L’INTENTION DE
NICOLAS SARKOZY DE ROMPRE LES PROMESSES DE LA FRANCE EN MATIERE D’AIDE PUBLIQUE
AU DEVELOPPEMENT EST INADMISSIBLE(1)
Alors que Nicolas Sarkozy se rend aujourd’hui au Royaume-Uni
dans le cadre du traditionnel sommet franco-britannique, Oxfam France – Agir
ici, ONG membre de Coordination SUD, met en garde le président français contre
les risques de son intention de revenir sur l’engagement de la France à
augmenter son volume d’aide publique au développement (APD).
Plus de 4 millions d’enfants pourraient
être sauvés si la France versait les montants d’aide sur lesquels elle s’est
engagée
Comme les
membres du gouvernement français le laissent entendre depuis quelques mois,
Nicolas Sarkozy devrait annoncer
officiellement que la
France renoncera à
l’objectif de consacrer 0,7% de son PIB à l’aide publique au développement
d’ici à 2012, en reportant cette échéance à 2015. Ce report aurait des
conséquences dramatiques pour les millions de personnes qui dépendent
aujourd’hui de l’aide française.
Oxfam France –
Agir ici demande donc au président de la République française qu’il réaffirme
les engagements de la France en matière d’aide publique au développement et se
prononce publiquement sur un agenda clair en la matière.
Sébastien
Fourmy, responsable de plaidoyer à Oxfam France – Agir ici : «
L’intention de Nicolas Sarkozy de rompre les
promesses de la France en matière d’aide publique au développement est
moralement indéfendable et politiquement déplacée. Si la France revient sur son
engagement à consacrer 0,7% de son PIB à l’aide au développement, des millions
de personnes seront livrées à elles-mêmes dans leur combat contre la pauvreté,
alors que plus de 4 millions d’enfants pourraient être sauvés si la France
versait les montants d’aide qu’elle a promis ».
En 2005 à
Gleneagles, les pays du G8 – dont la France – s’étaient engagés à verser 50
milliards de dollars d’aide annuelle supplémentaire d’ici à 2010. Or, selon
Oxfam France – Agir ici, la France devrait manquer ces objectifs de 7,6 milliards
de dollars : une somme suffisante pour sauver la vie de plus de 4 millions
d’enfants selon l’OMS
(2).
Lors de son
discours prononcé en février dernier au Cap (Afrique du Sud), Nicolas Sarkozy
affirmait sa volonté de «
contribuer
plus activement à la lutte contre la pauvreté en Afrique » et de
«
soutenir la réalisation des
objectifs du Millénaire pour le développement ». Cependant, le
versement de 2 milliards d’euros sur 5 ans annoncé à cette occasion comme
contribution française à la lutte contre la pauvreté en Afrique est loin de
constituer de l’aide publique au développement, ne concernant que le secteur
privé. «
Le soutien au développement
du secteur privé en Afrique ne doit pas servir de leurre alors que la France
refuse d’honorer ses engagements en faveur de la santé et l’éducation sur le
continent, » rappelle Sébastien Fourmy.
C’est en 2002 à Johannesburg que Jacques
Chirac avait engagé la France à consacrer 0,7% de son PIB à l’aide publique au
développement d’ici à 2012. Un an plus tard, Tony Blair engageait à son
tour le Royaume-Uni à atteindre l’objectif des 0,7% d’ici à 2013. Aujourd’hui,
alors que le Royaume-Uni est déjà le second bailleur de fonds en termes d’aide
publique au développement au niveau mondial – derrière les Etats-Unis – et que
Gordon Brown s’est personnellement engagé à atteindre l’objectif annoncé par
son prédécesseur, la France se dérobe et fait figure de mauvaise élève de
l’Union européenne en matière d’aide publique au développement.
La décision de
Nicolas Sarkozy est inadmissible et,
par ailleurs,
potentiellement très
dangereuse : balayer ainsi les promesses du G8, c’est envoyer un signal
très négatif aux autres pays riches, en particulier ceux de l’Union
européenne. «
La France a joué un
rôle central dans la décision du G8 d’augmenter l’aide de 50 milliards de
dollars par an d’ici à 2010. Elle est par ailleurs le premier pays du G8 à
avoir proposé un agenda clair pour atteindre les 0,7% de son PIB d’ici à 2012, »
rappelle Sébastien Fourmy. «
Nicolas
Sarkozy doit réaffirmer publiquement cet engagement et établir un agenda précis
pour y parvenir » conclut-il.
Les chiffres
2007 de l’aide publique au développement seront publiés la semaine prochaine
par l’OCDE et devraient confirmer une baisse de l’aide globale pour la seconde
année consécutive, confirmant que les progrès vers les objectifs du Millénaire
pour le développement sont minimes, en particulier en Afrique.
Actuellement l’APD française s’élève à
0,47% de son PIB. La publication des prochains chiffres de l’aide par
l’ODCE le 3 avril 2008 montrera une baisse substantielle de cette aide en 2007.
Le
coût pour la France pour atteindre ses
promesses en matière d’APD est de
127
euros par personne, soit moins de la moitié de ce que les Français dépensent en
moyenne pour se parfumer.
Pour en savoir
plus, consultez le rapport “ The World is Still Waiting ” (Oxfam International,
juin 2007) à www.oxfamfrance.org