Messieurs
Le Fond monétaire international s'apprête à statuer sur la demande des
dirigeants de la République du Congo afin d’accéder à l'initiative pour l'allégement
de la dette et pour la croissance des pays pauvres très endettés, (PPTE)
Messieurs,
La société civile congolaise a toujours milité pour un effacement de la
dette. Celle-ci est un frein à la lutte contre la pauvreté. C’est un réel
handicap pour le développement économique et social des peuples africains.
Cependant il est des exemples o_ l'effacement de cette dette
n'a aucun sens. Le cas le plus évident est celui de la République du Congo, un
Etat où la notion de bonne gouvernance reste essentiellement une simple
rhétorique. Dans ce pays dirigé par un homme venu au pouvoir par les
armes, un clan agglutiné autour du pouvoir politique a fait main basse, sur la
totalité des richesses naturelles nationales, en particulier le pétrole.
Messieurs,
Le
Congo n'est pas un pays sans ressources. Très endetté il l’est, pauvre
certainement pas.
Avec une production pétrolière supérieure à 400 000 barils/jour, des
millions d’hectares de forêts primaires et de terres agricoles, des
ressources halieutiques continentales très peu exploitées et un budget public
avoisinant les 4 milliards de dollars (2 000 milliards de francs CFA) pour une
population de moins de 3 500 000 habitants, ce pays possède les atouts de son
développement.
Il a les ressources naturelles pour régler les problèmes économiques et
sociaux de sa population.
Les trois-quarts des congolais qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ne
comprennent donc pas leur dénuement qui tranche avec le train de vie
dispendieux des quelques privilégiés au pouvoir.
Ces deux dernières années, les prix du pétrole ont été
multipliés par 3. Une grande partie des revenus supplémentaires générés par
l’envolée des prix de l’or noir est allée échouer dans des comptes Off
Shore et les paradis fiscaux.
Ces revenus auraient pu aider le Congo à honorer avec moins de pression ses
obligations internationales vis-à-vis de ses créanciers, en particulier en ce
qui concerne le règlement de la partie non odieuse de la dette.
Devons-nous vous rappeler qu’une grande partie de celle-ci a servi et sert
encore à l’achat des armes pour entretenir les guerres contre les civils ?
Messieurs,
L’endettement du Congo porte un nom, il s’appelle
corruption,
opacité
dans la gestion des ressources naturelles dont le
pétrole,
gestion calamiteuse des finances publiques, manque de libertés en tous
genres mais surtout et avant tout,
incompétence notoire.
Cette
mauvaise gouvernance se traduit par :
- Une corruption parmi les plus actives du monde ;
- Un racket systématique des citoyens accompagné
souvent de coercition en tout genre ;
- Un trafic d'influence à tous les échelons ;
- Une insécurité permanente des citoyens.
- Une impunité généralisée.
Extorsion de fonds, détournement de fonds, népotisme,
falsification, passe-droits en tous genres, Trésor public transformé en
tiroir-caisse ont élevé la
corruption au rang de mode de gestion de l'…tat.
L’eau, l’électricité, la santé, l’éducation, la
sécurité, etc., sont devenus des produits rares réservés aux seuls †privilégiés
du pouvoir.
Cette
situation catastrophique a été dénoncée par
près de 280 ONGs nationales et internationales. Ces derniers mois, la
presse internationale (La Tribune, The Wall Street Journal, The Washington Time,
La croix, etc.), les organisations non gouvernementales internationales (Caritas,
Médecins Sans Frontières, Fédérations internationale des droits de l’Homme,
Amnesty International, Transparancy International, etc.) et le Programme des
Nations Unies pour le Développement ont publié des rapports très édifiants
sur
- D’une part, l’étendue de la détresse des
populations,
- D’autre part la prévarication et la mauvaise
gouvernance dans ce pays.
En dépit des formules diplomatiques d’usage, les rapports
de mission des institutions de Bretton Woods, dont Monsieur Dan Ghura est un des
représentant au Congo, sont sans équivoque à ce sujet.
Messieurs du Conseil d’administration,
Les autorités congolaises et leurs mandatés comme les
directeurs successifs de la Société Nationale de Pétrole du Congo (SNPC) en
complicité avec certaines institutions financières internationales et des
traders du pétrole ont
mis en place des montages d'une complexité
croissante afin de dissimuler aux congolais et aux créanciers du Congo, les
revenus que le pays tire du commerce international de ses ressources naturelles.
Le Fonds monétaire international qui dispose de grandes capacités d’information,
d’investigation et d’analyse ne peut pas ne pas en être au courant.
Le jugement de Royal Courts of Justice du 28/11/1005 à Londres opposant
Kensington International Limited à la République du Congo (
Case n_ FOLIO
2002 NOS. 1088, 1281, 1282, & 1357) a mis en lumière une des méthodes
de gestion frauduleuse du pétrole congolais. Ce procès a prouvé qu'une grande
partie de l'insolvabilité congolaise a tout simplement été provoquée
artificiellement.
Messieurs du FMI,
Vous comprendrez que dans ces conditions, le problème de la
dette
congolaise est
indissociable de celui de la
corruption et donc, en
dernière analyse, de la bonne gouvernance
La
population congolaise est ulcérée par les détournements et la mauvaise
gestion du Président congolais et l’accaparement des ressources nationales
par sa famille. Elle crie famine. Dans ces conditions, on ne comprend pas
comment le FMI peut-il adresser un satisfecit au gouvernement congolais.
Une pareille attitude de la part du FMI ne vaut-elle pas
complicité ?
Dans un tel contexte, réduire la dette du Congo est économiquement
inexplicable et politiquement catastrophique. Cela revient à enrichir un peu
plus Sassou Nguesso et sa famille.
Le FMI veut t-il peut-être donner une prime à l’incompétence
dans la lutte contre la pauvreté en Afrique tout en annonÁant vouloir aider
les pays en difficulté financière ?
Les congolais ne cesseront de dire que leur pays est devenu
un pays pauvre surendetté parce que des prédateurs le saignent à blanc.
L’éradication de la corruption et de la mauvaise
gouvernance est un préalable à l’éradication de la pauvreté.
contrecorruption@aol.com
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