DETTE ET DEVELOPPEMENT

UNE AUMONE(1)



Juste 25 milliards de dollars. C'est le montant de l'aide d'urgence évaluée par le Fonds monétaire international (FMI) pour secourir vingt-deux pays à bas revenus, la plupart africains, sinistrés par le tsunami financier qui s'est abattu sur la planète. Vingt-cinq milliards de dollars - soit 19,8 milliards d'euros, un peu plus que les 13,9 milliards d'euros de bénéfices de Total en 2008 -, c'est la moitié de l'argent détourné par Madoff, la moitié de l'aide promise chaque année par le G7 des pays riches, jamais honorée depuis 2005, c'est 3,2 % du plan de relance de 787 milliards de dollars de Barack Obama. Autant dire une goutte d'eau. Une aumône.

Avec la mondialisation, le vent de folie qui embrase le monde accentue l'injustice. Les pays riches paient au prix fort les effets de la crise des subprimes. En Afrique, on est à des années - lumière des subprimes, mais la chute de la demande de matières premières provoque une alarmante baisse de la croissance. Le continent africain a connu, en 2008, une croissance de 5,4 %. Cette année, elle ne devrait pas dépasser 3 %. Or le taux de pauvreté augmente au rythme de deux points quand la croissance du PIB (produit intérieur brut) recule d'un point.

À Dar es-Salaam (Tanzanie), où se tient une conférence sur "les nouveaux défis pour la croissance en Afrique", Dominique Strauss-Kahn n'a pas eu de mots assez forts, mardi 10 mars, pour fustiger l'égoïsme des pays riches. "Alors que la communauté internationale trouve des centaines de milliards de dollars pour résoudre la crise, a dit le directeur général du FMI, je ne peux admettre l'incapacité à mobiliser des centaines de millions pour les pays à bas revenus." Au même moment, M. Obama insistait sur "la nécessité d'une coordination internationale" pour répondre à la menace que fait peser la crise sur les approvisionnements en nourriture des pays pauvres.

La "grande récession", selon la formule du FMI, va rendre les pauvres plus pauvres, accroître la détresse de l'Afrique subsaharienne, avec le cortège de troubles sociaux et politiques qu'elle générera. Si la récession est plus sévère que prévu, 48 pays seront en grande difficulté, ce qui nécessitera une aide de 138 milliards de dollars. Le FMI, mis en cause par le président tanzanien - "Qu'a-t-il donc fait de son rôle de gendarme ?" -, a le devoir d'inciter fortement les Etats-Unis, les pays européens et la communauté internationale à tenir leurs engagements et même à aller au-delà.

Le 2 avril à Londres, c'est la première question que le G20 devrait mettre à son ordre du jour. Il ne s'agit pas ici d'aumône, mais de justice.
Article paru dans l'édition du 12.03.09



1- LE MONDE  11  MARS 2009