Campagnes en cours
La surexploitation du bois par des sociétés étrangères
menace la survie des populations.
Forêts Coupes sombres au Congo-Kinshasa
par Blandine FLIPO, Kisangani envoyée spéciale
Libération Mis en ligne le 22 mars 2006
Ferdinand Kitambi est en colère. Le chef d'Alibuku, village
du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), vit, comme ses
administrés, des richesses de la foràt équatoriale, y recueille fruits,
feuilles... et chenilles, principal apport protéique de la communauté. Mais l'accès
à ces ressources est, depuis quelques mois, devenu difficile†: une
entreprise forestière libanaise a débarqué à Alibuku et détruit son
environnement à une vitesse phénoménale. ´Ce n'est pas la première qui
vient ici, raconte Ferdinand. Mais ceux-là ne respectent rien. Ils nous
interdisent màme de traverser les chantiers.ª
Lors d'un tour en foràt, le chef prend la tàte de l'expédition,
malgré les menaces physiques dont il sait l'entreprise coutumière. La route de
terre rouge, comme une blessure, trace son sillon au milieu des bois. Arbres et
arbrisseaux sont abattus, ou pliés en deux par les bulldozers. Des grumes par
centaines pourrissent sur le bas-cÙté.
Afromosia. Depuis 2003, la RDC, grande comme l'Europe
occidentale et qui possède la plus importante foràt d'Afrique, s'est dotée
d'un code forestier définissant les règles de conduite pour les exploitants.
La coupe du fameux bois rouge Afromosia qu'exporte l'entreprise qui sévit à
Alibuku est certes autorisée, sauf les troncs en dessous d'un certain diamètre
pour permettre le renouvellement de la foràt. Mais ici, tout est coupé et
les jeunes arbres abandonnés sur place.
Par ailleurs, le code stipule que l'entreprise doit
contribuer au développement socio-économique de la communauté locale.
Notamment en employant et en payant correctement les habitants, et en
construisant écoles et dispensaires. ¿ Alibuku, les rares jeunes recrutés
disent àtre payés un dollar par jour. Quant à l'école et au dispensaire,
les villageois attendent toujours.
L'entreprise Congo Futur se résume à des centaines de
grumes entreposées et trois préfabriqués. Son responsable n'a aucun scrupule.
Devant le chef du village, il assure n'avoir rien à se reprocher et
bénéficier de l'appui des autorités. Il sous-entend màme qu'il suffit de
payer pour ça. ´Ici, c'est difficile de gagner sa vie, soupire-t-il, avant
de s'inquiéter de l'arrivée d'exploitants chinois dans la région†: ce sont
vraiment des barbares!
Devant tant d'aplomb, Ferdinand reste de marbre. Il connaït
la corruption des autorités fragiles de son pays, déstabilisées par les
luttes des chefs de guerre qui se sont partagé le pouvoir à la fin de la
guerre (1996-2002). Mais l'homme a de la ressource, et un appui de taille†:
l'Organisation concertée des écologistes et amis de la nature (Ocean), une ONG
congolaise fondée en 1994, en pleine guerre, par un enfant du pays, René
Ngongo Mateso. Son intense travail de lobbying, appuyé par la Banque mondiale,
a abouti à la rédaction du code forestier. Mais, faute d'institutions
politiques valables, ce texte n'est guère appliqué.
C'est pourquoi René Ngongo a décidé d'aller taper au
niveau international, avec un raisonnement simple.: ´Si on n'a pas
d'influence sur l'Etat, on peut influencer le consommateur.ª Il a pris sa
valise et s'est envolé pour l'Europe, là où se trouvent les consommateurs de
bois précieux. Avec Greenpeace, Les Amis de la Terre et le WWF, il a
lancé une vaste campagne demandant la certification des bois venus d'Afrique
(1), sorte de label garantissant la provenance et les conditions de coupe du
bois.
Frontières. Bien s°r, cette certification ne s'applique
pas aux bois vendus en Chine o_ la demande se fait de plus en plus forte. Et
face aux clients chinois, l'exploitant doit casser les prix. Le bois sort aussi
en toute illégalité du cÙté de la frontière ougandaise, bénéficiant de la
corruption des autorités. ´†Nous espérons que le processus démocratique
nous aidera à faire gagner la légalit醪, explique René Ngongo. En juin,
la RDC élira ses représentants démocratiquement pour la première fois de son
histoire. Avant cette date, les exploitants forestiers espèrent pouvoir couper
le plus de bois possible.
(1) Campagne pour sauver le bois du Congo, jusqu'en juin
2006, sur amisdelaterre
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