Nombre de pays dits, pauvres regorgent de richesses
minérales, mais leur exploitation profite rarement aux populations locales.
Celles-ci en subissent toutes les conséquences environnementales néfastes, et
lorsque des emplois sont effectivement créés, les entreprises bafouent bien
souvent les droits sociaux les plus élémentaires. C’est le cas au Mali -
troisième producteur d’or en Afrique derrière l’Afrique du Sud et le Ghana
- o_ 530 ouvriers de la mine d'or de Morila ont été brutalement licenciés en
juillet 2005. Leur délit ? Avoir fait grève pour demander le respect de leurs
droits. Depuis le mois de septembre dernier, 9 d'entre eux sont mÍme en prison,
dans des conditions dégradantes. Leur employeur, une filiale du groupe
Bouygues, refuse d'entamer des négociations sérieuses et d‚abandonner sa
politique répressive.
La Mine d'or de Morila, près de Sanso (région de Sikasso,
au Sud du Mali) est détenue par trois actionnaires : les multinationales
sud-africaines Randgold (40 %) et Anglogold (40 %), et l’Etat malien (20 %).
Ce consortium sous-traite les travaux d’excavation et d’extraction de l’or
à la SOMADEX SAU(1), filiale du groupe Bouygues. C’est cette dernière qui
recrute les travailleurs et gère la main-d’oeuvre.
Malgré le métal qui en est extrait, les
conditions de
vie ne sont pas brillantes à Morila. Conditions de travail indécentes,
non-paiement des primes, licenciements abusifs, harcèlement des dirigeants
syndicaux, falsification des contrats de travail, heures supplémentaires et
congés non payés, accidents de travail non pris en compte, propos racistes et
discriminatoires de l'encadrement font partie du quotidien des mineurs.
Pourtant, ceux-ci effectuent un travail pénible, voire dangereux : Nos femmes
accouchent parfois dans nos maisons. Les travailleurs rendent l’âme sur
leurs lieux d’accident par faute d’évacuation par ambulance. Le directeur
administratif et financier refuse la prise en charge par l’entreprise des
personnes malades, qui décèdent par la suite s’insurgent les grévistes en
lutte à Morila.
Les conséquences de l'activité minière sur l'environnement
sont également catastrophiques : promesses non tenues concernant le
développement des villages, pollution des sols au cyanure et à l'arsenic,
intoxication de troupeaux de moutons...
Les raisons d’une grève
En
2005, plusieurs raisons vont pousser les mineurs à se
mobiliser. Leur première revendication porte sur le
paiement de quatre
années de primes de rendement dues par la SOMADEX. La Convention collective
des sociétés et entreprises minières, géologiques et hydrologiques prévoit
en effet le versement de primes lorsque la production dépasse les prévisions.
Or, l’exploitation de la réserve d’or de Morila, commencée en 2000, a
très largement dépassé les prévisions (2). Et cet effort a eu un prix : des
cadences infernales, les ouvriers travaillant jusqu’à 12 heures par jour,
six jours sur sept (c’est seulement suite à une grève, en 2003, qu’ils
ont obtenu une journée de travail réduite à 8 heures). Mais la direction de
la SOMADEX ne l’entend pas de cette oreille. Selon elle, les textes manquent
de précision, et le rendement exceptionnel est d° au traitement de minerais
à teneur élevée, et non aux efforts supplémentaires exigés des
travailleurs...
La colère des mineurs est également provoquée par le
non-respect
de la législation du travail. Nombre d’ouvriers, malgré plusieurs
années d’ancienneté, restent titulaires de contrats de travail à durée
déterminée. Et pour contourner la loi, le Chef du personnel n'hésite pas
à falsifier les documents.
Les
méthodes brutales de l’encadrement et le
harcèlement du Comité syndical sont également en cause. Pour faire taire
la contestation, la direction s'en prend notamment à Amadou Nioumanta,
Secrétaire Général du Comité. Le Chef du personnel va tenter de le licencier
par plusieurs moyens, parfois calomnieux comme le lancement d’une pétition
à son encontre ou une accusation de vols de ferraille. Il se heurtera
heureusement au refus de l'inspecteur du Travail.
Après avoir épuisé toutes les voies de dialogue, les
mineurs décident une grève de 72 heures, qui a lieu les 5, 6 et 7 juillet
2005. Mais à la reprise du travail, 17 d'entre eux sont convoqués pour être
licenciés. Face à cette violation de leurs droits, et par solidarité avec
leurs collègues, les mineurs entament alors une grève illimitée. Malgré les
pressions de la direction, et l’attitude ambiguë du Syndicat National des
Mines (SECNAMI), sensible aux pressions de la direction, le Comité syndical
refuse d’arrÍter l’action avant d’avoir obtenu la réintégration des 17
salariés.
530 mineurs licenciés, 9 détenus : Bouygues doit intervenir
Plutôt que de faire marche arrière, la SOMADEX choisit la
méthode forte. Le 31 juillet 2005, la direction
raye 311 mineurs de ses
effectifs pour "abandon de poste". Ce nombre est rapidement porté
à 530 car des ouvriers qui avaient accepté de reprendre le travail refusent
les conditions de la SOMADEX, celle-ci leur proposant de nouveaux contrats et
exigeant qu’ils renoncent à tous les acquis antérieurs.
Le 12 août, la SOMADEX fait arrÍter cinq dirigeants
syndicaux pour "escroquerie", ils seront libérés sous caution.
Le 14 septembre, deux bus qui servent au transport des mineurs prennent feu en
pleine nuit, dans la cour de la gendarmerie. Immédiatement, l'entreprise accuse
les mineurs dont 32 sont arrÍtés arbitrairement, alors que les faits ne sont
pas éclaircis, et que le Comité syndical soupÁonne une provocation.
Aujourd'hui, 9 sont encore détenus dans des conditions inhumaines et
dégradantes.
(1) Société Malienne d’Exploitation (de l’or)
(2) La réserve d'or est estimée à 120 tonnes, et devait
théoriquement Ítre exploitée sur onze ans, à raison de 11 t. par an. Mais
la production dépasse déjà 83 t., soit 2/3 des réserves. ¿ ce rythme,
celles-ci seront rapidement épuisées. L’entreprise a accéléré la
production, notamment pour profiter des exonérations fiscales qui lui avaient
été consenties pendant les trois premières années.
POUR EN SAVOIR PLUS:
Campagne de soutien et de solidarité avec les grévistes de Morila
En 2006, le rendez-vous du Forum social mondial s’est
décliné sur trois continents : en Amérique latine (Caracas, Venezuela), en
Asie (Karachi, Pakistan) et en Afrique (Bamako, Mali). Nombre d’organisations
franÁaises étaient présentes au Forum social de Bamako, et ont rencontré
directement les mineurs licenciés. Emmenées par le réseau "No vox,"
plusieurs d’entre elles ont lancé une campagne de solidarité, diffusé l’information
et écrit à Bouygues. En interne, la CGT Bouygues Construction a proposé à
l’entreprise un dialogue sur ce sujet. Une pétition est également lancée
(cf. Comment agir ?).
Premiers signataires :
No Vox, Dal, CSL, IPAM, Droits Devant !, Apeis, AC !,
Attac/Groupe Afrique, Peuples Solidaires, Copaf, Comité de Soutien au Peuple
Togolais, Droit Paysan 13, Sud Santé Lisieux, Monseigneur Gaillot - EvÍque de
Partenia, Afrique XXI, Survie/Paris Ile de France, CNT, SNAPAP-Algérie.
Sites Internet :
Grévistes de Morila : www.grevistesmorila.africa-web.org
>http://www.grevistesmorila.africa-web.org
Campagne de soutien : www.soutienmorila.info : http://www.soutienmorila.info
TEXTE DE LA LETTRE:
Paris, le 24 Mars 2006
Monsieur Yves Gabriel
Président Directeur Général
Bouygues Construction
1, av Eugène Freyssinet Guyancourt
78065 Saint-Quentin-en-Yvelines cedex
Monsieur,
Je suis religieux missionnaire spiritain. J’ai une nièce
et un neveu maliens. (3) "J’ai été informé par le Réseau Solidarité de Peuples
Solidaires (10 quai de Richemont, 35000 Rennes) et par le Collectif de soutien
aux grévistes de la mine d’or de Morila des agissements de la SOMADEX, l’une
de vos filiales qui exploite la mine d’or de Morila, au Mali.
De nombreuses violations des droits économiques et sociaux
ont été constatées à Morila. En 2005, la SOMADEX a multiplié les actions
de répression contre le Comité syndical et les grévistes : 530 mineurs ont
été licenciés, tandis que 9 d’entre eux sont toujours détenus suite à
une plainte de l’entreprise dans une affaire non éclaircie d’incendie.
Soucieux du respect des droits de l’Homme par votre
filiale, je vous demande d’intervenir sans délai auprès de la SOMADEX afin
qu’elle :
<
- Réintègre les 530 mineurs aux postes qu’ils
occupaient ;
- Abandonne les poursuites contre les 9 mineurs détenus
;
- Ouvre de réelles négociations pour l'amélioration
des conditions de travail, de salaires et sur le respect de l’environnement.
<õdir
Dans l’attente des réponses que vous donnerez à ce
courrier, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sincères
salutations.
(signature)
(3) Modifiez selon votre identité et qualité