NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
BULLETIN
SPIRITAIN JPIC
Mars 2009
Chers confrères, chers amis,
Un récent document préparé et publié par le Conseil général – "
Vivre
aujourd’hui le vœu de pauvreté " – nous rappelle une exigence
essentielle et fondamentale pour la façon dont les Spiritains ont à travailler
avec les pauvres : le Père Libermann a insisté pour que nous soyons au
milieu des pauvres "
comme des
serviteurs envers leurs maîtres".
Je pense que l'expression "
comme
des serviteurs envers leurs maîtres" résume bien les expériences que des
Spiritains présentent dans ce Bulletin. Servir les pauvres au milieu des
Huaxtèques sans avenir, des sans domiciles dépouillés de tout, se mettre au
service de jeunes et de pauvres chroniquement malades ou accueillir des
réfugiés de longue date, c'est au cœur de ce que Libermann entrevoyait comme
mission spiritaine. En lisant les rapports présentés ici, ce qui frappe c'est
de voir comment les confrères engagés dans ce service, et sûrement bien
d'autres Spiritains, vivent ce choix sans bruit et sans prétention aucune. Nous
remercions Dieu pour ce trésor, si souvent caché, qui est le nôtre !
Peu de temps après que vous aurez reçu ce Bulletin, j'aurai fini mon temps
au service de JPIC ici à Rome. Au long des neuf années que j'aurai vécues à ce
poste, j'ai eu le privilège de jeter un coup d'œil sur le trésor que représente
l'engagement spiritain au service des pauvres. C'est devenu une évidence pour
moi au cours des nombreuses visites que j'ai faites dans différentes
circonscriptions, au cours des échanges lors des rencontres spiritaines, des
interventions et des retraites, dans des conversations et dans les nombreuses
lettres et les messages échangés. Je veux moi aussi remercier Dieu pour ce
trésor, et remercier de tout cœur les nombreux confrères pour leur générosité,
leur temps, leur intérêt, et pour l'hospitalité qu'ils m'ont offerte dans les
différents lieux où nos pas se sont croisés durant ces neuf années.
Mon successeur, comme beaucoup le savent déjà, est
Gervase Taratara; il prendra ses fonctions après Pâques. Gervase
arrive riche d'expériences et de dons pour ce travail. Seul Spiritain
burundais, Gervase a connu, jeune, la douleur du dépouillement et de la
séparation, quand toute sa famille a été contrainte de s'exiler en Tanzanie. Il
a travaillé auprès des réfugiés, partiellement déjà durant sa formation et à
plein temps après. Récemment il a pu suivre des cours spécialisés sur les
questions de paix et de développement, ce qui l'aidera grandement dans ce
nouveau et si important ministère spiritain. Gervase sera disponible pour
animer le ministère spiritain de JPIC, dans toutes les circonscriptions, par
des enseignements, des visites ou d'autres services dont vous auriez besoin;
sentez-vous libres de le solliciter. Je sais qu'il recevra la même soutien et
trouvera le même intérêt de la part des Spiritains que moi et je prie que Dieu
bénisse abondamment son travail.
En vous saluant et vous remerciant, je prie pour que le carême et le temps
de Pâques nous aident à réfléchir sur comment comprendre notre mission "
comme des serviteurs envers leurs
maîtres" et sur ce que cela entraîne. Que le Seigneur ressuscité nous
donne force et entrain pour vivre cette mission pleinement !
John Kilcrann CSSp
Service JPIC – Rome
Pélerinage spiritain chez les
Huaxtèques du Mexique
Un pélerinage spiritain dans le monde des pauvres
et des exclus a souvent été le thème des documents de nos récents Chapitres
généraux. Michel Besse Mendy (miguelbessemendy@gmail.com),
de la Province de France, travaille auprès des Huaxtèques du Mexique. Son
partage nous permet de mettre un visage sur ce que nous trouvons dans nos
documents.
Depuis qu’ils sont arrivés dans la Huasteca mexicaine, les spiritains ont
été marqués par le contexte social et économique de cette société indienne
traditionnelle. Nos prédécesseurs, débarquant à Tanlajas un jour de marché de
février 1972, contemplaient, admiratifs, les paysans descendant des montagnes,
courbés sous le poids du café, du maïs, du pain de sucre et des poules qu’ils
allaient vendre sur la place du village. Les spiritains qui aujourd’hui se
promènent au marché ne voient plus que des vendeurs venus de la ville. Et ce
sont les indiens qui viennent, dès que les quelques allocations familiales
reçues du gouvernement le leur permettent, acheter les produits de première
nécessité.
Ce qu'ils produisaient pour
la subsistance et pour la vente il y a 35 ans, suffit à peine aujourd’hui pour
maintenir ceux de la famille qui n’ont pas encore émigré !
Le contexte a changé,
l'économie s'est mondialisée, le Mexique a passé à marche forcée les étapes de
cette modernisation. Quinze ans après l’entrée dans le Traité de
Libre Echange d’Amérique du Nord, les taxations sur les produits , tels
que le maïs et le haricot, dont 30 millions d’Indiens et de paysans mexicains
dépendent pour leur survie, ont été supprimées.
L’agriculture industrielle a le champ libre, et menace l’agriculture
alimentaire. La Huasteca mexicaine, chère au cœur des spiritains, vit cette
menace au quotidien.
Avec son châle sur les épaules, sous l’auvent de sa maison traditionnelle,
cette mère indienne huaxtèque médite sur le sort de sa famille. Auprès d’elle
son mari, silencieux, écoute. «
De
nos 11 enfants, 9 sont partis travailler à Monterrey et aux Etats-Unis :
5 filles, qui se sont mariées là-bas, et 4 garçons, dont deux ne donnent
plus jamais de nouvelles. Des 15 hectares de notre parcelle, 2 sont
cultivés : nous n’avons plus la force ». Le père approuve, la
tête basse et les épaules courbées sous les regrets. La maman poursuit :
«
Je suis allée a Monterrey pour me
faire soigner : celui de mes fils qui est soldat m’a fait entrer à
l’hôpital militaire. Il a tout payé, il a une assurance. » Puis,
pensive : «
Là-bas, il a toutes
les commodités; ici : rien. Mes fils ne reviendront plus ».
Au détour d’une conversation avec un jeune papa de deux enfants, qui
participe a la chorale paroissiale : «
Le maïs que j’ai semé cette année ne sèche pas bien. Je ne peux pas le
garder comme semence pour l’an prochain. Le maïs traditionnel d’ici passait 6
mois suspendu au dessus de l’âtre, et se conservait bien. Celui-ci ne sèche
pas, il se pique et les insectes le rongent. Je ne sais pas pourquoi... et
pourtant le programme gouvernemental qui l’a distribué disait que c’était une
variété ‘améliorée’. Améliorée, Padre, ça veut dire quoi exactement ? »
«
Nous, on veut améliorer notre
rendement. Nos enfants sont partis. Nous, on a pris des cheveux blancs... et
nos mules aussi ! », rigolent en chœur les membres d’une équipe
de l’Action Catholique Agricole. «
La
canne à sucre est là, nous aussi, avec nos moulins traditionnels à traction
animale. Mais on voit clair : la main d’œuvre est rare, et sans moulin
mécanisé, on n’entrera pas sur le marché du sucre granulé mascobado. Alors soit
on reste les bras croisés et on est finis, soit on se bouge et on obtient ces
moulins mécaniques. » Actifs, pleins d’audace pour aller dans les
bureaux du Ministère de l’Agriculture, ils ont déjà obtenu la moitié du
coût de chaque machine pour les 34 associés !
Au cours d’une assemblée de doyenné, rassemblant les prêtres de 9 paroisses
indiennes de la Huasteca, dont deux sont confiées aux spiritains, le thème
d’étude tournait autour de la situation économique à l’heure de la crise
financière de fin 2008. Un des prêtres diocésains, de l’ethnie
nahuatl, rappelait son enfance :
«
Les dindons étaient plus gros que
nous, les gosses ! On leur jetait du maïs par brassées, maman avait en
réserve du sucre et du café pour toute l’année, et papa, des bras nombreux en
la personne de ses fils pour prendre soin des orangers. Aujourd’hui, nous avons
peur que reviennent ceux qui ont émigré et qui n’ont plus de travail de l’autre
coté (USA), car on s’est habitué à voir les terres sans travail, et à attendre
des aides gouvernementales incertaines. On
nous a appris à ne plus aimer notre terre, à mépriser le travail des champs.
Nos jeunes étudient : c’est pour mieux s’en aller ! Quand ils le
peuvent, ils partent en ville... et quand ils ne le peuvent pas, ils partent
dans la drogue et l’alcool ! Qui sèmera le maïs de nos pères ? »
Nous avons entendu que la vie spiritaine est un pélerinage avec un peuple,
en présence du Christ. Le pélerinage qui revient aux spiritains de la Huasteca
est
fait des inquiétudes et des coups
que reçoivent des paysans indiens fragilisés par une économie qui les
marginalise. Les causes de ces pauvretés sont multiples et complexes. Les
réponses, elles aussi, sont multiples et complexes. Formations, associations,
accompagnement dans les dédales administratifs, ateliers, ... les quelques
moyens dont disposent les spiritains sont mis au service de ces plus pauvres.
« Sin mais no hay pais »,
("sans maïs, pas de pays"). Cette rime amusante est devenue le slogan
d’une campagne de la Caritas Mexicaine. En quelques mots, elle résume la
croisée des chemins à laquelle se trouve un pays à l’heure de la
mondialisation. Ce qui fait un pays, une terre et sa culture, sa mémoire et la
survie alimentaire de ceux qui la peuplent, est-ce une marchandise et un
négoce, ou au contraire un patrimoine et une source d’identité ? Vous,
confrères spiritains, qui vivez des situations semblables, qu’en
pensez-vous ? Quelles solutions avez-vous trouvées ? Comment
pourrions-nous nous en inspirer ?
“Se sentir à nouveau des
humains”
Depuis les années 70, les Spiritains de la Province du Transcanada ont
activement répondu aux besoins des réfugiés venus de pays en guerre ou chassés
par la famine et cherchant une nouvelle patrie. Ce service est entré dans une
nouvelle phase à la mi-novembre 2007, quand la maison Brottier, à Toronto
(précédemment maison de formation) a été ouverte aux réfugiés. Elle leur offre
l'accueil, les aidant à s'intégrer graduellement dans la société canadienne. Au
centre de ce projet : un Spiritain ghanéen, Alex Osei (alexkwesi@yahoo.co.uk).
Il nous partage ses expériences et sa réflexion sur ce projet.
Il y a
quelques années, un jeune confrère me demandait : "
quelle a été l'attitude la plus stimulante
et la plus indispensable dans ta vie missionnaire spiritaine". Je le
regardai et lui répondis :
"Quelque chose de bon peut advenir si nous
prenons soin des personnes". Nos grands fondateurs ont été du côté
des pauvres. Ils ont été touchés par leurs soucis et leurs besoins, qui
criaient vers eux. Faire quelque chose dans ce sens, c'est vivre l'appel à la
compassion que le Christ nous a adressé. En tant que Spiritain travaillant au
service des réfugiés, des déplacés et des demandeurs d'asile, je cherche à
cristalliser mes efforts autour de
cinq
points fondamentaux de notre mission de Spiritains et de nous tous de la
Province du
Transcanada :
-
1° Fortifier le faible,
-
2° Guérir le malade et l'intégrer dans la société,
-
3° Panser le blessé,
-
4° Ramener l'égaré et
-
5° Chercher celui qui est perdu (Lc 15).
Le
Centre spiritain pour les
réfugiés (Maison Brottier) est un projet mis en place pour vivre ces
valeurs évangéliques. C'est un lieu d'accueil, de mise en relation, un endroit
pour se reposer et recevoir de quoi manger, et surtout pour trouver un ami. Au
soir d'une journée de lutte et de course, le nouvel arrivé y trouve une aide.
L'hospitalité est au centre de notre ministère spiritain.
Lorsqu’au cours de la rencontre de Durban en 2007, il fut demandé aux
confrères travaillant avec les réfugiés de diversifier leur ministère auprès de
ces derniers, la Province du Transcanada mit sa priorité sur des logements à
trouver et des services d’intégration pour les arrivants soutenus par des
Eglises ou des groupes privés canadiens. Contrairement aux réfugiés qui sont
sous la houlette du gouvernement, qui bénéficient de logements de transition
subventionnés par l’Etat, ou aux réfugiés se déclarant comme tels, qui peuvent
se replier vers des abris ou des maisons, les réfugiés soutenus par des privés
ne peuvent avoir accès à de telles commodités. On attend de leurs cautionnaires
qu’ils prennent en charge transport, hébergement et dépenses courantes dès
l’arrivée de leurs propres protégés, et ceci pour une durée d’un à deux ans, au
terme desquels les réfugiés sont supposés être autonomes. Pour ces parrains, il
est bien difficile de trouver des logements disponibles et financièrement
abordables pour accueillir leurs protégés ou des familles nombreuses. Bien des
anecdotes montrent à l'évidence que les nouveaux arrivants, en particulier les
réfugiés d’emblée mal accompagnés, éprouvent des difficultés et mettent très
longtemps à s’intégrer et à se refaire leur vie au Canada.
La Maison Brottier les accueille dès qu’ils posent pied sur le sol
canadien et facilite leur rencontre avec des parrains et des conseillers
d’intégration.
Le traumatisme des réfugiés est
profond. Ils quittent brutalement leur maison, leur famille et
leurs amis – souvent en pleine désolation et destruction. Tout ce qui constitue
leur valeur et leur identité en tant que personnes est réduit à néant. Le
rapport, récemment paru dans un journal de Toronto, d’un réfugié hébergé dans
notre Maison Brottier, relate bien comment nous tentons de vivre notre mission
spiritaine auprès de ces personnes marquées par la souffrance : «
Il me semblait qu’il n’y avait pas
d’espérance (en Iraq), que nous étions comme des pierres sans vie. Nous voyions
des corps dans les rues, entendions siffler des balles…et (en Syrie) je pensai
‘comment pourrais-je aller au Canada sans savoir l’anglais’. Mais Osei m’a
facilité la tâche. Il nous a remis debout . Il nous a redonné le sentiment
d’être des humains, d’avoir une dignité, ce que nous ne ressentions pas dans
notre pays. »
Pêches fraîches
Le Service Médical Aérien (ou Flying Medical Service, FMS) fondé par Pat Patten (fms@bol.co.tz) a récemment fêté ses vingt-cinq
ans d’activité. Sur sa page web (www.flyingmedicalservice.org),
le FMS se décrit comme une organisation à but « strictement non lucratif,
une organisation bénévole offrant, dans le domaine de la santé, des services
d’éducation préventive et curative … Le
FMS se charge du transport médical à travers la Tanzanie et ceci indépendamment
de l’appartenance religieuse, de l’origine ethnique ou de la solvabilité
immédiate. Nous couvrons des régions isolées, éloignées de tout service de
santé régulier. » En 2008 le FMS a transporté quelques vingt-huit mille
patients. Dans son dernier bulletin d’information, Pat a partagé à ses lecteurs
l’histoire suivante, qui est un concentré de tout le travail du FMS .
Le mari de Ndepayan trouva la mort, il y a quelques années alors qu’il
était gardien de nuit à Nairobi. Son décès la laissa démunie et seule à élever
leurs trois enfants, dont deux gravement malades. Elle avait à peine de quoi se
nourrir elle-même, sans parler des trois enfants et n’avait absolument pas les
moyens de se payer des soins de santé. Dans son désespoir, elle fit la seule
chose qui lui vint à l’esprit : cacher les enfants malades.
Je ne me souviens plus comment elle est arrivée jusqu’à nous. Un jour, ils
étaient là, simplement, elle et ses enfants en haillons, à frapper à notre
porte. Son aînée de 11 ans, Naramat, l’aidait à porter Losieku, le plus jeune.
Ce petit était né atteint de
Spina bifida,
une malformation de naissance horrible, qui laisse la moelle épinière ouverte.
À la traîne derrière eux, son second enfant, Loewuo, bavait du coin des lèvres.
Né apparemment en bonne santé, il fut pris très tôt de crises sévères et
prolongées, jusqu’à trois fois par jour. À présent son visage éteint était
celui d’un enfant marqué par des années de grave épilepsie.
«
J’ai entendu que vous pouviez
parfois aider les gens, » dit-elle. «
Parfois, oui, » répondis-je.
Elle ne demanda ni argent, ni habits, ni nourriture. Elle voulait aider
ses enfants. Ces deux enfants malades, Loewuo avec ses crises, Losieku avec
sa
Spina bifida, étaient bien trop
malades pour être traités dans notre petit dispensaire. Le lendemain par
hasard, en fin de matinée, l’avion devait retourner à vide vers l’un des deux
hôpitaux de Tanzanie, où exerçait un neurochirurgien. Je lui demandai d’être là
tôt, l’assurant que cela ne lui coûterait rien. Les frais de vol étaient
couverts par l’hôpital qui avait besoin de l’avion dans la journée. Elle arriva
trois heures après le départ de l’avion.
Bien que ne devant pas en être contrarié, j’étais frustré qu’elle eût raté
une si bonne occasion. Elle me laissa lui exprimer ma déception, puis répliqua
simplement : «
je suis
désolée », tout en commençant à s’éloigner. Je la suivis. Je voulais
savoir pourquoi elle avait raté une si belle occasion. Elle répondit
calmement : «
nous vivons tout
en haut de la montagne. J’étais réveillée avant l’aube, essayant de préparer
les enfants. Lorsque nous commençâmes à marcher, Loewuo fut secoué d’une crise
et nous dûmes l’attendre. Puis il était si fatigué et si faible que nous ne
pûmes marcher que par petites étapes. Je devais l’aider à se relever et le
pousser pour qu’il marche. Voyant bien que nous serions en retard, mais voulant
tellement que mes enfants soient soignés, j’ai persisté, pensant que peut-être
l’avion serait toujours là. » Bien qu’elle ait raté ce vol, l’avion
fit un autre voyage vers cet hôpital, deux semaines plus tard, et le
neurochirurgien de passage était toujours sur place. Cette fois, laissant son
aînée de 11 ans à la maison à garder les chèvres et la vache, Ndepayan et ses
deux petits malades ne manquèrent pas le vol.
Il y a de cela quatre semaines et aujourd’hui ils sont revenus. L’épilepsie
présumée de Loewuo s’est avérée être une maladie mitochondriale rare. Même en
Europe ou en Amérique le pronostic est mauvais. Mais des antiépileptiques de
première ligne réduisent ses crises. La Spina bifida de Losieku est habilement
soudée et il grandit si vite que sa mère ne pourra plus le porter longtemps. Un
kinésithérapeute et un spécialiste en orthopédie s’occuperont de lui. Avec leur
aide, il fera bientôt ses premiers pas. Nous pensons qu’avec des béquilles, il
pourra marcher seul.
Ndepeyan m’a apporté quelques pêches fraîches de son arbre.
Jeunesse : “Notre présent
et notre avenir”
George Boran (gboran@uol.com.br),
Irlandais de naissance, a travaillé au Brésil depuis les fin des années 60.
Avec le temps, il s'est spécialisé dans
la pastorale des jeunes, surtout dans la formation des responsables. Il a
été coordinateur pour les jeunes dans l'archidiocèse de São Paulo et au niveau
national pour la Conférence des évêques du Brésil. George a publié de nombreux
livres et articles sur le service auprès des jeunes et a enseigné en diverses
universités. Il a enseigné dans tout le Brésil et en Amérique Latine et a
ouvert une maison d'édition pour fournir de la documentation sur la pastorale
des jeunes. Puisant dans sa vaste expérience, il nous explique ici pourquoi
selon lui la formation de responsables est si importante dans la mission
spiritaine actuelle.
Nous venons de célébrer les 50 ans des Droits de l'Homme, qui proclament 30
droits essentiels et fondamentaux. La royauté de droit divin est abolie, même
si, de temps en temps, quelque dictateur se manifeste et cherche à remonter
l'horloge du temps. C'est pour l'humanité une nouvelle prise de conscience.
Nous sommes des citoyens, non des vassaux. Ceux qui gouvernent sont donc nos
employeurs. Nous pouvons les admettre ou les démettre.
Nous sommes des sujets de l'histoire, et non de pauvres diables
condamnés à répéter et à souffrir en silence les conséquences d'un monde
organisé au bénéfice de quelques privilégiés.
Nous ne pouvons pas changer le passé, mais l'avenir, si.
Une telle prise de conscience, cependant, ne va pas de soi. Elle doit sans
cesse être élaborée et conquise. La mentalité de vassal est plus confortable.
On n' a pas besoin de réfléchir ni de prendre de risques.
De nos jours, il est plus difficile de susciter une conscience
politique chez les jeunes qu'en d'autres temps. Les études révèlent bien
que dans la nouvelle génération des jeunes la majorité a peu ou pas d'opinion
politique, à la différence des temps passés.
À cela il y a diverses causes. Dans les années 90 plusieurs changements ont
ébranlé le monde :
-
En
novembre 1989
la chute du mur de Berlin est devenue un
symbole de la chute du communisme.
-
Le
capitalisme
néolibéral était présenté comme le vainqueur, avec ses projets de
privatiser les sociétés nationales et d'empêcher l'Etat d'intervenir dans la
libre concurrence.
-
Et nous voici aujourd'hui à vivre un grand sursaut en
réaction à ce choix. Le
manque de
régulation par l'Etat a conduit à la pire crise du siècle passé, le crash
du système financier mondial, une crise que nous sommes en train de traverser.
-
En même temps il y a eu un changement culturel.
L'influence de la postmodernité s'est
accrue, qui donne une place centrale aux émotions et à la subjectivité. Les
rêves d'avenir sont en crise et doivent être reformulés.
Notre expérience de travail avec la jeunesse au
Brésil et en Amérique Latine nous a enseigné à bâtir des ponts entre les micro
et les macro-processus dans lesquels le jeune est situé. La solution se trouve
dans le point de départ.
Autrefois il
était possible de mobiliser les jeunes en les lançant dans le social.
Aujourd'hui, c'est fini.
Il faut
désormais partir du psychologique : les aspirations et les préoccupations
du jeune, telles qu'elles existent en réalité et pas seulement dans notre
imagination, pour faire d'autres pas par la suite. Le modèle sociologique
interviendra dans un deuxième temps. Des adultes formés dans le passé à servir
auprès des jeunes et qui ne prennent pas en compte ce changement culturel ont
du mal à comprendre pourquoi ils n'attirent plus les jeunes. Ils ont tendance à
en conclure que le problème est chez le jeune, qui ne veut "rien de
rien", et non dans la méthode qu'ils ont utilisée.
Le processus de prise de conscience par les jeunes doit prendre en compte
le concept de
gradualité dans
l'éducation. Le jeune prend conscience à l'intérieur de la vie de groupe,
et selon des étapes. Celles-ci sont des buts à atteindre, des horizons à
élargir, ce qui se fait lors de la découverte du groupe, de la communauté, du
problème social, de l'organisation plus large, des causes structurelles et
enfin un engagement plus précis vers une évolution de société. Il y a une
multiplicité de petites actions dans lesquelles les jeunes sont engagés, depuis
le travail immédiat au service des marginalisés jusqu'à la tenue de débats et à
la réflexion sur des programmes et des candidats lors des campagnes électorales.
De nos jours, les jeunes sont continuellement en lien entre eux à travers
internet. Dans les débats de groupes (les groupes Yahoo et Orkut) les problèmes
sociaux sont débattus et des textes qui suscitent la prise de conscience
circulent. L'accompagnement systématique et le suivi des groupes de jeunes est
capital.
Pour nous Spiritains en pays de mission, le travail avec des groupes de
jeunes est partie essentielle de notre charisme. Les jeunes sont le présent,
mais aussi l'avenir. Ils représentent une partie importante de la population.
Au Brésil nous comptons 47 millions de jeunes entre 15 et 29 ans. Ils peuvent
former un groupe très dynamique.
La
jeunesse est la période de vie où se prennent les grandes décisions pour
l'avenir : projets, études, carrière, échelle de valeurs, foi,
mariage, vocation religieuse.
Si nous
sommes présents nous pouvons aider à faire prendre ces décisions à la lumière
de l'Evangile. Si nous n'y sommes pas, nous courons le risque de préparer
un avenir comme celui des pays développés, où l'Eglise a perdu ou est en train
de perdre la jeunesse et où, en conséquence, l'institution entrevoit un avenir
bien peu encourageant.
Solidarité spiritaine : partager ce que nous avons avec les sans toit
Javier Blanco (caforincssp@terra.es), de notre
Province d'Espagne, nous partage quelques expériences intéressantes
d'engagement spiritain JPIC de la communauté de formation de Madrid.
Je désire partager avec vous une expérience très positive de solidarité,
que nous avons vécues dans la communauté de formation l'année dernière. Nous
étions dix ici à l'époque.
Une maison de notre voisinage
avait été entièrement détruite par un incendie. Trois
personnes vivaient dans cette maison, un couple et la maman de la femme. Ils
étaient sans travail et sans revenus. Au moment de l'incendie, beaucoup de gens
sont venus aider : la police municipale et nationale, les ambulances et
les pompiers. Ils ont eu vite fait d'entourer le bâtiment et d'éteindre le feu.
Puis ils sont partis, laissant les trois personnes dans la rue, avec quelques
voisins. C'est au milieu de cette agitation que nous sommes tombés en revenant
de la paroisse. Les voisins nous ont raconté ce qui était arrivé et une famille
dit qu'elle allait recueillir les trois personnes dans leur maison.
Quelque temps après, je suis allé voir comment allaient les choses et je ne
trouvai personne. Un peu plus tard, les trois personnes sans toit sont venues
nous demander si nous pouvions les loger, car la famille qui leur avait offert
l'hospitalité n'en avait vraiment pas les moyens. Malgré que notre maison fût
pleine, personne dans la communauté n'a eu de difficulté à les accueillir.
Nous leur avons installé un lieu pour
dormir; ils prenaient leur repas dans notre maison et la communauté entière a
bien répondu à cette urgence. L'équipe du journal télévisé est venue deux
fois et beaucoup de gens qui ont eu connaissance de la situation ont demandé
pourquoi aucune organisation gouvernementale ne s'était occupée de ces gens
après qu'ils avaient été sauvés de l'incendie. Ils ont passé un mois chez nous,
jusqu'à ce qu'ils trouvent un travail et une maison; nous les avons aussi aidés
pour cela.
De même, l'année passée, une de
nos associées, qui avait perdu sa maison, a vécu avec nous. Elle
était très bien connue dans le voisinage, car elle avait travaillé plus de 30
ans à la paroisse. Elle est handicapée physique, et comme personne ne lui
offrait de logement, elle a vécu avec nous durant un an et demi.
Le frère d'un aide à Auteuil, qui n'avait
pas de travail ni de revenu a aussi mangé chez nous pendant un mois. Comme
il y avait de plus en plus de gens à manger chez nous, nous avons dû ajuster
nos horaires, de sorte que nous puissions aider à la cuisine et à divers
travaux dans la maison. Malgré le sérieux travail pastoral et un gros programme
d'études, la communauté de formation a bien volontiers répondu à ces demandes
d'aide.
Une autre expérience très positive dans le domaine général de JPIC a été de
louer un des étages de notre bâtiment. Les gens qui avaient loué chez nous ont
laissé le logement dans un triste état. Il a fallu faire de nombreuses
réparations. J'ai fait remettre en état la plomberie et l'électricité, puis
nous avons fait un contrat avec les nouveaux locataires, des immigrés, baissant
le prix de la location en échange des réparations à finir à leur charge. Ils
ont passé les week-ends de tout un mois pour nettoyer et repeindre. Ce fut une
belle expérience, à notre bénéfice et à celui des locataires.
Nous avons trouvé toutes ces expériences très gratifiantes, parce qu'elle
sont liées à JPIC et comme telles elles touchent à notre charisme spiritain.