essai.
En 2004 déjà
l'une de ses filiales, la société Sterlite, avait installé une raffinerie d'aluminium
au pied de la montagne Niyamgiri, à Lanjigarh, déplaçant à grand renfort de bulldozers des villages entiers. Les
populations déplacées avaient alors été relogées à 3 km de là, dans des
bâtiments préfabriqués, surveillés par la police... À l'époque, l'entreprise
avait fait l'objet de graves accusations, qui ont, pour la plupart, été
confirmées [1] . Parmi
celles-ci figuraient notamment des expansions de production illégales, une
gestion irresponsable des déchets dangereux, la violation des droits des populations
autochtones, des salaires indécents, de conditions de travail dangereuses dans
les mines et les usines et des actes de corruption. On comprend donc, à la
lumière de ce bilan désastreux, les inquiétudes des populations locales.
Populations
locales en danger
Phulme Majhi, l'un des habitants
de Niyamgiri explique: " Pour nous, c'est une question de vie ou de
mort. Niyam Raja (le dieu de la
montagne Niyamgiri) est menacé et avec lui, c'est notre terre, nos ressources
et notre mode de vie qui sont menacés".
Si le projet
d'exploitation de la mine venait à être accepté, ce serait pour les
autochtones, un véritable sacrilège.
En effet, la montagne Niyamgiri, dont le nom signifie " montagne de la loi ", est un lieu
de culte sacré pour les Dongria Konds, le groupe tribal qui habite cette
montagne. C'est sur ce sommet que ceux-ci vénèrent la divinité Niyam Raja
("seigneur de la loi"). Chaque année, des centaines de petites
cérémonies sont célébrées sur ce site pour lui rendre hommage. Des villages
entiers se déplacent pour faire des offrandes de riz, de pigeons, de chèvres,
de fruits de saison ou encore de fleurs.
" De même qu'il paraît impensable de déplacer la Mosquée Al-aqsa ou l'Eglise du Saint Sépulcre",
explique un défenseur des Dongria Konds, "il est tout aussi inconcevable de déménager ou de remplacer les sites
sacrés des peuples autochtones indiens. Niyamgiri est inhérente à la religion
Kond comme tout lieu de culte l'est pour d'autres religions. La différence,
c'est qu'il s'agit ici d'un site naturel, car la religion Kond trouve ses
racines dans la nature".
Outre l'atteinte qu'il porterait à la religion des
populations autochtones, ce projet de mine mettrait
également en péril la subsistance même de ces populations. En effet, les
Dongria Konds vivent en pratiquant une agriculture
de subsistance dans les forêts de la chaîne montagneuse du Niyamgiri. La
culture Dongria Kond est éminemment durable : ils cultivent des fruits, des
légumes et des céréales et se sont installés sur les bords des innombrables cours
d'eaux qui parcourent les flancs de ces montagnes. La forêt que la religion
Dongria a conservée, qui s'étend sur 670 hectares, est l'une des dernières
forêts préservées d'Orissa. La bauxite contenue dans la montagne retient les
eaux de mousson, et les redistribue à petites doses tout au long de l'année.
" Les Konds comprennent mieux que n'importe
quel scientifique que la montagne est leur source de vie, et que si le site du
sommet sacré qu'ils ont protégé est déforesté et exploité, c'est leur pérennité
qui est en danger" explique l'un d'eux.
Les habitants de
cette montagne insistent sur le fait qu'aucune compensation financière, aussi
importante soit-elle, ne réparera la perte inestimable que représenterait
l'exploitation de cette mine. Au contraire, comme cela s'est déjà produit à
Lanjigarh, avec la raffinerie de la société Sterlite, les sommes d'argent conséquentes qui sont injectées pour le "
développement " local ne font que nourrir la corruption. Ca n'est pas
ce que souhaitent les Dongria Konds, qui veulent un développement à petite
échelle, basé sur les services médicaux et l'éducation, sous leur propre
contrôle.
Une procédure entachée
d'irrégularités
En novembre dernier, la Cour suprême indienne avait rejeté
le projet de Vedanta d'exploiter la bauxite de Niyamgiri, en raison de sa
mauvaise réputation en matière environnementale et de respect des droits de
l'Homme. Un jugement du 23 novembre 2007
concédait en effet que Vedanta n'était pas une entreprise digne de confiance,
compte tenu des diverses violations aux droits de l'Homme et de l'environnement
dont elle s'était rendue coupable à travers le monde. Mais, le gouvernement d'Etat de l'Orissa a depuis lors autorisé
l'exploitation de la mine en partenariat avec la filiale indienne de la
compagnie, Sterlite, une entreprise pourtant possédée à 80% par Vedanta...
Au terme d'une procédure de près de trois ans, la Cour
suprême indienne serait donc aujourd'hui sur le point d'autoriser la
multinationale Vedanta à exploiter la mine de bauxite de Niyamgiri, sur la base
des recommandations émises par le ministère de l'Environnement et des Forêts
ainsi que du Gouvernement d'Orissa.
En 2004 déjà, la raffinerie de Sterlite
avait été autorisée, malgré les recommandations du Comité central de la Cour
suprême
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