Se tenir devant le Saint
Sacrement, regarder celui qui nous aime, regarder le Christ, c’est bien la
première attitude de celui qui accepte d’entrer dans le temps de Dieu pour
adorer. Entrer dans le temps de Dieu
pour regarder Dieu qui aime. Entrer dans le temps de Dieu pour laisser Dieu donner réalité à chaque
instant de notre vie. Regarder le Christ qui se donne à nous pour que notre
chair puisse prendre chair de la sienne. Car c’est bien cela le désir de celui
qui prend le temps d’entrer dans le temps de Dieu en adorant, c’est de ne faire
plus qu’un avec celui qui nous aime et qui se donne à nous. Entrer dans le temps de Dieu, c’est peut - être la première étape de l’adoration et de
l’évangélisation.
Le temps, nous avons tous du temps en sur abondance.
Le temps ne nous manque jamais. Mais il arrive que ce temps que Dieu nous as
donné pour apprendre à aimer, que ce temps que Dieu nous donne pour apprendre à
son rythme, que ce temps qui nous est donné devienne une folle course –
poursuite où nous oublions que le temps nous libère pour prendre le temps comme
un esclavage.
Quel est donc le temps de
Dieu ? Pourquoi ce temps serait - il donc différent du temps des
hommes ? Qui agit dans notre vie ? Qui agit dans le monde ? Est - ce nous qui agissons est - ce nous
qui allons tout changer ? Est ce nous sur qui repose l’histoire et le
salut du monde ? Est ce sur nous où
est ce Dieu, révélé en Jésus - Christ, qui, entrant dans le temps des
hommes, a fait entrer l’humanité dans le
temps de Dieu ? C’est bien Dieu qui est le premier agissant et c’est
bien en lui que notre action trouve sa réalité et son sens. Il pourrait arriver, que devant le nombre de
préoccupations, le nombre de demandes, nous voulions tout faire. Il pourrait
arriver que nous soyons pris d’une sorte d’activisme, d’une sorte d’angoisse de
ne pas faire, voire même d’une culpabilité de ne pas réussir à tout faire,
alors que c’est Dieu qui agit. Il faut
laisser Dieu agir.
Pour laisser Dieu agir, il faut comprendre ce qui est éternel dans le
temps. Le temps est éternel lorsque le temps est
amoureux. Car lorsque le temps est amoureux, le temps appartient à Dieu. Ce
qui est réel dans la vie, ce qui est agissant dans notre vie, ce qui porte du fruit dans notre vie, c’est
l’amour qui se donne et non pas l’action. L’action parfois vient sans
amour, qui parfois ne prend pas sa source en Dieu, mais prend sa source dans
l’angoisse que telle chose ne soit pas faite ou sur l’angoisse de ne pas
pouvoir changer le cours de l’histoire du monde par soi même.
Ce qui est éternel, ce qui est solide, ce qui donne naissance au Royaume, c’est le temps
de Dieu, c’est le temps de l’amour qui
se donne. L’adoration eucharistique,
c’est prendre le temps, donner du temps pour que ce temps soit
l’œuvre de Dieu pour que, dans le temps que nous donnons à Dieu, Dieu
puisse agir en nous et pour le monde. C’est contempler chaque instant de sa vie
et de la vie du monde en sachant que ce qui est emprunt d’amour est emprunt d’éternité.
Ce qui est sans amour n’est que passage et sans avenir et peut être illusion. L’action ne prend son sens que dans l’amour
quelle porte. Ce qui importe, pour Sainte Thérèse de Lisieux, c’est
que chaque action, qu’elle ait faite était emplie de l’amour de Dieu. Et
c’est cette manière dont chaque action, et particulièrement l’adoration, est
emplie de l’amour de Dieu. Nous ne prenons pas le temps d’adorer parce que nous
voudrions nous prouver à Dieu, où nous prouver à nous - même que nous en sommes
capables. Mais nous le prenons parce que nous
sommes dans cet élan d’amour de rencontrer celui qui se donne par amour. Et
le temps donné dans cet amour est un temps qui est éternel.
Mais que fait Dieu durant ce temps d’adoration ? Durant ce temps d’adoration,
nous faisons l’expérience de deux
mouvements qui sont comme dans la même synergie, dans le même mouvement,
autour de l’évangélisation :
-
1° Ce premier mouvement, c’est de découvrir
combien durant ce temps d’adoration, Dieu évangélise la profondeur de notre
être. Oui, le temps de l’adoration, est le premier temps de
l’évangélisation, mais de notre propre évangélisation. C’est - à - dire,
qu’effectivement, Dieu vient évangéliser la profondeur de notre être. C’est
l’évangélisation de l’intérieur, il vient se saisir de tout notre être, car
nous avons tous besoin d’être évangélisés. Nous avons tous besoin d’être saisis par Dieu. Ce serait une illusion que de penser
qu’il n’y a pas en nous un combat intérieur, qu’il n’y pas en nous des luttes,
qu’il n’y a pas en nous ces deux amours. L’amour qui se donne. N’y a-t’il pas
aussi en nous, cet amour qui prend, cet amour qui saisit, cet amour qui est
dans l’illusion de penser que cet amour lui est dû que le bonheur lui est dû,
que l’autre lui est dû, alors même que le bonheur ne se trouve qu’en se
donnant, que l’amour ne se trouve qu’en se donnant que la liberté ne se trouve
qu’en se donnant.
La première d’évangélisation
durant le temps d’adoration c’est bien cette expérience d’un Dieu Père, emplit d’amour qui descend au plus profond
de notre être, qui descend en traçant un chemin au plus profond de nous
même. Alors, oui, durant ce temps où Dieu descend dans notre être, durant ce
temps d’adoration, il ne faut pas avoir peur de ce qui peut jaillir en nous. Il
ne faut pas avoir peur de tel passage de votre vie qui peut ressortir parfois.
Vous repensez à telle ou telle scène, vous repensez à tel ou tel événement,
parfois avec des relents d’amertume, parfois avec des relents de violence ou de
haine, parfois avec des moments de désespérance, parfois avec des instants de
désillusion. Toute votre vie apparaît au
grand jour sous ce regard de Dieu, de ce Dieu que vous adorez et qui vous
aime. Et, parce qu’il vous aime, il vous donne à voir ce qui est empli d’amour
et ce qui est sans amour. Il vous donne à voir ces combats intérieurs, ces
combats extérieurs, ces moments d’allégresse et ces moments de désespoir. Il vous donne à voir votre vie et chaque
instant de votre vie comme étant le lieu
même où Dieu vient vous re- créer. Car ce qui est fort dans cette descente
de Dieu en vous même, dans cette évangélisation des profondeurs de votre être,
c’est que justement, pour que vous soyez transfigurés de l’amour de Dieu, pour
que vous deveniez Christ, pour que vous ne deveniez plus qu’un avec lui, il
faut, dans le sens évangélique, c’est une nécessité de l’amour. Il faut que
nous soyons libérés de ce qui, en nous
est sans amour, de ce qui, en nous n’a pas été marqué par la joie, il faut
que nous en soyons libérés et nous ne
pouvons en être libérés que si l’amour nous le donne à voir.
Dans cette
action de l’évangélisation par Dieu, de nous - même, il y a donc cette action
de Dieu que seul Dieu a le droit de faire, car seul Dieu est l’amour à la
perfection de cet amour qui peut donner à voir le non - amour. Seul celui qui aime à la perfection, seul
celui qui est l’amour parfait qui se donne, seul celui qui est l’amour
gratuit a le droit de laisser apparaître
dans notre cœur et en notre conscience ce qui est sans amour. Car seul
celui qui aime sait pardonner, sait recréer. La première action de
l’ évangélisation dans le temps d’adoration, de l’évangélisation de nous -
même, c’est bien ce double mouvement
entre ce qui ressort parfois de violences actives ou subies, parfois de
tensions, parfois de séparation, parfois de trahison, ce qui ressort pour que
nous puissions le rendre à Dieu et Dieu, en retour, puisse nous recréer.
L’expérience de l’évangélisation intérieure dans le temps d’adoration est un temps de recréation. Dieu vient
reconstruire notre humanité. Dieu vient reconstruire ce que nous sommes. Nous
ne sommes jamais tributaires ou esclaves de notre passé ou de notre histoire,
notre vie n’est pas à subir, elle est à construire. Nous sommes responsables de
la construction de notre vie. Dieu nous
donne, dans la manière dont il nous évangélise, dans la manière dont il
nous reconstruit, dans la manière dont il nous donne à voir notre histoire, non pas de devenir esclave de notre
histoire, mais d’en devenir libres. Libres pour reconstruire notre vie
d’une manière nouvelle et redémarrer, renaître dirait Nicodème, d’une façon
nouvelle, renaître de l’eau et de l’esprit saint et du renouvellement de cette
nouvelle naissance qu’est le sacrement de la réconciliation et de la pénitence.
C’est cela la première
expérience de l’évangélisation des profondeurs de notre être par le temps d’adoration. Être devant l’expérience de l’amour qui se donne pour accepter d’être
recrée. C’est ce qu’en d’autres termes, on appelle l’adoration et la
réparation. Mais je l’emploie dans un sens de l’adoration et de
l’évangélisation des profondeurs et en l’employant ainsi, je dis bien que ce
qui ressort de votre être à ce moment- là, ce qui ressort de votre esprit
devant cette expérience de recréation, ce n’est rien d’autre qu’un élan
d’amour. Le don des larmes, ce n’est pas pleurer comme une madeleine, ça, c’est
facile et cela ne veut rien dire. Le don des larmes, c’est très spécifique.
C’est justement cette expérience d’être récrée par l’amour. C’est ce mouvement du cœur qui laisse jaillir
cette expérience de douceur et de recréation et qui donne du coup, la
douceur de se laisser aimer et d’être dans la vérité de l’amour et de ne faire
plus qu’un avec l’amour de Dieu. C’est là que vous touchez du fond du cœur
l’expérience de l’adoration de l’évangélisation intérieure.
Évangélisés
par l’adoration, nous sommes recrées, non dans une expérience narcissique. Ce
n’est pas à nous de faire, c’est à Dieu
de faire. Ne nous trompons pas entre l’activisme et l’action de Dieu, ce n’est pas nous qui sommes la source,
c’est Dieu qui est la source de cette action au plus profond de nous -
même ! C’est Dieu qui nous guérit, ce n’est pas nous qui nous
guérissons nous – même ! Il faut accepter d’être guérit par un autre,
d’être guérit par celui qui nous aime dans un amour qui se donne.
- Ce 2° mouvement c’est la sortie de soi – même. On ne peut vivre en vérité cette expérience
de l’évangélisation intérieure que si, dans
le même mouvement nous sommes comme projetés à l’extérieur de nous - même. Nous
sommes ainsi comme projetés pour être
livrés. Les derniers mots de l’évangile de Saint Matthieu signalent « Allez, je vous envoie, baptisés, au
nom du Père et du Fils et du Saint - Esprit. Et, moi, je suis l’Emmanuel, et
moi je suis Dieu avec vous. Et moi, je suis avec vous tous les jours, à chaque
instant de votre vie ».
La foi qui ne
s’annonce pas au prochain est une foi qui meurt. Car une foi qui ne se
donne pas est un amour qui se garde et se conserve pour soi. C’est un amour que
nous gardons prisonnier.
Pourquoi avoir peur
de dire à l’autre qu’il est aimé ? Pourquoi avoir peur de dire à
l’autre qu’il est pardonné ? Pourquoi avoir peur de la tendresse de Dieu
pour l’autre ? Pourquoi avoir peur de se donner ? En tous cas, Jésus
n’a pas eu peur de se donner. Il n’a pas peur de se donner, puisque il continue
sans cesse à être exposé à notre regard d’adoration. Donné, livré aux mains des
hommes. Puisque Dieu ne cesse jamais
d’être donné à chacun d’entre nous car à chaque eucharistie où nous communions,
il est livré à notre cœur, livré à notre vie, livré à notre volonté. Sa parole
lancée au gré des vents et du souffle de l’Esprit Saint, rejoint tout homme. Il
y a ceux qui entendent, ceux qui comprennent, ceux qui n’entendent pas. Cette
parole est livrée, elle est donnée. La
règle de l’amour, c’est un amour qui se donne pour l’autre. La règle de
l’amour, c’est d’être livré. La règle de l’amour, c’est qu’est ce que je peux
faire pour que l’autre ait la vie ? La règle de l’amour, c’est d’accepter
aimer l’autre au dépens de soi – même. C’est cela l’évangélisation, par le premier acte d’évangélisation qui l’acte de
charité. La charité, pas n’importe quel amour. Un amour spécifique, qui est
l’amour qui évangélise. Un amour spécifique qui va pouvoir dire qui est Dieu,
c’est l’amour qui se livre, c’est l’amour
de l’autre au dépens de soi. C’est l’amour manifesté par le Christ qui a
donné sa vie, toute sa vie pour nous, mais jusqu’à mourir sur la croix pour que
nous ayons la vie. Le prix de notre vie, c’est bien ce que nous regardons à
chaque eucharistie, à chaque temps d’adoration, c’est bien ce mystère qui va
jusqu’à la croix. On ne peut pas adorer et évangéliser sans qu’il y ait au cœur
de ce diptyque, le triptyque qui est la croix qui est plantée au centre.
Alors qu’est
ce que nous allons faire de la croix du Christ ? On peut toujours supprimer la croix pour mettre de jolies
icônes ou images, mais cela n’empêchera pas que la croix soit plantée dans nos
vies. Cela n’empêchera pas que le Christ soit réellement mort sur la Croix.
Cela n’empêchera pas qu’entre adoration
et évangélisation, il y a la croix du Christ.
Qu’est ce que
la croix du Christ pour nous ?
Comment comprenons la Croix comme le mystère d’un amour qui se donne jusqu’au
bout ? Ce que nous gardons pour nous nous conduit à la mort, ce que
nous donnons pour l’autre nous conduit à la vie et à la liberté. Il faut oser,
pour évangéliser, livrer le chemin de l’amour. Livrer la parole de vie, livrer
le regard qui relève. Il faut oser aller
vers l’autre, oser prononcer la parole ou le geste qui va donner à l’autre de trouver son
chemin. Parfois, il faudra accepter
d’aimer en silence pendant des années avant qu’une parole puisse être
prononcée. Mais lorsque Dieu aura ouvert
les portes de la foi, il faudra parler. Et ce sera un devoir de parler de
dire la parole de Dieu qui sauve, la parole de Dieu qui relève.
C’est donc « ce comprendre la croix comme étant le
signe du prix et de la valeur de l’autre pour nous », car ce qui nous est dit dans la croix du
Christ, c’est que chaque personne humaine a la valeur du Fils unique du père,
a la valeur de ce lien unique entre le Père et son Fils unique. Chacun d’entre
vous, chaque personne humaine sur cette terre, quelle que soit sa situation, a
la valeur et la dignité de ce lien d’amour entre le père et le Fils
unique. Ce lien d’amour, cette valeur
de chaque être humain, c’est la valeur de la croix du Christ. C’est ce signe de l’amour qui est le
signe de la valeur unique et de la dignité de chaque personne humaine dans
le dessein bienveillant du père. Alors, évangéliser, c’est donner cette valeur
que nous contemplons dans l’adoration à chaque être humain. Ce regard que nous avons pour le Saint
sacrement, il est celui qui nous apprend à avoir le même regard pour notre
frère, pour notre sœur. Pour celui qui est humilié, celui qui est en fin de
vie, celui qui est en train de naître, ou qui va naître, celui qui est en chemin, celui qui est marginal, celui qui
est en prison, celui qui est exclu, celui qui ne sait plus qu’il a la valeur de
cet amour unique. Mais ce regard – là, il s’apprend dans l’adoration parce qu’il s’apprend en essayant de reconnaître
notre propre dignité, notre propre valeur.
Comment cette valeur est - elle attendue par les hommes et
les femmes de notre temps ?
L’adoration
eucharistique nous donne de comprendre la réponse de Dieu à l’attente de
l’homme. Ce que nous découvrons dans l’évangile, c’est que la loi de
l’amour c’est que notre coeur soit comblé. Ce
que nous désirons le plus, c’est que notre cœur soit comblé. Dans le livre
de la genèse, lorsque Adam se réveille et voit Eve, C’est le cri de l’homme au
cœur comblé ! la personne humaine
est faite pour avoir un cœur comblé et non pas un cœur souffrant du
manque ! Mais pour que son cœur soit comblé, l’homme est capable de bien des
choses ! Du meilleur et du pire.
Dans le récit
de la tentation lorsque Jésus qui n’a pas mangé durant 40 jours, défaillait de
faim, le diable lui propose de changer les pierres en pain pour les manger. La
question est : «Est ce que tu veux
faire un miracle pour toi - même, où est ce que tu t’en remets à l’amour de
l’autre parce que tu sais que ton père t’aime et pourvoira à ton besoin. Qu’est
ce que tu fais ? Est ce que tu agis pour toi même, où est ce que tu t’en remets
à l’autre ? Comment tu vas combler ton cœur ? Est ce que tu vas le
combler en te précipitant sur tout ce qui pourra sembler te combler ou est ce
que tu t’en remettras à l’autre pour que ton cœur soit comblé ? ».
Le cœur comblé est un don et non un dû.
Si, devant les manques, les désirs qui sont présents dans notre cœur, nous
cherchons comme un dû, un cœur comblé, nous risquerions de partir dans des
illusions. Bien des illusions de notre
monde ne sont que l’expression de ce cœur qui n’est pas comblé et que
l’homme cherche à combler parce qu’il ne connaît pas Dieu et qu’il ne connaît
pas l’amour ou qu’il n’ose plus croire en l’amour parce que son amour a été
trahit ou qu’il a trahi l’amour. Alors, il le cherche dans l’illusion. Dans l’illusion du plaisir et de l’esclavage
du plaisir, car on sait qu’un plaisir ouvre un désir plus grand et que,
finalement c’est un esclavage qui est comme une chaîne sans fin ou dans des
fuites d’addictions d’alcool, de drogue ou de tel ou tel comportement.
Mais tous ces
comportements ne sont qu’une expression
d’un manque, d’une attente de Dieu, d’une attente d’être comblé, d’une
attente de ce Dieu qui vient. Lorsque nous contemplons le Christ, dans
l’adoration, nous savons qu’il vient pour combler cette attente de l’homme, pour
guérir l’homme pour que le cœur de l’homme soit comblé. De ce fait, nous
n’avons jamais à juger l’autre, jamais à condamner l’autre. Nous avons seulement, dans les souffrances
de l’autre qui sont marquées par des chemins de traverse, nous avons à y voir l’expression de l’attente de Dieu
qu’il y a dans le cœur de l’autre. Nous avons à comprendre que
l’évangélisation, c’est justement apporter à l’autre le chemin par lequel son
cœur pourra être comblé et où il pourra trouver la véritable liberté.
Lorsque Jésus
a multiplié les pains, la foule est là. La foule a eu le ventre rassasié et du
coup, ils cherchent à avoir encore le ventre rassasié. Mais ils n’ont pas
compris qui est ce pain qui vient du ciel, ils n’ont pas compris que Dieu est
la nourriture de la vie éternelle. Que Dieu est cette nourriture qui vient
combler les cœurs. L’eucharistie est la
nourriture de Dieu qui vient nourrir l’homme en temps qu’homme. Car la
dimension de l’homme nous la trouvons et la découvrons dans le Christ. Quand
nous adorons le Seigneur nous comprenons qu’est ce qu’être homme ou femme dans
notre temps. Je ne dis pas que vous trouverez les décisions à prendre au
quotidien. Mais qu’est ce qu’être un homme ou une femme de ce temps ?
qu’est ce que c’est que vivre ? Qu’est ce que c’est que notre
humanité ? Quel est notre chemin ? Le sens de la vie de l’homme, la plénitude de notre humanité, elle est
dans le chemin du Christ. Car elle est dans le chemin de notre
divinisation. En Christ, nous découvrons que l’homme dépasse l’homme dans le
dessein de Dieu. Nous comprenons la
grandeur de Dieu. En contemplant la grandeur de Dieu, nous contemplons la
grandeur de l’homme, dans le dessein bienveillant du Père, comme le dit Saint
Paul dans l’épître aux Ephésiens. C’est alors que nous découvrons que nous sommes faits pour être divinisés, pour être
transfigurés, que nous sommes faits pour la résurrection et pour la vie.
Évangéliser c’est donc oser demander à Dieu la grâce
de comprendre le cœur de l’autre. C’est - à - dire de comprendre, derrière les
masques de la vie, derrière les murailles que l’autre dresse et que nous
dressons parfois en nous même de comprendre
quel est le chemin de l’attente de son cœur pour lui faire percevoir
comment Dieu vient combler son cœur, combien Dieu vient lui donner une
plénitude de vie, une plénitude de liberté, une plénitude de bonheur.
Comprendre le cœur du Christ, c’est laisser
le Christ nous donner à lire et à comprendre le cœur de l’homme d’aujourd’hui.
Seul celui qui connaît et qui lit le cœur du Christ peut comprendre et lire le
coeur de l’homme dans son attente de Dieu. L’évangélisation, c’est donc
comprendre ce cœur de l’homme à la lumière du cœur du Christ.
Les questions les plus cruciales nous sont posées
par l’adoration. Pourquoi le Christ est-il mort ? Pourquoi l’amour qui se donne
est plus grand que l’amour qui prend ? Pourquoi servir est plus grand que
le pouvoir ? Pourquoi pardonner est meilleur que la vengeance ?
Pourquoi telle chose est bien et telle chose est mal ? C’est donc être
devant les questions les plus cruciales et l’évangélisation de l’autre, c’est
être envoyé par l’autre à ces questions les plus cruciales de notre propre vie
aux réponses que nous nous sommes données. Je ne vais pas vous donner vos
réponses car c’est au Christ et à vous de travailler ensemble.
Mais il est
certain que trouver la réponse à ces questions importantes vous donneront à la
fois, le discernement pour votre vie et l’acte de décision pour comprendre,
aider et permettre à l’autre de trouver un chemin de liberté et de bonheur. Il
est donc important que, dans votre
prière vous ayez pu vous poser ces questions :Pourquoi telle chose est
bien, pourquoi telle chose est mal ? ; Pourquoi le Christ est
mort ? Pourquoi l’amour qui se donne est plus important que l’amour qui
prend ? Pourquoi faut –il pardonner ? Pourquoi le pardon est -
il si important ? Vous avez des réponses à ces questions. Pour construire sa
vie devant le Christ en adoration, il faut avoir pu peu à peu trouver les
réponses en regardant le Christ dans
l’évangile, car c’est lui qui va
pouvoir nous donner de pouvoir percevoir le meilleur chemin. Il faut
accepter de se laisser conduire par Dieu. L’évangélisation, c’est finalement
entrer dans un chemin d’alliance. On ne va pas évangéliser en voulant prendre
le pouvoir sur l’autre, convaincre l’autre car Dieu n’a jamais essayé de briser
la liberté de quelqu’un. Il ne faut pas
essayer de convaincre. Est ce qu’évangéliser, c’est trouver des stratagèmes
pour vaincre l’autre ? Est ce que l’évangélisation dans ce rapport à la
liberté et à la charité n’est pas quelque chose d’essentiel ? Est ce que l’évangélisation, ce n’est pas
simplement mettre le Christ devant nous ? Comprendre les sentiments du
Christ, faire alliance avec lui. L’alliance demande deux libertés, elle ne
demande pas un vainqueur et un vaincu. Faire alliance avec le Christ ou être le
signe de cette alliance, ou comme le dit Saint Paul dans l’épître aux
Éphésiens : « Ayez entre vous
les même sentiments que ceux qui sont dans le Christ – Jésus ».
Combien de
fois, quand vous lisez l’évangile, vous êtes émerveillés du sentiment qu’il a à
ce moment – là, de la disponibilité qu’il a. Il est entouré d’une foule, il va
de Jéricho à Jérusalem et il est disponible au cri de Bartimée, l’aveugle sur
le chemin ! Lui, il entend, la foule n’entend pas. Lui, il est disponible
à entendre ce cri. Et, lorsque l’homme veut mettre une distance entre lui et
celui qu’il veut appeler, il brise cette distance ; A Pierre, qui lui
dit : « Éloigne toi de
moi, je suis un homme pécheur », il répondra : «Va et suis – moi et ce sont des hommes que
tu prendras». À chaque fois, où l’obstacle vient et où l’homme met l’obstacle entre lui et Dieu, le Christ vient
vaincre l’obstacle. Et l’évangélisation, c’est justement accepter que le Christ vienne vaincre l’obstacle en libérant la
personne, en libérant la liberté de l‘autre pour lui donner de pouvoir
choisir.
Mais
finalement la question que nous pourrions nous poser c’est de quoi l’homme d’aujourd’hui a le plus besoin ? De quoi
avons – nous le plus besoin ? En répondant à la question, c’est aussi
répondre à la question de l’évangélisation en se disant si c’est cela que
l’homme d’aujourd’hui en tous les cas en Europe de l’Ouest a le plus besoin,
c’est cela qu’il faut que nous sachions annoncer et dire.
J’ai parlé d’entrer dans le temps de Dieu et de
l’amour. Je pars du fait que nous avons toujours le temps et que nous ne
sommes jamais débordés et donc ce n’est pas un problème. C’est sûrement pas une
priorité de notre époque. Il me semble que la question de la miséricorde est peut - être la plus importante, centrale pour notre époque. Je suis venu pour
que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance :
Durant la préparation de la confirmation, je reçois
les questions des jeunes face aux multiples avis sur le bien et le mal. Ils me
demandent alors comment connaître le
bien ou le mal, vu les avis si différents sur la question. Comment tracer
notre chemin? C’est une des questions les plus cruciales, les plus angoissantes
pour une jeune de notre temps, parce qu’on ne peut pas lui dire, c’est
l’expérience qui va te montrer. Parce qu’on n’a pas le droit de laisser
quelqu’un être blessé car on n’a pas osé lui expliquer le bien et que nous
sommes à ce moment – là responsables de la blessure que nous avons laissé faire
à l’autre . La société donne assez
d’encouragements et notre silence ne doit pas entraîner l’autre à des
blessures.
La question à
poser est bien plus profonde que ce qui est bien ou mal, mais qu’est ce qui nous permet de dire ce que
le bien est bien ou que le mal est mal sans faire entrer l’autre dans une
culpabilisation. Car, si en nommant le bien « bien » et le
mal « mal », nous devenons un homme ou une femme coupable et donc
nous perdons notre liberté et notre joie, alors nous ne pouvons plus nommer le
bien « bien » et le mal « mal ». Il y a donc derrière cette question qui est posée par la société,
qui me semble une question cruciale, à la fois de l’évangélisation et de
l’adoration, la question de pouvoir nommer le bien comme bien et le mal comme
mal. Il me semble que la seule réponse
que je peux faire c’est celle de la miséricorde. Le Saint n’est pas celui
qui ne fait pas de péché, mais le saint
est celui qui remet ses péchés à Dieu, en voulant vivre de la dignité même de
l’amour de Dieu. Croire que l’on va être sans péché demain, c’est être dans
l’illusion sur soi – même. Croire que l’on va pouvoir remettre ses péchés à
Dieu aujourd’hui, c’est être dans la joie, aujourd’hui et pour demain.
Il y a donc, au cœur même de cette tension entre bien
que l’on veut faire et qu’on ne peut pas faire, il y a bien l’expérience de la
miséricorde. Lorsque nous lisons les journaux nous découvrons que nous
vivons dans une structure de bouc émissaire, car nous sommes dans une société qui
ne pardonne plus. Qui ne prend plus le pardon comme ayant une vraie valeur. Une société qui ne sait plus pardonner va à
la violence les uns avec les autres. C’est une société qui se referme sur
chacun de ses membres.
Alors
l’évangélisation demande que nous
osions, par l’amour que ce soit l’amour
qui révèle le bien du mal et que cet amour soit toujours lié au pardon.
L’homme a besoin de pardon, il a besoin de savoir qu’il n’est jamais les actes
qu’il a commis. Nous ne sommes jamais les actes que nous avons pu faire !
Nous ne nous définissons jamais par ce dont nous avons pu être victime ou
coupable. Ce n’est pas cela qui va définir notre identité, ce n’est pas cela
qui va définir la vérité de qui nous sommes. Ce n’est pas cela la vérité de
notre être. La vérité de notre être,
c‘est ce que nous sommes sous le regard de Dieu qui pardonne, qui aime, qui
recrée et reconstruit chacun d’entre nous à chaque instant de notre vie et qui
nous donne de repartir sans cesse d’une façon nouvelle. C’est cela la bonne nouvelle
pour l’homme de notre temps. C’est qu’il est aimé et il est pardonné. C’est que
la miséricorde peut entraîner l’autre sur un chemin de vie. Seule la
miséricorde et le pardon peuvent permettre à l’homme de dire le bien ou de dire
le mal sans être prisonnier du mal, mais en étant libéré du mal par ce pardon
qui recrée et reconstruit notre humanité.
Durant le temps d’adoration, nous sommes devant
celui qui nous aime et nous révèle le bien et le mal. Nous sommes devant celui
qui nous fait miséricorde, c’est - à - dire celui qui nous donne de nous savoir
aimé sans que nous méritions cet amour. Nous
sommes devant la gratuité de cet amour, alors l’évangélisation, c’est entrer
dans la gratuité de l’amour, la vraie gratuité. Nous sommes dans un monde
où tout se paye, tout s’échange, on croit que parce qu’on a rendu service à
quelqu’un il va nous rendre service en retour, eh bien non ! Dans
l’Église, nous sommes dans la gratuité ! Ce qui définit l’Église, c’est la
gratuité de l’amour. Nous n’aimons pas quelqu’un parce qu’il serait aimable ou
parce qu’il ne serait pas aimable, nous aimons quelqu’un parce que Dieu l’aime
et parce que cette gratuité de l’amour est celle de la vie et la vérité de
notre être. Dieu ne fait acception de
personne, nous ne choisissons pas ceux que nous aimons, car ceux que nous
aimons, c’est ceux qui nous sont donnés comme nos frères, nos sœurs car Dieu
nous donne de nous faire le prochain de chacun des hommes de notre temps.
L’adoration,
c’est alors voir dans cette multitude des hommes et des femmes de notre temps,
de notre monde, alors que nous avons la chance de vivre pour les premières
années de l’histoire du monde à l’échelle de la planète, à l’échelle de
l’univers, à l’échelle de la terre entière et que rien de ce qui se passe à l’autre
bout du monde, ne pourrait nous être étranger si nous voulons le savoir. Alors
même que nous avons devant nous cette évangélisation du monde, en ayant
conscience d’être une planète, nous avons devant nous l’enjeu fondamental de la
fraternisation, l’enjeu fondamental de
pouvoir faire un seul corps avec l’humanité, le corps du Christ, le corps
du Royaume de Dieu et non la Tour de Babel !
Nous avons
devant nous un enjeu étonnant pour la nouvelle évangélisation qui n’est pas simplement un peuple qui va évangéliser
un autre peuple, mais qui est une
multitude de peuples, de nations et de cultures qui vont s’évangéliser les uns
les autres. Et, en s’évangélisant les uns les autres, de donner à chacun
d’entre nous de pouvoir renoncer à une part de notre propre culture pour être
plus vrai dans notre relation au Christ. Car il ne s’agit pas seulement de
vouloir inculturer le Christ en nous, il
s’agit que nous devenions le Christ, en donnant à chaque culture de renoncer à
une part d’elle - même, pour que notre relation soit vraie et que le Christ
soit libéré de l’empreinte culturelle qui parfois en donne une image faussée ou
détournée.
Lorsque nous contemplons le Corps du Christ dans
l’eucharistie,
nous contemplons le Corps du Christ
qu’est l’Église dans son rassemblement et son unité dans le monde entier.
Nous contemplons l’humanité entière rassemblée dans le Christ, rassemblée dans
l’eucharistie, rassemblée dans l’hostie consacrée. Nous contemplons alors la Jérusalem céleste qui est déjà advenue,
alors même qu’elle doit encore se construire et se recevoir ! Il y a donc
dans la relation entre adoration et évangélisation, de ce qu’est en réalité
l’Église Corps du Christ, de ce qu’est en réalité l’humanité entière rassemblée
dans chaque Hostie consacrée qui ne devient plus qu’un avec le Christ, signe de
notre vie éternelle, signe de la résurrection des morts, signe de la parousie,
signe du rassemblement de toute l’humanité et de toute la création en Dieu lui
– même. C’est cela qui est ce lien étroit entre évangélisation et adoration,
c’est justement ce mystère de l’Église
qui est déjà aujourd’hui ce rassemblement de l’humanité en un seul corps.
Mais ce qu’est l’Église, comme rassemblement, comme corps du Christ, dans
toutes les nations du monde, c’est le signe prophétique de ce que sera
l’humanité entière dans la parousie. C’est ce signe prophétique de ce que
l’Église porte comme identité et visibilité au cœur même du monde aujourd’hui,
qui nous est donné à voir dans l’eucharistie que nous adorons, à la fois Corps du
Christ. Christ qui se donne et qui rassemble en lui l’ensemble de l’humanité
entière qui se donne à être rassemblée. Qui se donne à voir d’une manière
prophétique de ce qu’elle sera dans la Jérusalem Céleste, de ce qu’elle est en
réalité dans le dessein bienveillant du Père, dans l’unité même de Dieu de ce
que nous serons en vérité éternellement. C’est cette vision de l’éternité, du temps de Dieu dans le dessein de Dieu,
c’est - à - dire de la charité et de l’union de toute l’humanité, de la
récapitulation de toutes choses en Jésus – Christ, du rassemblement de toutes choses en Jésus Christ qui nous est donné ainsi
à voir et à contempler. Contempler ce signe prophétique, c’est alors
pouvoir l’annoncer aux autres comme une bonne nouvelle et annoncer à un monde divisé que l’union, l’unité avec Dieu est plus
forte que tout, que ce monde va de l’amour à l’amour et que cette finalité
du monde dans l’amour, elle nous est déjà donnée à voir dans
l’eucharistie.