NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
P. DUTEIL : Circulaire FEVRIER 2009
Père Armel
DUTEIL FEVRIER 2009
Mission catholique
B.P. 2016
Conakry (Guinée) E.MAIL
: armelduteil@yahoo.fr
Tél. : 00224 64 40 92 18
CCP NANTES 3832.64 A
Site internet
P Armel : http://armel.duteil.free.fr
Site internet
Justice et Paix : http://justice.paix.guinee.free.fr/
Chers Amis,
Beaucoup de choses se sont passées depuis mon retour
en septembre en Guinée, mais j’étais en même temps très occupé, c’est pour cela
que vous n’avez pas reçu de circulaire depuis un certain temps. C’est un peu
tard pour vous souhaiter une bonne année, mais soyez sûrs que je pense souvent
à vous et j’espère que cette lettre vous trouvera dans la paix. Je vous
rappelle que si vous avez une adresse mail vous-mêmes, ou des amis, et que vous
souhaitez que je leur envoie ces circulaires, vous pouvez me communiquer ces
adresses « mail » car c’est plus facile d’envoyer des documents par
internet. En effet, la poste ici fonctionne très mal, malheureusement.
À la
fin de l’année pastorale dernière, j’avais demandé à être libéré de la paroisse
de KATACO pour pouvoir me consacrer davantage aux deux commissions :
«
Justice et Paix » et
«
Pastorale sociale ». Pour
ces commissions, je suis appelé à me déplacer sur toute l’étendue du pays et
également à l’extérieur puisque au mois
de décembre on m’a demandé d’intervenir sur le
programme des migrants à une rencontre ouest - africaine à COTONOU, au
Bénin, et que en Juillet j’irai aussi au Mali pour une rencontre sur « Justice et Paix ». Cela ne
me permet donc pas de faire un travail suivi dans la paroisse de Kataco. Même
si pour ces sessions internationales, j’essaie d’envoyer au maximum des membres
guinéens de la commission. Je vais le faire, par exemple, pour une session sur
la non-violence en Côte d’Ivoire en Juillet, afin qu’ils puissent se former,
voir ce qui se fait ailleurs et ainsi avoir une équipe davantage étoffée ;
mais il y a des moments où il faut que j’y aille moi-même.
Au
lieu de me libérer de Kataco, ce qui n’a pas été possible par manque de
personnel, on m’a demandé au contraire de
prendre,
en plus de mes responsabilités précédentes, la paroisse de BOFFA. Boffa,
c’est la première mission catholique de toute la Guinée. Elle a été fondée par
les trois fils d’un ancien roi de Guinée, au XIXème siècle, qui étaient partis
faire des études au Sénégal. Ils se sont convertis au christianisme, et au
retour chez eux ils ont demandé à leur père, le roi de la région, de faire
venir des missionnaires. Ce qui a été fait.
Boffa est donc un haut lieu de la chrétienté de Guinée et tous les
ans se tient un pèlerinage national qui attire beaucoup de monde, ce pèlerinage
étant précédé par une marche de 150 km à laquelle participent non seulement des
jeunes mais aussi des Chrétiens adultes et même l’Archevêque.
(1)
BOFFA
est donc la première mission catholique de Guinée et comme beaucoup d’anciennes
missions, elle a eu de la peine à évoluer, les anciens Chrétiens ayant tendance
à rester bloqués sur leurs anciennes habitudes. Cela d’autant plus que les
missionnaires expulsés par Sékou Touré en 1957 ont été absents pendant plus de
20 ans dans le pays, le clergé guinéen étant très peu nombreux. C’est aussi une
paroisse très difficile où il y a eu, et il y a encore, de très nombreux
problèmes. C’est pour cela que sept curés se sont succédés en 5 ans. Voilà
pourquoi, malgré mes nombreuses charges, on m’a demandé de prendre également la
direction de Boffa, car on sentait le besoin d’un ancien qui, non seulement a
de l’expérience, mais aussi du poids (en Guinée les vieux sont très respectés,
comme dans toute l’Afrique Noire) et qui donc pouvait avoir l’autorité
nécessaire pour régler un certain nombre de problèmes. En effet, notre difficulté
actuellement, en tant que missionnaires, c’est d’abord que nous ne sommes pas
très nombreux. Nous sommes demandés dans le monde entier et que nous n’arrivons
pas à répondre à toutes les demandes, mais c’est aussi le fait que les
missionnaires africains qui ont pris la place des européens sont encore
jeunes ; il faut donc qu’ils aient le temps de se former et d’acquérir un
minimum d’expériences. Ainsi, je me retrouve à Boffa avec un jeune confrère
sénégalais et un stagiaire nigérian, c’est-à-dire un grand séminariste venu
faire son stage pratique missionnaire sur le terrain. Ensemble, nous essayons
de réorganiser la paroisse, en particulier les communautés de quartiers ou de
villages, les mouvements et les différentes commissions. Mais il y a beaucoup de
choses à faire pour stabiliser la région, pour résoudre les incompréhensions et
amener une véritable entente et unité, qui bien sûr est toujours à refaire, que
ce soit à Boffa ou ailleurs. J’ai maintenant terminé de faire le tour des
différentes communautés de villages et de quartiers, les mouvements sont
relancés et nous nous retrouvons régulièrement avec l’ensemble des jeunes, qui
sont notre priorité, et également le conseil paroissial. Pendant le temps de
Noël, je suis resté durant 15 jours, ce qui m’a permis de rencontrer les
personnes dans de meilleures conditions, de mieux comprendre leurs problèmes et
leurs difficultés, de les écouter en étant attentif à leurs façons de réagir,
et je crois que cela a été bon pour tout le monde.
A Boffa, l’une de nos actions
importantes,
c’est l’école primaire et
l’internat. L’enseignement est en pleine décomposition en Guinée, et cela
depuis de nombreuses années pour beaucoup de raisons : laisser aller,
problèmes financiers, corruption, etc…, car le pays tout entier était en pleine
décrépitude. D’où l’importance pour nous de mettre en place une école primaire
de qualité ; et, en effet, l’année
dernière l’école a eu 100 % de reçus au concours d’entrée en 6
ème.
Mais il n’est pas question pour nous de former une petite élite en oubliant les
autres élèves ! Il s’agit au contraire de faire progresser l’ensemble des
écoles. Et le fait d’avoir une école nous permet d’être insérés dans tout le
système scolaire, d’être connus par les responsables d’ enseignement et donc à
partir de là d’agir pour améliorer les choses, pour assurer un soutien, non
seulement à nos enseignants mais à tous ceux de la région et travailler tous
ensemble à faire avancer l’école. De même, notre propre école s’adresse en
priorité aux enfants des villages, car sinon ils ne pourraient pas faire des
études, et pour nous il est important que les enfants des milieux pauvres et de
milieu rural puissent être formés tout autant que les enfants de la ville. Ce
n’est pas facile, car les parents de ces enfants ont des moyens financiers très
limités, ce qui fait que nous sommes toujours sur la corde raide, d’abord pour
payer les enseignants, puisque les frais de scolarité payés par les parents
sont très réduits. Mais c’est notre choix et nous nous y tiendrons, car ces
enfants viennent souvent de villages où il n’y a pas d’école et c’est donc leur
seule chance d’étudier. C’est d’ailleurs pour cela qu’à côté de l’école nous
avons
ouvert un internat et que,
également dans cet internat, nous accueillons des enfants des villages et des
enfants des familles nécessiteuses des quartiers populaires de Conakry. Grâce
au soutien d’un certain nombre d’amis, connus et inconnus, mobilisés par un de
mes neveux, nous avons pu obtenir des fonds nécessaires pour rénover cet
internat et le rendre habitable. Nous allons maintenant réaménager les
toilettes et faire un nouveau château d’eau ; jusqu’à maintenant nous
n’avions qu’une cuve où nous conservions l’eau, mais elle était souvent polluée
et en tout cas de mauvaise qualité, si bien que les enfants de l’internat et de
l’école avaient des diarrhées et d’autres problèmes de santé. Je profite donc
de cette occasion pour remercier tous ceux qui nous ont soutenus dans ce
travail de rénovation.
Depuis quelques années, il y a également des
personnes qui parrainent les enfants,
environ une trentaine ; mais en fait ils ne prennent en charge que les
frais de scolarité, ce qui est déjà appréciable, mais ne peut servir qu’aux
enfants de Boffa même. Nous voudrions faire prendre en charge et parrainer un
certain nombre d’enfants de l’internat de manière à pouvoir en accueillir
davantage qui viennent de loin ou de
familles pauvres. Les demandes sont très importantes, ce sont les moyens qui
nous manquent
(2). Pour le
suivi de cette école ou de cet internat, nous sommes très heureux d’avoir
accueilli notre stagiaire, Patrick BULUS, qui a déjà une très grande expérience
de l’éducation en école et en internat au Nigéria. Il a vraiment remis les
choses en marche et c’est une très grande sécurité pour nous ; en sachant
qu’il suit les affaires de près nous sommes donc libérés pour d’autres
activités.
Tout
en assurant ce suivi de Boffa,
je
continue à soutenir mon ancienne paroisse de KATACO où il y a beaucoup de
choses encore à faire. Depuis l’assassinat du Frère Joseph, l’église centrale
est toujours fermée. Nous continuons à suivre les gens et à voir ce qu’il va
être possible de faire avec eux. Par contre, toutes les autres communautés de
villages fonctionnent bien, sans trop de problème. Le travail régulier est
assuré par Igbé avec qui nous avons déjà travaillé deux ans à Kataco et donc
qui connaît très bien les problèmes et qui peut assurer la responsabilité de
cette paroisse. Lui aussi a reçu un stagiaire nigérian pour le seconder. Notre
gros problème à ce niveau, ce sont
les
jeunes. Nous essayons de les regrouper, mais c’est très difficile. Nous
avions prévu une rencontre de réflexion pour tous les jeunes de notre région,
autour de notre Evêque, au moment de Noël. Un message de l’Evêque avait été
envoyé et travaillé dans toutes les paroisses, dans chacun des mouvements ou
des groupes de jeunes et la rencontre dite générale devait se tenir entre Noël
et le 1
er Janvier. Malheureusement, comme vous le savez sans doute,
nous avons vécu un coup d’état, et étant donné la situation politique, il
n’était pas possible d’organiser une grande rencontre. Nous espérons le faire
au moment de Pâques, non seulement dans notre région, mais avec tous les jeunes
de Conakry, pour réfléchir à la fois à leur engagement dans l’Eglise, les
communautés de quartiers et les mouvements, et à leur engagement dans le pays.
Ce qui est d’autant plus nécessaire, que la nouvelle situation dans laquelle
nous nous trouvons actuellement montre comme un réveil de la population, mais
il y a beaucoup de choses à faire et à réorienter.
À
KATACO, l’internat et l’école sont pris
en charge par les Frères ; il n’y a donc pas de problèmes. Le dispensaire
est tenu par les Sœurs, il marche très bien et les gens viennent même de la
ville de Kamsar pour se faire soigner, vu la qualité de l’accueil et des soins
assurés par les Sœurs, et cela malgré nos manques de moyens. Et je les remercie
de tout cœur.
L’un de nos problèmes actuels est celui de
la Banque alimentaire. Nous avons créé
cette Banque pour que les paysans puissent venir y déposer leurs récoltes et
leurs semences et ainsi les conserver dans de bonnes conditions, jusqu’au
moment où ils vont les consommer ou faire de nouvelles semailles. Mais par la
même occasion, nous achetons –grâce à des capitaux reçus du Secours catholique
américain- plusieurs centaines de tonnes de riz à prix réduit au moment de la
récolte, et nous le revendons au moment de la soudure, avec simplement 10 % de
bénéfice pour assurer le fonctionnement de cette Banque et le paiement de ceux
qui y travaillent. Ceci afin de fournir du riz à prix réduit et de lutter
contre les usuriers. En effet, beaucoup de paysans s’endettent et engagent
leurs récoltes futures auprès des commerçants lorsqu’ils ont besoin d’argent
liquide, et pour certains tout leur riz est déjà vendu avant même la récolte.
De plus, ces commerçants revendent le riz au moment de la période soudure,
quand il n’y en a plus, à un prix très élevé et font ainsi de gros bénéfices.
Grâce à la Banque alimentaire, nous pouvons mettre sur le marché une quantité
importante de riz à prix réduit –donc, pour nous, à prix normal- ce qui oblige
les commerçants et autres usuriers à s’aligner sur nos prix, au bénéfice de
toute la population.
Nous assurons aussi,
grâce aux bénéfices de la Banque,
des
crédits pour aider les paysans à acheter des engrais, des outils, des
semences ou même à payer des travailleurs au moment de la préparation des
rizières ce qui est un très gros travail. Mais là nous rencontrons un certain
nombre de difficultés, car souvent les gens ont de la peine, et même mettent de
la mauvaise volonté, à rembourser les crédits qu’ils ont reçus. De même pour
les travailleurs de la Banque alimentaire qui brassent une grande quantité
d’argent, la tentation est parfois grande, étant donné leur propre difficulté à
nourrir leurs familles, de détourner une partie de l’argent. C’est le problème
que nous avons actuellement. Je vais donc repartir à Kataco pour voir ce qu’il
est possible de faire, pour le remboursement des dettes, pour éviter les
détournements, mais aussi pour
mettre en
place une épargne. En effet, nous voudrions que les paysans arrivent à
s’organiser et à mettre en place une épargne qui leur fournirait les capitaux
dont ils ont besoin pour travailler, au lieu de toujours compter sur des
crédits. Les crédits les amènent parfois à faire des dépenses inconsidérées ou
en tout cas pas nécessaires, à s’endetter plus que de raison, et ensuite ils
sont coincés pour de nombreuses années, mettant même leurs rizières en gage et
perdant ainsi toute possibilité de faire vivre leurs familles. C’est un grand changement de mentalité, auquel il
faut parvenir, car bien sûr, surtout quand les moyens sont limités, c’est plus
facile de compter sur des crédits que de réaliser une épargne personnelle ou
communautaire. Mais vu les problèmes qu’ils rencontrent, et en essayant de les
faire réfléchir, nous pensons bien y arriver peu à peu.
Et
puis, à côté de cela, il y a le travail dans les deux commissions : la
commission de
« Justice et Paix »
et la commission de
« Pastorale
sociale ». Ceux qui reçoivent mes nouvelles par mail, ou qui ont
consulté mon site internet, savent de quoi il s’agit et ont pu suivre
l’évolution des choses, au fur et à mesure. Mais là aussi nous nous trouvons à
un tournant. En effet, nous ne voulons plus que les choses soient décidées d’en
haut, ou dans les bureaux. C’est pour cela que, depuis Octobre dernier, avec
les deux équipes diocésaines de ces deux commissions, nous allons chaque
dimanche dans une paroisse différente pour mettre en place deux commissions
paroissiales :
-
Une de pastorale sociale, qui s’occupe plus des
problèmes économiques, sociaux, du soutien aux pauvres, de l’organisation
d’épargne, de la mise en place de projets de développement et de groupements
productifs ; et
-
La commission « Justice
et Paix »,
qui, elle, cherche davantage à lutter contre les injustices dans les quartiers,
à amener la paix et la réconciliation et à défendre les différents et les
marginalisés. Dans tout cela, nous nous appuyons bien sûr, sur les droits de
l’homme, dans toutes leurs diversités : droits des enfants, droits des
femmes, droits des travailleurs, droits des réfugiés, droits des immigrés,
droits des handicapés, etc… la liste est longue, et nous voulons pouvoir
travailler avec tous, pas seulement les chrétiens.
Ce qui demandera beaucoup de
temps, puisque sur la seule ville de Conakry il y a 30 paroisses, et surtout il
faut changer les mentalités : que les gens comprennent l’importance de
s’engager, de compter sur eux-mêmes, et non plus sur l’extérieur ou sur les
gens du sommet, et de prendre leurs problèmes à bras le corps en cherchant à
les résoudre d’abord par leurs propres moyens. Tout cela est un grand
changement. Ce travail social, économique et humanitaire de l’Eglise était
confié à une organisation :
l’O.C.P.H.
(Organisation Catholique pour la
Promotion Humaine). Cette organisation a très bien travaillé, en particulier
dans les années 2000, au moment des attaques rebelles lorsque la guerre venue
du Libéria était arrivée en Guinée en
passant par la Sierra Léone et lorsque, avec le soutien des Nations Unies, du
H.C.R. (Haut Commissariat aux Réfugiés) et d’autres grandes ONG, nous avions
les moyens de soutenir ces réfugiés. Mais le problème, c’est que peu à peu on
s’est appuyé sur l’extérieur. On a compté sur des financements importants, mais
qui venaient de l’étranger. Lorsque le problème des réfugiés a été résolu et
qu’ils sont retournés chez eux après la fin de la guerre, l’OCPH s’est
retrouvée sans budget et sans activité. Pourtant les besoins sociaux sont
énormes. Il y a beaucoup à faire, mais le problème encore une fois c’est qu’on
avait pris l’habitude de compter sur l’extérieur.
C’est
la raison pour laquelle, nous mettons, maintenant en place ces communautés de
quartiers et ces commissions paroissiales. Mais cela demande
qu’on renouvelle complètement l’OCPH
dans sa façon de travailler et même dans son personnel. Un certain nombre
préfèrent rester dans leurs bureaux, faire de grands projets qui vont rapporter
de l’argent, d’abord pour eux-mêmes, et oublient les réalités, la nécessité de
se prendre en charge soi-même et même oublient les vrais besoins et les vrais
pauvres qui sont autour d’eux. Il y a donc tout un travail de reprise en main
qui est difficile et qui, certes, ne se fait pas sans problème.
Pour
la commission
« Justice et
Paix », les choses sont également en train d’évoluer énormément, suite
aux derniers événements politiques. Comme je vous l’avais dit dans mes
circulaires précédentes, le pays était en pleine décomposition ; il était
donc important de soutenir toutes les personnes qui étaient exploitées ou
marginalisées dans le pays. Les grosses difficultés, c’était l’inefficacité
d’un grand nombre de travailleurs, la corruption, l’armée qui sans cesse cherchait
des avantages et n’hésitait pas à se mutiner et à tuer pour cela, la drogue (la
Guinée était en train de devenir un plaque tournante et une voie de passage
entre l’Amérique du sud et l’Europe). Je vous ai longuement parlé de cela dans
mes circulaires précédentes.
Le
22 décembre dernier, le Président de la République, très malade
depuis de nombreuses années et qui ne dirigeait pratiquement plus le pays,
est décédé. Normalement, c’était le
Président de l’Assemblée nationale qui devait prendre la direction et organiser des élections futures, mais la
classe politique était tellement déconsidérée et même corrompue que l’on ne
pouvait rien espérer de ce côté-là et le Président de l’Assemblée nationale
n’avait aucun pouvoir et n’était respecté par personne. Dès le lendemain de la
mort du Président, un groupe de militaires a pris le pouvoir. Jusqu’à
maintenant nous sommes donc sous la direction du C.N.D.D. (Comité National pour
la Démocratie et le Développement) ; c’est le nom de ce Comité de
militaires qui a pris le pouvoir. Alors bien sûr, c’est un coup d’état, c’est regrettable en soi, mais
tout le monde dans le pays en est très heureux, et pour plusieurs
raisons :
-
D’abord,
si la passation de pouvoir et les élections s’étaient faites dans les
conditions prévues, cela n’aurait fait que prolonger le régime ancien,
entièrement corrompu, qui menait le pays à sa perte.
-
D’autre
part, il faut reconnaître que ce coup d’état a été fait sans effusion de sang.
Il n’y a eu aucun mort et même aucun blessé et que le Président actuel, dans
ses discours, cherche vraiment à changer les réalités du pays, à lutter contre
la corruption et le laisser aller, à réorganiser les différents services, à
lutter contre la drogue, à assurer plus de sécurité dans le pays ; et tout
le monde en est très content.
Le problème, c’est de
savoir s’il arrivera à tenir ses
promesses :
-
D’une
part, -car les problèmes sont énormes-, mais aussi est-ce qu’on le laissera
faire ! Il est bien évident que ceux qui profitaient de l’ancien régime
vont tout faire pour récupérer leur position et donc pour casser les efforts
actuels. C’est donc très important pour nous de soutenir ce qui se cherche
actuellement dans le pays, et en gardant notre liberté, en restant attentifs,
en analysant ce qui se fait de manière à orienter les choses du mieux possible,
et aussi en amenant des propositions concrètes. Notre crainte, c’est que l’on a
promis beaucoup de choses, ce sera difficile de les réaliser rapidement, et la
population qui souffre beaucoup est très impatiente et n’aura peut-être pas la
patience de supporter longtemps ni d’attendre que les choses soient
suffisamment mises en place, car ce coup d’état a suscité une très grande
espérance qu’il ne faudrait surtout pas décevoir.
-
D’autre
part, il n’est pas facile de changer les choses rapidement, et bien sûr un
régime militaire amène un certain nombre de problèmes : les barrages se
sont multipliés sur les routes et souvent c’est l’occasion pour gendarmes,
policiers et militaires de taxer les gens en voyage, et même parfois de les
rançonner. À Boffa, depuis le coup d’état –mais je pense que c’est la même
chose dans beaucoup de prisons-, il n’y a plus de nourriture pour les
prisonniers car ce n’est pas la priorité, et on les a oubliés. Bien sûr, on ne
peut pas être d’accord avec cela. On a organisé une lutte contre la corruption,
ce qui est une très bonne chose, avec des sanctions et l’obligation pour les
gens ayant détourné l’argent de le rembourser, ce qui est tout à fait normal.
Mais parfois, on a peut-être tendance à accuser trop rapidement les gens et à
les déclarer coupables avant qu’ils ne soient jugés. Il ne faudrait pas que
cela aboutisse à une «
chasse aux
sorcières », sous la pression de la population. Et surtout, le
problème pour nous, c’est de
permettre à
toute la population de changer, de se mettre au travail et de reconstruire le
pays, alors qu’on a peut-être trop tendance à compter sur ceux qui ont pris
le pouvoir en croyant qu’ils pourront changer les choses d’eux-mêmes, sans que
nous-mêmes nous changions nos habitudes et nos comportements à la base. C’est
donc à tout ce travail de
conscientisation que nous nous tenons aujourd’hui, en ce moment, et bien
sûr c’est un énorme travail.
En même temps, autour de
notre Archevêque nous sommes en train de préparer un certain nombre de
propositions pour la bonne marche du pays et déjà pour les prochaines
élections, en nous basant sur l’enseignement social de l’Eglise qui nous
fournit une base solide, une longue expérience et une réflexion
intéressantes ; ceci à la demande même des responsables du pays.
En ce
moment où je vous parle, le Président a promis d’organiser les élections
présidentielles et législatives et donc de laisser le pouvoir avant la fin de
l’année ; il a d’ailleurs promis solennellement que lui-même ne cherchait
pas le pouvoir et qu’il ne se présenterait pas à ces élections. Un gouvernement
provisoire a été mis en place par le Comité militaire, où il y a un certain
nombre de techniciens civils, même si ce sont encore 10 militaires qui tiennent
les postes clés, en particulier : l’économie, les finances et la sécurité.
Demain va avoir lieu une grande rencontre, autour des chefs militaires actuels,
de toutes les organisations de la société civile, des partis politiques, des
syndicats mais aussi des responsables religieux –chrétiens et musulmans- à qui
on a confié le rôle de veiller sur l’évolution du pays et de proposer des
solutions et des orientations. C’est un signe important pour nous de
libéralisation, de concertation et de responsabilisation de la population et
nous en attendons beaucoup.
Pour
le moment, dans la Commission « Justice et Paix », nous sommes en
train de mettre en place tout une
action
pour accueillir les étrangers qui viennent s’établir en Guinée ou qui sont
simplement de passage, souvent des clandestins ou des gens sans papier,
qui veulent continuer jusqu’en Europe,
soit par la mer, soit à travers le désert, avec toutes les morts et toutes les
souffrances que vous connaissez. Il est donc pour nous important de les
accueillir, de les aider à réfléchir, de leur permettre de mieux vivre leur
situation. Mais notre plus grand problème, c’est de pouvoir
accueillir tous ces migrants qui sont
expulsés d’Europe et qui reviennent chez nous souvent en très mauvais état
de santé, presque toujours traumatisés et humiliés. Quand ils reviennent au
pays, ils n’ont pas de travail, ils ne sont pas toujours bien accueillis. Ils
ont honte de reprendre contact avec leur famille et c’est un problème énorme
qui nous soucie beaucoup. Nous sommes donc en train de
mettre en place un centre d’accueil pour toutes ces personnes pour
voir ce que nous pouvons faire.
La
semaine prochaine, nous organisons une session de formation pour les
animateurs de prison. Il y a une prison
dans chaque Préfecture, et c’est important que nous puissions soutenir,
conseiller et former ces prisonniers, et aussi les aider à se réinsérer à leur
sortie.
Enfin, nous allons commencer une
formation d’observateurs indépendants
pour que les inscriptions sur les listes électorales, et surtout les élections,
se passent le mieux possible, qu’elles soient neutres et transparentes, et pour
éviter les tensions et même les bagarres au moment des élections et déjà de la
campagne, et plus encore au moment de la proclamation des résultats. Il est donc
très important que nous formions des personnes compétentes par rapport à tout
cela et nous serons très occupés durant les semaines qui viennent !
(3)
Toute
la semaine passée nous avons eu une rencontre des missionnaires spiritains de
toute la Guinée, autour de notre responsable Serge, venu du Sénégal, pour voir
comment nous adapter à la situation nouvelle de la Guinée, comment mieux
remplir notre vocation missionnaire et être davantage au service des populations, et donc revoir le sens de
notre mission dans la situation actuelle. Nous nous retrouverons au mois
d’avril avec nos confrères de Mauritanie, du Sénégal et de Guinée - Bissau pour réfléchir tous
ensemble. Cela est très important pour nous, pour mieux sentir les appels
adressés, les analyser et voir la meilleure façon d’y répondre. En même temps,
ça a été une occasion de nous retrouver car nous sommes très éloignés les uns
des autres, nous ne nous voyons pas souvent. Cette rencontre a été une grande
joie pour tous, pleine d’amitié, ce qui ne nous a pas empêchés de nous parler
franchement et clairement. Nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous et
nous savons aussi nous dire nos quatre vérités les uns aux autres lorsque c’est
nécessaire ! Mais dans cette
ambiance fraternelle, il n’y a pas de problème ça se passe bien, et au
contraire, ça nous enrichit et nous permet d’avancer.
Nous
allons également continuer à
lancer des
activités productives auprès des jeunes. Ces activités ont été lancées avec
le soutien d’une organisation catholique hollandaise «
CORD AID ».
Il s’agit de lancer des activités productrices auprès des jeunes pour qu’ils
puissent gagner leur vie ici sur place, en Guinée, et ainsi éviter ou limiter
la tentation de partir en Europe.
Tout
cela ne nous empêche pas de rester attentifs à ce qui se passe ailleurs dans le
monde. Bien sûr, je suis absolument scandalisé par ce qui s’est passé à GAZA.
Même si je ne soutiens absolument pas les terroristes, il ne faut pas s’étonner
que, une fois qu’on a tué ainsi des populations civiles, ces terroristes soient
prêts à faire des attentats, et à tuer à leur tour des innocents si on ne leur
laisse aucune autre solution. De même que je souffre beaucoup de tout ce qui se
passe au Congo et que je suis découragé par ce qui se passe en Somalie. Il y a
des moments où il n’est pas facile de garder l’Espérance.
Je suis scandalisé par tout
ce qui s’est passé au niveau des banques ; d’abord de voir toutes ces
sommes d’argent qui ont été perdues, par inconscience. Mais surtout de voir qu’ensuite on est capable de trouver des millions d’euros
ou de dollars pour renflouer ces banques. Mais qu’on ne trouve de moins en
moins d’argent pour aider les pays pauvres et pour soutenir les actions de
développement. Il y a vraiment des choses qui ne tournent pas rond dans notre
monde, et il faudra bien, un jour ou l’autre, que nous arrivions à changer tout
cela si nous voulons nous en sortir.
Je ne
veux pas vous laisser pour aujourd’hui sans vous remercier une fois encore pour
tout le soutien que vous nous apportez, pas seulement en argent ou en moyens
pour travailler, mais surtout le soutien de votre amitié et aussi de votre
prière.
Nous voudrions former élèves et jeunes en
informatique. Si certains d’entre vous peuvent nous trouver des ordinateurs,
même usagés mais en bon état, vous pouvez vous adresser pour l’expédition :
- Soit à « GUINEE SOLIDARITE, à Strasbourg (Mme
Catherine SAGUIN. Tél. 03 88 96 58 58,
Mail :
catbefortsaguin@free.fr
- Soit à
« APPEL DETRESSE, à Nantes (M. Michel FAIVRE. Tél. 01 64 46 03
22 ou
06 15 38 74 44 Mail :
mmfaivre@]wanadoo.fr - Merci d’avance !
Une histoire pour terminer. « Sur un sentier raide et pierreux, j’ai
rencontré une petite fille qui portait son jeune frère sur le dos. Je lui
dit : « Petite, tu portes un lourd fardeau ». Elle me regarde et
me dit : « Monsieur, ce n’est pas un fardeau, c’est mon
frère ! » - Quand les difficultés m’écrasent et que tout courage me
quitte, je me dis, moi aussi : « ce n’est pas un fardeau que tu
portes, c’est ton frère ».
Avec
toute mon amitié et ma prière fraternelle. Je suis toujours heureux d’avoir de
vos nouvelles !
ARMEL
1- Vous pouvez voir sur mon
site, un compte rendu du dernier pèlerinage, dans la rubrique « Justice et
Paix ».
2-
Je rappelle que vous pouvez
voir des photos et avoir des renseignements sur tout ce travail d’éducation,
comme sur les autres projets de développement dont je vous ai souvent parlé, en
consultant mon site
, que ce soit dans « l’album photos » ou
dans les rubriques « Projets », « Pastorale sociale ».
3- >Vous pourrez avoir des
nouvelles au fur et à mesure sur mon site.