AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT : LA FRANCE VERS UNE
BAISSE DE SON ENGAGEMENT ENVERS L’AFRIQUE ?
Paris, le jeudi 28
février 2008 - Suite au discours du président de la République française devant
le parlement Sud-Africain, le doute persiste quant à la réalité de l’engagement
français d’accroître l’Aide Publique au Développement (APD) consacrée à
l’Afrique.
Dans son
discours prononcé au Cap, Nicolas Sarkozy exprime sa volonté de refonder les
relations entre la France et l’Afrique sur le principe de transparence
notamment en associant étroitement le parlement français aux grandes
orientations de cette politique. Cependant les promesses relatives à la
coopération au développement demeurent opaques.
Nicolas Sarkozy promet un engagement
financier total de 10 milliards d’euros sur les cinq prochaines années pour
l’Afrique sub-saharienne. Selon l’OCDE, la France a consacré près de 15
milliards d’euros d’APD à l’Afrique entre 2002 et 2006. Cette annonce constituerait donc une diminution des
engagements français d’APD envers l’Afrique. Ceci entrerait en
contradiction avec l’objectif que s’est fixé la France en 2005 aux côtés de ses
partenaires de l’Union européenne (UE) de consacrer 0,7% de sa richesse
nationale à l’APD d’ici 2015.
Par ailleurs
il est difficile de faire la part, dans les mesures annoncées sur le
développement, entre ce qui relève de la coopération économique et ce qui
relève de la lutte contre la pauvreté et les inégalités.
Nicolas Sarkozy
a pourtant confirmé cet engagement à l’occasion du dernier sommet du G8. Après
plusieurs années d’augmentation, l’APD a
pourtant reculé en 2007 et la première loi de finances du nouveau
gouvernement entérine ce coup d’arrêt. L’augmentation de l’APD de la France ces
dernières années était en effet largement due à la forte croissance des
annulations de dettes et à certains artifices comptables qui ont permis de
doper les statistiques.
Si certaines annulations de dettes
permettent d’afficher une APD à la hausse en 2008, rien ne permet d’envisager
l’atteinte des objectifs européens : pour tenir le calendrier annoncé
par le Président de la République lors du G8, les crédits du budget de l’Etat
devraient augmenter d’au moins un milliard d’euros par an jusqu’en 2015. Au
contraire, ils sont en légère baisse en 2008 et la programmation de ressources
nouvelles reste insuffisante au regard des objectifs fixés.
L’APD demeure un levier important pour le
financement du développement, pour lequel la France a pris des engagements
forts. Les populations vivant dans la pauvreté attendent beaucoup de l’UE en
tant que premier bailleur de fonds à l’échelle mondiale. La France assurera au
second semestre 2008 la présidence de l’UE. Coordination SUD invite donc
le gouvernement français à se donner les moyens de respecter les engagements
pris, afin de garder toute sa crédibilité en vue de conduire l’Europe à agir
pour un réel rééquilibrage des rapports nord-sud.
« Dans un contexte budgétaire contraint, seul
un engagement fort, sous forme de loi de programmation budgétaire pluriannuelle,
peut garantir que l’APD demeurera une priorité politique -et donc budgétaire-
de l’Etat », souligne Anne Héry, Secrétaire Générale de Coordination
SUD.
Vue l’importance
des montants en jeu et le poids des contraintes qui pèsent sur le budget de
l’Etat, cet exercice devrait être réalisé au plus vite et donner lieu à un
véritable débat parlementaire et citoyen.
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