NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
PAPE, SIDA, CONDOM……..ET SURTOUT ESPERANCE,
PAIX,RECONCILIATION
MARS 2OO9
Au risque de ne pas être d’accord avec beaucoup de
gens et de m’attirer à mon tour des réactions (que je serai d’ailleurs heureux
de provoquer pour une réflexion plus approfondie), je voudrais revenir sur le
dernier voyage du pape en Afrique. Non pas pour le défendre, ce qui n’est quand
même pas interdit ! mais à cause de
l’importance
de ce voyage pour l’Afrique et de la façon dont les choses ont été rapportées, qui me semble symptomatique de
la manière dont certains media
travaillent et traitent l’Afrique.
Je ne suis pas toujours d’accord avec
ce que dit Benoit XVI, n’ayant pas les mêmes responsabilités que lui et je n’ai
pas la même ligne de pensée. Mais je ne suis pas d’accord non plus avec la
façon dont il a été systématiquement matraqué par certains media. Il y a un
minimum de respect de la pensée et de la personne de l’autre à avoir, si l’on
veut construire une vraie démocratie et une saine laïcité, qui n’est pas laïcisme
ou intolérance laïcarde, mais respect de toutes les religions comme des sans
religions, qui est l’un des principes de base des droits humains.
Le soutien aux
malades : Je rappelle d’abord la
déclaration exacte du pape :
«
Je pense que la réalité la plus
efficace, la plus présente, sur le front de la lutte contre le Sida est
précisément l’Eglise Catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes
réalités ….cela demande une
véritable amitié, surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité,
même au prix de renoncements personnels, à être près de ceux qui souffrent.
Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès
visibles ».
En effet, 25%
des centres qui s’occupent du Sida dans le monde sont catholiques. Ils ont été parmi les
premiers à agir, dès 1980 à la Jamaïque, dès 1985 à New York (sœurs de mère
Teresa). Nous - mêmes en Guinée malgré nos petits moyens nous participons à ce
soutien non seulement médical ou en nourriture, mais surtout psychologique,
moral et communautaire des personnes vivant avec le Sida et de leur
famille (Voir mon site :
http://armel.duteil.free.fr -
rubrique : Sida)
L’éducation :
donner une âme à notre sexualité. Le pape
continue : «
Je dirais
qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans
publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les africains, on ne
peut pas résoudre ce fléau par la distribution
de préservatifs : au contraire le risque est d’augmenter le problème »
1° «
s’y on n’y met pas d’âme ».
Qu’est-ce que cela veut dire ? Le pape explique : «
une humanisation de l’humanité, c’est à dire
un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de
se comporter l’un avec l’autre…renouveler l’homme intérieurement, de donner une
force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l’égard de son propre
corps et de celui de l’autre. Il me semble que c’est la juste réponse et c’est
ce que fait l’Eglise».
C’est le rôle d’une véritable éducation sexuelle qui
est absolument nécessaire. Personnellement, je m’y suis attelé depuis 1963 au
Congo, j’ai publié de nombreux livres traduits en plusieurs langues
internationales et africaines, composé montages audio-visuels et video dans ce
sens( au CIM Centre d’Information
Missionnaire – 30 rue Lhomond – 75.005 Paris). Et je ne suis évidemment pas le
seul à travailler dans ce sens.
Mais
malheureusement la plupart de ceux qui en Afrique Noire
distribuent systématiquement des condoms pensent que c’est suffisant
et se préoccupent très peu d’éducation
sexuelle. Et pour de nombreux occidentaux qui sont derrière ces
distributions,
on peut se demander s’il
le font vraiment pour sauver des vies…ou pour promouvoir, sinon imposer, la
conception occidentale de la liberté sexuelle. Quand ce n’est pas plus
vulgairement pour des intérêts économiques qui ne sont pas négligeables.
Ils
ont le « droit » de choisir
cette voie, mais pas de vouloir l’imposer de toute force à l’Afrique, ni de
vouloir fermer la bouche en salissant ceux qui prônent une autre voie. À ce
niveau, le pape me semble équilibré, puisqu’il n’impose rien mais dit :
«
il me semble ». De même que plus haut il parlait du «
risque » Là encore, ce n’est
pas un langage absolu
La
distribution de condoms : Tout de suite , on a
déformé les paroles du pape en disant : le pape est contre l’utilisation du condom, alors qu’il a
parlé de distribution. Et je suis témoin de ce qui se passe sur le terrain.
Je vois des ONG, la plupart étrangères et payant des associations locales pour
qu’elles fassent ces distributions, le faire sans aucune éducation sexuelle et
parfois sans même expliquer comment utiliser le condom. De toute façon,
enseigner comment poser le condom et expliquer comment bien s’en servir d’une façon
humaine, ce n’est pas la même chose. La technique est bonne et nécessaire, mais
que vaut-elle si elle tue ou même simplement ignore délibérément la
morale ? On distribue des condoms aux jeunes en leur disant : «
maintenant vous pouvez faire des relations
sexuelles, il n’y a pas de danger ». De quel danger parle-t-on ?
Cela ne peut qu’entraîner les jeunes aux relations sexuelles précoces et sans
engagement envers leur partenaire. C’est cela le vrai danger : rendre
certains jeunes incapables de vivre plus tard une sexualité libérée. Car
une sexualité libérée ce n’est pas le
libertinage, mais de vivre des rapports
sexuels dans un vrai amour libre et responsable … Sinon, c’est les rendre
incapables de vivre plus tard un mariage fidèle et épanouissant, pour éduquer
valablement leurs enfants à leur tour.
On distribue
des condoms gratuitement aux jeunes. Mais quand ils ont fini de les utiliser,
où vont-ils en trouver d’autres, car ce n ‘est pas facile d’en trouver, même en
ville. Avec quel argent vont-ils les acheter, car l’Afrique reste
toujours un continent pauvre et il y a
des besoins essentiels à satisfaire en priorité. Même si ces jeunes trouvent
des condoms par exemple au marché, ils risquent d’avoir traînés des mois au
soleil et à la poussière et d’être de mauvaise qualité pour être vendus à bas
prix. Dans ce sens, je suis d’accord
avec Benoit XVI quand il dit que la
distribution de condoms, même si elle
peut être une protection (pas toujours efficace d’ailleurs)
et une précaution au niveau personnel, ne
peut pas être solution au niveau communautaire, surtout si elle est
envisagée comme solution unique, en refusant toute autre solution
complémentaire.
En tout cas, de nombreux parents en
Afrique sont d’accord avec Benoit XVI et ils ont le droit d’être écoutés eux
aussi. Chaque semaine, je rencontre des parents furieux que l’on ait ainsi
distribué des condoms à leurs enfants dans les écoles ou sur les places, sans
vraie éducation, et surtout sans qu’ils soient consultés. Car les parents sont
quand même les 1° responsables des enfants et ils ont leur mot à dire.
L’utilisation :
Il s’agissait bien de
distribution. Maintenant,
pour l’utilisation, quand je me retrouve face à un jeune, je lui conseille
l’abstinence et la maîtrise de soi. Mais s’il ne peut pas, ou plutôt ne veut
pas, m’écouter, je lui dis :
puisque
tu veux faire des relations sexuelles malgré tout, prends au moins le condom,
car tu ne dois pas donner la mort, ni même risquer ta vie inutilement. Et
cela est encore plus vrai quand il s’agit de jeunes séropositifs qui veulent
faire des relations sexuelles. De même pour des gens mariés dont l’un des 2 est
séropositif. Mais là encore, le problème n’est pas simple. Car en Afrique, si
on se marie c’est d’abord pour avoir des enfants. Et le condom empêche
justement d’avoir des enfants. C’est pourquoi, à Conakry, au centre Dream de
Sant Egidio on suit les mères séropositives enceintes pour que leur bébé naisse
préservés du Sida Et ça marche
Un mépris de
l’Afrique ; C’est pourquoi, de nombreuses voix se sont élevées contre les media
occidentaux qui nous ont véritablement matraqués à travers RFI, la BBC, TV 5
etc…Ce ne sont pas seulement des évêques qui ont réagi mais même des présidents
comme Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, un pays ouvert et même
progressiste, en demandant qu’on respecte quand même un peu la culture
africaine et ses valeurs. Et qu’on écoute ce que les Africains pensent de ce
que le pape est venu dire en Afrique, aux africains. En tout cas, cette affaire
a
conforté de nombreux Africains dans
l’idée que les occidentaux ne respectent absolument pas l’Afrique et veulent de
toutes forces leur imposer leurs idées. Et c’est sans doute cela le plus grave.
Une suspicion
des media ; Ici, cela a
amené aussi beaucoup
de gens à se poser des questions sur le sérieux des medias occidentaux.
D’abord ils ont
déformé les paroles du
pape. Ensuite, ils ne l’ont pas respecté dans sa personne (et en Afrique,
c’est très grave). Mais surtout, ils ont été
absolument incapables d’expliquer la vraie raison de la venue du pape
en Afrique : le lancement du 2° synode pour l’Afrique sur le thème de
réconciliation, justice et paix, qui pour nous est très important. Ils n’ont
parlé que du condom, en rejetant toutes les
paroles importantes du pape sur l’
espérance,
la
justice sociale et le
souci des pauvres, la
formation des jeunes, la
paix dans le pays,
l’entente entre chrétiens et musulmans et le
respect des religions traditionnelles (dont Benoit XVI a rencontré
les responsables), et tant de choses essentielles non seulement pour l’Afrique
mais pour le monde entier. Mais les
occidentaux
sont-ils prêts à accueillir quelque chose de l’Afrique (Pas seulement
la musique) et à changer leurs idées et leur comportement en conséquence, pour
qu’ensemble nous puissions construire
un monde plus heureux et où il y aura moins de Sida et plus d’amour.