Environnement
MARIE-MONIQUE ROBIN DENONCE LA DESINFORMATION AUTOUR DES OGM
.
Jean-Luc Flémal :
"Le paradigme d’un modèle agro-industriel dont on
observe les effets pervers."(1)
Sortie en
collection "Poche", publication en 22 langues, un film qui fait le
tour du monde... "
Le monde selon
Monsanto", document coup-de-poing de la journaliste Marie-Monique
Robin, rencontre un succès qui dépasse les attentes de son auteur. Celle-ci
était de passage à Bruxelles dans le cadre des conférences du 50e anniversaire
de l’Institut des hautes études des communications sociales (Ihecs).
Votre enquête a-t-elle
contribué à faire bouger les choses ?
Je
constate
qu’il y a une prise de
conscience. J’ai été invitée devant les parlements canadien, brésilien et
péruvien. Là, je viens d’être invitée par le président paraguayen. Cela bouge
aussi en Argentine où, grâce au film, les journalistes ont commencé à se poser
des questions. Le pays a été inondé de soja transgénique et de Roundup déversé
par avion. Et aujourd’hui, les premières études sortent et font état de
problèmes de santé - cancers, etc. - qui touchent notamment les enfants. En
France, lors du débat parlementaire sur la loi encadrant les OGM, une partie du
groupe de la majorité UMP a voté contre, ce qui était inattendu.
Certains députés ont reconnu avoir été
ébranlés par le film. Dans le même temps, l’un d’entre eux dénonçait les
pressions exercées par Monsanto qui a tenté d’approcher chacun des 500
députés...
Pourquoi vous être
attaquée à ce sujet ?
Je
suis fille d’agriculteur et jusqu’il y a 5 ou 6 ans, je ne me préoccupais pas
du tout des OGM. En fait, ce sont trois reportages consacrés à la perte de
biodiversité, qui à mes yeux est garante de la sécurité alimentaire, qui m’ont
fait
découvrir la problématique du
brevetage du vivant.
Mais quelle est la
stratégie de Monsanto ?
Monsanto,
c’est une
machine industrielle animée
par la logique du profit. Le but est de
prendre le contrôle de la chaîne alimentaire par le biais des semences
brevetées. Les OGM sont le deuxième avatar de la "révolution
verte". La première phase, après la Seconde Guerre mondiale, était celle
de la course à la hausse des rendements. Les paysans voulaient vraiment nourrir
les gens et étaient encadrés par des organismes publics. La phase des OGM
contient quant à elle tous les désavantages de la première, à savoir que c’est
un modèle agricole lourd en capitaux qui
n’est accessible qu’à une minorité. Cette
deuxième révolution verte est aux mains des firmes privées et
notamment de Monsanto qui est le premier semencier mondial. Ce n’est
plus du tout contrôlé par les pouvoirs
publics. Le but n’est pas de nourrir les gens, mais d’imposer des semences
OGM brevetées et de faire signer des contrats aux agriculteurs qui les forcent
à racheter celles-ci chaque année.
On
crée une dépendance irréversible, avec tout ce que cela implique en termes
de pollution environnementale puisqu’il faut beaucoup d’intrants. Il ne faut
pas perdre de vue que tous les OGM cultivés dans le monde ne sont que des
plantes contenant un pesticide ou capable de résister au Roundup, l’herbicide
vendu par Monsanto. Les OGM résistants à la sécheresse qu’on nous promet
n’existent pas. Et il n’est pas certain qu’ils verront le jour tellement la
résistance des plantes au stress hydrique relève de mécanismes complexes.
Toute l’histoire de Monsanto est une
accumulation de mensonges sur ses produits qui finissent par être interdits.
Le but, c’est de faire du profit. D’un côté, on vous vend des semences qui
résistent à l’herbicide et de l’autre on vous vend l’herbicide.
À côté des évaluations scientifiques ne faudrait-il pas
inclure une évaluation socio-économique de leur intérêt ?
Les OGM - comme le
soja résistant au Roundup qui représente aujourd’hui 70 pc des OGM dans le
monde -
ont été mis dans les champs sans
aucune évaluation scientifique sérieuse. Mais simplement en se basant sur
le principe d’équivalence en substance qui relève uniquement d’une décision
politique de la Maison-Blanche. Ces plantes devraient faire l’objet de tests
approfondis et être évaluées comme des pesticides. De plus, les OGM qui
existent actuellement n’ont aucune utilité sociale. J’ai rencontré des
agriculteurs argentins, canadiens ou américains qui s’étaient lancés dans ces
cultures. Au début cela a marché, mais cela n’a pas duré longtemps. D’abord,
contrairement à ce qu’affirme Monsanto, leur rendement est inférieur à celui
des plantes conventionnelles. Ensuite, les mauvaises herbes deviennent
résistantes au Roundup et ils ne parviennent plus à s’en débarrasser. La
consommation de Roundup a quadruplé en Argentine et a été multipliée par deux
au Canada et aux Etats-Unis, soit tout le contraire de ce que promettait la
firme de Saint-Louis. Et
comme c’est un
herbicide total, il détruit aussi toutes les bactéries du sol qui finissent par
mourir. Pour enrichir ceux-ci, ils veulent refaire des rotations de
cultures, mais les résidus de plantes OGM qui restent sur le sol germent et
résistent eux aussi. Donc Monsanto vient de mettre sur le marché un nouvel
herbicide pour s’attaquer à ces plantes résistantes...
On est dans un cercle vicieux complètement délirant. Enfin, le
Roundup, contrairement à ce qu’affirme
Monsanto,
n’est pas inoffensif pour la santé. Sa dangerosité a encore récemment été
mise en évidence par une étude française. Il est interdit au Danemark et
l’Europe finira par suivre dans quelques années.
Comment expliquer la
passivité des agences sanitaires ?
Parce
que l’on est dans un
système de
globalisation où les intérêts des industriels priment sur tout le reste.
Quatre-vingts pour cent des membres de ces agences ont des contrats avec les
firmes de biotechnologie. Dans ce dossier, il y a un
conflit d’intérêt permanent alimenté par Monsanto qui fait entrer
ses hommes dans les agences de réglementation.
Que répondez-vous à ceux qui disent que les Américains
mangent des OGM depuis 15 ans et qu'il n'y a aucun problème ?
C’est
complètement ridicule. Cela fait 30 ans que je fume. Je n’ai pas encore de
cancer, mais je vais peut-être l’avoir demain.
Il faut mesurer la toxicité aiguë mais aussi la toxicité chronique.
Les chercheurs américains sont très inquiets de
l’explosion des allergies dans ce pays, surtout chez les enfants.
Plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de compte, mais une des hypothèses
est celle des OGM. Et pourquoi Monsanto a-t-il bataillé pour faire interdire
l’étiquetage des OGM en Amérique du Nord ? Les
sondages montrent que les consommateurs de ces pays voudraient pouvoir
choisir, comme c’est le cas en Europe, et qu’ils n’en mangeraient pas.
Quand on voit les cas croissants de contamination,
notamment dans les filières de nourriture destinée au bétail, leurs promoteurs
ne sont-ils pas en train de les imposer par la bande ?
En
Amérique latine, dans certains pays où les OGM étaient interdits, des trafics
illégaux de semences ont, il est vrai, imposé un état de fait. Mais pour ce qui
est du bilan général, il faut savoir que Monsanto piétine. Un récent rapport a
récemment montré que contrairement à ce qu’affirme cette société,
les cultures transgéniques reculent dans le
monde. Je pense qu’ils sont en train de perdre, même si cela ne se fera pas
sur un claquement de doigts. J’observe partout que
la prise de conscience des citoyens par rapport à ce qu’il y a
dans leur assiette est énorme. Notamment parce que l’on assiste à une
explosion du nombre de cancers et que
les gens font le lien avec la nourriture. Ce réveil des consciences passera par
les consommateurs et, je l’espère, par les agriculteurs.
Gérard Choplin
European Coordination Via Campesina
Coordination Européenne Via Campesina
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