Justice et Paix : AFRIQUE - DETTE


Lettre ouverte de la société civile congolaise au conseil d’administration du Fond Monétaire International

(Janvier 2006)
Messieurs
Le Fond monétaire international s'apprête à statuer sur la demande des dirigeants de la République du Congo afin d’accéder à l'initiative pour l'allégement de la dette et pour la croissance des pays pauvres très endettés, (PPTE)

Messieurs,
La société civile congolaise a toujours milité pour un effacement de la dette. Celle-ci est un frein à la lutte contre la pauvreté. C’est un réel handicap pour le développement économique et social des peuples africains.
Cependant il est des exemples o_ l'effacement de cette dette n'a aucun sens. Le cas le plus évident est celui de la République du Congo, un Etat où la notion de bonne gouvernance reste essentiellement une simple rhétorique. Dans ce pays dirigé par un homme venu au pouvoir par les armes, un clan agglutiné autour du pouvoir politique a fait main basse, sur la totalité des richesses naturelles nationales, en particulier le pétrole.

Messieurs,
Le Congo n'est pas un pays sans ressources. Très endetté il l’est, pauvre certainement pas.
Avec une production pétrolière supérieure à 400 000 barils/jour, des millions d’hectares de forêts primaires et de terres agricoles, des ressources halieutiques continentales très peu exploitées et un budget public avoisinant les 4 milliards de dollars (2 000 milliards de francs CFA) pour une population de moins de 3 500 000 habitants, ce pays possède les atouts de son développement.
Il a les ressources naturelles pour régler les problèmes économiques et sociaux de sa population.
Les trois-quarts des congolais qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ne comprennent donc pas leur dénuement qui tranche avec le train de vie dispendieux des quelques privilégiés au pouvoir.
Ces deux dernières années, les prix du pétrole ont été multipliés par 3. Une grande partie des revenus supplémentaires générés par l’envolée des prix de l’or noir est allée échouer dans des comptes Off Shore et les paradis fiscaux.
Ces revenus auraient pu aider le Congo à honorer avec moins de pression ses obligations internationales vis-à-vis de ses créanciers, en particulier en ce qui concerne le règlement de la partie non odieuse de la dette.
Devons-nous vous rappeler qu’une grande partie de celle-ci a servi et sert encore à l’achat des armes pour entretenir les guerres contre les civils ?

Messieurs,
L’endettement du Congo porte un nom, il s’appelle corruption, opacité dans la gestion des ressources naturelles dont le pétrole, gestion calamiteuse des finances publiques, manque de libertés en tous genres mais surtout et avant tout, incompétence notoire.

Cette mauvaise gouvernance se traduit par :
- Une corruption parmi les plus actives du monde ;
- Un racket systématique des citoyens accompagné souvent de coercition en tout genre ;
- Un trafic d'influence à tous les échelons ;
- Une insécurité permanente des citoyens.
- Une impunité généralisée.

Extorsion de fonds, détournement de fonds, népotisme, falsification, passe-droits en tous genres, Trésor public transformé en tiroir-caisse ont élevé la corruption au rang de mode de gestion de l'…tat.
 
L’eau, l’électricité, la santé, l’éducation, la sécurité, etc., sont devenus des produits rares réservés aux seuls †privilégiés du pouvoir.
 
Cette situation catastrophique a été dénoncée par près de 280 ONGs nationales et internationales. Ces derniers mois, la presse internationale (La Tribune, The Wall Street Journal, The Washington Time, La croix, etc.), les organisations non gouvernementales internationales (Caritas, Médecins Sans Frontières, Fédérations internationale des droits de l’Homme, Amnesty International, Transparancy International, etc.) et le Programme des Nations Unies pour le Développement ont publié des rapports très édifiants sur
- D’une part, l’étendue de la détresse des populations,
- D’autre part la prévarication et la mauvaise gouvernance dans ce pays.
 
En dépit des formules diplomatiques d’usage, les rapports de mission des institutions de Bretton Woods, dont Monsieur Dan Ghura est un des représentant au Congo, sont sans équivoque à ce sujet.

Messieurs du Conseil d’administration,
 
Les autorités congolaises et leurs mandatés comme les directeurs successifs de la Société Nationale de Pétrole du Congo (SNPC) en complicité avec certaines institutions financières internationales et des traders du pétrole ont mis en place des montages d'une complexité croissante afin de dissimuler aux congolais et aux créanciers du Congo, les revenus que le pays tire du commerce international de ses ressources naturelles. Le Fonds monétaire international qui dispose de grandes capacités d’information, d’investigation et d’analyse ne peut pas ne pas en être au courant.
Le jugement de Royal Courts of Justice du 28/11/1005 à Londres opposant Kensington International Limited à la République du Congo (Case n_ FOLIO 2002 NOS. 1088, 1281, 1282, & 1357) a mis en lumière une des méthodes de gestion frauduleuse du pétrole congolais. Ce procès a prouvé qu'une grande partie de l'insolvabilité congolaise a tout simplement été provoquée artificiellement.

Messieurs du FMI,
Vous comprendrez que dans ces conditions, le problème de la dette congolaise est indissociable de celui de la corruption et donc, en dernière analyse, de la bonne gouvernance
La population congolaise est ulcérée par les détournements et la mauvaise gestion du Président congolais et l’accaparement des ressources nationales par sa famille. Elle crie famine. Dans ces conditions, on ne comprend pas comment le FMI peut-il adresser un satisfecit au gouvernement congolais.
Une pareille attitude de la part du FMI ne vaut-elle pas complicité ?
Dans un tel contexte, réduire la dette du Congo est économiquement inexplicable et politiquement catastrophique. Cela revient à enrichir un peu plus Sassou Nguesso et sa famille.
Le FMI veut t-il peut-être donner une prime à l’incompétence dans la lutte contre la pauvreté en Afrique tout en annonÁant vouloir aider les pays en difficulté financière ?
Les congolais ne cesseront de dire que leur pays est devenu un pays pauvre surendetté parce que des prédateurs le saignent à blanc.
L’éradication de la corruption et de la mauvaise gouvernance est un préalable à l’éradication de la pauvreté.

contrecorruption@aol.com

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