LE DISCOURS DE SARKOZY AU CAP, NOUVELLE PROMESSE DE
RUPTURE (1)
28 février 2008, par Jean
Denard ,
ALLOCUTION DE MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
DEVANT LE PARLEMENT SUD-AFRICAIN Le Cap
Afrique du Sud
Jeudi 28 février
- 14h15
Madame la Présidente (Mme Speaker) Monsieur le
Président, Mesdames et Messieurs les
Parlementaires, Mesdames et Messieurs,
Avec le recul,
le
vingtième siècle apparaît comme
l’un des siècles les plus brutaux de
l’histoire : il engendra deux guerres mondiales ; il inventa le
génocide et la shoah ; il vit des régimes dictatoriaux mettre en place des
systèmes répressifs sans précédent par leur ampleur et leurs victimes. Le
nombre des réfugiés, des déportés, de
ceux qui durent fuir leur patrie et s’exiler,
fut immense.
Ce siècle de
fer,
l’Afrique en a subi dans sa chair
toute la violence et toute l’horreur. Elle a enduré la colonisation ;
les conséquences des grands conflits mondiaux ne lui furent pas épargnées
puisque ses fils en payèrent aussi le prix en combattant pour les puissances
coloniales. Puis vinrent les victimes des luttes de décolonisation et des
conflits africains qui accompagnèrent l’affrontement Est-Ouest. Enfin, elle
connut elle aussi le génocide.
En outre, plus
que d’autres, l’Afrique fut victime du mépris et du racisme.
Or c’est
pourtant de ce continent souvent humilié et bafoué, et précisément
d’Afrique du Sud, qu’est venue à la
toute fin du siècle
une magnifique leçon
d’humanité. Alors que régnaient ici l’apartheid et ses violences, alors que
la vengeance et de nouvelles oppressions auraient pu naître de tant
d’humiliations, le peuple d’Afrique du Sud, guidé par des hommes hors du
commun, a voulu rompre cette longue chaîne de malheur.
Cette
extraordinaire réussite humaine doit beaucoup à l’homme qui après 27 ans de
prison a dit à ceux qui l’avaient si longtemps privé de sa liberté :
« L’oppresseur
doit être libéré tout comme l’oppressé. L’opprimé et l’oppresseur sont tous
deux dépossédés de leur humanité. »
Les
Sud-Africains ont délibérément choisi pour leur pays le
chemin de la réconciliation et de la "transformation"*.
En décidant d’emprunter ce chemin, vous avez en quelque sorte aussi racheté le
siècle ; vous avez permis qu’en dépit de ses atrocités, il puisse se clore
sur un immense signal d’espoir pour l’humanité tout entière, et que ce signal
vienne d’Afrique.
C’est donc
empreint de respect pour votre Nation que je me présente devant vous, Mesdames
et Messieurs, les Représentants de ce grand peuple d’Afrique du Sud, hérauts
d’une société plus juste et plus humaine parce que plus fraternelle. C’est pour
saluer, à travers vous ce peuple et l’espoir qu’il nous donne, que j’ai
souhaité m’adresser à vous aujourd’hui et je vous remercie de l’avoir accepté.
Parce que l’Afrique a su faire naître cet
espoir, nous voulons aujourd’hui
travailler avec elle à le faire grandir. Notre monde s’appuie désormais sur
cet exemple pour construire un système plus juste et plus humain. La France
apporte à cette tâche sa propre foi dans la liberté, l’égalité et la fraternité
dont elle a fait sa devise et qui lui vient de sa propre Révolution.
Partageant les
mêmes valeurs, nourrissant les mêmes espérances, j’ai la conviction que la
France et l’Afrique du Sud, agissant ensemble, peuvent mieux que d’autres
contribuer à l’émergence d’un monde apaisé.
Ce défi commun,
nous l’avons en partage d’abord
pour que
l’Europe et l’Afrique tissent enfin des liens nouveaux ; des liens qui
ne soient plus ceux de l’inégalité, de l’exploitation ou du ressentiment, mais
comme je l’ai dit en juillet dernier à Dakar, des liens
d’égalité, des liens d’équité et de respect.
La
relation entre la
France et l’Afrique, vous le savez, est ancienne.
Cette relation a
pu être
douloureuse. J’ai déjà eu
l’occasion d’évoquer les crimes et les fautes commises. Il ne faut pas les
oublier.
Il ne faut
pas oublier non plus ce que la France doit
à l’Afrique. Je pense notamment à l’aide précieuse que l’Afrique nous a
apportée dans les deux guerres mondiales. Je pense notamment à l’Afrique du Sud
qui a combattu à nos côtés.
La force de ces
liens n’appartient pas qu’au passé. Elle
s’inscrit
aussi dans l’identité française : près de 10% de la population
française peut revendiquer son origine africaine.
Elle
s’inscrit aussi dans l’identité africaine
à travers la langue française qui est une des langues officielles de l’Union
Africaine.
En dépit de la
profondeur et de l’ancienneté de ces liens, la relation de la France avec
l’Afrique, particulièrement avec l’Afrique sub-saharienne, se distend.
Le nombre de
Français vivant en Afrique, les
exportations
et les investissements français vers l’Afrique ont baissé. Il en résulte
que nos partenaires traditionnels en Afrique ont parfois le sentiment d’un
abandon et d’un désintérêt de la France à leur égard.
Cette relation
est compliquée parce que s’y mêlent depuis toujours à la raison le sentiment et
la passion, parce qu’elle est depuis toujours chargée d’une grande affectivité,
mais aussi parce qu’elle est en décalage par rapport à ce que veulent les Africains
et à ce que perçoivent les Français.
Aujourd’hui
l’ancien modèle de relations entre la France et l’Afrique n’est plus compris
par les nouvelles générations d’Africains, comme d’ailleurs par l’opinion
publique française.
Je sais qu’au
sein-même de cette Assemblée, certains d’entre vous, militants de la lutte de
libération, perçoivent eux-mêmes encore ces relations de la France et de
l’Afrique, à travers le prisme de la colonisation.
Nous nous
trouvons dans une situation où notre
engagement
politique, militaire ou économique aux côtés de l’Afrique est perçu par
beaucoup non comme une aide sincère, mais
comme
une ingérence néocoloniale ; mais où, dans le même temps, une
indifférence, un retrait ou une absence d’engagement nous sont reprochés comme
un abandon ou une ingratitude.
Les Africains en ont assez de recevoir des
leçons de morale ou de bonne gouvernance. Ils les perçoivent comme
arrogantes et condescendantes ; mais dans le même temps, les sociétés
civiles et les opinions publiques d’Afrique nous interpellent : elles
souhaitent notre implication directe à leur côté, par exemple pour dénoncer la
corruption ou la mauvaise gouvernance.
Il existe
aujourd’hui une sorte d’exception africaine dans l’opinion publique : ce
qui est considéré comme normal avec d’autres régions du monde
fait naître le soupçon quant aux intentions
du gouvernement français dès qu’il s’agit de l’Afrique.
La jeunesse
africaine entretient avec la France une relation ambivalente d’attirance et de
contestation.
Actuellement,
plus de 100.000 Africains font des études supérieures en France. Contrairement
aux idées reçues, il n’y a jamais eu autant d’étudiants africains dans les
universités françaises. Et cependant, la
jeunesse
d’Afrique éprouve le sentiment que la France se ferme à elle.
Ces malentendus
et ces paradoxes trahissent une situation qui n’est évidemment pas
satisfaisante. C’est pourquoi j’ai appelé à de nombreuses reprises à
l’établissement de nouvelles relations
équilibrées, transparentes et décomplexées. Des relations qui se fondent
sur les réalités contemporaines.
Ma conviction
est que la
relation franco-africaine
est
pleine d’avenir si nous lui donnons
un nouvel élan. De même que l’Afrique du Sud incarne une Afrique nouvelle,
la
relation franco-sud-africaine doit
inspirer une relation nouvelle entre la France et l’Afrique.
Il est vrai,
notre relation ne porte pas le poids du passé. Notre histoire commune est
limitée.
La France et
l’Afrique du Sud n’ont pas la même langue, n’ont pas la même histoire, n’ont
pas la même culture et pourtant elles se comprennent.
Dénués de
présupposés, les
rapports entre nos deux
pays sont exemplaires ;
équilibrés, transparents et décomplexés.
L’Afrique du Sud est devenue
notre premier partenaire en Afrique dans de
nombreux domaines.
Premier
partenaire
commercial, votre pays
est également la première destination des investissements français. Près de 160
sociétés françaises y développent des partenariats industriels et créent des
emplois. Les accords que nous avons signés ce matin, dans les domaines de
l’énergie, des transports, de la science et du tourisme témoignent de la
diversité de ces liens.
Cette relation
peut encore être renforcée.
Le niveau de
développement atteint par l’Afrique du Sud n’explique pas à lui seul la nature
de nos relations. Entre nous, il n’y a place que pour une relation équilibrée,
un
partenariat véritable ;
c’est-à-dire
fondé sur l’égalité, la
transparence et l’intérêt mutuel.
C’est en ce sens
aussi que notre relation commune doit inspirer celle que nous voulons établir
avec l’ensemble des pays du Continent africain.
Monsieur le
Président, Cher Thabo, vous avez coutume de dire que "
l’Afrique du Sud ne peut être un îlot de prospérité au milieu d’un
océan de misère". À Paris, nous pensons la même chose.
Je réaffirme devant vous que la
sécurité et la prospérité de la France et
de l’Europe sont indissociables de la sécurité et de la prospérité de l’Afrique.
Les 14
kilomètres du détroit de Gibraltar font de l’Europe et de l’Afrique des voisins
immédiats.
J’ai eu
l’occasion de dire lors de mon précédent voyage en Afrique, en juillet dernier,
qu’il ne saurait y avoir d’autres
finalités
pour notre politique en Afrique que l’unité de l’Afrique et la Renaissance
africaine. Celle-ci déterminera en partie la stabilité de l’Europe et
l’avènement d’un monde plus juste.
Cette
Renaissance, la France la souhaite, elle la souhaite de toute son âme, elle la
souhaite de tout son cœur, elle la souhaite au nom de tout ce qu’il l’unit à
l’Afrique.
Cette
Renaissance, l’Afrique du Sud la veut. Elle en a donné le signal. Elle en a
montré l’exemple.
La
Renaissance, ce n’est
pas d’abord une affaire de moyens. C’est d’abord une
affaire de mentalités. L’homme de la Renaissance est un homme qui
croit que tout est possible. L’homme de la Renaissance est un
homme qui croit en l’Homme, qui croit que
l’homme peut changer le monde. C’est un homme dont les rêves sont plus
grands que ce qu’il peut accomplir.
Pour travailler
à cette Renaissance, la France veut refonder ses relations avec l’Afrique. Elle
ne veut pas être en Afrique pour perpétuer sous d’autres formes des rapports
inégaux qui appartiennent à un passé révolu. La relation entre la France et
l’Afrique ne peut plus être fondée sur des accords et sur des politiques qui
sont des survivances d’une époque où le monde était bien différent de ce qu’il
est aujourd’hui.
Si la
France veut refonder sa relation avec
l’Afrique, elle doit commencer par reconnaître et assumer ses intérêts en
Afrique.
La paix et la
sécurité du Continent africain, la lutte contre la pauvreté, la croissance
économique du continent, son insertion dans la mondialisation, sont pour nos
deux pays des intérêts communs.
Oui, la France,
comme l’Afrique du Sud,
a intérêt au
développement de l’Afrique. Le potentiel de croissance de votre continent,
ses richesses naturelles, son marché prometteur en font une partie du monde que
nous ne pouvons négliger.
Oui, la France,
comme l’Afrique du Sud,
a intérêt à la
sécurité de l’Afrique. D’abord parce que la paix et la stabilité sont les
conditions indispensables du développement. Ensuite, parce que les guerres, les
pandémies, les trafics ou le terrorisme en Afrique ont des conséquences
directes en France.
Enfin, la
France, comme l’Afrique du Sud, ont un même
intérêt à une meilleure régulation de la mondialisation. Qu’on en
conteste les effets ou pas, la mondialisation est entrée dans notre histoire.
Et il serait totalement illusoire et dangereux de prétendre gérer les grandes
affaires du monde sans l’Afrique.
L’Europe et l’Afrique représentent
ensemble près de la moitié des pays de la planète. C’est ensemble, et ensemble
seulement, que les Européens et les Africains pourront
peser sur la mondialisation.
L’Afrique a tout
pour profiter mieux de la mondialisation et y entrer davantage. Elle est déjà
mondialisée. Mais, à l’image de l’Afrique du Sud, elle doit devenir un acteur
de la mondialisation plutôt que d’être perçue comme un sujet de la
mondialisation.
L’Afrique du Sud
est déjà pour nous un partenaire dans la mondialisation.
La déclaration
commune que nous avons adoptée ce matin sur le changement climatique en offre
une bonne illustration.
Je pense encore
à notre
approche commune sur la
démocratisation de la gouvernance mondiale. Je pense au G8 qui a vocation à
se transformer en G13 et au sein duquel l’Afrique du Sud a toute sa place. Je
pense enfin au FMI et au Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Il ne nous
appartient pas de décider qui représentera l’Afrique. Mais je constate que l’Afrique
du Sud marche à l’avant-garde de ce continent ; qu’elle a tous les atouts
pour faire entendre sa voix dans ces enceintes.
Le partenariat franco-sud-africain me
semble donc solide.
Le Président
Mbeki a par le passé gratifié la France du titre de "Citoyenne
d’Afrique". C’est à mes yeux un vrai compliment et je souhaite que la
France le mérite.
Pendant la
campagne présidentielle, j’ai exprimé ma
volonté
de rénover la relation entre la France et l’Afrique. J’ai commencé à le
faire :
+) D’abord en matière de sécurité : Ainsi, il y a trois semaines au Tchad, alors
que des mouvements rebelles tentaient de renverser par les armes les autorités
légales du pays, la France, qui, vous le savez, a dans le pays un dispositif
militaire, s’est interdit de s’immiscer dans les combats. Ce changement était
nécessaire, et la raison en est simple. La présence militaire française en
Afrique repose toujours sur des accords conclus au lendemain de la
décolonisation, il y a près de 50 ans !
Je ne dis pas
que ces accords n’ont pas été justifiés. Mais je dis que ce qui a été fait en
1960 n’a plus le même sens aujourd’hui. Leur rédaction est obsolète. Il n’est
plus concevable, par exemple, que nous soyons entraînés dans des conflits
internes. L’Afrique de 2008 n’est pas l’Afrique de 1960 ! La France en
tirera toutes les conséquences avec ses partenaires africains.
Je souhaiterais, à cet égard, faire
quatre propositions.
- 1° La
première
porte sur les
accords de défense entre
la France et les pays africains. Ils doivent refléter l’Afrique
d’aujourd’hui, et non pas l’Afrique d’hier. Ils doivent reposer sur les
intérêts stratégiques de la France et de ses partenaires africains. Je ne dis
pas qu’il faille nécessairement faire table rase et tout effacer d’un seul trait
de plume. Mais je dis que la France souhaite engager des discussions avec tous
les Etats africains concernés pour adapter les accords existants aux réalités
du temps présent et en tenant le plus grand compte de leur propre volonté. Elle
sera également ouverte au dialogue avec tous ceux qui souhaiteront nouer avec
elle un nouveau partenariat en matière de sécurité.
- 2°
Deuxièmement,
je propose de
refonder nos relations sur
le principe de transparence. La transparence, c’est la meilleure garantie
pour des relations solides et durables, le meilleur antidote aux fantasmes et
aux incompréhensions si complaisamment répandus lorsqu’on évoque les liens qui
unissent la France aux Africains. Contrairement à la pratique passée, nos
accords devront être intégralement publiés. Je compte également associer
étroitement le Parlement français aux grandes orientations de la politique de
la France en Afrique.
- 3°
Troisièmement,
je propose que la présence militaire française en Afrique serve en priorité
à aider l’Afrique à bâtir, comme elle
en a l’ambition,
son propre dispositif
de sécurité collective. L’Union africaine souhaite disposer de forces en
attente à l’horizon 2010 – 2012 ? Que cet objectif soit aussi celui de la
France ! La France n’a pas vocation à maintenir indéfiniment des forces
armées en Afrique.
Il ne s’agit pas
d’un désengagement de la France en Afrique. Je souhaite au contraire que la
France s’engage davantage au côté de
l’Union Africaine pour construire le système de sécurité collective dont
l’Afrique a besoin car la sécurité de l’Afrique c’est d’abord naturellement
l’affaire des Africains.
- 4° Enfin, ma dernière proposition vise à
faire de l’Europe un partenaire majeur de
l’Afrique en matière de paix et de sécurité. C’est le sens du partenariat
conclu entre nos deux continents à Lisbonne en décembre dernier. Il appartient
désormais aux Européens et aux Africains de le construire ensemble. C’est dans
notre intérêt à tous, car une Europe forte a besoin d’une Afrique forte.
Mais la France a
une
conviction, et je sais que
l’Afrique du Sud la partage : le
meilleur
garant de la paix et de la sécurité en Afrique comme partout ailleurs, c’est la
démocratie et la justice. C’est vrai en Côte d’Ivoire où je souhaite la
tenue d’élections libres, justes et reconnues. Il en va de même au Zimbabwe.
C’est aussi vrai au Tchad où l’enracinement de la démocratie appelle dès
maintenant de nouveaux efforts de la part de tous. La démocratie et les Droits
de l’Homme ne sont pas une conditionnalité imposée de l’extérieur. La
démocratie et les Droits de l’Homme n’ont rien d’étranger à l’Afrique. Ce sont
des aspirations des populations africaines que la France partage.
+) En matière de développement, je souhaite que la
France contribue plus activement à la lutte
contre la pauvreté en Afrique.
Elle le fera en continuant à
soutenir la réalisation des
Objectifs de
Développement du Millénaire. Elle maintiendra son engagement financier dans
ce domaine.
J’ai également
souhaité que la France intervienne de manière plus ciblée pour
favoriser l’accélération de la croissance
économique. Je souhaite qu’elle contribue directement à la création
d’entreprises africaines génératrices d’emplois. C’est pourquoi j’ai décidé de
lancer une initiative de soutien à la croissance économique, ouverte à d’autres
partenaires.
Cette
initiative, qui sera mise en œuvre par l’Agence Française de Développement,
comporte
trois composantes :
- 1° D’abord un
fonds
d’investissement de 250 millions d’euros prendra des participations dans
d’autres fonds mixtes ou thématiques.
- 2° La deuxième composante est la création d’un
fonds de garantie doté aussi de 250
millions d’euros. Il doit permettre de faciliter l’accès des PME africaines
au crédit bancaire et au capital.
- 3° La dernière composante est le
doublement de l’activité de l’Agence Française de Développement en
faveur du secteur privé, soit un engagement de 2 milliards d’euros sur 5
ans.
Au total, cette
initiative mobilisera deux milliards et demi d’euros en 5 ans ; qui
financeront directement ou indirectement prés de 2000 entreprises, pour la
création de 300 000 emplois.
En intégrant
cette initiative, le total des engagements financiers français bilatéraux pour
l’Afrique subsaharienne s’élèvera donc à 10 milliards d’euros sur les 5
prochaines années. Le secteur privé français doit également participer
activement à la croissance économique africaine.
+) Je
ne saurais parler de l’avenir des relations entre la France et l’Afrique sans
évoquer la question des
migrations.
65% des 200 000 étrangers qui
s’installent chaque année en France viennent du
continent africain.
Cependant, il ne
s’agit pas seulement d’un phénomène Nord-Sud. La grande majorité de ces
mouvements migratoires est interne au continent africain.
L’Afrique du Sud
accueille d’ailleurs à elle-seule près d’un quart des populations migrantes en
Afrique.
La
réalité de l’immigration n’est pas
satisfaisante aujourd’hui. Elle ne l’est pas pour nous ; elle ne l’est pas davantage pour vous.
Européens et Africains du Sud, nous sommes confrontés au même défi. Alors que
500 000 personnes entrent illégalement en Europe tous les ans, l’ampleur du
phénomène vers l’Afrique du Sud l’oblige également à un très grand nombre
d’expulsions.
Je ne dis pas
que l’immigration est un phénomène qu’il faudrait combattre. J’ai toujours
rejeté l’idée d’immigration zéro, une idée à la fois irréaliste et dangereuse.
La France comme l’Afrique du Sud sont deux nations qui doivent une part de leur
essor à l’apport des migrants.
Aucun pays au monde ne peut se permettre de
recevoir une quantité de migrants qui
excède
sa capacité à les accueillir dignement, dans le travail, le logement,
l’éducation et les soins. La rupture de cet équilibre entraîne des
phénomènes de chômage massif des étrangers, d’exclusion et de ghettos. À terme,
elle favorise la violence et la xénophobie.
C’est la
responsabilité de tout Gouvernement de décider combien de migrants il est prêt
à accueillir sur son territoire et dans quelles conditions. Le principe vaut
autant pour les Européens que pour les Africains.
La
France prépare une réforme capitale de sa
politique de l’immigration. Un quota annuel de nouveaux migrants accueillis
en France sera débattu et voté chaque année par le Parlement. Ce plafond
chiffré comportera des sous - catégories par motifs d’immigration – travail ou
regroupement familial. Il sera négocié avec les pays d’origine dans le cadre
des accords de gestion concertés des flux migratoires.
Le temps est
venu de
construire un partenariat euro-africain sur les migrations,
en particulier sur trois sujets essentiels :
- 1° D’abord le
pillage
des cerveaux. Un rapport de l’OMS de 2006 souligne ainsi que l’Afrique qui
supporte 24% du fardeau des maladies ne possède plus que 3% du personnel
médical. Cette situation n’est pas tenable. Il nous faut organiser des
migrations d’allers-retours ; éviter le départ définitif des élites
africaines.
- 2° Ensuite, la
répression
des filières : il est temps que la communauté internationale se
mobilise contre cet odieux trafic.
-3° Enfin le
co-développement,
c’est-à-dire la mobilisation des populations migrantes pour le développement
des pays d’origine.
Ce nouveau
chantier fait partie d’un large paquet de mesures adopté lors du 2ème Sommet UE
Afrique à Lisbonne. Je me réjouis qu’il ait pu se tenir en décembre dernier. La
France soutient cet engagement européen accru en Afrique. Mais cette relation
nouvelle ne rend pas obsolètes les liens spécifiques entre la France et
l’Afrique. Au-delà de la relation entre Etats, ces liens s’établissent aussi
entre parlementaires, collectivités locales, syndicats, associations,
universitaires ou opérateurs économiques.
Ces liens sont
forts et me conduisent aussi à souhaiter la poursuite des Sommets Afrique -
France. Certes, j’entends bien les critiques. Ces rencontres ont débuté en
1973, mais elles n’ont pas vocation à être une simple perpétuation du passé. Il
y aurait un paradoxe à les abandonner, au moment même où leur modèle est copié
par de nombreux autres pays.
Pour autant, il
est nécessaire de les adapter quant à leur finalité et à leur déroulement.
Il est
nécessaire d’en changer les méthodes et les
objectifs. Leur préparation mériterait plus de concertation ; les
débats gagneraient à être structurés différemment ; il y a lieu d’ajuster
leur périodicité à celle d’autres rencontres, dans le cadre de l’Union
Européenne ou de l’Organisation Internationale de la Francophonie. On peut
songer enfin à leur conférer un caractère plus concret, tirer des bilans ou
formuler des orientations.
Je propose que
la prochaine réunion ministérielle de suivi qui précèdera le prochain Sommet
déjà prévu au Caire en 2009 soit l’occasion de se prononcer en commun sur de
nouvelles modalités.
Alors que débute
le XXIème siècle,
notre génération porte
la lourde responsabilité de lui éviter les drames qu’a connus le précédent.
Le message d’humanité et de réconciliation venu d’Afrique du Sud doit nous
guider.
Dans mon bureau,
il y a une photo de Nelson Mandela qu’il m’a offerte lorsqu’il est venu à Paris
l’année dernière. Quand je regarde ce visage qui pour le monde entier est
devenu celui du pardon, je pense toujours à deux choses qu’il a dites :
-
1° La
première, c’était pendant la campagne de 1994. Ils disait à ceux pour la
dignité desquels il s’était tant battu : «
Si vous voulez vivre mieux, vous devez travailler dur. Nous ne pouvons
le faire à votre place ; vous devez le faire vous-mêmes. »
-
2° La
deuxième, c’est ce passage magnifique à la fin de ses mémoires, quand il
dit : «
Personne ne naît en
haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé,
ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent
apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer. »
Votre histoire nous enseigne que les hommes
ne sont pleinement humains que par et grâce à d’autres hommes. Votre pays
en fait tous les jours la démonstration en faisant coexister les descendants
des esclaves et ceux des maîtres ; les descendants des fermiers venus
d’Angleterre, des Pays-Bas ou de France et ceux des conquérants zoulous et des
guerriers khossas ; les descendants des métayers venus du Gujarat et ceux
des mineurs venus de toute l’Afrique Australe.
Votre histoire
démontre que
les valeurs de votre
révolution, comme celles de la Révolution Française,
peuvent toujours permettre de transformer le monde. Ensemble, nous
croyons à
l’égalité des droits et à
l’égalité des dignités.
Il nous dit que
le monde, pour réussir, a besoin de l’Afrique et de sa voix, d’une Afrique
debout, vivante et libre.
Vive l’Afrique du Sud, Vive la France.