Devenu premier constructeur automobile
mondial depuis 2007, Toyota, se
prévaut d’être "le plus admiré", une distinction que la
multinationale attribue à son souci constant de la satisfaction du client et à sa sensibilité écologique, marquée
notamment par le lancement de la première voiture hybride. Le slogan de la
marque affirme sans complexe : "Aujourd'hui, demain, Toyota".
Pourtant, "aujourd'hui", et depuis sept ans déjà, dans l'une de ses
unités de production aux Philippines, Toyota refuse obstinément de reconnaître
la liberté d'association et de négociation collective au syndicat indépendant,
pourtant reconnu par la justice Philippine. “Aujourd’hui” l'armée philippine intervient directement dans le conflit
social. Et pour "demain", que peut-on espérer ? La multinationale
a récemment annoncé qu'elle visait une augmentation substantielle de son
activité d'ici à 2012, en s'appuyant sur une expansion de sa production en Chine,
en Inde et en Russie notamment. Si elle reproduit dans ces pays le comportement
que nous dénonçons depuis de nombreuses années aux Philippines, la
multinationale a de quoi craindre de ne plus être autant admirée qu'aujourd'hui
C'est en 1988 que Toyota installe sa première unité de production aux Philippines. Dès le départ, l'entreprise bafoue les droits de ses salariés et notamment leur liberté d'association et de négociation collective, des droits fondamentaux indispensables à l'amélioration des conditions de travail et au respect du droit social. Lorsque, 10 ans plus tard, ses ouvriers décident de former un syndicat indépendant, le Toyota Motors Philippines Corporation Workers Association (TMPCWA), l'entreprise refuse catégoriquement de le reconnaître.
Sept années de lutte
pour les travailleurs abusivement licenciés :
En 1999, des élections donnent au TMPCWA la majorité des voix. Refusant de reconnaître ce résultat, la direction de Toyota tente par tous les moyens de remettre en cause sa validité. Le médiateur du Bureau des relations de travail philippin et le ministère du Travail lui-même auront beau intervenir, rien n'y fait : Toyota rejette toute discussion avec le syndicat légalement élu. En février 2001, pour protester contre l'attitude clairement anti-syndicale de l'entreprise, le TMPCWA organise une série de rassemblements pacifiques devant le ministère. Toyota décide alors de les licencier : en tout, ce sont 233 ouvriers qui se retrouvent à la porte pour avoir voulu faire respecter leurs droits. Afin de soutenir leurs collègues, les ouvriers de l'usine organisent quelques jours plus tard un piquet de grève devant les deux sites de production de Toyota aux Philippines, et réclament leur réintégration immédiate. Mais forte du soutien de sa maison mère au Japon, et de celui des autres multinationales japonaises implantées aux Philippines qui menacent de quitter le pays si leurs intérêts continuent d'être ainsi menacés, Toyota obtient l'intervention de la police qui, agissant de concert avec des vigiles privés, disperse violemment les manifestants. À deux reprises, en 2003 et en 2004, la Cour suprême déclare pourtant la grève légale et enjoint à Toyota d'entamer des négociations collectives. Entre 2001 et 2006, le Comité de la liberté syndicale de l'OIT émet pas moins de quatre recommandations invitant l'Etat philippin à faire respecter les droits du TMPCWA. Mais Toyota, visiblement soutenue par le ministère du Travail, semble demeurer sourde aux demandes des travailleurs.
Connivences avec l'Armée
philippine :
Peuples
Solidaires soutient le TMPCWA dans sa lutte depuis plusieurs années, et a déjà
lancé trois Appels en direction de Toyota, en 2004, 2006 et 2007.C'est donc
avec une vive inquiétude que nous apprenons que, le 10 janvier 2008, un détachement militaire de la 202ème brigade
d'infanterie de l'Armée philippine s'est installé à proximité des bureaux du
TMPCWA, dans l'arrondissement de Pulong Santa Cruz avec pour mission
officielle, une opération d’appui au développement pour la population locale.
La visite intempestive de trois des membres de cette unité dans les locaux du
TMPCWA les 24 janvier et 4 février 2008, et les interrogatoires auxquels ils se
sont livrés, portent toutefois à croire qu'il s'agit là de nouvelles manoeuvres d'intimidation à l'encontre du syndicat. En
outre, au même moment, un poste de police spécial, destiné à assurer la
sécurité du parc industriel Toyota de Laguna s'installait sur la
propriété de l'entreprise, et le TMPCWA apprenait que des membres de la brigade
d'infanterie installée à proximité de leurs locaux se voyaient autoriser
librement l'accès aux usines Toyota. Le TMPCWA craint que la présence de cette
force militaire ne conduise à des violences, des kidnappings ou même des
assassinats. Les Philippines sont en effet l'un des pays les plus dangereux au
monde pour les syndicalistes, et la présence de militaires à proximité d'un
syndicat en conflit ne présage rien de bon. "Rien ne justifie la présence
militaire dans cette partie de la ville", explique Ed Cubelo, le
président du TMPCWA. "La communauté de Pulong Santa Cruz n'est pas réputée
pour être un vivier de criminels ou une menace à la sécurité, qui pourraient
justifier l'instauration d'une loi de type martial", continue-t-il. La
202ème brigade d'infanterie tente de faire croire à la population locale que
les syndicalistes du TMPCWA sont en réalité des membres de la Nouvelle armée du
peuple (New Peoples Army - NPA). Le NPA est un groupe paramilitaire dépendant
du parti communiste des Philippines (Communist party of the Philippines - CPP),
considéré comme une organisation terroriste, ne fait qu'amplifier nos craintes
en ce qui concerne la sécurité des syndicalistes
POUR EN SAVOIR
PLUS :
La marche des "trois Grands" :
Du 3 au 7 mars 2008, les trois grands syndicats philippins que sont le TMPCWA (Toyota), le syndicat de Nissan et celui de Nestlé, ont participé à une marche de cinq jours allant du Sud de Luzon (baptisée la "capitale de l'investissement") jusqu'au Palais présidentiel au centre de Manille, où ils ont interpellé la Présidente Philippine Gloria Macapagal Arroyo pour l’informer des activités anti - syndicales des multinationales Toyota, Nissan et Nestlé à l'encontre de leurs travailleurs.
Campagne internationale de solidarité
La lutte des ouvriers philippins de Toyota et du syndicat indépendant TMPCWA est soutenue depuis plusieurs années par de nombreuses organisations à travers le monde, notamment la Fédération Internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM) et des syndicats japonais qui aident le TMPCWA à faire connaître sa lutte au niveau international. En janvier 2006 a même été créé le "ZEN-TO-UNION", un nouveau syndicat appelant au rassemblement de tous les ouvriers de Toyota à travers le monde.
Les précédents Appels de Peuples
Solidaires
- mars 2004, "Philippines, Dialogue en panne chez Toyota" (Appel
n° 269)
- mars 2006, "Philippines, Toyota fait fausse route" (Appel
n°292)
- septembre 2007, "Philippines, Toyota : un sacre à deux
vitesses" (Appel n°309)
COMMENT AGIR?
À
partir de maintenant, il est possible d'envoyer vos lettres de protestation et
de soutien automatiquement à partir de notre site, d'un simple "Clic"
! Envoyez un mail de protestation maintenant: http://www.peuples-solidaires.org/rubrique164.html
Agissez localement!
Interpellez le concessionnaire Toyota de votre ville ou de votre région et informez-le de ce qui se passe chez Toyota aux Philippines. demandez-lui d'en parler à la direction de Toyota France. Liste des concessionnaires de Toyota en cliquant sur ce lien : http://www.toyota.fr/dealerfinder/
Vous pouvez également télécharger la lettre à envoyer en cliquant sur le lien
ci-dessous, en l'envoyer par la poste : http://www.peuples-solidaires.org/IMG/rtf/LETTRES_314.rtf
Pour accéder à cet Appel en version PDF : http://www.peuples-solidaires.org/IMG/pdf/PDF-314.pdf
Si vous n'êtes pas membre de Peuples Solidaires et que vous souhaitez
participer à nos prochaines campagnes de lettres ou simplement en savoir plus,
cliquez ici:
http://www.peuples-solidaires.org/article204.html
ECRIVEZ !
Envoyez un mail de protestation à Toyota en cliquant sur ce lien:
http://www.peuples-solidaires.org/rubrique164.html
Par lettre : téléchargez le modèle
de lettre, imprimez-le et envoyez-le au destinataire, sans oublier d’inscrire
vos coordonnées et de signer. (Timbre : 0,85 euros).
Pour que le TMPCWA ait
un aperçu concret des soutiens sur lesquels il peut s’appuyer, retournez-lui
votre lettre de soutien ! (Timbre: 0,85 euros) :
http://www.peuples-solidaires.org/IMG/rtf/LETTRES_314.rtf
Délai de réaction : dès réception,
et jusqu’au 10 mai 2008