L'Église se mobilise et s'engage
« Les évêques ne doivent pas se comporter
comme des bourreaux mais comme des pasteurs »
Je n'ai pas voulu réagir sous le coup de l'émotion et de la
colère. Mais devant l'émoi suscité par les événements qui se sont produits
récemment au Brésil, je souhaite faire partager mes réflexions aux fidèles et
aux hommes et femmes de bonne volonté de mon diocèse.
Je ne prétends pas répondre à toutes ces questions. En revanche,
puisque les intervenants ont jugé bon de justifier l'excommunication en se
plaçant sur le terrain du droit canonique, je me situerai donc moi également
sur ce terrain en allant jusqu'au terme de l'ensemble des articles concernant
les excommunications.
Une fillette de neuf ans, abusée par son beau-père depuis l'âge de
six ans, se trouve enceinte de jumeaux. La grossesse de la fillette est
découverte à l'hôpital où sa mère l'a conduite suite à des douleurs au ventre.
L'équipe médicale décide de la faire avorter, une grossesse à son âge
comportant de trop gros risques pour être menée à son terme et mettant sa vie
en danger. La loi brésilienne interdit l'interruption volontaire de grossesse,
sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Le 5 mars,
l'archevêque de Recife confirme l'excommunication « » (c'est-à-dire « automatique ») de la mère de la fillette ainsi que de
l'équipe médicale.
Pour certains faits qui ne
sont pas toujours publics, le Code de droit canonique a prévu une
excommunication automatique. L'avortement entre dans ce cadre : « Qui
procure un avortement, si l'effet s'ensuit, encourt l'excommunication latae sententiae » (article 1398). Code de droit
canon indique à l'article 1324 - § 1 que la peine prévue par la loi doit être tempérée pour qui a agi forcé par une
crainte grave, même si elle ne l'est que relativement, ou bien poussé par le besoin ou pour éviter un grave inconvénient,
si le délit est intrinsèquement mauvais ou s'il porte préjudice aux âmes. Et le
§ 3 d'affirmer clairement que dans les circonstances dont il s'agit au § 1,
« le coupable n'est pas frappé
par une peine latae
sententiae » !
Je ne suis pas spécialiste du droit canon, mais je m'appuie sur
les remarques d'un canoniste. Il est probable, dit cet expert, que ce cas
douloureux ne tombe pas sous le coup de la sanction automatique
d'excommunication prévue par l'article 1398.
Mgr Di Falco, évêque de Gap/div>