RD CONGO : CESSONS LE CHANTAGE DES TRANSNATIONALES
MINIERES ! (1)
Loin
de subir la crise économique mondiale, les transnationales en tirent profit
pour exiger des gouvernements du Nord d’importantes aides financières,
l’abaissement de leurs charges fiscales ou encore le démantèlement des acquis
sociaux pour continuer à engranger d’importants bénéfices. Les menaces de
licenciements massifs et de délocalisations sont alors très souvent utilisées
comme armes de pression sur les Etats. Dans les pays du Sud, cette stratégie
intolérable est également appliquée. Le cas de la République démocratique du
Congo est un bon exemple puisque les transnationales minières ont déjà mis à la
porte des centaines de milliers de travailleurs(2)
et réclament à l‘Etat congolais d’autres cadeaux fiscaux, prétendument pour
faire face à la crise mondiale.
Ne soyons pas dupes : leur
véritable objectif est de continuer à piller les ressources minières de la RD
Congo, notamment dans la province du Katanga au sud-est du pays où les entreprises
exploitent principalement le cuivre, dont le prix sur les marchés
internationaux a été multiplié par 16 entre 1998 et 2008. Durant cette période
marquée par les guerres à répétition, de
nombreuses
transnationales n’ont pas hésité à signer des contrats léonins avec les
seigneurs de guerre, alimentant du même coup ces conflits meurtriers(3) .
La chute du
cours des matières premières liée à l’éclatement de la crise financière est
donc une aubaine pour les entreprises visées par la Commission de revisitation
des contrats miniers, mise en place en 2007. En effet, dans son rapport
divulgué en mars 2008, aucun des 61 contrats audités n’a été jugé viable par
cette commission inter-ministérielle…
Avec la crise actuelle, la domination des
transnationales en RD Congo est donc (re)légitimée. En brandissant la
menace du chômage si l’Etat ne baisse pas leurs taxes, elles continuent à
dicter leurs exigences. Malheureusement, ce chantage est en train de réussir.
À titre
d’exemple, le groupe australo-canadien Anvil Mining, épinglé par la Commission
de revisitation des contrats miniers, a conclu le 21 janvier 2009 un accord
avec la Gécamines et l’Etat congolais
(4)
qui
maintient tous les privilèges issus
de la première convention signée en 1998 pour l’exploitation du site de
Dikulushi. Ce contrat léonin stipulait une
exemption totale d’impôts pour une période de vingt ans…Anvil
Mining peut donc poursuivre son pillage du cuivre et de l’argent en toute
légalité pendant les 9 prochaines années !
De plus, Anvil
Mining vient de licencier 1056 travailleurs car "
la mine de Dikulushi est actuellement peu rentable", selon son
PDG Bill Turner. Il poursuit en disant que «
cette décision n’a pas été facile à prendre et est regrettable pour nos
employés, pour les communautés qui entourent la mine et nos actionnaires, mais
nous croyons que c’est la meilleure option de préserver nos ressources en
liquidité jusqu’à ce que les conditions du marché s’améliorent(5) »…
C’est bien évidemment une «
option »
lourde de conséquences pour les familles de ces travailleurs licenciés !
Plus
généralement, les entreprises minières installées en
RD Congo sont déjà gagnantes puisque le
ministre des Mines a annoncé, à la fin de l’année dernière, les
premières mesures de sauvetage du secteur minier comme la
division par dix des redevances versées par toutes les entreprises
minières à l’Etat(6)… comme
si ces dernières allaient fuir ce pays qui regorge de ressources minières
(coltan, cassitérite, cobalt, cuivre, diamant, or, argent…) ! Rien qu’avec
ses réserves de cuivres, la RD Congo se
situe au deuxième rang mondial, juste après le Chili. De plus,
l’exploitation des minerais est très
largement profitable aux investisseurs étrangers en raison du Code minier
adopté en 2002 sous la pression des institutions financières internationales
(7).
Que les transnationales minières se
rassurent : elles survivront à la crise en restant en RD Congo. Par
contre, la population congolaise sera une nouvelle fois saignée aux quatre
veines pour «
sauver » ces
spoliateurs.
En 2008, à peine 5% des
recettes tirées de l’exploitation minière rentraient dans les caisses de l’Etat
et le budget 2009 est tout aussi misérable. Il s’élève à seulement 5
milliards de dollars, soit cent fois moins que le budget de la France qui
compte environ le même nombre d’habitants…Soulignons que la
RD Congo consacrera encore cette année 142
millions de dollars de son maigre budget au paiement annuel du service d’une
dette largement odieuse(8) !
Au fond, la
logique qui prévaut en RD Congo est la même
qu’au Nord (avec le sauvetage des banques) :
socialisation des pertes et privatisation des bénéfices.
Les
transnationales minières ont, en effet, la mémoire courte puisqu’elles oublient
l’augmentation vertigineuse de leurs bénéfices grâce à la hausse du prix des
matières premières enregistrée à partir de 2003. La tonne de cuivre qui se
vendait 1178 dollars en 2003 s’échangeait à 8438 dollars en 2008
(9) !
Mais les Congolais n’en ont tiré aucun avantage puisque le volume des taxes
payées par les entreprises minières n’a pas suivi cette évolution. Pire, on a
licencié massivement les travailleurs du secteur minier. Pas moins de 10 655
agents de l’entreprise publique la Gécamines ont été mis à la porte, en toute
illégalité entre 2003 et 2004, sur ordre de la Banque mondiale, qui a financé
intégralement ce plan de licenciement mal nommé «
Opération Départs Volontaires ».
Et quand
certains Congolais décident de prendre les armes pour se réapproprier les
richesses leur appartenant en vertu du droit international
(10), ils
sont
massacrés avec la population civile
innocente. Ce fut notamment le cas en octobre 2004, où la même
transnationale Anvil Mining, dont les investissements sont garantis par la même
Banque mondiale, a fait appel aux militaires congolais en leur apportant un
soutien logistique pour «
sécuriser
» son site de Dikulushi menacé par un groupe armé de moins de dix
personnes
(11)…Bilan :
100 morts dont 28 exécutions sommaires à Kilwa près du site de la mine selon la
MONUC et un non-lieu le pour Anvil Mining dans la parodie de procès qui
a suivia href="#_ftn12" ame="_ftnref12" title="">(12) …
Le lien entre l’exploitation des richesses
naturelles et les conflits armés n’est plus à démontrer. Le dernier rapport
de l’ONU de décembre 2008
(13) sur
les évènements tragiques au Kivu le confirme pleinement. Il établit, en outre,
le
rôle criminel des entreprises comme
la belge Traxys ou la britannique Afrimex qui exportent les minerais de cette
région vers l’Europe, l’Asie, l’Afrique du Sud, les Emirats arabes, la
Russie, le Canada…La
complicité des
grandes banques européennes comme ING, KBC, ABN Amro est également mise en
lumière puisque plusieurs transferts d’argent pour le financement du CNDP (
Congrès National pour la Défense du Peuple) ont été effectués via des comptes
ouverts dans ces banques …
On le voit
bien : le désastre social, économique et humanitaire qui perdure en RD
Congo et qui risque encore de s’aggraver avec cette nouvelle offensive des
transnationales pour la diminution de leurs taxes, trouve ses racines à
l’extérieur du pays. La
crise économique
mondiale, dont la RD Congo et l’ensemble des pays du Sud ne sont pas
responsables,
ne peut en aucun cas
servir de prétexte à une détérioration des conditions de vie de milliards
d’habitants.
Les populations
au Nord ne sont pas non plus épargnées. C’est pourquoi les citoyens du Nord et
du Sud ont intérêt à s’allier face à cette crise qu’ils payent injustement
(14) en
s’opposant à la domination des transnationales et des institutions financières
internationales. Pour ce faire, l’annulation totale et inconditionnelle de la
dette des pays du tiers-monde est une étape indispensable. Soulignons que cette
dette largement illégitime
(15)
constitue non seulement un instrument de domination politique mais aussi un
puissant outil de transfert des richesses. En effet, les pays du Sud, sous
tutelle néo - coloniale comme la RD Congo, la remboursent essentiellement en
exportant leurs richesses naturelles.
Mais pour que
les peuples du Sud puissent enfin disposer librement d’eux-mêmes,
l’abolition de leur dette devra
s’accompagner de mesures radicales visant la satisfaction de besoins humains
fondamentaux. En Afrique, une véritable révision de tous les contrats
d’exploitation des ressources naturelles et la mise en place d’accord de troc
radicalement différents de ceux conclus avec Chine pourraient être des
alternatives. À cet égard, les nationalisations dans certains pays d’Amérique
latine (Bolivie, Venezuela, Equateur) et l’ALBA (Alternative Bolivarienne des
Amériques
(16))doivent
être d’importantes sources s’inspiration.
1- Renaud Vivien est membre du Comité pour l’Annulation de la
Dette du Tiers Monde.
2- http://www.digitalcongo.net/article/56535
3-
Rapport de la Commission des experts nationaux de l’ONU sur
le pillage et l’exploitation des ressources naturelles et autres richesses de
la RDC, 12 avril 2001.
4-
http://www.anvilmining.com/files/090121%20DRC%20Mining%20Commission%20Review%20_final_.pdf
5- http://ipsinternational.org/fr/_note.asp ?idnews=5224
6-
Radio Okapi , Kinshasa : le gouvernement annonce un
plan de sauvetage du secteur minier, 10 décembre 2008
http://www.radiookapi.net/index.php ?i=53&l=0&c=0&a=21363&da=&hi=0&of=0&s=&m=2&k=0&r=all&sc=0&id_a=0&ar=0&br=qst
7-
Lire A qui profitent les richesses du peuple congolais –
Pour un audit de la dette congolaise, http://www.cadtm.org/texte.php3 ?id_article=2599
8- Voir http://www.cadtm.org/spip.php ?article4032
9- Raf Custers, L’Afrique révise les contrats miniers, Le Monde
Diplomatique, juillet 2008
10-
Article 1 paragraphe 2 de la Déclaration sur le droit au
développement du 4 décembre 1986 : Le droit de l’homme au développement
suppose aussi la pleine réalisation du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes, qui comprend, sous réserve des dispositions pertinentes des deux
Pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme, l’exercice de leur droit
inaliénable à la pleine souveraineté sur toutes leurs richesses et leurs
ressources naturelles.
11-
Myriam Bourgy, Le massacre de Kilwa : Anvil Mining et
l’agence multilatérale de garantie des investissements, complices de crimes de
guerre http://www.cadtm.org/spip.php ?article2341
12- Voir http://www.cadtm.org/spip.php ?article2728
13-
Colette Braekman, Les experts de l’ONU remettent les
pendules à l’heure, 15 décembre 2008
http://blogs.lesoir.be/colette-braeckman/2008/12/14/les-experts-de-lonu-remettent-les-pendules-a-lheure/#respond
14-
Déclaration de l´Assemblée des mouvements sociaux lors du
Forum social mondial 2009 http://www.cadtm.org/spip.php ?article4079
15- Dette illégitime : l’actualité de la dette odieuse.
Position du CADTM, http://www.cadtm.org/imprimer.php3 ?id_article=3637
16- http://risal.collectifs.net/spip.php ?article1364