AFRIQUE - Burkina-Faso
LA CEDEAO DOIT
PROTEGER SES PRODUITS SENSIBLES EN FIXANT DES PRIX D’ENTREE A L’IMPORTATION.
Abc Burkina n° 320
La
CEDEAO doit trouver le moyen de développer
son agriculture tout en permettant aux populations urbaines de se nourrir à un
prix supportable. Le meilleur moyen : protéger ses produits sensibles en
fixant des prix d'entrée à l'importation.Actuellement, les importations de
l'UEMOA sont soumises à des droits de douanes fixes. Pour chaque produit, le
taux de taxation est défini. Et l’ensemble de ces taux constitue ce que l’on
appelle le Tarif Extérieur Commun (TEC). C’est ainsi que le lait en poudre en
sac de 25 kg est taxé à 5 %, le riz et le triple concentré de tomate à 10
% ... L’augmentation croissante des importations alimentaires et la récente
crise alimentaire ont montré clairement les limites d’un tel système.
Et
pourtant, c'est un système très proche de celui-ci qu'a choisi de mettre en
place la CEDEAO. Elle a repris le TEC de l'UEMOA qui comporte quatre niveau de
taxation (0 %, 5 %, 10 % et 20 %), auquel elle va ajouter
une nouvelle bande tarifaire à 35 % ! Quand on sait que le dollar a
baissé de 43 % par rapport à l'euro, et donc au F CFA, entre 2001 et 2009,
on peut
affirmer sans risque de se
tromper que cette protection n'est pas suffisante. De plus, elle est
inadaptée.
Illustrons cela de quelques exemples.
-
De 1995 (naissance de l’OMC et mise en place de l’Accord sur
l’agriculture)
à 2006, les
importations alimentaires de l’Afrique de
l’Ouest ont augmenté de 230 % (dix fois plus vite que la population).
- De
2000 (mise en place du TEC de l’UEMOA,
très libéral
) à 2006, le
déficit alimentaire (importations –
exportations) de l’Afrique de l’Ouest est passé de 393 millions de $ à
2 109 millions de $ (le déficit à donc été
multiplié par 5,4 en 6 ans).
- Toujours
de 2000 à 2006, les importations de riz ont
doublé, et celles de
poudre de lait
grasse ont été multipliées par 2,3 !
- En
2008, quand les denrées alimentaires ont
fortement augmenté sur le marché mondial, plusieurs gouvernements de l’Afrique
de l’Ouest ont supprimé les faibles taxes douanières sur le lait en poudre
et le riz, mais aussi sur d’autres produits de première nécessité. Le Sénégal a
même subventionné ses importations de riz ! Preuve s’il en est que les
droits de douanes fixes ne sont pas adaptés à la situation : cours
mondiaux des denrées alimentaires très volatils et forte proportion de pauvres
dans les villes et le monde rural de l’Afrique de l’Ouest.
Il
est
urgent de proposer une alternative
à cette situation qui risque de conduire toute l’Afrique de l’Ouest à une
situation catastrophique et difficilement réversible.
Le
seul moyen (celui qu’ont utilisé et
utilisent encore les pays dont l’agriculture est fortement développée) est
d’offrir des prix stables et rémunérateurs
aux agriculteurs. C’est aussi la condition pour qu’il soit possible
d’investir dans l’agriculture, et donc que les paysans obtiennent des prêts.
Pour cela il faut fixer des prix d’entrée
pour chaque produit alimentaire de base, de sorte que les
produits importés arrivent sur le marché légèrement plus chers que les produits
locaux.
Ainsi, les agriculteurs seront
sûrs de pouvoir vendre leurs récoltes à un prix rémunérateur. Et les
consommateurs urbains seront également protégés d’une hausse trop forte des
cours mondiaux.
Quand les cours mondiaux seront
supérieurs aux prix d’entrée, il n’y aura pas de taxe à l’importation.
Quand
pour un produit donné, le prix d’entrée sera supérieur au cours mondial (plus
précisément au prix de ce produit une fois arrivé dans un port de la CEDEAO.
C'est-à-dire précisément à ce qu’on appelle le prix CAF = coûts + assurance +
fret) le prix subira une taxe (appelée prélèvements) suivant
l’égalité simple : prélèvement = prix d’entrée – prix CAF
Cette taxe (ce prélèvement) variera donc
en fonction des cours du produit sur le marché mondial.
C’est pourquoi on parle de prélèvements variables. Le prix d’entrée, lui
restera stable. Il pourra être réajusté, par exemple chaque année, en fonction
de l’évolution des coûts de production qui varient, entre autres, avec le prix
des intrants : engrais, carburant…
Cette façon de faire n’est pas bien vue à
l’OMC, mais elle est nécessaire. Elle doit donc faire
l’objet de négociation.
Elle peut être
négociée à l’OMC au titre du « traitement
spécial et différencié » reconnu aux Pays en développement. Elle
devrait pouvoir être acceptée tant que les prix d’entrée resteront inférieurs
aux lignes tarifaires du TEC consolidé. Mais de cela nous reparlerons dans un
prochain abc Burkina.
Ceux
qui, dès maintenant, veulent aller plus loin et poursuivre l’analyse sont
invités à consulter la présentation de Jacques Berthelot :
Quelles
mesures de sauvegarde du TEC pour renforcer le marché régional de la
CEDEAO ? (Voir Analyses de fond pour aller plus loin).
Koudougou, le 28
février 2009
Maurice Oudet
Président du SEDELAN